Samedi 7 septembre 2013 6 07 /09 /Sep /2013 13:33

     Dans un domaine  où la recherche est congrontée à plusieurs types de problèmes, tout un ensemble de pratiques est élaborée et utilisée par des praticiens pour venir en aide aux individus ou des couples souffrant de troubles sexuels. Ne cherchant souvent pas à prendre appui sur une théorie sexuelle élaborée, des sexologues, encore en recherche de repères institutionnels, que ce soit aux Etats-Unis ou en Europe, mais surtout en Europe et singulièrement en France, souvent dans un cadre hospitalier, proposent des conseils et des thérapies. Tous ne possèdent pas la même orientation idéologique et dans le temps comme dans l'espace, le développement de la sexologique peut s'effectuer dans le sens du contrôle social comme dans le sens inverse d'une libération sexuelle. D'ailleurs on peut distinguer gross mode une première sexologie de curiosité et de classification tendant à distinguer le normal du pathologique, restreignant le champ des libertés et multipliant ce qu'elle appelle des déviations, avec une connotation, malgré le scandale que peut avoir l'exposition de la seuxalité dans certains milieux (notamment religieux), de contrôle social lié à des préoccupations morales et démographiques. Une seconde sexologie, qui intervient surtout entre les deux guerres mondiales, se développe en revanche avec le souci de dénoncer la répression sexuelle, de définir de nouveaux champs de liberté individuelle, voire de lier la libération sociale (notamment à propos des rôles déminins et masculins) à la libération sexuelle. Doit-on voir, avec le renforcement contemporain d'une vision médicale de la sexualité, aidée en cela par la croissance de l'industrie pharmaceutique, et les nouvelles inquiétudes liées aux dangers subis par le corps (épidémies, pollutions...) ou plus générales, l'émergence d'une troisième sexologie?

 

     De ce fait, même s'ils n'ont (souvent) ni le désir ni le temps d'élaborer de grandes théories, ils participent à l'ensemble des conflits liés à la sexualité dans notre société moderne. La sexologie est typiquement occidentale et entre dans le cadre des institutions sociales, même si elles en en mal de reconnaissance, de régulation ou de contrôle de la sexualité. Souvent, les pratriciens en sexologie exercent surtout des professions médicales ou de psychologie. Des procédures d'habilitation, de validations de la formation et d'autorisation de pratiquer la sexologie se mettent récemment en France. Mais dans le monde francophone, seule l'Université du Québec à Montréal offre un programme de baccalauréat et de maîtrise en sexologie. Les sexologues y sont formés dans un contexte interdisciplinaire incluant principalement les aspects biologiques, psychologiques, sociologiques et sexologiques de la sexualité.

      Définie comme l'étude de la sexualité humaine et de ses manifestations, la sexologie, selon ses propres promoteurs et ses praticiens, aborde tous les aspects de la sexualité, à savoir le développement sexuel, les mécanismes des rapports érotiques, le comportement sexuel et les relations affectives, en incluant les aspects physiologiques, psychologiques, médicaux, sociaux et culturels. Elle est d'apparition récente, aux prémices apparaissant en Allemagne et en Autriche vers 1826-1850, mais ne constitue une discipline à part entière que depuis la fin du XXe siècle.  Elle se démarque d'approches psychanalytiques et n'a aucune espèce d'approches politiques. Les sexologues se sentent souvent naviguer dans un univers social méfiant, avec des patients souvent confrontés à des difficultés importantes ou très importantes, à la croisée au somatique et du psychologique. Dans les faits, les sexologues utilisent la thérapie de couple, le conseil conjugal, les psychothérapies de "soutien", les sexothérapies de type Masters et Johnson, avec des approches psycho-corporelles, sexocorporelles (Jean-Yves DESJARDINS), des approches sexoanalytiques (Claude CRÉPEAU), des approches cognitivo-comportementales... Chacun avec son bagage très médicalisé, les sexologues traitent tous les problèmes posés dans l'exercice de la sexualité, que ce soit avant le rapport ou durant le rapport sexuel, et même ensuite, dans la mesure où ils peuvent être appelé à contribueer à la lutte contre les maladies sexuellement transmissibles. leur "clientèle", souvent adressée par des médecins généralistes (toutes catégories de patients confondues d'ailleurs, de plus en plus...) ou des institutions amenées à "traiter" des publics précis : handicapés, enfants, personnes âgées...

 

     Même en agissant au niveau individuel, les sexologues gardent une neutralité sur les conflits entre individus et notamment entre éléments du couple. Ce qui explique d'ailleurs le caractère souvent proche des pratiques médico-psychologiques, de leur travail. Ils possèdent une solide formation psychologique qui leur donne une certaine capacité à dé-dramatiser les rapports sexuels et à circonscrire les dégâts causés dans le couple par des dysfonctionnement somatiques ou psycho-somatiques dans les relations sexuelles. En ce sens, ils permettent réellement de développer chez l'individu ou dans le couple une capacité réelle à résoudre des conflits, qui, autrement, pourraient tourner d'une manière dramatique pour l'homme comme pour la femme. 

 

      L'efficacité de l'activité en sexologie provient d'une part à sa propre limitation d'action à un domaine très circonscrit, très proches des individus, sans intention d'influence au niveau social, et d'autre part à une réellement difficulté de la recherche en sexologie. Ces recherches sont souvent menées à l'itinitative d'un homme ou d'une communauté scientifique restreinte, avec des difficultés de communication avec d'autres chercheurs. La plupart des associations ou organismes en sexologie doit leur existence à des rencontres fortuites, à l'occasion de leurs activités principales, car la sexologie n'est souvent pas, dans le temps comme dans leur lien de travail, le seul ou le principal objet de recherche. Ils se heurtent d'ailleurs parfois à la méfiance, voire à l'hostilité des organismes professionnels dont ils font partie par ailleurs. Beaucoup de leurs études concernent souvent, à une époque données, un domaine relevant de la pathologie, de la déviance, voire de l'immoralité. 

Trois principales difficultés s'opposent à une bonne efficacité de la recherche en sexologie :

- La particularité même du thème de la sexualité. D'une manière générale, il n'existe que très peu de structures institutionnelles dont l'objectif est l'étude de la sexualité humaine, d'une manière scientifique. Car bien entendu, pour ce qui concerne l'étude de l'érotisme, c'est autre chose. Les études disponibles sont généralement ponctuelles, limitées à une problématique précise, liée à des préoccupations épidémiologiques (comme pour le SIDA). Elles relèvent d'une approche de type psychosociologique, et souvent influencées par des valeurs morales particulières. Les études neurobiologiques, par exemple, restent limitées essentiellement aux rongeurs et concernent la reproduction.

