Samedi 6 février 2010 6 06 /02 /2010 13:25
                  Le naturaliste anglais Charles Robert DARWIN, un des fondateurs de la biologie moderne de l'évolution, suscite encore par ses écrits de nombreux développements dans la recherche scientifique et de nombreux conflits (intellectuels, mais pas seulement). En même temps qu'ils éclairent la marche conflictuelle de la vie.
 Intervenue en pleine expansion de l'impérialisme britannique, son oeuvre a inspiré, pourrait-on écrire, toutes sortes de darwinismes. Darwinisme scientifique et darwinisme social ne sont que deux désignations d'une postérité - et même d'une antériorité, si l'on considère la chronologie des réflexions sur l'évolution - multiples. Suivant les sensibilités nationales, il existe même des conceptions différentes de darwinisme, et donc d'interprétation des oeuvres de Darwin.

            Dans la compréhension des conflits biologiques, de la lutte pour la vie, des végétaux et des animaux, dans celle des concurrences entre espèces différentes dans des environnements divers, à travers les études sur la sélection naturelle et les variations observées de génération en génération, comme dans les perceptions des conditions d'émergence et de survie des civilisations, il y a un avant Darwin et un après Darwin.

      Quatre oeuvres retiennent l'attention, entre autres lorsque nous réfléchissons sur les conflits : L'Origine des espèces, Les variations des animaux et des plantes à l'état domestique, La filiation de l'homme et L'expression des émotions chez l'homme et chez les animaux. Il existe une quantité impressionnante d'autres écrits, sans compter les multiples correspondances, propres à l'activité scientifique.

      L'Origine des espèces au moyen de la sélection naturelle ou la préservation des races favorisées dans la lutte pour la vie, pour reprendre le titre dans son intégralité eut six éditions de 1859 à 1972 et selon les lecteurs attentifs eux-mêmes, les différents ajouts successifs, notamment pour répondre aux différentes réactions et accusations qu'il a suscité, peuvent obscurcir son propos. Notons que dans cet ouvrage, nulle part n'est mentionné l'homme dans la série évolutive.
A la suite de longues observations et de longs voyages, Charles DARWIN expose, sur un ton qui va de l'assertion à l'hypothèse probable, les éléments suivants, tels que le résume Patrick TORT dans la monumentale étude sur son oeuvre: 
                        - Observation des variations individuelles chez les êtres soumis à la domestication ou vivant à l'état naturel ;
                        - Déduction de l'existence d'une capacité naturelle indéfinie de variation des organismes (variabilité) ;
                        - Observation qu'une reproduction orientée peut fixer héréditairement certaines de ces variations par accumulation dans un sens déterminé, avec ou sans projet raisonné ou méthodique (sélection artificielle, sélection inconsciente) ;
                         - Déduction de l'hypothèse d'une aptitude des organismes à être sélectionnés d'une manière analogue au sein de la nature (sélectionnalité). Question : que peut être l'agent de la sélection naturelle ainsi inférée de cette sélectionnalité avérée (par ses actualisations domestiques) des variations organiques?
                         - Evaluation du taux de reproduction des diverses espèces et de leur capacité de peuplement ;
                        - Déduction de l'existence d'un capacité naturelle d'occupation totale rapide de tout le territoire par les représentants d'une seule espèces, animale ou végétale, se reproduisant sans obstacle ;
                        - Observation cependant à peu près universellement, au lieu de cette saturation, de l'existence d'équilibres naturels constitués par la coexistence, sur un même territoire, de représentants de multiples espèces ;
                        - Déduction de l'opposition entre cette capacité d'occupation totale et cette coexistence d'espèces, de la nécessité d'un mécanisme régulateur opérant au sein de la nature et réduisant l'extension numérique de chaque population. Un tel mécanisme est nécessairement éliminatoire, et s'oppose par la destruction à la tendance naturelle de chaque groupe d'organismes à la prolifération illimitée. C'est la lutte pour la vie qui effectue une sélection naturelle dont le principal effet est la survie des plus aptes (par le jeu de l'élimination des moins aptes). Question : qu'est-ce qui détermine une meilleure adaptation?
                      - Observation de la lutte pour l'existence au sein de la nature ;
                      - Pour répondre à la question des facteurs d'une meilleure adaptation, Darwin fait retour à la variabilité, et, sous la pression analogique du modèle de la sélection artificielle, il forge l'hypothèse d'une sélection naturelle qui, à travers la lutte (interindividuelle, interspécifique et avec le milieu) effectuerait le tri et la préservation des variations avantageuses dans un contexte donné, et assurerait ainsi le triomphe vital, transmissible héréditairement, des individus qui en seraient porteurs. ces derniers seraient par là même sur la voie d'une amélioration constante de leur adaptation à leurs conditions de vie et à celle de la lutte. C'est la sélection naturelle.
   Cet exposé, résume très fortement, car il y a beaucoup de digressions dans le texte, les chapitres 1 à 4 du livre, Les chapitres suivants traitent de ces lois de la variation (où Charles Darwin exprime des esquisses, avouant l'ignorance encore devant ses complexités - rappelons sur la génétique n'existe tout simplement encore pas), des difficultés de la théorie (si les espèces dérivent d'autres espèces, pourquoi ne rencontrons-nous pas d'innombrables formes de transition?, comment les conformations et les habitudes changent-elles?, les instincts peuvent-ils s'acquérir et se modifier par l'action de la sélection naturelle?, comment se déroulent les processus de fécondité et de stérilité?), de l'instinct, de l'hybridité, de l'insuffisance des archives géologiques, de la succession géologique des êtres organisés, de la distribution géographique des espèces, des affinités mutuelles des êtres organisés, leur morphologie, leur embryologie, leurs organes rudimentaires...bref de toutes les questions soulevées par sa théorie même de la sélection naturelle.
  Dans sa conclusion, nous pouvons lire : "La théorie de la sélection naturelle  impliquant l'existence antérieure d'une foule innombrables de formes intermédiaires, reliant les unes aux autres, par des nuances aussi délicates que le sont nos variétés actuelles, toutes les espèces de chaque groupe, on peut se demander pourquoi nous ne voyons pas autour de nous toutes ces formes intermédiaires, et pourquoi tous les êtres organisés ne sont pas confondus en un inextricable chaos. A l'égard des formes existantes, nous devons nous rappeler que nous n'avons aucune raison, sauf dans des cas fort rares, de nous attendre à rencontrer des formes intermédiaires les reliant directement les unes aux autres, mais seulement celles qui rattachent chacune d'entre elles à quelque forme supplantée et éteinte. Même sur une vaste surface, demeurée continue pendant une longue période, et dont le climat et les autres conditions d'existence changent insensiblement en passant d'un point habité par une espèce à un autre habité par une espèce étroitement alliée, nous n'avons pas lieu de nous attendre à rencontrer souvent des variétés intermédiaires dans les zones intermédiaires. Car nous avons des raisons de croire que seules quelques espèces subissent des modifications à un moment donné et que tous les changements s'effectuent lentement (...). Dans l'hypothèse de l'extermination d'un nombre infini de chaînons reliant les habitants actuels avec les habitants éteints du globe, et, à chaque période successive, reliant les espèces qui y ont vécu avec les formes plus anciennes, pourquoi ne trouvons-nous pas, dans toutes les formations géologiques, une grande abondance de ces formes intermédiaires? Pourquoi nos collections de restes fossiles ne fournissent-elles pas la preuve évidente de la gradation et des mutations des formes vivantes? Pourquoi ne trouvons-nous pas sous ce dernier système de puissances masses de sédiment renfermant les restes des ancêtres des fossiles siluriens?  Car ma théorie implique que de semblables couches ont été déposées quelque part, lors de ces époques si reculées et si complètement ignorées de l'histoire du globe." 
   Ces interrogations ne sont que quelques unes du "champ de recherches immenses et à peine foulé" sur les causes et les lois des variations. Cela montre à quel point la démarche de Charles DARWIN est une démarche scientifique à l'opposé de celle de ses détracteurs. Si L'origine des espèces fait scandale, c'est que nulle part n'est évoquée le rôle de Dieu...Tout est un enchaînement de causalités dont il faut rechercher les détails, et il n'échappe à personne que si la logique de la sélection naturelle est bonne, l'homme s'y trouve inclu. Même s'il n'en est pas question ici, d'emblée les hiérarchies religieuses furent alertées du danger d'une nouvelle contestation des dogmes tirés d'une lecture officielle de la Bible sur les origines de l'humanité.

        La variation des animaux et des plantes à l'état domestique, de 1868, constitue un second ouvrage de synthèse, lié à L'Origine des espèces, dans un grand livre conçu à l'origine comme le "grand livre des espèces". Charles DARWIN réaffirme et illustre avec netteté les principes exposés dans les deux premiers chapitres de l'ouvrage de 1859. Il y développe quelques exemples, de manière détaillée, d'évolution par sélection naturelle, en reprenant ses observations antérieures. Pour expliquer  les mécanismes de la génération et de la transmission héréditaire, il formule son hypothèse de la pangenèse, une explication théorique de la transmission de caractère acquis, qui n'a jamais eu aucune validation expérimentale.

      La filiation de la l'homme et la sélection sexuelle, traduction par Patrick TORT de The descent of Man and selection in relation to sex, qui n'est pas celle retenue par un certain nombre d'éditions, date de 1872. C'est dans ce livre que le transformisme darwinien est étendu à l'homme. "L'unique objet de cet ouvrage, écrit Charles DARWIN, est de considérer, premièrement, si l'homme, comme toute autre espèce, est issu par filiation de quelque forme préexistante ; deuxième, le mode de développement, et, troisièmement, la valeur des différences entre ce que l'on appelle les races de l'Homme."
  Dans le premier chapitre sur l'origine de l'homme, nous pouvons lire : "Nous pouvons ainsi comprendre comment il est advenu que l'homme et tous les autres animaux vertébrés ont été construits sur le même modèle général, pourquoi ils traversent les mêmes phases précoces de développement, et pourquoi ils conservent certains rudiments en commun. Nous devrions, par conséquent, admettre franchement leur communauté de filiation ; adopter toute autre vue conduit à admettre que notre propre structure et celle de tous les animaux qui nous entourent ne sont qu'un simple piège tendu pour que s'y prennent notre jugement. cette conclusion se trouve puissamment renforcée si l'on passe en revue les membres de toute la série animale, et si l'on considère le témoignage qui ressort de leurs affinités ou classification, de leur répartition géographique et de leur succession géologique. Ce n'est rien d'autre que notre préjugé naturel, et cette arrogance qui a conduit nos ancêtres à prétendre qu'ils descendaient de demi-dieux, qui nous font hésiter devant cette conclusion".
             Mais il ne s'agit pas simplement d'un continuisme qui fonde un "darwinisme social", ni la simple poursuite de la sélection. En effet, dans les chapitres suivants, ceux sur le mode de développement de l'homme, sur la comparaison des capacités mentales de l'homme et des animaux inférieurs, le naturalisme montre bien la voie vers le développement des facultés intellectuelles et morales au cours des temps primitifs et civilisés en montrant un changement de nature dans les effets de la sélection naturelle. La présence de l'instinct de sympathie, comme il l'écrit, s'oppose au sens de l'évolution auparavant constatée.
Lisons (chapitre 5) : "L'aide que nous nous sentons poussés à apporter à ceux qui sont privés de secours est pour l'essentiel une conséquence inhérente de l'instinct de sympathie, qui fut acquis originellement comme une partie des instincts sociaux, mais a été ensuite (...) rendu plus délicat et étendu plus largement. Nous ne saurions réfréner notre sympathie, même sous la pression d'une raison implacable, sans détérioration dans la plus noble partie de notre nature. Le chirurgien peut se durcir en pratiquant une opération, car il sait qu'il est en train d'agir pour le bien de son patient ; mais si nous devions intentionnellement négliger ceux qui sont faibles et sans secours, ce ne pourrait être qu'en vue d'un bénéfice imprévisible, lié à un mal présent qui nous submerge. Nous devons par conséquent supporter les effets indubitablement mauvais de la survie des plus faibles et de la propagation de leur nature ; mais il apparaît ici qu'il y a au moins un frein à cette action régulière, à savoir que les membres faibles et inférieurs de la société ne se marient pas aussi librement que les sains ; et ce frein pourrait être indéfiniment renforcé par l'abstention au mariage des faibles de corps ou d'esprit, bien que cela soit plus à espérer qu'à attendre. Dans chaque pays entretenant une grande armée permanente, les plus beaux jeunes hommes sont pris par la conscription ou sont enrôlés. Ils sont ainsi exposés à une mort prématurée durant la guerre, sont souvent entraînés au vice, et sont empêchés de se marier durant la fleur de l'âge. Au contraire, les hommes plus petits et plus fragiles, avec un piètre constitution, sont laissés au foyer, et par conséquent ont une bien meilleure chance de se marier et de propager leur nature". (Nous retrouvons ce développement sur la sympathie dans la conclusion générale).
Outre que ses propos ont finalement une teneur antimilitariste plutôt inattendue, Charles DARWIN marque bien une rupture dans les voies de l'évolution. Un renversement s'est opéré, le rôle de l'éducation remplace la nature dans ses traits dominants. Patrick TORT parle d'un véritable effet réversif de l'évolution : "La sélection naturelle a ainsi sélectionné les instincts sociaux, qui à leur tour ont développé des comportements et favorisé des dispositions éthiques ainsi que des dispositifs institutionnels et légaux anti-sélectifs et anti-éliminatoires.". On conçoit très bien que le développement des instincts sociaux favorisent la survie de groupes d'animaux dans des environnements hostiles, comparativement à des espèces qui ne les développeraient que moindrement. Du coup, bien entendu, les qualités morales de l'espèce humaine ne doivent rien à une quelconque divinité...
  Plus loin, le naturaliste anglais développe la sélection sexuelle, dans la seconde grande partie de son livre, après avoir traité des races de l'homme (ne laissant guère de place à une justification du racisme, malgré une fomulation qui reflète bien le climat idéologique de l'époque...).

          L'expression des émotions chez l'homme et chez les animaux parait en 1872 constitue une sorte de partie détachée de La filiation de l'homme. Par une étude comparative des manifestations de l'émotion chez l'homme et chez les animaux, le naturaliste met en évidence une continuité des comportements réactionnels. Il influence par là l'histoire ultérieure de la réflexion éthologique et de la psychologie animale et humaine par des auteurs tels que Georges John ROMANES (1848-1894) et William JAMES (1842-1910).

