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10 juillet 2017 1 10 /07 /juillet /2017 08:35

  Chaque année, les armées de nombreux pays se livrent, notamment à l'occasion de leur fête nationale, à l'exhibition de (certaines) de leurs troupes et de (certains) de leur matériel. Surtout pour l'aspect tape-à-l'oeil et spectaculaire, avec une certain a-propos stratégique et tactique diplomatique, des défilés rappellent aux peuples la valeur de la violence armée pour la défense de leur pays, en même temps que l'événement souvent fondateur du régime politique en vigueur. Pour la France, évidemment, il s'agit du 14 juillet de chaque année, afin de rappeler que la révolution est mère de toutes les républiques qui ont suivis l'année 1789. Mais pas de tous les régimes politiques qui s'y sont succédés, car des restaurations royales eurent lieu entre temps et des remises en cause de la République notamment. C'est dire que ces commémorations, plus que les autres (car il y en a une floppée...), ont une forte charge idéologique dans l'ensemble du pays.

    Défilés militaires, rassemblements autour de monuments, allocutions très officielles, festivités redondantes mais toujours appréciées des publics (mais pas de tous...) constituent le lot principal des commémorations, dont on peut se demander ce qu'elles remémorent. A part le souvenir douloureux de souffrances ou de joies passées, peu de choses, hormis quelques films ou émissions télévisées, ou encore éditions ou rééditions de livres... rappellent ce qui s'est réellement passé, avec souvent quelques bonnes orientations nationalistes et une dose plus ou moins grande d'informations fallacieuses ou de déformations historiques (la fête de la Jeanne d'Arc en France constitue là une perle brillante...). Peu de vraies réflexions incluant causes et conséquences des événements célébrés, orientations idéologiques fortes (qui peuvent parfois diviser plus que rassembler) en fonction de l'actualité du moment, effervescence médiatique jusqu'à la logorrhée, voilà ce qui caractérisent ces commémorations en tout genre. Il ne suffit pas en effet de rappeler des faits bruts, des dates clés, des relations "éternelles", il faut encore comprendre ce qui s'est réellement passé. Or entre dénégations de massacres et de profits (notamment des industries d'armement...) et glorification de personnages ou d'entités politiques, et parfois des polémiques où le négationnisme se taille la part du lion, il ne reste plus grande place pour la réflexion et éventuellement le changement ou l'affermissement des comportements envers bien des aspects de la vie politique, économique ou/et sociale. 

    Ce qui devrait être l'occasion d'une réflexion sur les causes et les effets des événements célébrés devient simplement l'affirmation de postures et de réaffirmation d'allégeance ou encore - on peut se demander si c'est pire ou c'est meilleur - de rappel pour beaucoup de citoyens oublieux de leur propre histoire. 

   Les critiques précédentes découlent en fait de l'inscription des commémorations diverses et variées dans un roman tribal, national, fédéral...entre interprétation historique plus proche de la falsification que de la simplification et manipulation idéologique plus ou moins cohérente et plus ou moins constante, lequel vise très souvent à faire entrer ou à maintenir des populations parfois relativement variées dans une même communauté. Suite souvent à un conflit majeur dont beaucoup d'acteurs participants veulent clore les conséquences sur l'histoire de leur pays ainsi "unifié" dans une même ferveur collective. Il s'agit pour eux et pour maints observateurs extérieurs d'indiquer un nouvel avenir à partir d'un événement fondateur plus ou moins fabriqué à une époque où la "vérité historique" est la moindre des préoccupations. Il s'agit de construire une histoire tribale, nationale ou fédérale qui fasse le moins possible de place à l'expression de conflits souvent sanglants et difficiles à résoudre réellement, qui, même s'ils perdurent, sont ainsi mis "en perspective" par rapport aux bienfaits et aux nécessités d'un "vivre ensemble". Ce faisant, les esprits tendent à faire de ces mêmes conflits des repères parfois magnifiés pour tourner la page d'une histoire parfois sombre même si beaucoup y avaient placés de grands espoirs. Ces repères permettent à la fois de se rappeler plus ou moins clairement (de moins en moins clairement vus les sédiments festifs et commerciaux qui s'y rapportent) des conflits et souvent la "fin" de ceux-ci et d'opérer dans des manifestations rituelles le rapprochement qui scelle un destin commun. Jusqu'à faire de ces manifestations régulières dans le temps et dans l'espace des jalons de cette vie commune qui apparait comme quelque chose d'irrémédiable, d'acquis plus ou moins définitivement, d'obligatoire et porteur de bienfaits. Même si en définitive, il s'agit là de mythes et de rites, ceux-ci permettent de faire d'agir, plus ou moins consciemment, plus ou moins volontairement sur certains aspects de ces conflits, au moins dans leur représentation. Ces dates, annuelles ou plus éloignées, constituent comme des repères dans ce "vivre ensemble", sortes d'exorcisme de leurs causes, effets et conséquences, en faveur de quelque chose d'autre que ce qu'ils ont accompagnés de douleurs et de séparations. Même si ce quelque chose d'autre n'est pas évoqué, il est pourtant nommé dans ce roman, dans ce mythe... dans les nominations mêmes de ces fêtes : royales, républicaines, fédérales, même si les uns et les autres ne mettent pas dans ces appellations la même chose...

  De ce fait même, de cette célébration, les conflits souvent non résolus sont mis en perspective des coopérations nécessaires entre les membres de populations plus ou moins étendues. Ces fêtes même donnent à ces conflits et à ces coopérations des "couleurs" des tonalités, des "sons" qui, d'une certaine manière, contribuent à les rendre moins dramatiques, plus banals, et surtout moins importants en regard des coopérations qui apportent aux communautés ainsi "soudées" en coeur et en esprit, les moyens de rendre leur vie possible, agréable et parfois, paisible. 

 

RAGUS

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