Par rapport aux recherches menées au moyen de questionnaires ou d'interviews, un premier type de problème est la représentativité des participants qui sont volontaires pour ces études, participants qui ont généralement des attitudes plus libérales par rapport à la sexualité que ceux qui ne sont pas volontaires. De plus, les réponses sont entachées souvent de déformation de la réalité : autocensure ou survalorisation personnelle les ponctuent. de toute manière, le contexte moral et culturel modèle ces réponses, notamment dans la représentation que se font les praticipants de leur rôle sexuel.

- L'extrapolabilité des données animales à l'Homme. Comme il est difficile envisageable, vu le contexte moral, d'effectuer des expériences sexuelles sur les humains, la plupart des données physiologiques et neurobiologiques relatives à la sexualité proviennent d'expérimentations réalisées avec des animaux et en général des rongeurs. Or vu les différences comportementales importantes entre les espèces animales et l'homme, ce qui rend l'utilisation des données fort aléatoire, sauf à considérer l'activité sexuelle comme une activité instinctive. Or même des neurologues doutent (S WUNSPH et P BRENOT, Existe-t-il un instinct sexuel?, Revue Européenne de Sexologie, Sexologies, (XIII), 2004) de l'existence même d'automatismes neurobiologiques concenant la sexualité chez l'homme...

- Le manque de connaissances en neurosciences. Les connaissances actuelles en neurosciences humaines sont très partielles. De nombreux aspects du système nerveux, tant structurels que fonctionnels, demeurent mal compris ou restent inconnus. Ainsi par exemple, par rapport aux processus de renforcement, même s'il est quasi certain qu'ils sont activés par la stimulation des zones érogènes, on ignire actuellement quels sont précisément les processus exacts qui sont à l'oeuvre. 

 

      La sexologie reprend à son compte de très nombreux auteurs de différents courants psychologiques, psychanalytiques, culturels, ayant en commun d'aborder de manière ouverte les questions liées à la sexualité humaine. En remontant d'ailleurs loin, de l'Antiquité grecque ou romaine, tant sur le versant des dysfonctionnement physiologiques ou anatomiques de l'organe sexuel que sur le versant d'une littérature érotique, d'éducation à l'érotisme. Les influences persanes ou indiennes ne sont pas négligées à cet égard.

    Tableau de l'amour conjugal, de Nicolas VENETTE, publié en 1696 est considéré comme le premier traité de sexologie en Occident. Cet ouvrage est autant un manuel d'insruction qu'un livre d'éducation et couvre en quatre parties tout ce qui a trait au sexe : anatomine, reproduction, désir, impuissance, stéritlité... Samuel Auguste TISSOT (1728-1797), médecin de réputation européenne, publie en 1758, L'onanisme, essai sur les maladies produites par la masturbation, qui reste influent pendant plus d'un siècle, surtout pour l'éducation sexuelle des adolescents. Charles DARWIN théorise les premières conceptions modernes de la sexualité.

    On le voit, le champ des influences est vaste pour les différents pionniers qui, de la fin du XIXe siècle au début du XXe, réalisent les premiers travaux de la sexologie moderne... travaux qui influencent encore aujourd'hui les théories sexologiques. Nous pouvons citer sont qui sont les plus fréquemment lus et commentés :

- Richard von KRAFT-EBING (1840-1902), considéré à son époque comme l'un des plus grands psychiatres de l'époque. Il publie en 1886 pour la première fois son principal ouvrage qui n'a pas cessé d'être réédité depuis, Psychopathia Sexualis. Abondamment pourvu de cas cliniques exemplaires et best-seller de la littérature psychiatrique, il reflète l'opinion victorienne dominante et diagnostiquait comme maladie toutes les activités sexuelles qui ne permettaient pas la reproduction. 

- Henry Havelock ELLIS (1859-1939), considéré comme le pionnier de la recherche moderne sur la sexualité. Son principal ouvrage, Etudes de psychologie sexuelle, publié en plusieurs volumes entre 1897 et 1910 est lu comme la référence en sexologie.

- Sigmund FREUD (1856-1939), fondateur de la psychanalyse. Il élabore une théorie globale du psychisme humain, où la sexualité occupe une place centrale, à commencer avec son ouvrage Trois essais sur la théories de la sexualité, publié en 1905. Sans entrer dans les multiples querelles entre ses disciples, la plupart des sexologues tiennent compte de sa métapsychologie, comme en arrière plan de leur pratique.

- Bronislaw MALINOWSKI (1884-1942), anthropologue, auteur des premières études des moeurs sexuelles dans des sociétés non occidentales. Ses travaux publiés dans La Sexualité et sa répression dans les sociétés primitives (1927) et La Vie sexuelle des sauvages du Nord-Est de la Mélanésie (1929), ouvrent la voie au comparatisme culturel.

    C'est entre les deux guerres mondiales que se dévloppent les fondations des premières institutions spécifiques à la sexologie, sous l'impulsion de plusieurs praticiens :

- Richard RICHTER (1909) invente et pose les premiers stérilets (dispositifs contraceptifs intra-utériens. La Ligue nationale pour le contrôle des naissances est fondée en 1914.

- Sirius de MASSILIE (pseudonyme, 1850-1917) énonce pour la première le mot sexologie dans son ouvrage, La Sexologie, prédiction du sexe des enfants avant la naissance (1912).

- Magnus HIRSCHFELD (1868-1995) fonde le premier Institut de sexologie à Berlin en 1919, avec Arthur KRONFELD (1886-1941), et publie le premier périodique de sexologie, Jahrbuch für sexual Zwischenstufe. Progressiste, il demande l'égalité sexuelle entre les hommes et les femmes, la libération du mariage de la "tyrannie" de l'Eglise et de l'Etat, et la tolérance envers les homosexuels.

- Le premier International congress for sex research est organisé à Berlin en 1926. La première réunion de la Ligue mondiale pour la réforme sexuelle, créée par Havalock ELLIS (1859-1939) et Magnus HIRSCHFELD a lieu à Copenhague en 1928. L'objectif est d'obtenir l'égalité sociale et juridique des sexes, le droit à la contraception et à l'éducation sexuelle. En 1931 en fondé à Paris l'Association d'études sexologiques.

- Dans les années 1930 sont fondées par Wilhelm REICH (1897-1957) la Société socialiste d'information et de recherche sexuelles et l'Asociation allemande pour une politique sexuelle prolétarienne. Il milite pour un changement radical des moeurs sexuelles (La Révolution sexuelle, 1936 - L'analyse caractérielle, 1933).

- Le pholosophe anglais Bertrand RUSSELL publie Marriage and morals. Il y revendique une éducation sexuelle de qualité, le droit à une vie sexuelle avant le mariage et le droit au divorce.

L'ensemble des sexologues d'entre les deux-guerres se situent majoritairement dans tout un courant socialiste ou socialisant, qui milite pour à la fois la révolution sociale ou du moins de profondes réformes et la révolution sexuelle. L'ambiance est à un combat contre une répression sexuelle fortement ressentie comme liée à un système économique et social. Nous avons du mal à nous représenter l'extraordinaire floraison d'initiatives et d'expérimentations en Union Soviétique et en Allemagne.