     Dans toute son étude sur l'évolution, Charles DARWIN a été beaucoup influencé par les thèses de Thomas Robert MALTHUS (Essai sur le principe de la population, 1798) et il mena ses travaux en parallèle avec ceux de Alfred Russel WALLACE (1823-1913), naturaliste voyageur comme lui, avec lequel il suivit une correspondance assidue. Il s'inspira de très nombreux travaux de naturalistes avant lui et il se prévaudra même, contre les attaques, de ses prédécesseurs  ou collaborateurs comme CUVIER (1769-1823) ou Charles LYEIL (1797-1875).
   Jean-Marc DROUIN distingue quatre périodes dans la postérité de l'oeuvre de Charles DARWIN :
               - De 1859 à 1900, la plupart des scientifiques se rallient à l'idée d'évolution, ou plus précisément du "transformisme", par rapport au "fixisme". Le darwinisme est intégré, réinterprété, dans une philosophie évolutionniste qui doit plus à SPENCER qu'à DARWIN. Cette popularité se paie d'une certaine déformation de ses idées, soit vers le refus de la transmission des caractères acquis (Friedrich Leopold August WEISMANN, 1834-1914), soit au contraire vers la considération que la variation est directement soumise à l'action du milieu et constitue le facteur essentiel de l'évolution, la sélection ne jouant qu'un rôle secondaire (HAECKEL, continuateurs de Jean Baptiste LAMARCK, 1744-1829).
                - Dans le premier tiers du XXème siècle, qui voit émerger la génétique classique. "Elles semblent apporter la preuve que l'hérédité ne peut concerner que des caractères discrets, discontinus, et que par conséquent la conception darwinienne, essentiellement continuiste, ne peut rendre compte de l'évolution." Cela ne conduit pas au refus du transformisme, mais le darwinisme semble subir une "éclipse".
                  - De 1930 à 1960 environ, la théorie darwinienne triomphe. "Une "théorie synthétique de l'évolution, souvent qualifié de néodarwinisme, se constitue par la rencontre de naturalistes, de généticiens, de paléontologues, de mathématiciens..." Cette théorie consiste en une théorie du changement génétique et une extrapolation de cette théorie à tous les aspects de l'évolution y compris la macroévolution (Niles ELREDGE, La macroévolution, La recherche, 1982).
                  - Depuis le début des années 1970, la théorie synthétique est contestée, du côté de la biologie moléculaire comme du côté de la systématique. Des hypothèses concurrentes surgissent, parfois de façon éphémères, sans vraiment entamer le crédit de la théorie darwinienne. Le paradigme de la sélection naturelle demeure, malgré les propositions de changement de références de Motoo KIMURA (1924-1994) en 1968 (théorie neutraliste) ou de Niles ELDREDGE (né en 19432) et de Stephen Jay GOULD (1941-2002) (théorie des équilibres intermittents). Loin d'affaiblir la perspective tracée par Charles DARWIN, ces prolongements ne font vitaliser ce champ de recherche.
     Patrick TORT est beaucoup plus critique dans son historique de la postérité de Charles DARWIN, allant jusqu'à, dénoncer des interprétations fausse soutenues par des traductions parfois approximatives dans l'édition des oeuvres. Parmi ce qu'il qualifie les erreurs premières, il cite le "darwinisme social" d'Herbert SPENCER (1823-1903), qui, notamment dans Plan général de la philosophie synthétique de 1858, décrit une loi d'évolution qui étend au domaine social les aspects d'une sélection nécessaire à la survie des meilleurs et des plus aptes. La sociobiologie, popularisée par Edward WILSON, représente un remaniement ultime du "versant "social-darwiniste" du spencérisme. Seconde "vague de méprise et de confusion" est la naissance de l'eugénisme dont le premier et principal théoricien fut un cousin de Charles DARWIN, Francis GALTON (1822-1911). "La complexité extraordinaire des rapports entre eugénisme et darwinisme social dans les différents pays qui ont été le théâtre de la diffusion des idées nées de la biologie moderne est telle qu'aucune règle absolument constante ne saurait être formulée pour définir une homogénéité doctrinale réellement stable, à l'exception peut-être de cette attachée au schéma de base (...) : défaut de sélection naturelle entraîne dégénérescence nécessite sélection artificielle". Patrick TORT développe l'historique de ces errements, mais ici citons seulement en France Georges Vacher de LAPOUGE (1854-1936) et aux Etats-Unis Alexis CARREL (1873-1944), qui inspirèrent par exemple la barbarie nazie.

         Charles DARWIN, L'Origine des espèces, au moyen de la sélection naturelle ou la préservation des races favorisées dans la lutte pour la vie, Texte établi par Daniel BECQUEMONT, traduit par Edmond BARBIER et introduit par Jran-Marc DROUIN, GF Flammarion, 1992 ; La filiation de l'homme et la sélection lié au sexe, traduction de Michel PRUM, introduit par Patrick TORT, Editions Syllepse, 2000.
       Patrick TORT, Darwin et le darwinisme, PUF, collection Que sais-je?, 2005 ; Sous la direction de Patrick TORT, Dictionnaire du darwinisme et de l'évolution (notamment les articles "Darwin" et sur les différents darwinismes), PUF, 1996.
                      
                                                        ETHUS

                       
                             
                                   
Par GIL - Publié dans : AUTEURS
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Jeudi 4 février 2010 4 04 /02 /2010 09:46
          Ces articles fixent les conditions de fonctionnement du Conseil et de l'Assemblée des deux organisations internationales.

  SDN

    Article 3, alinéa 2
          2 - Elle (L'Assemblée) se réunit à des époques fixées et à tout moment si les circonstances le demandent au siège de la société ou en tout autre lieu qui pourra être désigné.

    Article 4, alinéa 3
          3 - Le Conseil se réunit quand les circonstances le demandent, et au moins une fois par an, au siège de la société ou en tel autre lieu qui pourra être désigné.


  ONU

    Article 20
        L'Assemblée Générale tient une session annuelle régulière et lorsque les circonstances l'exigent, des sessions extraordinaires. Celles-ci sont convoquées par le Secrétaire Général sur la demande du Conseil de Sécurité ou de la majorité des membres des Nations Unies.

   Article 22
         L'Assemblée Générale peut créer les organes subsidiaires qu'elle juge nécessaires à l'exercice de ses fonctions.

  Article 28
        1 - le Conseil de Sécurité est organisé de manière à pouvoir exercer ses fonctions en permanence. A cet effet, chaque membre du Conseil de Sécurité doit avoir en tout temps un représentant au siège de l'Organisation.
        2 - Le Conseil de Sécurité tient des réunions périodiques auxquelles chacun de ses membres peut, s'il le désire, se faire représenter par un membre de son gouvernement ou par quelque autre représentant spécialement désigné.
       3 - Le Conseil de Sécurité peut tenir des réunions à tous endroits autre que le Siège de l'Organisation qu'il juge les plus propres à faciliter sa tâche.

 Article 29
       Le Conseil de Sécurité peut créer les organes subsidiaires qu'il juge nécessaire à l'exercice de ses fonctions.

   André LEWIN fait remarquer que contrairement au Conseil de Sécurité de l'ONU, l'Assemblée Générale, pourtant l'organe le plus représentatif, "n'a pas été institué par la Charte comme un organe permanent". Les 42 sessions ordinaires tenues de 1946 à 1990 ont siégé en 3609 séances et ont adopté 6 370 résolutions, sans compter les décisions et les élections. Chacune de ces séances amène à New York des milliers de délégués ; des chefs de gouvernements et d'institutions religieuses s'y expriment et ce foisonnement contraste tout-à-fait avec l'activité de l'Assemblée de la SDN, où les délégués se dépêchaient pour vaquer à d'autres occupations. L'allongement de la durée des débats, dont les implications financières sont suivies très longuement par la commission compétente, témoignent de l'intérêt des délégués quant aux travaux des Nations Unies.
Les sessions extraordinaires, instaurées au moment du conflit de Corée en 1950, par la fameuse résolution Acheson, ont examiné les conflits ou les situations ou les problèmes les plus importants : question de Palestine, question de Tunisie, situation financière de l'ONU, situation au Sud-Ouest africain, Matières premières et développement, Financement de la Force intérimaire des Nations Unies au Liban, Nouvel ordre économique international... Des sessions extraordinaires d'urgence se sont tenues à propos du Canal de Suez, de la situation en Hongrie, au Liban, au Congo, en Afghanistan, ou pour la question de la Namibie. Malgré les controverses, l'Assemblée Générale déploie une activité à propos de pratiquement tous les problèmes cruciaux de la planète.

   De même, analyse Jacqueline DUTHEIL de la ROCHERE, professeur à l'Université de Droit, d'Economie et de Sciences Sociales de Paris, l'Assemblée Générale a créé de nombreux organes subsidiaires, dans presque tous les domaines.
 Des organes subsidiaires assument des responsabilités dans les domaines financier, budgétaire et administratif, le plus souvent de manière permanente. D'autres se sont vus confier des missions proprement politiques, soit sous forme d'enquête ou d'étude, soit sous forme directement opérationnelle : établissement d'un gouvernement en Lybie, surveillance des élections en Corée ou dans un territoire sans tutelle, administration provisoire du territoire de l'Irian occidental. Nombre d'entre eux ont ou ont un rôle de médiation (Palestine, Union sud-africaine..)
 Parmi les organes subsidiaires les plus importants figurent les organes d'exécution, appelés parfois agences opérationnelles, créés dans les domaines de l'assistance et du développement, et elle fonctionnent fréquemment sur le terrain. Parmi elles, on peut citer le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés; le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), le fonds des Nations Unies pour les activités en matière de population, la Conférence des Nations Unies pour le commerce et le développement (CNUCED), le programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), l'Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI), le programme alimentaire mondial (PAM)...
  Certains organes ont été chargés de missions d'étude d'un caractère général ou particulier, d'autres correspondent à des missions permanentes de l'Assemblée Générale. Certaines autres organes subsidiaires se son vu reconnaître des compétences d'ordre judiciaire (Tribunaux des Nations Unies en Lybie ou en Erythrée...).
   L'existence de ces organes subsidiaires, pour certaines d'entre eux, sont l'objet d'une concurrence de compétences entre le Conseil de Sécurité et l'Assemblée Générale, mais surtout de protestations de certaines Etats, pas toujours suivis d'ailleurs dans leur démarche, qui estiment qu'ils empiètent sur leur souveraineté ou la souveraineté d'Etats placés dans leur influence. Une forte limitation du pouvoir de ces organes, notamment pour ceux qui s'occupent d'un conflit direct entre deux Etats, provient du fait que leur activité dépend du libre consentement des Etats dans lesquels se déploient leur activité. Ainsi le problème s'est posé de manière aigue à propose de la FUNU, Force d'Urgence des Nations Unies de 1956, dans l'affaire de Suez.

     Jacques LEPRETTE, ancien représentant de la France ( de1976 à 1981) au Conseil de Sécurité, indique que "l'idée d'organiser le Conseil de Sécurité de telle sorte qu'il puisse exercer ses fonctions en permanence est nouvelle par rapport à la pratique de la Société des Nations. Rien de semblable n'existait à Genève. Le Conseil se réunissait "périodiquement", (suivant d'ailleurs l'article 4, paragraphe 3 du Pacte)". Les Secrétaires Généraux Trygve LIE et Dag HAMMARSKJOLD  proposèrent que les Ministres des Affaires étrangères des membres représentés y siègent.
   Mais finalement, en raison de la situation internationale, cette idée n'a pas eu de réalisation. L'ambassadeur donne trois raisons à ce fait :  - pendant les années de l'après-guerre, les Ministres des Affaires étrangères des principales puissances se réunirent fréquemment pour traiter des problèmes mondiaux ;
                              - par la suite, l'irritante question de la représentation de la chine rendit sans espoir l'éventualité de réunions de ce type ;
                              - enfin dans les années 1970 et 1980, le climat, aux Nations Unies, ne se prêtait guère à de telles concertations.
   "Mais depuis lors, l'esprit des relations internationales a changé. Les Soviétiques, au comité spécial de la Charte se font les avocats de cette formule. Le 13 janvier 1987, le Secrétaire général, M. Perez de CUELLAR, invite le Conseil de Sécurité à se réunir au niveau des ministres des affaires étrangères pour tenter de dénouer l'affaire Irak-Iran. Cette initiative aboutit le 20 juillet 1987 à l'adoption (...) de la résolution 598".

     Emmanuel DECAUX, professeur à l'université du Maine, indique que le Conseil de Sécurité a mis en place un certain nombre d'organes subsidiaires : des comités pléniers (Comité d'Etat-Major, dont on sait qu'il n'a jamais été très actif, Comité d'expert chargé du règlement intérieur, Comité de l'admission de nouveaux membres, Commission très éphémère des armements de type classique, dissoute en 1952 ou Comité "concernant la question de l'Afrique du Sud" de 1977) et des comités restreints nombreux mais éphémères chargés surtout d'aplanir les difficultés diplomatiques entre membres du Conseil.
 Des organes hors du siège de l'ONU furent créés pour toutes sortes de questions, mais Emmanuel DECAUX attire surtout l'attention sur les missions confiées à des organes extérieurs, où le Conseil de Sécurité nomme un représentant pour l'Inde ou la Palestine. Et en fait, une confusion s'installe, sans doute parce que cela arrange le Conseil de Sécurité, entre la diplomatie personnel du Secrétaire Général et ces organes subsidiaires du Conseil de Sécurité. Au-delà des résolutions de création qui accordent beaucoup de latitude d'action à ces organes, dans les limites de la Charte bien entendu, il apparaît qu'une collaboration étroite entre l'organe et le secrétariat général  donne à ce dernier une grande capacité d'initiative, pour réagir rapidement à toute évolution d'une situation. Ainsi, il en est des "forces de maintien de la paix".
Par GIL - Publié dans : RAPPORTS
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Mercredi 3 février 2010 3 03 /02 /2010 00:00
         La notion de race, et pas seulement parce que la vulgarisation de son utilisation a mené et mène encore aux racismes et aux tentatives de génocide, est aujourd'hui de moins en moins utilisée, au profit de la notion d'espèce, sans que le deuxième terme recouvre l'autre. C'est particulièrement clair par exemple dans l'ouvrage de Louis ALLANO et d'Alex CLAMENS consacré à l'évolution.
Même si la notion d'espèce reste soumise à certaines difficultés d'ordre scientifique, tout ce que notamment la littérature romantique a produit et produit malheureusement encore sous la notion de race repose sur des a-priori et des conceptions qui touchent à l'ordre social. Discours pseudo-scientifique et discours courant sur les "races" se promènent encore dans les écrits et sur les ondes, d'autant plus que la société repose sur des bases racistes. On peut même regretter que dans beaucoup de constitutions et dans maintes réglementation en matière d'identification des individus figurent encore la notion de race. Cela reflète l'état de nombreuses sociétés, où le racisme diffus ou déclaré constitue encore trop souvent  le vecteur de désignation des groupes sociaux. Randall KENNEDY, spécialiste de la question raciale aux Etats-Unis nous le rappelle régulièrement.
Pourtant, depuis plusieurs décennies, toute la recherche scientifique réserve à la notion de race une signification strictement dans le monde de la nature et l'exclut de tout ce qui touche les sociétés humaines.

      A travers les oeuvres de Claude LEVI-STRAUSS, de Joseph Arthur de GOBINEAU (1816-1882),  de Charles DARWIN (1809-1882), d'Hannah ARENDT 1906-1975), d'Herbert SPENCER (1820-1903), de Jean-Jacques ROUSSEAU (1712-1778)...ici cités dans le désordre chronologique, comme bien d'autres, le discours, la recherche sur les inégalités entre hommes et entre sociétés ne cesse de parcourir les conflits qui prennent leur source dans les relations entre les hommes et la nature. Donner le statut de nature à l'inégalité revient à empêcher toute évolution de l'ordre social, et démêler les noeuds des évolutions des espèces constitue non seulement une tâche scientifique mais aussi une nécessité sociale.
Même si l'on opère des révisions avec le temps et les connaissances scientifiques absentes par le passé, notamment au sujet de l'oeuvre de GOBINEAU, même si l'on fait la part entre la vulgarisation scientifique intelligente et l'exploitation idéologique à des fins destructrices, il faut toujours s'interroger sur les raisons d'une certaine réception d'oeuvres considérées comme justifiant le racisme, comme sur les motivations de leur présentation et de leur diffusion dans l'ensemble de la société. Ceux qui se penchent, comme Patrick TORT (né en 1952) sur les répercussions idéologiques et sociales d'oeuvres disant reposer sur des connaissances scientifiques remarquent à juste de titre que souvent, dans le grand public mais aussi dans une majeure partie du monde scientifique, les auteurs comme GOBINEAU, DARWIN, SPENCER et même ROUSSEAU sont beaucoup cités mais peu lus. Revenir à leurs oeuvres permet justement de prendre la mesure de la distance entre ce qu'ils ont pensé réellement et les pensées qu'ont leur a attribuées. Comme de cerner davantage ce qui a permis une vulgarisation tendancieuse, souvent à leur propre corps défendant.
Par ailleurs, des études prenant en compte l'ensemble des facteurs écologiques, comme celles de Jared DIAMOND, permettent de mettre définitivement hors jeu certaines interprétations justificatrices d'inégalités sociales les fondant sur la nature.

  Même après la sécularisation achevée de la communauté scientifique, il reste des débats autour de l'évolution qui prennent en compte de manière obstinée des écrits religieux, de manière camouflée parfois. Même si l'abandon d'interprétations rapides et faciles de textes religieux fondamentaux laissent la place à des argumentations remplaçant Dieu par la Nature, des idées fausses et faussées circulent encore dans de nombreuses sociétés. Les débats sur l'évolution font encore rage dans des pays comme les Etats-Unis.