     Après la seconde guerre mondiale, les aspirations "révolutionnaires" cèdent la place à un mouvement plus "réaliste" en même temps que sont réalisées les premières grandes études de la sexualité avec des méthodes scientifiques. Alfred KINSEY, MASTERS, JOHNSON sont les auteurs des recherches qui sont aujourdh'ui considérés comme des références en sexologie.

- Alfred KINSEY (1894-1956) et ses collaborateurs publient en 1948 (Le comportement sexuel de l'homme) et en 1953 (Le comportement sexuel de la femme), la desccription et l'analyse d'entretiens avec plusieurs milliers de personnes. Ces publications provoquent à l'époque un scandale en révélant la grande fréquence de la masturbation, des rapports sexuels préconjugaux et des expériences homosexuelles dans la population générale. L'Institute for Sex Resaerch, fondé par cet auteur en 1947, est à ce jour la seul institut de recherche spécialisé dans l'étude de la sexualité humaine. Des analyses sociologiques suivent, avec un certain décalage dans le temps, sur ces enquêtes, et sur les éléments de cette enquête. Sans doute, ces comportements ne sont-ils pas, à cette époque, aussi méconnus qu'ont pu le clamer toute une classe politique et tout un monde religieux conservations. Le scandale provient sans doute surtout, ici comme ailleurs, du fait que ces pratiques sont exposées publiquement.

- Henry MILLER (1891-1980), écrivain très populaire, milite contre le puritanisme ambiant et devient l'instigateur de la révolution sexuelle avec Le monde du sexe (1940) et plus tard sa trilogie Sexus (1949), Plexus (1952) et Nexus (1959).

- Le mouvement féministe alors en plus essor, est marqué par quatre publications qui réhabilitent la femme et sion sexe dans un univers masculin, teinté de misogynies : The psychology of women (1945) de Helen DEUTCH, Le deuxième sexe (1949) de Simone de BEAUVOIR, La sexualité de la femme (1951) de Marie BONAPARTE (1882-1962) et Le complexe de Diane (1951) de Françoise d'EUBONNE (1920-2005).

- La pilule contraceptive découverte en 1956 par J ROCH et G PINCUS est autorisée et mise en vente à la population en 1960.

- William MASTERS, gynécologue, (1915-2001) et Virginia JOHNSON, psychologue, (1925-2013) réalisent la première étude scientifique sur la physiologie sexuelle. Ils étudient en laboratoire les réactions physiologiques aux stimulations sexuelles de plusieurs centaines de personnes, et décrivent les quatre phase des réactions sexuelles : excitation, plateau, orgasme et résolution (Les réactions sexuelles, 1966).

      La révolution sexuelle des années 1960-1970 et son climat libéral permettent la multiplication des études, le développement institutionnel de la sexologie, et la prise en compte de l'importance de la sexualité dans la vie quotidienne.

- Pierre SIMON (1925-2008), médecin, fait publier son livre sur le Rapport sur le comportement sexuel des Français, suivant en celà l'exemple d'Alfred KINSEY. Après lui et son prédécesseur américain sont publiés des dizaones d'études de ce genre qui prétendent décrire, dans le détail, le comportement sexuel des citoyens d'une nationalité ou d'une autre... 

- Dès 1970 à Genève, sous la rEsponsabilité du Doyen William GEISENDORF,  georges ABRAHAM et william PASINI mettent en place le premier enseignement universitair structuré de sexologie clinique qui devient ensuite Diplôme universitaire. Par la suite, des enseignements universitaires essaiment à travers toute l'Europe. Ils publient en 1974 Introduction à la sexologie médicale.

- La même année, le Symposium International de l'Organisation Mondiale de la Santé à Genève réunit des sexologues et des experts de santé publique pour traiter de l'enseignement et des thérapies sexuelles. La notion de santé sexuelle y est définie et une porposition est faite pour que la sexologie devienne une discipline autonome.

- Vern BULLOUGH, par son ouvrage Sexual Variance in Society and History, publié en 1976, initie l'école de la sexualité dans une perspective historique.

- De nombreuses études clinique et thérapeutiques sont réalisées et consignées en 1977 dans le Handbook of sexology de John MONEY et J MUSAPH et en 1978, dans le Handbook of sex therapy de Leo PICCOLO. En 1979 parait Homosexuality in perspective de MASTERS et JOHNSON et l'ouvrage d'Helen KAPLAN, Disordes of sexual desire.

- En 1978 est fondée à Rome la World Association for Sexology (WAS) pour assurer l'organisation de congrès sexologiques mondiaux.

- The European Fédération of Sexology (EFS) est fondée en 1990 à Genève sous l'impulsion de Willy PASINI. Cet organisme qui rassemble une conquantaine de sociétés scientifiques, cherche à coordonner leurs activités, à encourageer la recherche et à promouvoir les enseignements dans la perspective de la construction européenne. 

- Le médicament Viagra est commercialisé en 1998 et les laboratoires qui le mettent sur le marché promettent de révolutionner la sexualité des 50 à 80% d'hommes qui souffrent de troubles de l'érection. Mais sa commercialisation n'a pas le même impact que la mise sur le marché de la pillule contraceptive en 1960. D'une part la polémique enfle vite sur son efficacité et sur son opportunité et d'autre part, à cause de certaines épidémies liées aux relations sexuelles (MST, SIDA) et de la dénonciation des violences sexuelles courantes, le climat social n'est plus le même qu'à l'époque de la révolution sexuelle... (Histoire de la sexologie, Fonds universitaire Maurice Chalumeau, 2005)

 

       Mireille BONIERBALE (psychiatre, CHU de Marseille) et Jacques WAYNBERG (directeur d'enseignement, Hopital Saint Louis) indiquent les différentes étapes historiques et sociologiques de la sexologie française.

"L'avènement en France d'un courant de pensée favorable à une approche laïque et dépénalisée des conduites sexuelles est d'apparition tardive, et longtemps limité à des initiatives dispersées et confidentielles. A l'inverse, les pays de culture germanique sont dès la fin du XIXe siècle les authentiques fondateurs d'une scentia sexualis, qui sera édécapitée" de façon dramatique en 1933. La France l'ignore à l'époque, n'acquiert aucun enseignement et s'enlise depuis 1920 dans des joutes intellectuelles opposant les néomalthusiens aux ligues familiales. Ce n'est qu'à partir des années 1930 que débutent des actions concertées en faveur d'une vision rénovative et éducative de la sexualité, mais leurs promoteurs sont encore murés dans un carcan législatif répressif et un intérêt mitigé de l'opinion publique. Dans l'immédiat après-guerre et jusqu'en 1968, quelques auteurs adossent encore leur vocation de pédagogue à d'éphémères corporations, mais c'est en 1974 qu'éclot un réel mouvement associatif, nourri des apports indispensables nord-américains et favorisé par les succès législatifs en matière de libre accès à la contraception et au droit à l'avortement. Une vingtaine d'années est nécessaire pour qu'une vision consensuelle des pratiques des enseignements et de la recherche, aboutisse à sensibiliser les institutions de tutelle. C'est à partir de 1995 que l'implication de l'université par les instances ordinales françaises (Ordre national des médecins) ouvre un deuxième chapitre de l'histoire de la sexologie française, celui de l'unité d'action certes, mais celui surtout de l'homologation professionnelle. C'est face à ce défi institutionnel et confronté à la mondialisation de nouveaux concepts de santé publique que la sexologie française prépare l'avenir de sa cinquième génération de praticiens. Deux associations ont joué un rôle majeur dans l'histoire contemporaine de la sexologie française : la SFSC (Société Française de Sexologie Clinique) et l'AIHUS (Association InterHospitalo-Universitaire de Sexologie)."

"Depuis plus d'un siècle, de longs et pénibles efforts ont été soutenus en Occident pour que les aléas de la vie affective et sexuelle soient pris en compte de façon savante et impartiale. Quel fut le rôle de la France dans cette entreprise, et quel peut être son avenir? L'histoire de la sexologie montre de façon indéniable que le droit d'ingérence des professionnels de santé dans les secrets de la vie privée relève d'un agrément accordé ou non par le pouvoir politique. Ce fut le cas en Allemagne, lorsqu'il s'est agi de lutter contre l'ostracisme homophobe, ce fut le cas en France dans les années 1970 lorsque l'évolution des mieurs a permis la reconquête du droit de maiîtriser la fécondité et par conséquent le droit d'aimer à sa guise. Médecins et non-médecins vont alors encourager l'avènement d'une "sexologie humaniste" consensuelle, dont la popularité dure autant que vont durer les luttes militantes. En 1981, la révolution conservatrice américaine a quelque peu tari l'enthousiasme libertaire sans oublier qu'en une génération, des défis inédits doivent être relevés face au sida, à la criminalité, à l'immigration, à l'exclusion, au handicap, au retour en force de l'intégrisme religieux... Ces chocs culturels mobilisent peu la communauté des sexologues hexagonaux centrés sur le couple et les avatars de la vie sexuelle. En dépit de son passé batailleur, l'implication militante dans les luttes pour le progrès social n'est pas la préoccupation de la sexologie française dont l'histoire est issue de l'apport des sexothérapies et de la médecine psychosomatique. Le clivage corporatiste se rétablit lorsque s'imposent de surcroît de nouveaux protocoles thérapeutiques, à l'aune du concept réactualisé de "santé sexuelle". Cette médicalisation d'office est aussi l'indice d'un changement de paradigme professionnel : aux non-médecins les pratiques psychogènes de prise en charge, aux praticiens l'abord médicalisé de la sexualité, étayé par un savoir scientifique et des enseignements universitaires, adossé à des prescriptions pharmaceutiques et des obligations de performance.

L'âge moyen des sexologues français est de 49 ans, vieillissement qui semble tout juste pondéré par l'arrivée d'une nouvelle vague de professionnels. Tous on en commun deux contraintes : l'une est d'ordre linguistique, l'autre est économique. L'anglais étant désormais l'idiome des publications et des congrès internationaux, nombre de francophones peinent à se faire connaître. L'absence de financement de la recherche par des voies officielles assujettit les auteurs aux seules contributions de l'industrie pharmaceutique. Cette dépendance, caricature de la mondialisation d'une pensée unique, risque d'appauvrir une démarche de soins ouverte sur le respect de l'être humain dans toute sa diversité et son originalité. Résultat de tous les progrès accomplis en termes de formation continue, et d'une volonté affirmée de fédérer les leaders et leurs troupes, le dispositif francophone peut néanmoins aligner quelques centaines de professionnels aguerris. Leur spécificité tient à leurs acquis pluridisciplinaires, mais surtout à une sensibilité justement réputée de savoir donner vie à la notion de sujet. La "médecine sexuelle" n'est-elle pas hors sujet par vocation, aux antipodes d'une sexologie humaniste qui privilégie l'âme aux organes? Cela peut-il perdurer? Non. Même les publications les plus formatées se risquent à chuchoter que l'affectivité et la qualité de vie (amour et bonheur en langage devenu obsolète) devancent les statistiques. L'efficience commence à interroger l'efficacité (M Bonierdale, Plaidoyer pour une sexualité ordinaire, Sexologies, 2006). Quel formidable espoir de reconqête du sens pour les nouvelles générations!"

 

Mireille BONIERBALE et Jacques WAYNBERG, 70 ans de sexologie française, Sexologies n°16, 2007. Histoire de la sexologie, Fonds Universitaire Maurice Chalumeau, 2005.

 

SOCIUS

Par GIL - Publié dans : SOCIOLOGIE
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Mercredi 4 septembre 2013 3 04 /09 /Sep /2013 17:36

         Pour le biologiste préoccupé par l'étude des conduites animales, le comportement sexuel est particulièrement intéressant comme modèle expériamental, indique Jean-Pierre SIGNORET.

A condition bien entendu de ne pas fondre des notions très différentes dont chacune doit faire l'objet d'un examen attentif pour ne pas tomber dans une conception simpliste du fonctionnement de la nature. A condition encore de ne pas étendre trop vite les résultats de l'étude des conduites animales aux comportements humains. A condition encore de bien distinguer des domaines d'investigation scientifique dans la mesure où, sans doute, nous ne sommes pas encore parvenu à un véritable tableau d'ensemble, bien que de plus en plus la masse des observations et des analyses sur différents aspects fondamentaux permet d'approcher la dynamique générale de l'ensemble, notamment par la multiplication des approches interdisciplinaires.

Pour reprendre les propos de notre biologiste, "par définition, (le comportement sexuel) n'apparait complet qu'à l'âge adulte. Il est de ce fait un modèle idéal pour l'étude des différents modes d'acquisition d'informations et de leurs rôles respectifs dans l'organisation d'une conduite : apprentissage, acquisition au cours de l'ontogenèse, adaptation évolutive de mécanismes innés, etc. Cela explique la place occupée par l'étude des parades nuptiales dans les travaux des éthologistes."

"Par ailleurs, poursuit-il, il est possible de relier les observations des comportements à des modifications de l'équilibre endocrinien, de l'anatomie de l'appareil génital, de la physiologie sensorielle, ce qui est particulièrement favorable pour l'étude des mécanismes de réalisation d'une conduite.

En outre, les développements de l'endocrinologie ont permis d'identifier les composés chimiques en jeu, et de déterminer leur mode et leur lieu d'action.

Il est donc possible de tenter d'analyser comment, à partir d'un signal simple - une molécule chimique bien connue - se produisent des modifications complètes des relations interindividuelles.