    Parmi les nombreux conflits qui traversent les sociétés humaines, beaucoup trouvent leur alimentation dans des croyances non seulement en la valeur absolue de textes écrits (qui désignent les ennemis par la couleur de leur peau)  il y a des centaines d'années, dans une littérature où la race possède encore un rôle important, dans des paroles, des écrits et des images (sur Internet par exemple) où les différences "s'expliquent" par les conditions de naissance des individus. Il ne faut pas même pas être homme de progrès pour s'apercevoir de l'existence d'arguments répétitifs qui justifient les inégalités sociales. Ces arguments répétitifs font partie de discours qui veulent camoufler de nombreux aspects de la question sociale, en mettant en relief une question raciale dépourvue de fondements scientifiques.

    L'évolution des espèces et des sociétés font appel à des éléments différents : les interrelations entre espèces différentes et les relations entre membres de mêmes espèces dans le monde animal rentrent dans le cadre de la nature, même s'il existe des sociétés animales dans de nombreuses espèces, alors que les interrelations de l'espèce humaine avec les autres espèces et les relations entre membres et groupes différents de l'espèce humaine relèvent de la culture, d'un ordre de relations autre, différent, même si des analogies peuvent exister entre les mondes animaux et humains. Des millénaires d'évolution ont séparés de manière quasiment définitive l'humanité de modes relationnels qui existaient auparavant entre le cadre naturel et les différentes espèces. La société humaine s'est construite souvent progressivement par un asservissement de la nature, qui, on l'oublie parfois, n'a rien d'une matrice protectrice pour les êtres fragiles que nous sommes. Comprendre à la fois cette évolution, l'état des relations actuelles dans le monde animal et l'état des relations actuelles dans le monde humain, c'est comprendre la véritable place des éléments naturels et des élements culturels de notre existence. C'est aussi comprendre du coup le véritable statut de multiples conflits qui traversent les sociétés humaines.

    Une manière de fixer les idées pour un début (qui laisse encore beaucoup de place aux débats) est de se reporter à la définition de la Race proposée dans le Dictionnaire du Darwinisme et de l'Evolution proposée par Charles DEVILLERS : "La notion de race pose, concernant l'animal ou le végétal, des problèmes uniquement taxonomiques ; concernant l'être humain, elle est liée à des investissements idéologiques profonds et complexes résultant de ses usages historico-politiques". Les races d'animaux domestiques constituent autant de sous-espèces spécifiques, étant donné que "l'espèce est biologiquement définie sur le critère, objectif, de l'interfécondité qui lie entre eux tous ses membres (critère d'inclusion) et les sépare des représentants d'espèces voisines (non-interfécondité, critère d'exclusion)." En définitive le terme race n'est finalement utilisé qu'en matière d'animaux domestiques, rarement en botanique, où l'on préfère les termes de variétés ou de cultivars, tandis que pour les animaux de manière générale la notion de race géographique a vu son objectivité contestée, surtout depuis l'avènement de la génétique.
   C'est précisément les recherches en matière génétique qui rendent définitivement caduques la notion de races blanche, noire, jaune, etc..."Il n'existe pas de gènes exclusivement européens ou africains...Tout au plus des gènes peuvent-ils être plus fréquents dans certaines populations que dans d'autres. Certains caractères physiques, étant en partie au moins, sous la dépendance des conditions d'environnement, sont de nature adaptative et ont pu évoluer rapidement. Les caractères strictement génétiques (immunologiques par exemple) sont en général neutre par rapport à l'adaptation et constituent alors des "marqueurs" qui peuvent renseigner sur l'histoire des populations, par migration, fusions, scissions, etc. Ces recherches affirment sans conteste l'unicité de l'espèce humaine. L'auteur écrit toutefois que remplacer race par sous-espèce n'entraînera pas l'éradication du racisme, qui fait appel  à des considérations d'origine sociale. Dans leur "somme" sur l'espèce, Philippe LHERMINIER et Michel SOLIGNAC, estiment qu'on pourrait à la rigueur le faire, d'un point de vue scientifique (mais du point de vue social, c'est autre chose, pensons-nous, car ne pas comprendre le racisme, l'ignorer, c'est lui offrir un pont d'or...). Mais, reprenant l'histoire des classifications des animaux, ils nous montrent que sans doute faut-il élever les sous-espèces au rang d'espèces, comme nous le verrons par la suite....

                                                             ETHUS

  Randall KENNEDY, Race, Crime and the law, Random House, 1998 (voir son interview dans le journal Le Monde du 2 février 2010) ; Louis ALLANO et Alex CLAMENS, L'évolution, Des faits aux mécanismes; Ellipses, 2000 ; Charles DEVILLERS, article Race dans Dictionnaire du Darwinisme et de l'Evolution, sous la direction de Patrick TORT, 1996 ; Philippe LHERMINIER et Michel SOLIGNAC, De l'espèce, Syllepse, 2005.

Par GIL - Publié dans : ETHOLOGIE ET EVOLUTION
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Mardi 2 février 2010 2 02 /02 /2010 14:58
       Dans chacun des organes de la SDN et de l'ONU, des procédures précises de vote  sont définies dans les articles qui suivent, et qui constituent des points d'ancrage importants de la formation à l'intérieur de chacune des deux organisations internationales, des différents regroupements politiques.

SDN

    Article 5
         1 - Sauf disposition expressément contraire au présent Pacte ou des clauses du présent Traités, les décisions de l'Assemblée ou du Conseil sont prises à l'unanimité des Membres représentés à la réunion.
          2 - Toutes questions de procédure qui se posent aux réunions de l'Assemblée ou du conseil, y compris la désignation des Commissions chargées d'enquêter sur des points particuliers, sont réglées par l'Assemblée ou par le Conseil et décidées à la majorité des Membres de la Société représentés à la réunion.
         3 - La première réunion de l'Assemblée et la première réunion du Conseil auront lieu sur convocation du Président des Etats-Unis d'Amérique.

  Article 15, alinéa 4 et suivants
         4 - Si le différend n'a pu se régler, le Conseil rédige et publie un rapport, voté soit à l'unanimité, soit à la majorité des voix, pour faire connaître les circonstances du différend et les solutions qu'ils recommande comme les plus équitables et les mieux appropriées à l'espèce.
         5 - Tout Membre de la Société représenté au Conseil peut également publier un exposé des faits du différend et ses propres conclusions.
         6 - Si le rapport du Conseil est accepté à l'unanimité, le vote des représentants des Parties ne comptant pas dans le calcul de cette unanimité, les Membres de la Société s'engagent à ne recourir à la guerre contre aucune Partie qui se conforme aux conclusions du rapport.
        7 - Dans le cas où le Conseil ne réussit pas à faire accepter son rapport par tous ses Membres autres que les représentants de toute Partie au différend, les Membres de la Société se réservent le droit d'agir comme ils le jugeront nécessaire pour le maintien du droit et de la justice.
        8 - Si l'une de Parties prétend et si le Conseil reconnaît que le différend porte sur une question que le droit international laisse à la compétence exclusive de cette Partie, le Conseil le constatera dans un rapport, mais sans recommander aucune solution.
       9 - le Conseil peut, dans tous les cas prévus au présent article, porter le différend devant l'Assemblée. L'Assemblée devra de même être saisie du différend à la requête de l'une des Parties ; cette requête devra être présentée dans les quatorze jours à dater du moment où le différend est porté devant le Conseil.
     10 - Dans toute affaire soumise à l'Assemblée, les dispositions du présent article et de l'article 12 relatives à l'action et aux pouvoirs du Conseil, s'appliquent également à l'action et aux pouvoirs de l'Assemblée avec l'approbation des Représentants des Membres de la Société représentés au Conseil et d'une majorité des autres Membres de la Société, à l'exclusion, dans chaque cas, des Représentants des Parties, a le même effet qu'un rapport du Conseil adopté à l'unanimité de ses membres autres que les Représentants des Parties.


 ONU

   Article 18
       1 - Chaque Membre de l'Assemblée Générale dispose d'une voix.
       2 - Les décisions de l'Assemblée Générale sur les questions importantes sont prises à la majorité des deux tiers des membres présents et votants. Sont considérés comme questions importantes : les recommandations relatives au maintien de la paix et de la sécurité internationales, l'élection des membres non permanents du Conseil de sécurité, l'élection des membres du Conseil économique et social, l'élection des membres du Conseil de tutelle conformément au paragraphe 1c de l'article 86, l'admission de nouveaux membres dans l'Organisation, la suspension des droits et privilèges de Membres, l'exclusion de membres, les questions relatives au fonctionnement du régime de tutelle et les questions budgétaires.
      3 - Les décisions sur d'autres questions, y compris la détermination de nouvelles catégories de questions à trancher à l majorité des deux tiers, sont prises à la majorité des membres présents et votants.

  Article 27
      1 - Chaque membre du Conseil de Sécurité dispose d'une voix.
      2 - Les décisions du Conseil de Sécurité sur des questions de procédure sont prises par un vote affirmatif de neuf membres.
      3 - Les décisions du Conseil de Sécurité sur toutes autres questions sont prises par un vote affirmatif de neuf de ses membres dans lequel sont comprises les voix de tous les membres permanents, étant entendu que dans les décisions prises aux termes du Chapitre VI et du paragraphe 3 de l'article 52, une partie à un différend s'abstient de voter.

  Article 31
      Tout Membre de l'Organisation qui n'est pas membre du Conseil de Sécurité peut participer, sans droit de vote, à la discussion de toute question soumise au Conseil de Sécurité, chaque fois que celui-ci estime que les intérêts de ce Membre sont particulièrement affectés.

 Article 32
      Tout Membre des Nations Unies qui n'est pas membre du Conseil de sécurité ou tout Etat qui n'est pas Membre de l'Organisation, s'il est partie à un différend examiné par le Conseil de Sécurité, est convié à participer, sans droit de vote, aux discussions relatives à ce différend. Le Conseil de Sécurité détermine les conditions qu'il estime juste de mettre à la participation d'un Etat qui n'est pas membre de l'organisation.

       André LEWIN, ministre plénipotentiaire, analyse l'article 18 de la Charte de l'ONU d'abord comme une des réalisations du fondement du principe d'égalité de tous ses membres. Cette notion ne fait que reprendre la pratique d'autres organisations internationales, en particulier de la Société des Nations (certaines autres organisations internationales, comme le FMI, la Banque Mondiale ou la FIDA pratiquent une pondération des votes). Des discussions eurent lieu sur une pondération des votes lors de la multiplication des membres et de l'admission dans les années récentes de nombreux Etats exigus et peu peuplés, sans aboutir à des réalisations concrètes.
Sur les paragraphes 2 et 3 concernant le type de majorité à atteindre pour le vote des résolutions, "l'évolution de la pratique montre que les règles de majorité édictées par la Charte ne suscitent plus guère aujourd'hui le même intérêt (qu'auparavant). En effet, la progression du nombre des membres qui font partie du Mouvement des non-alignés (essentiellement pour les décisions de nature politique) ou du groupe des 77 (surtout pour les décisions de nature économique) assure, dans la quasi totalité des cas, une large majorité aux résolutions soumises au vote et les auteurs d'un projet de résolution qui ne seraient pas assurés du patronage ou du soutien des non-alignés ou des 77 ont peu de chances de voir leur texte approuvé ; les projets qui divisent les non-alignés existent, certes, et quelquefois ils sont importants (comme la représentation du Kampuchéa ou le problème du Sahara occidental), mais ils sont finalement peu nombreux."  La recherche du consensus poussent finalement les majorités vers l'unanimité et rejettent un nombre limité d'Etats membres vers le vote négatif ou l'abstention (comme Israël et l'Afrique du Sud au moment de la période de l'apartheid). La pratique est de considérer un texte comme adopté, par constatation du Président de l'Assemblée Générale en séance d'un consensus, alors que la Charte ne mentionne pas cette procédure de consensus, ni d'ailleurs le Réglement intérieur (qui dispose tout de même dans son annexe v, "que l'adoption de décisions et de résolutions par consensus est souhaitable lorsqu'elle contribue à un règlement efficace et durble des différends et, partant, à un renforcement de l'autorité de l'Organisation".
André LEWIN conclue que "l'abus du principe majoritaire et son inefficacité ont ainsi conduit à une revanche du principe unanimitaire ; mais c'est en quelque sorte introduire le droit de veto à l'Assemblée Générale, car il est évident que le refus de se joindre au consensus n'empêche la formation de celui-ci que s'il émane de puissances importantes". La recherche du consensus, écrit encore l'auteur, "peut certes, aboutir à des résolutions fades et sans vigueur (nous pensons d'ailleurs cela très dommageable pour l'effectivité du pouvoir de l'ONU), où chacun trouve, ou croit trouver, son compte. Mais, une fois dépassée l'ère de la majorité écrasante et des triomphes faciles et sans signification pratique, le consensus a réintroduit la négociation dans le processus de prise de décision aux Nations Unies."

      Paul TAVERNIER, professeur à l'université de Rouen, pointe avec raison le fait que "le fameux droit de veto qui a fait l'objet de vives discussions à la conférence (préparatoire de la Charte) de San Francisco (...) demeure la cible des attaques les plus virulentes à l'heure actuelles, au nom de l'égalité souveraine des Etats solennellement proclamée à l'article 2, paragraphe 1." Le texte de l'article 27 fut amendé le 17 décembre 1963 lorsque le nombre de membres du Conseil de Sécurité passa de 11 à 15. La majorité des voix, prévue aux paragraphes 2 et 3 a été portée de 7 à 9.
Alors que le texte parle de questions de procédures, "le Répertoire de la pratique suivie par les organes des Nations Unies et le Répertoire de la pratique du Conseil de Sécurité montrent que la distinction entre les questions de procédure et les autres questions reste très difficile à préciser."...  La tendance est "plutôt à un élargissement du domaine du veto grâce à une interprétation extensive des questions qui ne sont pas des questions de procédure".
Le texte mentionne un vote affirmatif alors que dans la pratique est prise en compte l'abstention au vote, "ce qui constitue un cas remarquable d'une coutume modificative d'un traité". La non-participation au vote est interprétée comme une abstention et des résolutions, même si cela est plutôt rare, peuvent être adoptée sans qu'aucun des membres permanents ne lui apporte un vote positif (1973, Moyen-Orient).
  L'application de l'article 27 a soulevé trois séries de difficultés d'interprétation :
                      - la distinction entre le Chapitre VI et le Chapitre VII de la Charte, mais comme "le Conseil de Sécurité précise rarement la base juridique de son action et que le doute est souvent permis", finalement...cela importe peu (du moins jusqu'en 1991) ;
                       - la distinction entre différend et situation est peu usitée car de toute façon la distinction en est malaisée...
                       - l'identification des "parties" à un différend est souvent très délicate. Du coup, cette règle n'est pratiquement pas appliquée....
 Pour se rendre compte de la réalité de la diplomatie interne des Nations Unies, il faut savoir que plus de 30% des décisions du Conseil de Sécurité sont adoptées sans vote...La pratique du consensus, sans être aussi systématique que dans l'Assemblée Générale, infléchit finalement fortement le fonctionnement de l'ONU par rapport à la Charte...
   Dans ces conditions, et avec notamment la résolution Acheson de l'Assemblée Générale votée en 1950, la réforme du droit de veto n'est "pas pour demain", ni non plus d'ailleurs l'abus de ce droit intervenu surtout pour l'admission de nouveaux membres ou l'élection du Secrétaire Général.
    (Des éléments tirés de la troisième édition de 2005 seront prochainement introduits ici).
                     

      



Par GIL - Publié dans : RAPPORTS
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Samedi 30 janvier 2010 6 30 /01 /2010 09:30
    Les organes de la SDN et de l'ONU sont structurellement les mêmes à peu près, mais diffèrent par leur composition et leur fonctionnement. Ici, c'est leur composition qui est examinée.

SDN

   Article 2
        L'action de la Société, telle qu'elle est définie dans le présent Pacte s'exerce par une Assemblée et par un Conseil assistés d'un Secrétariat permanent.

   Article 3 - Assemblée
          1- L'Assemblée se compose de Représentants des Membres de la Société.
          2 - Elle se réunit à des époques fixes et à tout autre moment, si les circonstances le demandent au siège de la Société ou en un autre lieu qui pourra être désigné.
          3 - L'Assemblée connaît de toute question qui rentre dans la sphère d'activité de la Société ou qui affecte la paix dans le monde.
           4 - Chaque Membre de la Société ne peut compter plus de trois Représentants dans l'Assemblée et ne dispose que d'une seule voix.

    Article 4 - Conseil
           1 - Le Conseil se compose de Représentants des Principales Puissances alliées et associées ainsi que de Représentants de quatre autre membres de la Société. Ces quatre Membres sont désignés librement par l'Assemblée et aux époques qu'il lui plaît de choisir. Jusqu'à la première désignation par l'Assemblée, les Représentants de la Belgique, du Brésil, de l'Espagne et de la Grèce sont membres du Conseil.
            2 - Avec l'approbation de la majorité de l'Assemblée, le Conseil peut désigner d'autres membres de la Société dont la représentation sera désormais permanente au Conseil. Il peut avec la même approbation augmenter le nombre des Membres de la Société qui seront choisis par l'Assemblée pour être représentés au Conseil.
           3 - Le Conseil se réunit quand les circonstances le demandent et au moins une fois par an, au siège de la Société ou en tel autre lieu qui pourra être désigné.
           4 - Le Conseil connaît de toute question rentrant dans la sphère de l'activité de la Société ou affectant la paix du monde.
            5 - Tout Membre de la Société qui n'est pas représenté au Conseil est invité à y envoyer siéger un Représentant lorsqu'une question qui l'intéresse particulièrement est portée devant le Conseil.
            6 - Chaque Membre de la Société représenté au Conseil ne dispose que d'une voix et n'a qu'un Représentant.

    Article 6 - Secrétariat
            1 - Le Secrétariat permanent est établi au siège de la Société. Il comprend un Secrétaire général, ainsi que les secrétaires et le personnel nécessaires.
             2 - Le premier Secrétaire général est désigné dans l'Annexe. Par la suite, le Secrétaire général sera nommé par le Conseil avec l'approbation de la majorité de l'Assemblée.
            3 - Les secrétaires et le personnel du Secrétariat sont nommés par le Secrétaire général avec l'approbation du Conseil.
             4 - Le Secrétaire général de la Société est de droit Secrétaire général de l'Assemblée et du Conseil.
   (L'article 5 concerne les finances)


   ONU

       Article 7
            1 - il est créé comme organes principaux de l'Organisation des Nations Unies, une Assemblée Générale, un Conseil de Sécurité, un conseil économique et social, un Conseil de tutelle, une Cour Internationale de Justice et un Secrétariat.
            2 - Les organes subsidiaires qui se révéleraient nécessaires pourront être créés conformément à la présente Charte.

      Article 9 - Assemblée Générale
             1 - L'Assemblée Générale se compose de tous les Membres des Nations Unies.
             2 - Chaque Membre a cinq représentants au plus à l'Assemblée Générale.

      Article 10
            L'Assemblée Générale peut discuter toutes questions ou affaires rentrant dans le cadre de la présente Charte ou se rapportant aux pouvoirs et fonctions de l'un quelconque des organes prévus, et sous réserve des dispositions de l'article 12, formuler sur ces questions ou affaires des recommandations aux Membres de l'Organisation des Nations Unies, au Conseil de Sécurité ou aux Membres de l'Organisation et au Conseil de Sécurité.

       Article 11
            1 - L'Assemblée Générale peut étudier les principes généraux de coopération pour le maintien de la paix et de la sécurité internationales, y compris les principes régissant le désarmement et la réglementation des armements et faire sur ces principes, des recommandations, soit aux Membres de l'Organisation, soit au Conseil de Sécurité, soit aux Membres de l'Organisation et au Conseil de Sécurité.
            2 - L'Assemblée générale peut discuter toutes questions se rattachant au maintien de la paix et de la sécurité internationales dont elle aura été saisie par l'une quelconque des Nations Unies, ou par le Conseil de Sécurité, ou par un Etat qui n'est pas Membre de l'Organisation, conformément aux dispositions du paragraphe 2 de l'article 12, faire sur toutes questions de ce genre des recommandations soit à l'Etat ou aux Etats intéressés, soit au Conseil de Sécurité, soit aux Etats et au Conseil de Sécurité. Toute question de ce genre qui appelle une action est renvoyée au Conseil de Sécurité par l'Assemblée Générale, avant ou après discussion.
          3 - L'Assemblée Générale peut attirer l'attention du Conseil de Sécurité sur les situations qui semblent devoir mettre en danger la paix et la sécurité internationales.
          4 - Les pouvoirs de l'Assemblée Générale énumérés dans le présent article ne limitent pas la portée générale de l'article 10.

      Article 12
            1 - Tant que le Conseil de Sécurité remplit à l'égard d'un différend ou d'une situation quelconque, les fonctions qui lui sont attribuées par la présente Charte, l'Assemblée Générale ne doit faire aucune recommandation sur ce différend ou cette solution, à moins que le Conseil de Sécurité ne lui demande.
            2 - Le Secrétariat Général, avec l'assentiment du Conseil de Sécurité, porte à la connaissance de l'Assemblée Générale, lors de chaque session, les affaires relatives au maintien de la paix et de la sécurité internationales dont s'occupe le Conseil de Sécurité; il avise de même l'Assemblée Générale ou, si l'Assemblée ne siège pas, les Membres de l'Organisation, dès que le Conseil de Sécurité cesse de s'occuper des dites affaires.

      Article 13
              1 - L'Assemblée Générale provoque des études et fait des recommandations en vue de :
                                a) développer la coopération internationale dans le domaine politique et encourager le développement progressif du droit international et sa codification.
                                b) développer la coopération internationale dans les domaines économique, social, de la culture intellectuelle et de l'éducation, de la santé publique, et faciliter pour tous, sans distinction de race, de sexe, de langue ou de religion, la jouissance des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
              2 - Les autres responsabilités, fonctions et pouvoirs de l'Assemblée Générale, relativement aux questions mentionnées au paragraphe 1b ci-dessus, sont énoncées aux chapitres IX et X.

        Article 14
             Sous réserve des dispositions de l'article 12, l'Assemblée Générale peut recommander les mesures propres à assurer l'ajustement pacifique de toute situation, quelle qu'en soit l'origine, qui lui semble de nature à nuire au bien être général ou à compromettre les relations amicales entre nations, y compris les situations résultant d'une infraction aux dispositions de la présente Charte où sont énoncés les buts et les principes des Nations Unies.

       Article 15
            L'Assemblée Générale reçoit et étudie les rapports annuels et les rapports spéciaux du Conseil de Sécurité. Ces rapports comprennent un compte rendu des mesures que le Conseil de Sécurité a décidées ou prises pour maintenir la paix et la sécurité internationales.
L'Assemblée Générale reçoit et étudie les rapports des autres organes de l'Organisation.

     Article 16
           L'Assemblée Générale remplit en ce qui concerne le régime international de tutelle, les fonctions qui lui sont dévolues en vertu des chapitres XII et XIII, entre autres, elle approuve les rapports de tutelle relatifs aux zones non désignées comme zones stratégiques.

     Article 23 Conseil de Sécurité
          1 - Le Conseil de Sécurité se compose de quinze membres de l'Organisation. La République de chine, la France, l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques, le Royaume Uni de Grande Bretagne et d'Irlande du Nord et les Etats-Unis d'Amérique sont membres permanents du Conseil de Sécurité. Dix autres membres de l'Organisation sont élus, à titre de membres non permanents du Conseil de Sécurité par l'Assemblée Générale qui tient spécialement compte en premier lieu de la contribution des membres de l'Organisation au maintien de la paix et de la sécurité internationales et aux autres fins de l'Organisation et aussi d'une répartition géographique équitable.
         2 - Les membres non permanents du Conseil de Sécurité sont élus pour une période de deux ans. Lors de la première élection des membres non permanents après que le nombre des membres du Conseil aura été porté de onze à quinze, deux des quatre membres supplémentaires seront élus pour une période d'un an. Les membres sortants ne sont pas immédiatement rééligibles.
         3 - Chaque membre du Conseil de Sécurité a un représentant au Conseil.

    Article 24
        1 - Afin d'assurer l'action rapide et efficace de l'Organisation, ses membres confèrent au Conseil de Sécurité la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationales et reconnaissent qu'en s'acquittant des devoirs que lui impose cette responsabilité le conseil de Sécurité agit en leur nom.
         2 - Dans l'accomplissement de ces devoirs, le Conseil de Sécurité agit conformément aux buts et principes des nations Unies. Les pouvoirs spécifiques accordés au Conseil de Sécurité pour lui permettre d'accomplir lesdits pouvoirs sont définis aux chapitres VI, VII, VIII et XII.
         3 - Le Conseil de Sécurité soumet pour examen des rapports annuels et, le cas échéant des rapports spéciaux à l'Assemblée Générale.

    Article 26
          Afin de favoriser l'établissement et le maintien de la paix et de la sécurité internationales en ne détournant vers les armements que le minimum des ressources humaines et économiques du monde, le Conseil de Sécurité est chargé, avec l'assistance du comité d'Etat-Major prévu à l'article 47, d'élaborer des plans qui seront soumis aux membres de l'Organisation en vue d'établir un système de réglementation des armements.

     Article 97 Secrétariat Général
          Le secrétariat comprend un Secrétaire Général et le personnel que peut exiger l'Organisation. le Secrétaire Général est nommé par l'Assemblée Générale sur la recommandation du Conseil de Sécurité. Il est le plus haut fonctionnaire de l'Organisation.

     Article 98
          Le Secrétaire Général agit en cette qualité à toutes les réunions de l'Assemblée Générale, du Conseil de Sécurité, du Conseil économique et social et du Conseil de tutelle. Il remplit toutes autres fonctions dont il est chargé par ces organes. Il présente à l'Assemblée Générale un rapport annuel sur l'activité de l'Organisation.

    Article 99
           Le Secrétaire Général peut attirer l'attention du Conseil de Sécurité sur toute affaire qui, à son avis, pourrait mettre en danger le maintien de la paix et de la sécurité internationales.


     Pierre GERBET indique les divergences entre les membres fondateurs sur à la fois la qualité et le nombre des membres du Conseil et de l'Assemblée de la SDN. Le Président américain WILSON avait parlé des peuples se gouvernant eux-mêmes et jouissant d'institutions représentatives et démocratiques. La Grande Bretagne voulait que la SDN fut ouverte à ses Dominions, tandis que la France ne réclama rien de tel pour la Tunisie, le Maroc ou l'Indochine. Le refus du Parlement des Etats-Unis de ratifier le Pacte de la SDN porta dès le début atteinte au principe d'universalité de la SDN, alors qu'il était prévu que les Etats-Unis fasse partie du Conseil en compagnie de ses alliés dans la victoire de la Première Guerre Mondiale, la Grande Bretagne, la France, l'Italie et le Japon (l'allié de la Grande Bretagne depuis le début du siècle). A côté de ces membres permanents siégeront des représentants d'Etats avant la première élection par l'Assemblée, la Belgique, le Brésil, la Grèce et l'Espagne. Le  Conseil comporta donc au début 8 membres, mais de 1920 à 1926, ce nombre passa à quatorze jusqu'en 1933.
  Un des problèmes cruciaux de la SDN était bien entendu sa représentativité sur la scène internationale, et la question de la réforme de ses organes occupa une grande partie de son temps, au fut et à mesure des nouvelles adhésions. Mais de crise et crise, à partir de 1933 surtout, des démissions successives mirent à mal de façon définitive sa capacité d'action...
Le travail du Secrétariat s'organisa de façon empirique, son statut par rapport aux Conseil et Assemblée n'étant pas très précis. En fait, ses tâches découlèrent plus de la pratique que de textes constitutifs. "Forteresse de l'internationalisme, il disposait dès le début d'une puissance de fait qui mérite d'être soulignées. Il était l'élément permanent, en face d'un Conseil et d'une Assemblée dont les membres, absorbés par leurs fonctions nationales, regagnaient dans la hâte leur pays respectif après chaque session (...) L'action de la coopération diplomatique du Secrétariat était la base de tout".

   Dès le début, l'ONU, selon Jacqueline DUTHEIL de la ROCHERE, se dote d'un organe judiciaire, la Cour Internationale de Justice, qui constitue "l'organe judiciaire principal" des Nations Unies", qui prend la suite de la Cour permanente de justice internationale, avec pour différence formelle qu'elle fait partie de l'organisation internationale. Il faut remarquer, par le paragraphe 2 de l'article 7, qu'elle ne se fixe aucune limite dans la création d'organes subsidiaires "qui se révéleraient nécessaires". Créés par décision du Secrétaire Général, par résolution de l'Assemblée Générale ou du Conseil de Sécurité et même du Conseil économique et social, des organisations jouissant d'une autonomie importante (Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, Fonds des Nations Unies pour le l'enfance, CNUCED, ONUDI, PNUD...) font partie de l'ensemble du système de l'ONU. Des institutions spécialisées, crées par des ensembles d'Etats, possèdent une base juridique distincte de celle des Nations Unies (la FAO par exemple), mais dans la pratique ils fonctionnent comme des organes subsidiaires, notamment en application de l'article 63 de la Charte qui prévoit les accords de coordination.