Enfin, la connaissance du comportement animal peut éclairer certains aspects des conduites humaines, à la condition que puisse être précisée la part des réactions que l'homme a en commun avec d'autres groupes zoologiques."

 

     Se concentrant sur les Mammifères, Jean-Pierre SIGNORET présente successivement les liens entre structures sociales et comportement sexuel, l'organisation et les mécanismes de l'activité sexuelle, l'action des facteurs de l'environnement, les mécanismes neuroendocriniens, le développement et la maturation du comportement sexuel, les correspondances entre comportement animal et comportement humain.

 

      Sur le liens entre structures sociales et comportement sexuel, il souligne le fait que "le comportement sexuel n'est qu'un des aspects des relations interindividuelles existant au sein d'une espèce. Les rapports entre partenaires sexuels sont inséparables de l'ensemnle de la structure sociale et de l'utilisation de l'espace par l'animal. Ainsi la relation entre mâle et femme déborde en général très largement l'activité sexuelle proprement dite et ne peut être étudiée et comprise que si elle est située dans l'ensemble du contexte social de l'espèce.

C'est en effet l'organisation sociale d'une espèce qui déterminera non seulement quels seront les partenaires sexuels, mais même quels seront les individus qui pourront accéder à la reproduction. Ce mécanisme met en jeu un événement crucial aussi bien pour l'espèce que pour l'individu : il détermine le flux des gènes à travers les générations. Pour l'espèce, ce choix porte les possibilités d'évolution, pour l'individu, l'assurance de la survie de son patrimoine génétique dans sa descendance.

Les structures sociales des Mammigères présentent une grande variété : occupation permanente d'un espace défendu contre l'intrusion de congénères - le "territoire" -, utilisation pacifique d'un domaine vital partagé avec d'autres, migrations." Dans le cycle des périodes d'activité et d'inactivité, "la relative brièveté de la période d'activité sexuelle de la femelle constratant avec la plus longue disponibilité du mâle fait d'elle un objet de compétition. La possession exclusive et la défense d'un territoire conditionne dans de nombreuses espèces la mise en place de l'activité sexuelle. (...) Lorsque les animaux vivent, au moins temporairement, en groupe, il apparait entre eux, en général, une hiérarchie sociale. Dans une situation de compétition, le dominé cède la place à l'animal supérieur. Lorsque la femelle en oestrus est l'occasion de cette compétition, le mâle inférieur peut être écarté du groupe social. (...) Souvent, cependant, les dominés ne sont pas exclus du groupe, mais seulement écartés de la femelle en oestrus. Ils n'en sont pas moins partiellement ou totalement exclus de la reproduction. (...) Cependant, les rapports de possession que suggèrent ces structures sont loin de refléter la réalité : l'existence d'une sélectivité sexuelle est observée dans de nombreuses espèces. Des couples permanents monogames ou polygames et exclusifs sont décrits aussi bien chez des Primates (gibbon) que des Carnivores (loup, renard) ou des Ongulés (Equidés). Un couple monogame peut exister au sein d'une meute de loups, alors que les autres rapports sont régis par une hiérarchie sociale. La sélectivité sexuelle est aussi bien le fait du mâle que de la femelle, même au sein du harem des chevaux. Enfin, même en l'absence d' une sélectivité complète, des préférences sexuelles sont observées dans la quasi-totalité des espèces (toujours des Mammifères) : la fréquence des accouplements varie considérablement selon le partenaire aussi bien chez le macaque et le chimpanzé que chez le taureau ou le bélier. La mise en place de la structure dans laquelle se déroulera l'activité sexuelle donne lieu à l'occupation d'une zone de nidification ou d'un territoire, la "prise de possession" d'un harem par l'élimination des mâles rivaux. Parades, menaces et combats ont été souvent décrits et popularisés par la photographie et le film.

Le résultat conditionne l'accès à la reproduction. Il aboutit fréquemment à une disjonction entre la puberté physiologique et la possibilité d'engendrer une descendance. Chez les espèces polygames, la femelle peut être fécondée dès la puberté. Mais dans les cas des espèces à longue durée de vie (des individus, l'auteur veut dire), il s'écoule plusieurs années entre la puberté physiologique du mâle et le moment où il commence à pouvoir s'accoupler. Alors que dans les espèces à couples monogames, il existe une équi potentialité d'accès à la reproduction, la polygamie ne permet qu'à une faible partie de l'effectif de se reproduire.

Ces différentes "stratégies" auront des conséquences très importantes dans la répartition des flux de gènes au sein de la population ainsi que dans les possibilités d'évolution des espèces."

 

      Sur l'organisation et les mécanismes de l'activité sexuelle, il explique que "dans tous les cas, l'activité sexuelle commence par une recherche mutuelle du contact entre mâle et femelle. Les échages d'informations sensorielles qui interviennent ont alors plusieurs fonctions : ils rendent d'abord possible l'identification de la réceptivité sexuelle du partenaire, puis provoquent les réponses comportementales qui induisent les réactions posturales nécessaires à l'accouplement. 

Cependant, l'activité sexuelle ne se termine pas après un premier accouplement, et dans la majorité des espèces, des copulations répétées prennent place selon un déroulement temporel précis, constituant une séquence complète."

 

     Sur l'action des facteurs de l'environnement figurent la présence d'autres animaux, les modifications de l'environnement et les phénomènes d'éveil et enfin le rythme nycthémétal (période de la journée) et saisonnier. 

Si le changement des partenaires sexuels provoque chez le mâle de nombreuses espèces une augmentation de l'activité sexuelle, l'effet des congénères peut apparaitre d'une manière moins spécifique : la présence d'animaux effectuant une activité sexuelle facilite l'apparition des réactions sexuelles chez des mâles antérieurement inactifs. il y a là un "effet de groupe" observé dans de nombreuses espèces. 

Une modification de l'environnement semble provoquer une augmentation du niveau d'éveil du mâle et favoriser un renouveau de son activité sexuelle, comme s'il s'agissait d'un mécanisme de défense visant à sauvegarder les potentialités de reproduction. Ce changement d'environnement posséde, comprenons-nous, une force supplémentaire lorsqu'il fait intervenir des modifications dans les périodes d'ensoleillement et de luminosité, comme dans le rythme des saisons. Ceci est à noter dans les périodes de grands changements climatiques, qui bouleversent les conditions de reproduction des différentes espèces.

 

      Sur les mécanisme neuroendocriniens, il décrit le résultat de très nombreux travaux sur le rôle des hormones dans le comportement sexuel du mâle comme dans celui de la femelle, le rôle des hormones sur la nature et l'intensité du comportement sexuel, le rôle du système nerveux, le rôle des afférences sensorielles.