   L'article 9 (André LEWIN) sur la composition de l'Assemblée Générale, affirme l'universalité de l'ONU.
   L'article 10,  sur ses fonctions et pouvoirs (Mohammed BENNANI), dévolue à cette Assemblée un rôle de forum mondial où "vont s'harmoniser les efforts vers la réalisation des buts et principes de l'Organisation. Certains parlent de "conscience collective universelle", d'"autorité morale", et beaucoup de pays membres, pour faire avancer certaines causes la considèrent comme telle.
"Dans la plupart des cas, l'Assemblée est souveraine puisqu'il lui appartient de se prononcer en cas de besoin sur sa propre compétence. cependant, dans de nombreuses hypothèses, elle est appelée à partager son pouvoir de décision avec le Conseil de Sécurité quand il s'agit de questions qui relèvent, de par leur nature, de la paix et de la sécurité internationales". Lors de la guerre de Corée en 1950, comme au moment de l'affaire du Congo belge en 1960, l'Assemblée Général prit acte de l'impossibilité d'agir du Conseil de Sécurité. D'abord en 1950, la "théorie du non-exercice de ses fonctions" par le Conseil de Sécurité joua au profit de l'Assemblée Générale, qui par l'adoption de la résolution "Union pour le maintien de la paix" (appelée aussi résolution Dean Acheson) le 3 novembre 1950, se saisit de la question de la guerre entre les deux Corées. Ensuite, en 1960, prenant appui précisément sur cette résolution, l'Assemblée Générale décide la convocation d'une session extraordinaire pour examiner la question du Congo. Malgré les polémiques diplomatiques, cette fameuse résolution fait jurisprudence pour l'application de cet article 10.
   L'article 11 (Hubert THIERRY) fut appliqué à plusieurs reprises pour faire avancer l'étude des principes généraux du droit international : résolution sur la définition de l'agression, déclaration de Manille de 1982 sur le règlement pacifique des différends (quoique cette dernière relève plutôt de l'article 13...), mais c'est surtout dans le domaine du désarmement que le paragraphe 1 a été utilisé. Mais les relations entre les deux Grands ne passèrent pas réellement par les Nations Unies dans ce domaine et les différentes Conférences (Conférence du Comité de désarmement, pour l'arms control par exemple) furent plutôt seulement reliées aux Nations Unies. Les différentes Campagne de désarmement de l'ONU, sur la base d'études d'experts gouvernementaux ou de l'UNIDIR (Institut des Nations Unies pour la recherche sur le désarmement) eurent sans doute des effets diplomatiques importants sur les différentes négociations mais  de manière tout-à-fait indirectes. Par ailleurs, l'abondance des travaux se traduit plutôt par une absence de clarté et des impacts limités. Les domaines abordés sont vastes et les résolutions très nombreuses, produisant parfois des effets très tard par rapport au moment de leur vote. Par exemple la résolution pour la cessation d'armes nucléaires dataient déjà de 1963 et il fallut attendre la fin des années 1990, pour qu'ils cessent réellement.
 Hervé CASSAN explique que l'article 11 dans ses paragraphes 2 et 3, n'a que très rarement été appliqué dans une résolution. Le vote de la résolution Acheson "a créé, au sein de l'organisation, une pratique parallèle dont l'existence a totalement perturbé la logique du système initial de maintien de la paix". Elle n'est rattachable à aucune article et elle permit un changement de répartition de pouvoir entre le Conseil de Sécurité et l'Assemblée Générale, jusqu'à une "interchangeabilité des compétences". C'est-à-dire, en fait sur le droit à discuter d'une situation, sur le pouvoir de recommander, sur l'interdiction d'agir... la pratique fait que souvent l'Assemblée Générale s'autorise "à recommander des mesures précises concernant le maintien de la paix", ce qui "transforme l'acte de renvoi en une injonction adressée au Conseil de Sécurité.", et cela souvent avec l'approbation du Secrétaire Général.
    L'article 12, dans ces conditions, a toutes les chances de...ne pas être appliqué. Chacun de son côté, Assemblée Générale et Conseil de Sécurité, traitant en parallèle des mêmes questions (conflit racial en Afrique du Sud, situation en Angola, situation en Tunisie, situation en Rhodésie du Sud, question de Chypre...) . Il existe même des répétitions de l'Assemblée Gnérale de résolution du Conseil de Sécurité (condamnation de l'attaque d'Israel sur le réaction nucléaire irakien en 1981) (Philippe MANIN).
   L'article 13, paragraphe 1 (a) établit Yves DAUDET, a vu son application, ce que l'on voit après analyse du Répertoire de la pratique suivie par les Organes des Nations Unies, se porter principalement "sur les aspects de codification et de développement progressif du droit international en tant que prolongement naturel et résultat de la coopération dans le domaine politique". En 1947, l'Assemblée Générale crée la Commission pour le développement progressif du droit international et sa codification. Cette Commission prépare de nombreux textes de droit public international, comme la Charte des droits et devoirs économiques des Etats du 14 décembre 1974, et sa composition, experts scientifiques en droit indépendants de leurs gouvernements, permet d'aller très loin dans l'élaboration de textes qui se veulent contraignants. Ainsi pour  le droit de la mer (1958), pour l'élimination et la réduction des cas d'apatride dans l'avenir (1961) ou pour la succession d'Etats en matière de traités (1978). Une fois posés les principes élaborés par la Commission, et votés par l'Assemblée Générale, il reste à les appliquer, ce qui peut poser des difficultés d'ordre politique, mais dans l'ensemble l'appartenance à une même culture diplomatique fait que les différents Etats se plient aux Conventions qui sortent des travaux de cette Commission.
   Les obstacles à l'application de l'article 13, paragraphe 1 (b) explique Maurice FLORY, proviennent tout simplement du fait que les "les questions économiques, sociales et culturelle comme celles qui concernent les droits de l'homme constituent, avant de faire l'objet d'une coopération internationale, un domaine essentiel de la politique nationale". Toutefois, les recommandations faite en application de cette partie de l'article 13 "sont nombreuses, plus d'une centaine à chaque session dont les trois quart ont trait à la coopération économique et sociale". "Un bilan de l'ONU montre l'ampleur de l'oeuvre accomplie depuis 1945. En volume, c'est beaucoup plus de la moitié de l'action de l'ONU qu'il faut inscrire sous le chapitre de la coopération économique et sociale qui constitue un domaine qui ne cesse de s'élargir."
    L'article 14 définit avec le plus de précision les compétences de l'Assemblée, indique Philippe MANIN. "Même en l'absence de tout différend constitué, l'Assemblée Générale peut intervenir (...) dès lors qu'elle décèle l'existence d'une situation qui pourrait conduire à un différend", ce qui permet de passer outre les difficultés sur la qualification première de la situation en question. Ce qui permet à l'Assemblée Générale de produire des recommandations - leur application étant un autre problème - sur le fond de questions comme celui de la Palestine, de l'Afrique du Sud. La Cour Internationale de Justice met l'accent sur l'intérêt de cet article dès 1962 : l'Assemblée Générale peut pratiquer délibérer de tout, et le Conseil de Sécurité, à qui est dévolu strictement l'action coercitive, doit tenir compte de ses recommandations. De fait, "l'article 14 a joué un rôle historique non négligeable en faveur d'une interprétation large des compétences de l'Assemblée dans le domaine du maintien de la paix. Ceci étant acquis, il peut arriver qu'il soit invoqué incidemment, mais il reste la plupart du temps à l'arrière-plan comme l'une des bases d'une compétence multiforme."
      Hervé CASSAN montre l'importance de l'article 15, dans son paragraphe 1, qui a son correspondant dans l'article 24, paragraphe 3. Dans le domaine des interpénétrations des compétences de l'Assemblée Générale et du Conseil de Sécurité, la Charte prévoit 3 formes possibles de relations juridiques :
  - un exercice conjoint de compétences (avec possibilité de saisine mutuelle et pouvoir de recommandation réciproque) ;
  - un exercice successif de compétences (avec responsabilités principales reconnues au Conseil de Sécurité) ;
  - un examen a posteriori par l'Assemblée Générale de l'action du Conseil de Sécurité.
 La question se pose : un pouvoir de contrôle ou un simple droit à l'information pour l'Assemblée Générale?
 En fait, il "est établi que l'Assemblée Générale n'examine pas, au fond, les rapports du Conseil de Sécurité", elle se borne à "prendre acte" ou à "prendre note" de ces rapports. Normalement, les rapports spéciaux, c'est-à-dire ceux qui concernent les mesures prises par le Conseil de Sécurité pour maintenir la paix et la sécurité internationale, devraient faire l'objet d'une étude précise, mais en fait ces rapports spéciaux concernent surtout l'admission ou la non-admission de nouveaux membres. Ceux-ci sont très étudiés, et l'Assemblée Générale s'est montrée impérative à plusieurs reprises.
      L'article 23 est, rappelle Madjid BENCHIKH, "un des articles les plus controversés dans le système constitutionnel des Nations Unies". Le Conseil comprenait à l'origine 5 membres permanents (Chine, Grande-Bretagne, France, URSS, Etats-Unis) et 6 membres non permanents. Le 17 décembre 1963, l'Assemblée Générale, prenant en compte l'évolution de la société internationale consécutive au mouvement de décolonisation, procède à une modification de la composition du Conseil de Sécurité. Il comprend désormais, outre les 5 membres permanents, 10 membres non permanents, élus pour deux ans par l'Assemblée Générale à la majorité des deux tiers. De vifs débats ont lieu régulièrement, pour changer cette composition, notamment sur le nombre des membres non-permanents (le porter de 10 à 16 par exemple dans un projet du groupe des 77 formulé en 1980). Et aussi, depuis la fin du système des deux blocs, sur le nombre et la qualité des membres permanents, ce à quoi les membres actuels ont toujours répondu par le critère d'efficacité et de rapidité nécessaires à l'action du Conseil de Sécurité. Déjà, la SDN avait été le théâtre de semblables débats et nous trouvons regrettable que l'attention se polarise souvent sur la composition du Conseil de Sécurité et non sur les moyens de parvenir à donner aux résolutions de ce Conseil une force de loi effective. On peut craindre que les débats de ce genre n'enlisent l'ONU comme elle a enlisé en partie la SDN.
      L'article 24, dans ses paragraphes 1 et 2  (René DEGNI-SEGUI) donne au Conseil de Sécurité le rôle "de gendarme international qui a charge de concevoir et d'imposer l'ordre mondial. L'ONU enregistre en cela un net progrès par rapport à sa devancière qui, ne possédant pas un tel organe et s'en remettant à l'ensemble des Etats, s'est montrée inefficace."
La lettre et l'esprit de la Charte "conduisent à interpréter ce terme (responsabilité principale) dans le sens de "concurrence" des deux organes politiques, avec la primauté du Conseil". Mais, comme nous l'avons déjà écrit plus haut, la résolution 377 dite "Union pour la paix" a bouleversé l'équilibre des pouvoirs entre les deux instances.
Le professeur à la faculté de Droit d'Abidjan discerne trois périodes dans l'application de cette résolution :
   - Durant la première, qui s'étale de 1951 à 1960 et qui est marquée par la guerre froide, elle a été employée 5 fois dans les situations les plus graves : Corée (1951), Suez (1956), Hongrie (1956), Liban (1958), Congo (1960) ;
   - Durant la seconde, de 1961 à 1979, elle n'a été utilisée qu'une fois, en 1971, à propos du conflit indo-pakistanais ;
   - Dans la dernière période, qui s'étend sur une courte durée, la résolution connaît un regain d'intérêt. En deux ans, de 1980 à 1982, elle est employée 4 fois et en 2 fois en 1986, à propos des affaires d'Afghanistan (1980), de Palestine (1980), de Namibie (1981), du Golan (1982), du Raid des Etats-Unis sur Tripoli (1986), et de l'application de l'arrêt de la Cour Internationale de Justice de 1986 dans l'affaire des activités militaires et para-militaires au Nicaragua et contre celui-ci.
  La majorité afro-asiatique entend se servir de plus en plus de cette résolution.
  Le juriste rappelle par ailleurs que l'article 27 limite les pouvoirs du Conseil : a décision ne peut se prendre que si 9 de ses membres, parmi lesquels sont compris tous les membres permanents.
     Dans son commentaire sur l'article 25, Erik SUY, mentionne le fait que "la distinction entre les décisions et les recommandations tend à s'estomper". La comparaison de la Charte, dans sa distinction des chapitres VI et VII, délimitant bien les résolutions préventives, conciliatrices et coercitives et de son application par le Conseil de Sécurité reste un sujet d'étonnement, mais qui s'explique par de multiples contorsions diplomatiques : "le Conseil s'abstient généralement (et délibérément) de faire référence à un chapitre ou à un article de la Charte pour justifier son actions." Cela peut expliquer la difficulté pour l'étudiant ou le citoyen quand il étudie les résolutions concernant un conflit : la référence est souvent cumulative entre résolutions, et dans la résolution du début, il ne peut pas trouver cette justification... Malgré quarante ans de pratiques, "nonobstant les éclaircissements fournis par la Cour Internationale de Justice, n'ont pas été à même de résoudre définitivement la question de savoir quelles résolutions du Conseil de Sécurité sont obligatoires pour les Etats membres. Logique et clair dans son énoncé, l'article 25 reste et restera ambigu dans son application". Une explication de cet état de fait peut être sans doute trouvée dans le fait que les Etats membres n'ont  tout simplement pas réellement encore choisi de se dessaisir d'une part de leur souveraineté dans le domaine de la guerre et de la paix.
     L'article 26 de la Charte concerne les différentes courses aux armements et d'emblée Hector GROS ESPIELL indique qu'à la différence de l'article 8 du Pacte de la SDN qui faisait référence à la "réduction des armements", il parle de "réglementation des armements". "La Charte s'écarta de la procédure pour la réduction des armements (...) qui, instituant un système complexe et rigide, pût être considéré comme liée aux échecs de la Société des Nations en matière de réduction des armements"... Mais en fait, le changement de situation entre le moment de la rédaction de la Charte (nous étions encore en pleine guerre mondiale) et la période qui voir la crispation des relations entre les deux Grands, mène tout simplement à la "non application de l'article 26". "Cette non-application (...) a eu comme conséquence le déplacement de l'action des Nations Unies dans la matière vers l'Assemblée et les organes créés par elle (...)"
   L'article 97 sur le Secrétariat (Chapitre XV) donne au Secrétaire Général une certaine latitude d'action que assez vite, certains Etats lui contestèrent (Union Soviétique qui proposait de le remplacer par une troïka). La personnalité du Secrétaire Général est essentiel dans l'activité de l'organisation, d'autant qu'il est juridiquement le plus haut fonctionnaire de l'organisation.
Au-delà de la question du Secrétaire Général, comme l'écrit Mario BETTATI, c'est toute l'administration des Nations Unies qui grossit et, pour certains diplomates, s'enfle : "L'accroissement du nombre d'agents de l'Organisation est sans doute le signe (surtout quand nous le comparons au nombre rachitique du Secrétariat de la SDN) du dynamisme international et de l'extrême diversification des tâches que doit accomplir le système central et les organes subsidiaires. De 2 400 en 1946, il est passé à près de 15 000 aujourd'hui ; il ne cesse de préoccuper les Etats principaux contribuables d'autant qu'environ 80% du budget ordinaire de l'ONU est absorbé par les traitements, salaires et frais connexes". En 1984, le Secrétaire Général suspendu tout recrutement, pour réorganiser l'ensemble des services.
    L'article 98 laisse finalement au Secrétaire Général une grande latitude pour intervenir dans les conflits, tendant surtout à donner aux parties en présence les moyens de les résoudre plus qu'en utilisant les multiples forces des opérations de maintien de la paix, dont l'activité est réellement observé avec prudence (le mot est sans dout faible)  par l'ensemble des diplomates. Pour Marie-Claude SMOUTS, le rapport annuel sur l'activité de l'organisation est un moyen d'affirmer l'autorité politique et morale du Secrétaire Général, dans sa capacité d'impulser l'action.
    L'article 99 fut et est largement utilisé par le Secrétaire Général et par exemple, PEREZ DE CUELLAR, dans son rapport annuel insistait en 1982 sur la nécessité de jouer plus efficacement son rôle préventif et développer une capacité plus élargie et plus systématique d'établir les faits dans les zones de conflit potentiel.  Les Etats membres "n'ont jamais pu s'entendre pour opposer à (l'évolution du rôle du Secrétaire Général) un texte qui l'encourage ou bien qui y mette un frein". (Marie-Claude SMOUTS).

    Pierre GERBET, Marie-Renée MOUTON et Victor-Yves GHEBALI, Le rêve d'un ordre mondial, de la SDN à l'ONU, Imprimerie Nationale, 1996 ; Commentaire article par article de La Charte des Nations unies, sous la direction de Jean-Pierre COT et d'Alain PELLET, Economica, 1991.

  
   
 



   
  

Par GIL - Publié dans : RAPPORTS
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Mercredi 27 janvier 2010 3 27 /01 /2010 12:40
         Rares sont les films historiques qui résistent à  rendre romanesque l'Histoire et ce film britannique réalisé en 1982 sur le "Mahatma" Gandhi possède ce mérite. Pendant plus de trois heures, nous pouvons suivre l'itinéraire, d'abord en Afrique du Sud, puis en Inde, de cette figure de la non-violence qui mena son pays à l'indépendance.
Admirablement interprété par Ben Kingsley tout de sobriété pour le rôle titre, doté de grands moyens pour reconstituer les luttes massives non-violentes, notamment la fameuse marche du sel de 1930, ce film fut salué en son temps par la critique internationale et récompensé par plusieurs Oscars. S'inspirant du récit de ces combats contre le racisme et l'autodétermination par Gandhi lui-même et de nombreux témoins proches de lui, sans verser ni dans le sentimentalisme ni dans le spectaculaire à outrance (300 000 figurants tout de même), cette fresque constitue une bonne introduction pour qui n'a entendu parler de non-violence que vaguement, pour comprendre l'action et la philosophie non-violentes.

     Gandhi, un film de Richard Attenborough, 1982, 189 minutes, Columbia Pictures, disponible en vidéo.
Par GIL - Publié dans : FILMS UTILES
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Lundi 25 janvier 2010 1 25 /01 /2010 15:53
           L'oeuvre de Rosa LUXEMBURG, figure de l'aile gauche de l'Internationale Socialiste avant et pendant la Première Guerre Mondiale, demeure inséparable de son activité militante en faveur de la classe ouvrière, du prolétariat pour reprendre sa terminologie. L'essentiel de cette oeuvre et cette activité se situe en Allemagne, au sein du Parti Social-Démocrate (SPD), avant la création fin 1918 de la Ligue Spartakus, ancêtre du Parti Communiste d'Allemagne (KPD). Elle laisse à la postérité une conception du Parti et de la Révolution opposée à celle de LENINE.

       Parmi les livres et écrits consacrés aux conditions de la mobilisation des masses pour l'avènement du socialisme, en Russie, en Allemagne comme dans les autres pays, figurent ceux qui peuvent être regroupés sous la rubrique de l'antimilitarisme révolutionnaire. Sans préjuger de l'évolution possible de sa pensée (elle fut assassinée en 1919), il apparaît que Rosa LUXEMBURG fut longtemps réticente aux mots d'ordre de grève générale et encore plus à celui de grève à l'intérieur de l'armée, avant d'en faire les principaux modes d'action du prolétariat, opposés aux compromissions parlementaires. Daniel GUERIN notamment, met l'accent sur ces hésitations, très loin d'une certaine imagerie qui en fait le chantre constant de l'insurrection armée.

     Dans Réforme sociale ou Révolution publié en 1898, Rosa LUXEMBURG réfute la méthode opportuniste, à travers une critique virulente de l'action d'Eduard BERNSTEIN (1850-1932), l'instauration du socialisme par le moyen de réformes sociales. Revenant en cela aux textes des fondateurs du marxisme, elle attaque les idées de crainte de conquête prématurée du pouvoir par la classe ouvrière. le prolétariat, écrit-elle, "ne peut faire autrement que de s'emparer prématurément du pouvoir politique, ou, en d'autres termes, il ne peut que le conquérir une ou plusieurs fois trop tôt, pour parvenir enfin à une conquête définitive."

    Masses et chefs, comme Questions d'organisation de la social-démocratie russe, de 1904, s'opposent directement à la conception léniniste du Parti. Elle entend revenir aux conceptions de Karl MARX lui-même : "...ainsi que Marx l'écrivait déjà en 1845, "avec la profondeur de l'action historique croîtra le volume de la masse engagée dans cette action". La lutte de classes du prolétariat est la plus "profonde" de toutes les actions historiques qui se sont déroulées jusqu'à présent, elle embrasse la totalité des couches inférieures du peuple et, depuis qu'existe une société divisée en classes, c'est la première action qui corresponde à l'intérêt propre de la masse. C'est pourquoi l'intelligence propre de la masse quant à ses tâches et moyens est pour l'action socialiste une condition historique indispensable tout comme l'inconscience de classe fut autrefois la condition des actions des classes dominantes. Par là, l'opposition entre "chefs" et la majorité qui "trotte à leur suite", se trouve abolie, le rapport entre la masse et les chefs est renversé. L'unique rôle des prétendus "dirigeants" de la social-démocratie consiste à éclairer la masse sur sa mission historique. L'autorité et l'influence des "chefs" dans la démocratie socialiste ne s'accroissent que proportionnellement au travail d'éducation qu'ils accomplissent en ce sens. Autrement dit, leur prestige et leur influence n'augmentent que dans la mesure où les chefs détruisent ce ui fut jusqu'ici la base de toute fonction de dirigeants : la cécité de la masse, dans la mesure où ils se dépouillent eux-mêmes de leur qualité de chefs, dans la mesure où ils font de la masse la dirigeante, et d'eux-mêmes les organes exécutifs de l'action consciente de la masse. (...) Sans doute, la transformation de la masse en "dirigeante" sûre, consciente, lucide, la fusion rêvée par LASALLE de la science avec la classe ouvrière, n'est-elle et ne peut être qu'un processus dialectique, puisque le mouvement ouvrier absorbe d'une façon ininterrompue des éléments prolétariens nouveaux ainsi que des transfuges d'autres classes sociales. Toutefois, telle est et telle demeurera la tendance dominante du mouvement socialiste : l'abolition des "dirigeants" et de la masse "dirigée" au sens bourgeois, l'abolition de ce fondement historique de toute dominante de classe. (...) La connexion intime du mouvement socialiste avec l'essor intellectuel se réalise non pas grâce aux transfuges qui nous viennent de la bourgeoisie, mais grâce à l'élévation de la masse prolétarienne. Cette connexion se fonde, non sur une affinité quelconque de notre mouvement avec la société bourgeoise, mais sur son opposition à cette société. Sa raison d'être est le but final du socialisme, la restitution de toutes les valeurs de civilisation à la totalité du genre humain." (Masses et chefs, parus dans Marxisme contre dictature, Cahiers Spartacus de juillet 1946).
   Dans Question d'organisation... elle insiste sur le fait que rien ne gardera mieux le mouvement ouvrier de tous les "abus opportunistes de la part d'une intelligentsia ambitieuse" et des "désirs de domination des intellectuels" de le faire entrer dans la "cuirasse d'un centralisme bureaucratique" que l'auto-activité révolutionnaire des ouvriers.

    Grèves de masses, Parti et Syndicat de 1906 pose la question, à la lumière de l'expérience russe de 1905, de la préparation de la classe ouvrière à ces modes d'actions. Rosa LUXEMBURG repose ces mêmes questions en 1918 dans Les masses sont-elles mûres?  Elle prône constamment l'action commune du Parti et du Syndicat et récuse le caractère foncièrement russe de l'insurrection ouvrière. "La grève de masse apparaît ainsi non pas comme un produit spécifiquement russe de l'absolutisme, mais comme une forme universelle de classe prolétarienne, déterminée par le stade actuel du développement capitaliste et des rapports de classe."

    Une introduction à l'économie politique de 1907 et L'accumulation du capital de 1913 veut montrer l'intrication de l'action des impérialisme et celle nécessaire du prolétariat. Dans Les conditions historique de l'accumulation du capital du deuxième ouvrage, l'auteur met en lumière les fonctions du militarisme en économie. Ces passages furent encore discutés dans les années 1960 à 1980 et les écrits d'Enst MANDEL (Traité d'économie marxiste) y font référence.

   La brochure de Janus, intitulée La crise de la social-démocratie, en 1915, participe aux débats sur l'attitude de la social-démocratie face à la Guerre (Rappelons que sa tendance est marginalisé et censurée au sein du SPD depuis au moins le début des années 1910). Devant le "fait indéniable de la Guerre", elle refuse la mise en parenthèse de la lutte des classes, avec l'acceptation de l'Union Sacrée, l'éclipse finalement de la question sociale par la question nationale.

   Ses écrits sur la Révolution Russe en 1918 et 1919 dénoncent la mauvaise passe de la révolution russe depuis la paix séparée de Brest-Litovsk.

     Fragments sur la guerre, la question nationale et la révolution, publié en 1918, est dans l'histoire de l'antimilitarisme révolutionnaire, un pamphlet de référence : "Alors que la haine de classe contre le prolétariat et la menace immédiate de révolution sociale qu'il représente détermine intégralement les faits et geste des classes bourgeoises, leur programme de paix et leur politique à venir, que fait le prolétariat international? Totalement sourd aux leçons de la révolution russe, oubliant l'abc du socialisme, il cherche à faire aboutir le même programme de paix que la bourgeoise et le préconise dans son programme propre! Vive Wilson et la Société des Nations! Vive l'autodétermination nationale et le désarmement! Voilà maintenant la bannière à laquelle se rallient soudain les socialistes de tous les pays - et avec eux les gouvernements impérialistes de l'Entente, les partis les plus réactionnaires, les socialiste gouvernementaux arrivistes, les socialistes oppositionnels du marais "fidèles aux principes". Les pacifistes bourgeois, les utopistes petits-bourgeois, les Etats nationalistes parvenus, les impérialistes allemands en faillite, le pape, les bourreaux finlandais du prolétariat révolutionnaire, les mercenaires ukraniens du militarisme allemand. (...)
  Il importe avant tout d'appréhender le problème décisif de cette période et de s'y tenir sans se laisser démonter. Et ce problème s'intitule : la dictature du prolétariat, réalisation du socialisme. Les difficultés de la tâche ne résident pas dans la puissance de l'opposant, des résistances de la société bourgeoise. La guerre a rendu inutilisable pour la répression du prolétariat son ultima ratio, l'armée, devenue elle-même révolutionnaire. La guerre a disloqué la base matérielle de son existence, le maintien de la société. La tradition, la routine, l'autorité - sa base morale d'existence - ont été dispersées à tous vents. Tout l'édifice se relâche, s'ébranle, s'effrite. Les conditions de la lutte pour le pouvoir sont plus favorables à la classe ascendante qu'elles ne l'ont jamais été dans l'histoire mondiale. Il peut tomber comme un fruit mûr dans l'escarcelle du prolétariat. La difficulté réside dans le prolétariat lui-même, dans son manque de maturité ou plus encore dans le manque de maturité de ses chefs, des partis socialistes. La course poursuite générale du nationalisme et de la Société des Nations. Les socialistes doivent maintenant faire leur apprentissage, réapprendre l'abc, mais accéléré dans la pratique. Le programme de paix de la société bourgeoise est inapplicable. D'où la garantie historique de la proximité de la révolution et de la victoire. La classe ouvrière regimbe, elle recule sans cesse devant l'énormité de sa tâche. Mais elle doit le faire, il le faut. L'histoire lui ferme toutes les portes de sorties, elle doit mener l'humanité dégradée hors de la nuit et J'épouvante vers la lumière de la libération (Le reste est illisible...).
En 1918 et en 1919, la révolution dite spartakiste fut écrasée dans le sang, sous ordre en partie d'un gouvernement composé de têtes du SPD...

           Que veut la Ligue Spartakiste? Programme du Parti Communiste Allemand est un texte publié en 1918 pour la première fois dans le journal spartakiste Die note Fahne du 14 décembre. Dans les mesures immédiates pour assurer le triomphe de la révolution figurent le "désarmement de toute la police, de tous les officiers ainsi que de soldats d'origine non prolétarienne, désarmement que tous ceux qui font partie des classes dominantes", la "réquisition de tous les stocks d'armes et de munitions ainsi que des usines d'armements par les soins des conseils d'ouvriers et de soldats", l'armement de l'ensemble du prolétariat "masculin adulte" pour constituer une milice ouvrière, la "suppression du pouvoir de commandement des officiers et des sous-officiers, substitution d'une discipline consentie par les soldats à l'obéissance passive à la prussienne. Election de tous les supérieurs par les hommes de troupe avec droit permanent de les révoquer, abolition de la juridiction militaire.".

      Dans sa conclusion sur son étude de la "spontanéité révolutionnaire" de Rosa LUXEMBURG, Daniel GUERIN écrit : "Disons, pour terminer, que beaucoup de malentendus et de contradictions handicapent l'oeuvre (son) oeuvre. Il n'en reste pas moins que son immense mérite est d'avoir à la fois contesté les conceptions d'organisation autoritaire de LENINE et tenté d'arracher la social-démocratie allemande à son légalisme réformiste en insistant, comme aucun marxiste ne l'avait fait auparavant avant elle, sur la priorité déterminante de l'auto-activité des masses. TROTSKY, sur ce dernier point, lui a rendu un éclatant hommage (...)"  "le problème qu'elle a posé n'a pas encore trouvé de solution, le débat qu'elle a ouvert son point final. Seuls peut-être les anarchistes dans la tradition de BAKOUNINE et leurs héritiers espagnols de la Fédération Anarchiste Ibérique (FAI) ont-ils, plus ou moins, approché le secret du rapport entre masses et avant-garde : "fraternités" bakounistes au sein de l'organisation ouvrière de masses qu'étaient la Première Internationale, Fédération anarchiste fécondant, de l'intérieur, la centrale syndicale espagnole qu'était la Confédération Nationale du Travail (CNT)". "la partie la plus novatrice et la plus actuelle aussi (le livre de Daniel GUERIN date de 1971) du bilan luxembourgien, ce sont assurément les idées exprimées par Rosa au congrès de la Ligue Spartacus au soir de sa trop courte vie : primauté des conseils ouvriers, tout le pouvoir aux prolétaires, condamnation du syndicalisme bureaucratique, importance des inorganisés."
Mais l'équivoque plane sur le congrès constitutif : la transformation de Spartacus en Parti Communiste le place dans une subordination à une révolution russe qui avait déjà commencé à jeter par-dessus bord le programme de la démocratie ouvrière soviétique. Entendons par là, point d'histoire, la suppression pure et simple des pouvoirs des soviets, dissimulée aux yeux de beaucoup par le nom adopté d'Union des Républiques Socialistes Soviétiques....

    L'auteur de cette critique plutôt favorable aux thèses de Rosa LUXEMBURG fut parmi ceux qui dans la fin des années 1960 diffusèrent ses oeuvres. Cette diffusion continue encore aujourd'hui à la vivacité de cette perception de l'action des masses, condamnée par LENINE, injuriée par STALINE, reniée finalement par TROTSKY, refoulant dans un premier temps le luxemburgisme dans l'obscurité (Dominique COLAS). Ces oeuvres inspirent Claude LEFORT comme Hannah ARENDT qui suivit beaucoup L'accumulation du capital pour écrire son propre livre sur L'impérialisme.
  En fin de compte, avec le recul de l'histoire, on pourrait écrire avec Dominique COLAS que les diagnostic de Rosa LUXEMBURG et de LENINE sur les possibilités réelles du socialisme en Russie n'étaient pas si éloignées que leurs conclusions concrètes. Comme lui, Rosa LUXEMBURG doute de la capacité des masses à construire un parti ouvrier puissant : le désespoir du leader russe l'amène à constituer un Parti-Etat extrêmement centralisé.
  De son côté Gilbert BADIA met l'accent sur le fait qu'il n'y a pas de luxemburgisme "en ce sens que Rosa LUXEMBURG n'a pas édifié un système élaboré, un doctrine alternative au léninisme. Sur beaucoup de points - fidélité au marxisme, nécessité de nationaliser les moyens de production, lutte contre les contre-révolutionnaires, confiance dans l'action des masses, hostilité à la social-démocratie et à ses compromis avec la bourgeoisie - il existe un accord de fond entre les conceptions de Lénine et de Rosa Luxemburg. Il y a divergence (...) sur la conception du Parti. Lénine insiste sur sa cohésion doctrinale, sur sa discipline, sur l'importance de l'organisation. Rosa Luxemburg met au premier plan la démocratie interne, la liaison avec les masses et sous-estime visiblement les problèmes d'organisation. Sur la question nationale : Lénine affirme le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, alors que Rosa Luxemburg, hostile à la constitution en Etats séparés des nationalités non russes de l'empire tsariste, combat ce mot d'ordre comme étant bourgeois. Sur la question paysanne : tandis que Lénine préconise l'alliance des paysans et des ouvriers, Rosa Luxemburg se défie de l'attitude rétrograde des couches paysannes."

    Gilbert BADIA, Article Luxemburgisme dans Dictionnaire critique du marxisme, PUF, collection Quadrige, 1999 ; Dominique COLAS Article Rosa Luxemburg dans Dictionnaire des Oeuvres politiques, PUF, 1986 ; Daniel GUERIN, Rosa Luxemburg et la spontanéité révolutionnaire, Flammarion, Questions d'histoire, 1971.

     Comme l'écrit bien le collectif Smolny (www.collectif-smolny.org), la parution des textes de Rosa Luxemburg en langue française n'a jamais fait l'objet d'un plan d'ensemble concerté. Aussi retrouve t-on les textes de cet auteur un peu dispersé, et beaucoup d'extraits sont publiés ça et là. Néanmoins un gros travail d'édition a été réalisé par les animateurs du site www.marxists.org, et dans sa section française, les textes intégrés cités plus haut sont présents, ainsi que beaucoup d'autres. Nous ne pouvons que conseiller de consulter ce site Internet pour y avoir accès (gratuitement).
   Sur ce qui nous intéresse le plus ici, sur les aspects de l'antimilitarisme révolutionnaire (quoique les autres écrits font partie d'une approche du conflit également), on peut consulter entre autres, introduit par René et Serge LEFEUVRE, un recueil de texte,  Contre la guerre : lettres et tracts de Spartacus aux Editions de la Tête de feuilles - Cahiers de Spartacus, 1972, 203 pages.





Par GIL - Publié dans : AUTEURS
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Jeudi 21 janvier 2010 4 21 /01 /2010 14:21
                  Chaque religion ou sagesse développe une réflexion et des préceptes, plus ou moins directement, sur la violence. Certaines tendances de la plupart des religions organisées affirment une nette préférence contre la violence, voire prônent une attitude non-violente devant la vie et dans la société. Mais on ne peut pas dire - en dehors du rôle qu'elle joue effectivement dans les phénomènes de violence - qu'elles livrent dans l'ensemble des préceptes non-violents. Seules des minorités à l'intérieur de certaines religions font nettement entendre une tonalité non-violente.
  Au moment d'une laïcisation de la société, plus ou moins importante et intervenue tardivement dans l'histoire, souvent d'ailleurs en prolongement d'une philosophie non-violente développée à l'intérieur du monde religion, des personnes et des groupes affirment une non-violence plus politique que religieuse, à visées directement sociétales, sans référence au plan divin.
  Aujourd'hui existent de par le monde une mutitude de mouvements qui se réclament de la non-violence et qui oeuvrent directement pour l'émergence d'un monde en tout cas non-violent, ou d'une société non-violente. Soit en faisant vivre dans des communautés plus ou moins autarciques leur idéal, soit en luttant directement contre la guerre, la militarisation, les différentes courses aux armements. Les arguments moraux, philosophiques et politiques, voire stratégiques dominent tour à tour ou simultanément le discours de ces mouvements.