 

      Sur le développement et la maturation du comportement sexuel ; "Fonctionnellement, le comportement sexuel doit être d'emblée efficace pour pouvoir permettre la survie de l'espèce. A l'opposé de la plupart des autres comportements, ceux qui concernent la reproduction - accouplement et conduites parentales - ne peuvent être appris progressivement. Ils doivent apparaitre fonctionnels à l'âge adulte. Toutefois, la longue période qui chez les Mammifères précède la puberté peut être mise à profit pour étudier l'importance de l'organisation des conduites adultes par les informations acquises au cours du développement. Mais les conduites de reproduction peuvent, comme tous les autres, faire l'objet d'un apprentissage. Enfin, au plan du système nerveux,la maturation et la sexualisation des structures neuronales conditionnent la réalisation des conduites. 

 

       Sur les correspondances entre comportement animal et comportement humain, Jean-Pierre SIGNORET expose plusieurs points :

- "La force et la profondeur de la pulsion sexuelle suggèrent l'existence d'un déterminisme biologique. On tendrait à considérer l'ensemble du domaine sexuel comme ressortissant à la biologie, en limitant la dimension socio-culturelle, à l'addition d'un mélange de permissions et d'interdits, à un phénomène purement physiologique. Or il semble possible, au contraire, de discerner en de nombreux domaines une participation extrêmement importante et souvent dominante des influences socio-culturelles, souvent là où on les attendait le moins. Ailleurs, des mécanismes, pourtant considérés en général comme spécifiquement humains, plongent leurs racines très loin au-dessous de notre espèce. Celle-ci a élaboré un extraordinaire contexte culturel et sociologique autour de la relation entre partenaires sexuels, mais l'existence d'une liaison interpersonnelle se prolongeant au-delà des relations sexuelles est une dominante de l'espèce : sa force et son retentissement émotif suggèrent que la notion du couple humain comporte une base biologique profonde sous des aspects psychologiques, affectifs, moraux ou culturels.

- Ces phénomènes socio-culturels ont pris une place très inattendue en ce qui concerne la séquence comportementale des relations sexuelles. (...).

- En ce qui concerne les mécanismes nerveux et hormonaux, l'homme apparait comme le terme d'une évolution où la part prise par le système nerveux central devient dominante, tandis que le signal hormonal, tout en restant présent et actif, perd de son importance pour n'être que facultatif. On retrouve dans l'espèce humaine des traces indéniables de l'équilibre endocrinien, mais il existe d'innombrables cas cliniques rapportant l'existence d'un comportement apparemment "normal", malgré des déficiences hormonales ou anatomiques aussi fondamentales que l'absence de gonades ou divers degrés d'infantilisme génital, chez la femme par exemple.

- Parmi les signaux responsables du déclenchement immédiat de la pulsion sexuelle, le signal visuel semble avoir, comme chez l'animal, une importance particulière. De même une représentation, même symbolique, du déclencheur conserve son efficacité. De même une représentation de l'activité sexuelle, possède aussi, comme chez l'animal, un effet d'augmentation de la motivation, si bien que la pornographie met en jeu des mécanismes élémentaires communs à l'animal et à l'homme. Il en est exactement de même des phénomènes de satiété spécifique que l'on retrouve dans l'espèce humaine, en compétition d'ailleurs avec la motivation à une liaison interpersonnelle.

- L'effet de facteurs agissant dans le jeune âge sur l'organisation du comportement est établi par les observations cliniques que Freud a inaugurées. (...)

- On en vient ainsi à souligner la prise en charge, dans le cas de l'homme, de comportements réputés instinctifs par les mécanisme nerveux supérieurs faisant intervenir le cortex cérébral, puisque les régulations hormonales et les inflexions nerveuses profondes (diencéphaliques) apparaissent filtrées, amoindries ou modififiées, masquées ou exarcerbées par le contrôle des centres supérieurs, allant jusqu'à susciter ou à réprimer un comportement en contradiction avec un déterminisme profond, donc à permettre ce que l'on pourrait appeler la liberté."

   Même si nous laissons à cet auteur cette conception de la liberté - qui se défend d'ailleurs avec beaucoup d'arguments solides - nous en tirons la conclusion de la malléabilité du comportement sexuel, malléabilité constatée dans de nombreuses occasions chez les Primates, malléabilité extrême chez l'homme, puisque son comportement individuel peut même se trouver en contradiction avec des impératifs de reproduction.

 

 

 

        A un niveau plus global, plusieurs hypothèses ont été émises sur l'évolution générale des comportements, notamment de la sexualité et de son rôle dans la sélection naturelle. Après bien des débats, il semble bien que la théorie darwienne de l'évolution soit la seule aujourd'hui à donner le tableau d'ensemble que nous mentionnions plus haut.

Ce tableau d'ensemble - que les théories sur l'évolution tentent de dresser - relie l'ensemble des phénomènes naturels, du microscopique (au niveau génétique) au macroscopique (au niveau social), d'une espèce et de ses relations avec les autres espèces, souvent avec des éclairages plus forts sur certains aspects, d'autres restant dans le domaine des hypothèses les plus prudentes. Ce que l'on a appelé la lutte pour le vie, donnant à cette expression souvent un visage guerrier, s'éclaire sous des jours nouveaux, dans une réalité très complexe, où sont de règle les interactions en cascade, entre végétaux, entre animaux et végétaux, entre animaux, entre l'ensemble des espèces et environnement, à l'intérieur d'une même colonie géographiquement délimitée, ect, ect... Mouvement perpétuel, où ne "gagnent" en définitive que les espèces qui savent s'adapter aux constants changements de leur environnement...

 

 

 

      Francesco M SCUDO  présente les relations entre Sexualité et Evolution, à plusieurs niveaux, la notion de sexualité recouvrant au moins trois catégories de phénomènes :

- l'échange génétique entre individus, débouchant sur la recombinaison génétique ;

- l'alternance entre phase haploïde (présence dans chaque cellule d'un seul lot du matériel génétique de l'espèce) et phase diploïde (deux lots de ce matériel par cellule), constituant le cycle de reproduction sexuée ;

- la polarité, la différenciation de cellules (gamètes) ou d'individus au comportement différent (dans le cas le plus simple, deux catégories qualifiées de mâle et femelle).

"Cependant, à la différence de ce que l'on constate chez l'Homme et les animaux dits supérieurs, il n'y a pas de lien absolu entre ces trois catégories de phénomènes, ni même entre ceux-ci et la reproduction proprement dite. 