     Ramin JAHANBEGLOO, dans son travail pour l'UNESCO, Penser la violence, aborde son histoire et ses tendances actuelles sous quatre angles différents : "D'abord, en situant ses racines culturelles dans les grandes sources éthiques et religieuses de l'histoire de l'humanité. Ensuite, en l'envisageant par rapport à la pensée et à l'action de ceux qui ont contribué à sa formulation dans les temps modernes. Troisièmement, en accordant notre attention aux combats menés par les quatre grandes figures contemporaines de la non-violence (l'auteur pense à Henry David THOREAU, à Léon TOLSTOI, au Mahatma GANDHI et à Martin Luther KING). Et enfin, en prolongeant cette réflexion par un regard rapide sur les personnages et les mouvements qui ont représenté la non-violence dans les vingt dernières années (l'auteur pense ici à Nelson MANDELA, à Desmond TUTU, au Delai-Lama et à Mère Teresa - ce qui est loin de complètement correspondre à nos propres idées des tendances de fond...) et en tentant d'approfondir son sens à travers les combats non-violents qu'ils ont menés pour la paix et les droits de l'homme." Cela correspond grosso-modo aux évolutions historiques de la non-violence, si l'on ajoute certaines luttes politiques et syndicales, ainsi que les résistance non-violentes à des occupations militaires, à des coups d'Etat ou à des régimes autoritaires.


      Les différentes religions discutent de la violence dans les textes fondateurs comme dans les exégèses.

Dans la civilisation chinoise, le Taoisme, né entre le VIème siècle et le IVème siècle av JC, (à travers Tao Te Ching, le traité le plus ancien) invite les hommes à prendre le chemin d'une vie simple, paisible et sobre - une vie où il n'y a aucune trace de pouvoir, de notoriété et de richesse. Il opte donc pour la non-violence : la seule manière de se venger, par exemple, est de faire le bien. LAO-TSEU condamne la guerre et pourrait être considéré comme l'un des précurseurs de la non-violence comme JESUS et BOUDHA. N'oublions pas que le taoisme a toujours été considéré par les pouvoirs en place comme une force d'opposition, la philosophie d'une minorité de personnes qui se regroupèrent en sociétés secrètes pour les combattre et s'oppose aux principes confucéens de la discipline et du devoir.

Le Boudhisme (de Diddharta GAUTAMA, appelé BOUDDHA, né en 550 avant JC) repose sur quatre vérités (sur la douleur, l'origine de la douleur, la cessation de la douleur et sur le chemin qui mène à la cessation de la douleur) qui donnent une importance centrale à l'ahimsa : le premier des cinq préceptes qui est l'interdiction de tuer. La non-violence est considérée par un grand nombre de bouddhiste comme la plus haute des vertus, selon Paul CARUS dans son livre L'évangile du Bouddha. En tout cas, cette source bouddhiste du refus de la violence se manifeste de nos jours dans la vie et l'enseignement du chef spirituel des Tibétains, le Delaï-Lama TENZIN GIATSO (né en 1935) comme nous le rappellent Christian MELLON et Jacques SEMELIN.

La Bhagavad-Gita, le livre le plus lu et le plus vénéré de la culture hindoue indique dans certains de ses passages que l'exercice de la violence doit être réservé aux membres de la caste des guerriers, celle des Brahmanes devant s'en abstenir. Certains penseurs occidentaux furent très influencé par ce texte, mais même si le mot ahimsa y apparaît à quatre reprises, la non-violence n'apparaît pas comme un impératif catégorique. Une des branches du boudhisme, par contre fonde par MAHARIVA à la fin du VIème siècle avant JC, le jaïnisme place l'ahimsa au centre de son éthique. Cette tradition, restée très minoritaire (quelques millions de fidèles aujourd'hui) affirme fortement le devoir de respecter toute vie, humaine et animale.

Le Judaïsme, par la Bible enseigne la réconciliation et le pardon, même se les textes fondateurs mettent en scène un Dieu guerrier. Il faut citer dans ces grands textes les figures de JOSEPH et de JACOB pour prendre toute la mesure du renoncement à la vengeance et la force du pardon.

De nombreux chrétiens, à diverses époques de l'histoire, ont pris à la lettre les enseignements du Nouveau Testament, notamment le Sermon sur la Montagne (Evangiles de Matthieu et de Luc) qui constitue une pièce maîtresse de la littérature sur la non-violence. Le christianisme primitif, entendre les premières communautés chrétiennes n'a jamais envisagé de se défendre par les armes contre les persécutions dans l'Empire romain. Le métier des armes est considéré comme incompatible avec la foi, en raison du refus de l'idolâtrie et du refus du meurtre. Vers la fin du IIème siècle, apparaissent les premiers témoignages sur la présence de chrétiens dans l'armée, présence qui soulève l'indignation de certains Pères de l'Eglise, comme ORIGENE (185-252). Après la justification théologique par AUGUSTIN (354-430)  de la guerre, des groupes minoritaires chrétiens continuent tout au long des siècles d'exprimer leur refus de la violence : émergence de la vie monastique, Vaudois, Franciscains (fondé par François d'ASSISE en 1209... A la Renaissance, ERASME (1469-1536) affirme de nouveau ce refus, mais sans aller jusqu'au refus de la légitime défense. Certains courants minoritaires de la Réforme mettent le refus de la violence au centre de l'éthique chrétienne : Mennonites (de MENNO SIMONS, 1469-1561), Anabaptistes. Georges FOX (1624-1691) fonde la Société des Amis (Quakers) et celle-ci a un rôle historique important, depuis la fondation de la Pennsylvanie par William PENN (1644-1718) jusqu'à leurs activités culturelles dans le monde politique et même diplomatique. Léon TOLSTOI (1828-1910) refuse la violence, par fidélité au Sermon sur la Montagne et dans son oeuvre dominent souvent les aspects tragiques de la guerre. Par ailleurs, il expose sa théorie dans Le royaume des Cieux (1893) et fut excommunié de l'Eglise orthodoxe pour ses critiques vigoureuses contre la trahison des idéaux des Evangiles. GANDHI découvrit sans doute par TOLSTOI le message non-violent de l'Evangile.
Bon nombre de croyants chrétiens ont renouvelé au XXème siècle la critique de la violence au nom des Evangiles  comme Simone WEIL (1909-1943). C'est surtout dans les milieux protestants que cette critique se développe, avec la création du Mouvement International de la Réconciliation à la fin de la Première Guerre Mondiale et l'activité des pasteurs Henri ROSER (1899-1981), André TROCME (1901-1971) et Jean LASSERRE (1908-1985). Du côté de l'Eglise catholique, le Concile Vatican II (1962-1965) marque un tournant important, confirmé par Jean-Paul II en 1988. On peut noter d'une part l'activité de Pax Christi, de la Commission épiscopale Justice et Paix, et de quelques évêques américains ou français. Pour la France, l'engagement de Guy RIOBE (1911-1978) ou de Jacques GAILLOT dans les luttes sociales et contre certains aspects de la militarisation (service militaire, défense nucléaire, essais nucléaires, extension du camp militaire du Larzac), sont bien connus du grand public.
  Les positions actuelles des chrétiens non-violents proviennent des luttes et des réflexions de figures telles que Albert LUTHULI (1898-1967) et Desmond TUTU en Afrique du Sud, Martin LUTHER KING (1929-1968), César CHAVEZ (1927-1993), Dorothy DAY et les frères BERRIGAN aux Etats-Unis, Dom Helder CAMAR, Adolfo Perez ESQUIVEL et Luis Perez AGUIRE en Amérique Latine. En France trois personnalités très différentes tirent des Evangiles leur engagement : Lanza del VASTO (1901-1981) fondateur des Communautés de l'Arche, Jacques de BOLLARDIERE (1907-1986), un des fondateurs du Mouvement pour une Alternative Non-violente et Jean GOSS (1912-1991), membre du Mouvement International de la Réconciliation.

L'Islam, à travers son texte sacré Le Coran ne développe pas d'exclusion de toute violence de l'action publique et défend plutôt majoritairement une justification religieuse de la guerre. Le Djihad, pourtant, est l'objet d'intenses controverses, notamment dans les mystiques arabes et iraniennes. Le poète SAADI (Sheikh MUSLEH-ED-DIN, né autour de 1200) laisse une oeuvre (Golestan surtout) qui prône l'amour et critique l'égoïsme et la violence. Il invite les hommes à ne pas se réjouir de la destruction de leurs ennemis, car la vie n'est pas un don éternel.

   La référence la plus marquante de la non-violence reste celle de la pensée gandhienne, de Mohandas Karamchand GANDHI, qui après une activité contre le racisme en Afrique du Sud, participa au mouvement d'indépendance de l'Inde. A la fois symbole de la lutte pour l'auto-détermination des peuples, partisan d'une politique économique et sociale qui sorte des millions de ses concitoyens de la misère, il a élaboré une conception originale de la non-violence. Conception qui s'inspire à la fois de la tradition indienne du Bhagavad-Gita et des Upanishad, du message chrétien, des penseurs occidentaux, tels que Henry David THOREAU, John RUSKIN ou TOLSTOI. Il inspira et inspire à son tour de nombreux chrétiens, mais aussi membres d'autres confessions et des non-croyants. Il est toujours l'auteur-acteur de la non-violence le plus étudié et, à l'instar de Martin Luther KING qui s'en est inspiré à son tour, sa notoriété dépasse largement le cadre de la non-violence. Les multiples actions non-violentes de désobéissance civile massive menées pendant des décennies constituent des exemples concrets de ce que peut-être des actions d'ampleur efficaces, souvent mis en concurrence avec les stratégies armées élaborées par d'autres mouvements de décolonisation.

   Pour rester dans le cadre du monde européen ou américain, les tendances de la non-violence aujourd'hui se partagent entre des approches plutôt spirituelles ou plutôt politiques.
   Comme l'écrivent Jacques SEMELIN et Christian MELLON, "bon nombre de non-violents chrétiens d'aujourd'hui récuseraient les termes d'un ORIGENE ou d'un TOLSTOI pour exprimer les fondements spirituels et théologiques de leurs engagements. Ils voient dans le Sermon sur la Montagne une source d'inspiration, une invitation à entrer dans une dynamique non-violente, plutôt qu'une Loi divine portant sur toute violence un interdit moral absolu. Quelles que soient les circonstances, Desmond TUTU est un bon témoin de cette position, déclarant par exemple, en 1987 : "Quant à la violence contre l'apartheid, je ne la justifie pas. Du point de vue chrétien, la violence sous toutes ses formes est mauvaise. Mais il peut venir un moment où, ayant essayé tous les autres moyens, et une fois réunies les conditions très strictes d'une guerre juste, on peut dire que le moindre mal est encore le renversement d'un système injuste".
  Une plus grande attention aux médiations politiques et stratégiques a fait reculer le fondamentalisme évangélique qui caractérisait hier bien des chrétien non-violents. Aussi se montrent-ils davantage préoccupés de chercher des moyens concrets pour sortir de la violence que de prononcer des condamnations morales générales contre ceux qui, parfois au nom de valeurs proches des leurs, estiment que seule la violence est efficace pour lutter contre l'inacceptable. Cette évolution et ce pluralisme se reflètent bien dans le document collectif Lutter autrement, élaboré et signé en 1989 par des milliers de chrétiens français (Lutter autrement pour une action non-violente responsable et efficace, Nouvelle cité, 1989). Allant jusqu'à récuser la notion même de "non-violence évangélique", en raison de sa connotation fondamentaliste, certains non-violents chrétiens diraient plutôt qu'ils trouvent dans l'Evangile des raisons spécifiques de se joindre au courant qui fonde la non-violence sur une éthique séculière. Cette perspective, il est vrai, s'est développée dans des sociétés sécularisées, où les instances religieuses ne régulent plus guère les comportements sociaux globaux. Il en va autrement dans des pays comme les Philippines, où l'identité chrétienne collective reste très affirmée : la population peut alors êtres mobilisée en masse pour une action non-violente à partir d'un argumentaire spécifiquement religieux (...)".

     Une éthique proprement politique, sans référence religieuse, se développe, d'abord sur une réflexion de philosophie politique, comme le font Emmanuel MOUNIER, Paul RICOEUR, Hannah ARENDT, Eric WEIL...et bien d'autres...
  En France, parmi ceux qui élaborent ou s'inspirent d'une telle éthique politique, préférant d'ailleurs parler d'action et de programme politique, s'activent dans les années 1970-1990, nombre de militants venus à la non-violence par l'action politique ou syndicale. Nombre d'entre eux, d'ailleurs, pour se démarquer d'une approche religieuse et pouvoir influer et participer aux débats politiques proprement dits,  fondèrent des organisations comme le Mouvement pour une Alternative Non-violente. Force de propositions, notamment sur la défense, ce mouvement non-violent, se situant nettement à gauche dans l'échiquier politique, il développe une argumentation politique pour convaincre de la nécessité d'actions non-violentes.
  On pouvait lire dans un texte d'orientation : "Ce qui fait la force des massé populaires, c'est la possibilité de bloquer, par leur nombre et leur organisation, la machine économique. Ce n'est pas leur armement : ni celui qu'ils ont (c'est trop évident), ni celui dont elles pourraient éventuellement prendre le contrôle ; il resterait sans proportion avec l'armement dont dispose la bourgeoisie. ce qui fait leur faiblesse, ce n'est donc pas leur désarmement, c'est leur division, le manque d'accord sur les objectifs, sur la stratégie, etc. Plutôt que d'armer le peuple (préparant ainsi le conflit sur le terrain où l'adversaire est et restera le plus fort), ne vaut-il pas mieux qu'il devienne lui-même une arme par son unité dans la transgression massive de la légalité bourgeoise."  L'instance constante sur le fait de ne pas se placer sur le terrain de l'adversaire et la mise sur pied de techniques de combat non-violent sont les deux éléments qui reviennent souvent dans leurs textes. Il s'agit de trouver une efficacité à court, moyen et long terme, ce que ne permet pas l'utilisation de la violence insurrectionnelle, par exemple.
De même, dans leurs réflexions sur la défense, il s'agit à la fois de mettre sur pied une défense efficace et qui respecte la démocratie. Ce qui passe par une révision des concepts usuellement utilisés, réduits à une formulation militaire. Il s'agit de civiliser la défense, c'est-à-dire "restituer aux citoyens la pleine responsabilité des outils dont ils ont été dépossédés au bénéfice d'Etats-majors dont la technologie homicide n'a plus rien à voir avec le civisme responsable (Politique de défense et démocratie).

       Ramin JAHANBEGLOO, Penser la non-violence, UNESCO, 1999 ; Gandhi, Aux sources de la non-violence, Editions du Félin, 1998.
    Christian MELLON et Jacques SEMELIN, La non-violence, PUF, collection Que sais-je?, 1994.
    Mouvement pour une Alternative Non-violente, Une non-violence politique, pour le socialisme autogestionnaire, 1981 ; Mouvement International de la Réconciliation- Internationale des Résistants à la Guerre, Politique de défense et démocratie, 1981

                                                                         PAXUS



       
       

   


  

     
Par GIL - Publié dans : PAIX EN MOUVEMENT
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Mardi 19 janvier 2010 2 19 /01 /2010 09:55
      Ce livre, malgré la date de sa parution, 1989, reste représentatif de tout une partie de l'Eglise catholique en matière de réflexion et d'action pour la paix. Dans le foisonnement de mouvements religieux du monde catholique pour la paix, cette réflexion et cette action est largement dominante. René COSTE, prêtre à l'Eglise de Saint-Sulpice à Paris, professeur honoraire à la faculté de théologie de l'Institut catholique de Toulouse, ancien président de Pax Christi France et ancien consulteur du Conseil pontifical "Justice et Paix" et du Conseil pontifical pour le dialogue avec les non-croyants, reste actif dans le dialogue oecuménique et le dialogue interreligieux pour la promotion de la paix. Ce théologien est l'auteur de très nombreux ouvrages, depuis Le problème de la guerre et de la paix dans la pensée de Pie XII en 1962 jusqu'à Nous croyons en un seul Dieu de 2007.