 

    L'auteur évoque l'histoire des études modernes sur la sexualité, renvoyant à DZAPARIDZE (Sex in plants, 2 volumes, Jerusalem, Israel Prog Sci, Tran, 1967) pour les théorisations plus anciennes. "Bon nombre d'études de Darwin portèrent précisément sur la reproduction et la sexualité ; elles contiennent le socle de sa distinction fondamentale entre sélection naturelle et sélection sexuelle, et de ses conclusions concernant les avantages de la reproduction croisée. (...) Parmi les progrès importants qui accompagnèrent ou suivirent de près le travail de Darwin, il faut citer la mise en évidence des chromosones dans les noyaux cellulaires des organismes aujourd'hui désignés sous le terme d'Eucaryotes, la description de leur dynamique au cours des divisions cellulaires, et l'éclairement de certains aspects de l'alternance entre phase haploïde et phase diploïde. (...) Ces (travaux) restèrent (...) ignorés de la communauté scientifique, de telle sorte que l'étude des relations entre reproduction, hérédité et sexualité ne se développera qu'à partir du début du XXe siècle en termes d'examen du matériel génétique tel qu'on l'observe chez les Eucaryotes sous la forme de chromosones. Durant toute la première moitié du siècle, les études génétiques prennent une place de plus en plus considérable, mais ne font guère référence à la nature physico-chimique du matériel génétique. Dans ce contexte, on analyse en détail la diversité des modalités de la division cellulaire et à la différenciation sexuelle, tant en haplophase qu'en diplophase, chez les Végétaux, les Animaux et chez les Eucaryotes unicellulaires ou Protistes. (...) Jusqu'au milieu du XXe siècle, on considérait que les phénomènes sexuels étaient caractéristiques des organismes pourvus d'un noyau, mais totalement absent chez ceux qui en sont dépourvus ou Procaryotes. A la découverte de l'échange génétique par une forme de conjugaison entre Bactéries, différenciées en types complémentaires polarisés, fit bientôt suite celle d'échanges génétiques entre Bactéries par l'intermédiaire de Virus. On découvrit plus tard la transcription inverse - de l'ARN à l'ADN - des génones d'une vaste classe de Virus eucaryotes à ARN, les Rétrovirus. On sait depuis les années 1970 que leur cycle comporte une alternance de phases présentant certaines analogies avec le cycle de reproduction sexuée des Eucaryotes. Il n'y a donc plus aucun sens à aborder l'évolution des changements génétiques, de la polarité, du sexe et de l'alternance de générations seulement, ou prsque, à propos des organismes nucléés, alors que son traitement étendu aux Bactéries et aux Virus conduit nécessairement à considérer l'origine des formes vivantes actuelles, problématique qui comporte au demeurant des éléments encore largement hypothétiques."

 

    Francesco SCUDO examine alors la logique d'ensemble des problèmes, considérant d'abord l'origine des processus vitaux fondamentaux, des cellules, et la sexualité "bactérienne" ou "virale". Il passe ensuite à l'examen de la sexualité au niveau "gamétique" et à l'évolution de la polarité et du sexe dans la phase diploïde des plantes et des animaux, et examine enfin diverses théories à caractère général sur les phénomènes liés à la sexualité et à la reproduction, en se rEsserant à la fin sur les Primates supérieurs. C'est tout ce champ de recherches qui forme le vaste tableau d'ensemble en formation de l'évolution.

 

     Nous nous intéresserons ici surtout aux théories à caractère général sur les phénomènes liés à la sexualité et à la reproduction.

    Il faut dire, et l'auteur s'attache à bien le faire comprendre que beaucoup de nos conceptions proviennent de théories qui ont été élaborées avant les connaissances précises sur la sexualité, et qu'elles ont assimilées ces connaissances en quelque sorte, beaucoup d'informations "prouvant" au niveau le plus petit, ce que Darwin avait établi au niveau le plus grand de l'ordre naturel.

Les théories darwiniennes modernes vont toutefois beaucoup plus loin que la formulation que Darwin en avait donné. Elles spécifient les relations entre variations fortuites, ou dues à des effets non sélectifs, dans la composition génotypique, leurs effets sur les phénotypes et les différents effets sélectifs de la lutte pour l'existence. Il s'agit de bien comprendre comment un certain matériel génétique donne les caractéristiques d'un individu, et comment sa recomposition par la reproduction change ces caractéristiques (en fait la "traduction" génotype en phénotype) compte tenu de phénomènes trouvés dans l'étude de cette recomposition aux niveaux les plus petits. Pour autant, les processus de connaissances scientifiques ne sont pas des fleuves tranquilles et toujours logiquement enchaînés dans le temps les uns aux autres. D'autres théories que celles de Darwin voient le jour au XIXe siècle et sans doute est-ce le lot commun de beaucoup de théories d'être réinterprétées à la lumière de notions élaborées en dehors d'elles et parfois en compétition avec elles.

Ainsi, dans les théories sur l'évolution, se généralise le recours au mot d'origine anglais fitness, émigré du vocabulaire de l'évolutionnisme philosophique au vocabulaire démographique et génétique. Son origine est à rechercher dont la notion de sélection naturelle de Charles DARWIN reformulée sous l'influence de Herbert SPENCER. Michel GILLOIS explique que "cette notion, dans l'exposé de Darwin, est très riche :

- d'une part, elle souligne l'importance du rôle tenu par de petites différences héritables, favorables ou non, apparaissant chez des individus au sein des différentes sous-populations ou populations d'organismes ;

- d'autre part elle désigne comme susceptibles d'assurer le maintien, l'élimination, la modification de ces différences, les facteurs suivants : la viabilité, l'adaptabilité, la longévité, la fécondité, le partage des ressources disponibles."

La fitness est un paramètre démographique et écologique, qui finit par être une expression tautologique de la sélection naturelle, selon le même auteur. 

 

     Pour reprendre l'explication de Francesco SCUDO, "en termes techniques contemporains, cela implique d'évaluer les conditions dans lesquelles des modèles pensés en termes de différences en "fitness" relative entre phénotypes individuels, ou entre groupes socio-sexuels à l'intérieur de populations, sont des approximations satisfaisantes de la lutte pour l'existence traitée directement comme telle. Dans l'évaluation des rapports entre fitness relative et absolue - et de la manière dont leurs moyennes dans les populations locales influencent la dispersion, la survivance, etc. 

Les théories "synthétiques", à l'inverse, tendent à traiter la fitness comme la propriété exacte  ou absolue des génotypes - en spécifiant seulement d'une façon vague si elle est constante plutôt que dépendante des fréquences géniques dans les populations ou de la densité de celles-ci - tandis qu'elles rejettent les théories darwiniennes de la lutte pour l'existence. (...). Dans leurs nombreuses variantes, les théories de type synthétique diffèrent des darwiniennes dans le fait de se concentrer sur les variations génotypiques considérées comme fortuites - et tout au plus sujettes à des limitations dans leurs expressions sélectionnables - et dans leurs effets sur la fitness des individus. Il n'est donc pas étonnant qu'elles proposent des interprétations très différentes des théories darwiniennes."

 

    Nous n'entrerons pas dans le détail du "débat" entre ces différentes théories, et passons directement à comment "les théories darwiniennes s'accordent avec les épiphénomènes de la sexualité, avant tout au niveau de l'organisme, c'est-à-dire avec les lois d'origine et d'évolution des réactions morphogénétiques aux conditions de vie", que l'on peut résumer ainsi :

- Toute réaction morphogénétique apparait comme dépendante d'un nouveau stimulus "externe" - qui détermine si et où elle advient - et tend à être proportionnelle à l'intensité de ce même stimulus.