      Dans son avant-propos, il se présente comme : "Témoin avant tout, depuis plus 'un quart de siècle, de la recherche et de l'effort de promotion de la paix de tant d'instances et d'acteurs divers :
- Le Saint-Siège, l'Eglise qui est en France, le Mouvement Pax Christi, des organismes oeuvrant pour la promotion de la paix, de la justice, de l'environnement ;
- les Eglises orthodoxes, les Eglises issues de la Réforme.
Mais aussi des organismes non confessionnels. Des croyants et des non-croyants. Des hommes d'Etat et d'autres responsables de haut niveau de la vie en société. Des jeunes et de gens de tout âge, acteurs de la paix, de la justice et d'un meilleur environnement dans leur quartier, leur commune ou leur entreprise".
   Il se présente aussi comme "Acteur également. Quoique très modestement, sans la moindre prétention. Mais acteur tout de même, avec bien d'autres.
Par la recherche théologique, axée avant tout sur la promotion de la paix (toujours sans son sens englobant), par la participation à tant de comités (ou commissions), par des conférences, des sessions, des prédications, par l'enseignement, par des publications (...)."  Il mentionne particulièrement Pax Christi comme cadre de son action.

     En une Introduction, cinq gros chapitres (Convergences, Paix, Justice, Gérance de la Création, La diaconie de l'Eglise, Symboles d'un monde nouveau) et une conclusion "pour construire la cathédrale de la paix", René COSTE condense ici une réflexion, mise en actualité face aux nouveaux dangers encourus sur cette planète, de plus d'un millénaire...

    Convergences, en Introduction,  met en liaison le dynamique de l'ONU, la dynamique du concile Vatican II, la dynamique de la Sixième Assemblée du Conseil oecuménique des Eglises de 1983 de Vancouver et celle de la Déclaration finale de la première Assemblée de la Conférence mondiale des religions pour la paix de 1970 faite à Kyoto, pour "l'éveil du sens humain". Avec une certaine emphase optimiste, l'auteur évoquent ces dynamiques : "Celle de l'ONU, dont c'est la mission propre, en dépit de ses déficiences de structures et de fonctionnement. Celle de l'Eglise catholique et des autres Eglises et communauté chrétiennes, qui, à travers un sens renouvelé de leur nécessaire fidélité à la mission de salut confiée à son Eglise par le Seigneur ressuscité, comprennent mieux qu'elles doivent oeuvrer en profondeur - et ensemble - en vue de la promotion d'un monde plus juste et plus fraternel. Celle des religions non chrétiennes, qui commencent à nouer entre elles et avec les Eglises et communautés chrétiennes des relations de dialogue et de coopération en vue du même objectif. "...Par nature tout ce qui est foi monte; et tout ce qui monte converge inévitablement", remarquait Pierre Teilhard de CHARDIN (1881-1958). Il ajoutait avec bonheur : "En somme, on pourrait dire que la foi en l'Homme, de par son universalité et son "élémentarité" réunies, se découvre à l'examen  comme atmosphère générale au sein de laquelle peuvent le mieux (ou même seulement) croître et dériver l'un vers l'autre, les formes supérieures, plus élaborées, de croyance auxquelles nous participons tous à des titres divers. Non pas formule, mais million d'union."

    Le premier chapitre, Paix, met en relief l'un des  "trois axes, trois visées, trois préoccupations" : "Promotion de la paix, promotion de la justice, promotion de la gestion responsable de la création". Avant de le développer, l'auteur insiste beaucoup sur l'indissociabilité de ces trois axes. Son point de départ est une théologie de la paix, pour une raison tout simplement humaine (l'aspiration commune à la paix) et pour une raison théologique (L'Evangile de la Paix).
  "C'est le péché (dû au mauvais usage de la liberté par l'homme) qui a introduit dans le monde la violence, en même temps que la rupture avec Dieu et la discorde au sein de l'humanité, même au sein de la cellule familiale. Les chapitres 3-11 de la Genèse sont la saisissante description de cette humanité de péché et de violence, de cette humanité barbare : de cette humanité de tous les temps, qui est la nôtre plus que jamais. Le XXème siècle a fait éclater le vernis de civilisation qui nous masquait notre barbarie." Face à ce péché, symbolisé par le meurtre de Caien par Abel, le Dieu libérateur pronoce le célèbre commandement "Tu ne tueras point". Pour René COSTE, le livre d'Isaie, "livre phare" dont la rédaction s'étend sur plusieurs siècles, la Paix est présentée comme le don messianique par excellence. Invoquant des passages de l'Ancien puis du Nouveau Testament (suivant la phraséologie chrétienne), il mentionne le Sermon sur la Montagne, les Béatitudes et regroupe ces deux textes sous le titre non-violence et réconciliation. Il insiste sur le fait pour lui acquis que "les moyens non-violents pour promouvoir la justice et la paix sont les seuls pleinement dignes de l'homme et les seuls capables d'y parvenir sans injustices nouvelles et sans provoquer un besoin de revanche."  Cette revalorisation de la non-violence ne doit pas, en revanche, "déprécier la fonction militaire" quand celle-ci est vécue dans l'exercice de la "juste défense". Se gardant de stigmatiser donc l'institution militaire, René COSTE prône, avec bien des mouvements chrétiens, citant Jean-Paul II et son message de Noel 1988 à l'ONU, l'élimination des armes de destruction massive et l'abandon de toute stratégie nucléaire. Combattre la guerre elle-même se trouve bien dans la Charte du mouvement Pax Christi et son élimination est bien un idéal historique concret.

     Dans le deuxième chapitre, Justice, René COSTE part de deux aphorismes de Carl-Friedrich von WEIZAKER, "Pas de paix sans justice, pas de justice sans paix", "Pas de justice sans liberté, pas de liberté sans justice" pour cerner cette notion. Des Evangiles, il tire le choix prioritaire pour les pauvres (enseignement social de l'Eglise à partir de l'Encyclique Rerum novarum de Léon XIII en 1891), un lien entre justice sociale et solidarité sociale (Synode des évêques de 1971), et, au coeur de la promotion de la justice, la promotion des droits de l'homme (discours de Jean-Paul à l'ONU du 2 octobre 1979). Justice mondiale et solidarité mondiale, en référence à l'encyclique Sollicitudo rei socialis de Jean-Paul II, prolongement direct de celle, Populorum progressis de Paul VI, oblige à se préoccuper du "si grave problème de la dette internationale, en raison des conséquences dramatiques qu'un remboursement rigide pourrait entraîner pour les peuples pauvres".

      Dans Gérance de la création, le prêtre se refère à HEIDEGGER pour dénoncer le comportement de "seigneur de la terre" de l'homme. "La foi biblique est le démenti radical de ce comportement démiurgique, qui se veut totale libération et qui risque de conduire à la pire aliénation". Revenant à la Genèse, il rappelle que l'homme est le gardien de la création, de cette planète-terre qui est la planète de Dieu. "Le sens du péché de l'homme et de ses conséquences concrètes, exprimées symboliquement dans le livre de la Genèse" est clair : "rupture avec Dieu, par refus de reconnaître sa dépendance par rapport au Dieu Créateur et Père, il entraîne la rupture des relations interhumaines, leur "brisure" en égoïsmes et en violences, ainsi que la transformation du travail épanouissant et créatif en travail aliéné, fréquemment exploité et opprimé." L'appel à une gérance responsable du patrimoine commun de l'humanité va de pair avec le combat pour l'homme, pour le respect de la dignité humaine. Pour René COSTE, l'exhortation apostolique Familiaris consortio (sur les tâches de la famille chrétienne d'aujourd'hui) de Jean-Paul II en 1981, comme l'instruction Donun Vitae (sur le respect de la vie humaine naissante et la dignité de la création : réponses à quelques questions d'actualité) de 1987, qui avaient suscité d'intenses controverses (et qui continuent de le faire d'ailleurs...) doivent être comprises dans la perspective de cette nécessaire gérance de la création.

      Le chapitre La diaconie de l'Eglise expose la théologie de la communion ecclésiale qui "est désormais au coeur de la conception catholique de l'Eglise". En s'appuyant constamment sur les enseignements de Vatican II, pourtant bien remis en cause par une grande partie de l'Eglise catholique aujourd'hui, René COSTE affirme le service de la paix qui incombe à l'Eglise, un ministère ecclésial de la réconciliation. "Nous avons à comprendre et à faire comprendre que la réconciliation avec Dieu suppose la réconciliation avec nos frères humains et avec cette nature qui nous entoure et qui nous a été donnée pour que nous la gérions de façon respectable". Prière, action (actes concrets en faveur des opprimés, des exploités, des persécutés et des pauvres-, dialogue et coopération oecuméniques sont indissociables à ses yeux.

       Dans Symboles d'un monde nouveau, l'auteur choisi, parce "nous avons besoin de symboles, non seulement de signes, mais de réalités concrètes de notre univers visible évocatrices de l'univers invisible ou de valeurs transcendantes", trois symboles de l'inhumain ou du mal destructeur - Babel, Hiroshima, Auschwitz-Brikenau - et trois symboles de l'espérance - Pentecôte, Jérusalem et "esprit d'Assise". Babel, c'est la Cité souveraine, la Cité impériale, la Cité dominatrice, la Cité orgueilleuse, comme la Cité romaine qui a fait régner la paix autour du bassin méditerranéen au prix de la domination et de l'exploitation du monde. Hiroshima, c'est la guerre absolue, l'auto-anéantissement de l'humanité. Auschwitz-Birkenau, c'est l'injustice absolue, la perversion incarnée. La Pentecôte, c'est le récit d'une nouvelle création, d'une nouvelle convivialité, d'une nouvelle aurore de l'humanité. Jerusalem, c'est la Cité de la Paix, en dénégation de la situation présente, si chère au coeur des Juifs, des Chrétiens et des Musulmans. L'esprit d'Assise enfin, en référence précisément à la vie et aux enseignements de François d'Assise, fondateur de l'Ordre des Franciscains, c'est non seulement le symbole de l'oecuménisme chrétien, mais aussi de l'oecuménisme religieux.

     En conclusion, l'édification de La cathédrale de paix exige "de creuser encore plus profondément notre sillon". Par là, René COSTE veut dire "descendre jusqu'aux sources de l'éthique, jusqu'en ces profondeurs où l'on s'engage de tout son être, avec lucidité et avec le courage nécessaire pour affronter les obstacles." Pour construire une civilisation du partage, de la solidarité et de l'amour, et renouer avec "l'audace de Jésus-Christ".
Il cite de nouveau Teilhard de CHARDIN, qui écrit dans L'avenir de l'homme (1959) : "L'amour a toujours été soigneusement écarté des constructions réalistes et positivistes du Monde. Il faudra bien qu'on se décide un jour à reconnaître en lui l'énergie fondamentale de la Vie, ou, si l'on préfère, le seul milieu naturel en quoi puisse se prolonger le mouvement ascendant de l'évolution. Sans amour, c'est véritablement devant nous le spectre du nivellement et de l'asservissement : la destinée du termite et de la fourmi. Avec l'amour et dans l'amour, c'est l'approfondissement de notre moi le plus intime dans le vivifiant rapprochement humain. Et c'est aussi le jaillissement libre et fantaisiste sur toutes les voies inexplorées. L'amour qui resserre sans les confondre ceux qui s'aiment, et l'amour qui leur fait trouver dans ce contact mutuel une exaltation capable, cent fois mieux que tout orgueil solitaire, de susciter au fond d'eux-mêmes les plus puissantes et créatives originalités."  Bienheureux sont ceux qui oeuvrent pour la paix, reprend l'auteur, reprenant les propos de Paul VI à Nazareth le 5 janvier 1964. René COSTE termine par une "constatation" optimiste, que beaucoup sans doute ne partagent pas actuellement, sous un magistère (celui de Benoit XVI) que d'aucuns jugent rétrograde : "Nous avons constaté que les Eglises sont de mieux en mieux convaincues de leur responsabilité par rapport à la trilogie. Elles comprennent maintenant mieux qu'autrefois que la promotion de la paix, de la justice et de la gérance de la création est une dimension intégrante de la mission qui a été confiée à son Eglise par le Ressuscité, qui est celle de l'évangélisation du monde. Elles ont à le penser comme une grâce. C'est dans l'accomplissement même de leur mission spécifique qu'elles rendent le plus grands service à l'humanité."

    Son ouvrage  comporte en Annexe, des "Prières franciscaines".

 René COSTE, Paix, justice, gérance de la création, Nouvelle Cité, 1989, 168 pages.
Par GIL - Publié dans : OEUVRES
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Lundi 18 janvier 2010 1 18 /01 /2010 13:48
                  Fondée en 1973, la revue trimestrielle Alternatives non-violentes se veut depuis l'origine une revue de débats et de recherches, indépendante de tout mouvement, Eglise, syndicat et parti. "Face à la violence, incapable d'apporter une solution humaine aux inévitables conflits qui constituent la trame de l'histoire de l'humanité, la non-violence propose une alternative. La philosophie de la non-violence veut déconstruire l'idéologie de la soit-disant violence nécessaire et légitime qui domine nos cultures et sociétés, tout en développant une culture de non-violence, avec des méthodes d'action permettant la gestion positive des conflits. La cohérence entre la fin et les moyens s'avère être un impératif autant éthique que stratégique. L'action non-violente a été historiquement mise en oeuvre dans les luttes de résistance pour les droits de l'homme, avec au premier rang la lutte pour l'indépendance de l'Inde menée par Gandhi. L'action non-violente est résistance, non-coopération, désobéissance aux lois injustes ; elle vise alors à créer un rapport de forces pour combattre les situations d'injustice et d'oppression. Mais la non-violence est aussi une force de proposition ; elle veut réaliser un programme constructif qui vise, ici et maintenant, dès la phase de résistance, à anticiper la société solidaire de demain, en mettant en place les structures alternatives garantes de la justice et de la liberté." Voilà comment ses fondateurs, Christian DELORME, Georges DIDIER, Christian BRUNIER et Christian MELLON, et sa petite équipe actuelle menée depuis 1989 par François VAILLANT conçoivent l'orientation de la revue.

              Alternatives non-violentes, avec un dossier à chaque fois, en moyenne de 68 à 72 pages, un lectorat de base d'un millier d'abonnés (1 500 dans les années 1970), constitue une revue de référence en ce qui concerne la pensée et l'action non-violentes. Elle fait largement appel dans ses numéros à des collaborations extérieures.  Jusque dans les années 1980, elle était un lieu de débat presque incontournable sur les questions d'objection de conscience, de militarisation de la société, des alternatives à la défense armée...notamment dans un dialogue de haut niveau entre composantes de ce qui s'appelait la gauche de la gauche, tout ce que le pays comptait de personnes et de groupes réfléchissant à l'élaboration d'une autre société, en rupture avec le capitalisme. Aujourd'hui encore, elle offre à travers des dossiers très élaborés sur des questions aussi diverses que le "problème des banlieues", la publicité, l'éducation, les religions... des éléments d'informations et de réflexions non négligeables, même si les temps ne sont plus à la pensée d'une alternative globale à la société actuelle. Des numéros comme ceux sur Jaurès, la désobéissance civile ou les luttes non-violents au XXème siècle fournissent de solides bases de réflexion, accessibles à un large public, même si l'on ne partage pas les idées de la non-violence.

         Depuis 1989, la revue est associée à l'Institut de Recherche sur la résolution Non-violente des Conflits (IRNC), lui-même fondé en 1984, qui axe ses activités, avec son équipe d'une quinzaine de membres, sur des recherches scientifiques pluridisciplinaires sur l'apport de la non-violence dans la résolution des conflits que ce soit en France ou dans le monde entier. L'IRNC co-organise des formations ainsi que des colloques, et entretient des relations avec de nombreux instituts similaires dans le monde. Il participe à certaines initiatives de l'UNESCO.

   Alternatives non-violentes, Galaxy 246, 6 bis, rue de la Paroisse, 78000 VERSAILLES.
   Site IRNC : www.irnc.org.


Par GIL - Publié dans : REVUES
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