- Si elle persiste assez longtemps, cette réaction tendra à devenir autorégulatrice, c'est-à-dire du type "tout ou rien", suivant que l'intensité du stimulus externe dépasse, ou non, une valeur de seuil génétiquement programmée.

- Les réactions "de seuil" tendent ensuite à être modifiées de façon à devenir complément autonomes par rapport aux condition de vie, en ce sens que les conditions de vie déterminent seulement si la réaction peut advenir ou non, c'est-à-dire si un développement non pathologique est possible.

- Une évolution ultérieure, enfin, tendra à faire apparaitre des normes autonomes de réaction d'une manière toujours plus précoce dans le développement, de telle sorte qu'elles deviennent régulatrices : après qu'une telle réaction s'est manifestée comme norme dans une population, elle peut être amplement modifiée au gré des conditions de vie individuelles, généralement à travers les réponses comportementales appropriées.

  "Qu'il s'agisse de spermatozoïdes et d'oeufs, de micro- et macrogamètes, ou de mâles et de femelles, poursuit plus loin notre auteur, le sexe pose d'une façon cruciale le problème de ce qu'il faut "investir" dans l'un plutôt que dans l'autre et "pourquoi". C'est un problème que Darwin s'était posé longtemps (...) concluant sagement qu'il était mieux de confier la solution au futur. C'est précisément sur la manière de poser ce problème qu'il existe une divergence apparemment insurmontable entre les théories darwiniennes modernes et les théories néo-darwiniennes ou synthétiques, divergences qui porte surtout sur l'ordre dans lequel éxécuter  deux types d'analyse aux finalités analogues. Etant donné qu'il donne la prééminence aux propriétés générales de la lutte pour l'existence, le théoricien darwinien en vient d'abord à poser le problème des causes générales de succès ou d'insuccès en ces termes, et, seulement après les avoir indentifiés, à tenter de comprendre les mécanismes particuliers à travers lesquels ce succès est obtenu. Les théoriciens synthétiques refusent catégoriquement cette pratique pour des raisons qui nous semblent incompréhensibles, telles que le fait d'impliquer des explications de l'évolution en termes d'avantages attribués aux espèces, et pour cela illégitimes ; il apparaitra évidemment au lecteur que cette position conduit les théoriciens synthétiques à des interprétations de la sexualité (...° clairement non satisfaisantes de leur propre aveu". 

      "Les théories sur la sexualité (...) consistent, selon les cas, en différents niveaux de généralisation d'observations et de constructions principalement déductives fondées sur des phénomènes généraux connus empiriquement, comme le comportement du matériel héréditaire à la méiose et son transport par des mécanismes viraux. Une partie de ces généralisations semble naturelle, mais n'a pas encore un sens évolutif précis, comme les relations entre polymorphismes génotypiques immunitaires et sexuels ; la nature précise et l'histoire évolutive de ces relations ne pourront être comprises que moyennant des connaissance au niveau moléculaire bien plus vastes que celles dont nous disposons aujourd'hui. D'autres phénomènes ne nous sont connus que parce qu'ils sont aisément observables dans telle ou telle unité systématique ; ne connaissant pas leurs origines, nous ne percevons qu'imparfaitement leur signification adaptative." 

 

      Dans sa "Note sur les primates supérieurs", nous pouvons lire  : "Chez les Vertébrés homéothermes, la reconnaissance d'un partenaire "correct" est largement apprise, mais à travers des modalités instinctivement programmées dans des formes relativement rigides - cour nuptiale et accouplement adviennent normalement à travers des modules comportementaux "innés". Chez les mammifères "avancés", tels que les Félidés, ces modules peuvent cesser d'être utilisés, mais seulement à la suite d'une longue habitude entre les mêmes partenaires sexuels. Chez les Singes anthropomorphes et chez l'Homme, au contraire, il ne semble n'y avoir aucune trace de modules comportementaux innés pour les comportements sexuels, à l'exception peut-être de leurs manifestations in utero, et il y a seulement un petit nombre de comportements à signification socio-sexuelle comme le sourire et le baiser chez l'Homme. 
Chez les Singes anthropomorphes, aussi bien l'objet propre du comportement sexuel - c'est-à-dire un conspécifique de l'autre sexe, en oestrus s'il est femelle - que le comportement lui-même sont donc appris essentiellement par l'observation, mais aussi par l'enseignement actif (...) La conséquence directe de ces caractéristiques est que le mâle des Singes antrhopomorphes, dans des conditions normales, ne commence à s'accoupler avec des femelles en oestrus que longtemps après avoir atteint la pleine maturité "physiologique", comme c'est le cas chez le Gorille, qui ne le fait que lorsque le poil de l'échine a commencé à devenir gris.

Parmi les différentes caractéristiques socio-sexuelles par lesquelles l'Homme se distingue des autres Primates, la plus importante peut-être est le manque de toute manifestation visible de l'oestrus. Dans les sociétés humaines qui sont dites aujourd'hui "primitives", l'apprentissage du comportement sexuel se fait ordinairement par l'enseignement, suivant des canons précis à l'intérieur de chaque culture, et très variables de l'une à l'autre. Normalement, cet enseignement est dispensé par les adultes du même sexe, et il est souvent intégré par des expériences rigoureusement limitées avec des individus plus mûrs. Dans les sociétés dites "développées", des conduites coutumières n'ont pas cours, mais tendent à être relayées par une éducation plus théorique dans le cadre de l'Ecole et d'organisme de protection de la jeunesse et de la santé."

 

     Le lecteur qui peut se procurer de l'intégralité de l'article ne manquera pas d'être surpris par le changement d'échelle entre l'ensemble et cette note. Nombre d'explications - très techniques - portent sur des niveaux microscopiques d'organisation du vivant (dans diverses espèces aux caratéristiques très différents), parfois reliées à des observations sur les comportements, et il est difficile, d'ailleurs l'auteur lui-même le souligne à diverses reprise, de faire le pont entre le fonctionnement sexuel du vivant au niveau cellulaire et son évolution, comme entre ce fonctionnement et les comportements "extérieurs" vis-à-vis des partenaires comme dans l'environnement de manière générale. Nous pouvons tirer la conclusion que les théories sur la Sexualité et l'Evolution ne sont encore que partielles, même si se dresse un tableau d'ensemble sur l'Evolution, en donc sur ce qu'on appelle couramment la lutte pour la vie. Ce tableau d'ensemble dans lequel nous pourrions suivre à la fois dans le temps et dans l'espace les processus d'évolution à travers la sélection sexuelle, n'existe pas encore réellement. A notre avis, sans doute les options idéologiques et morales sont-elles pour quelque chose dans la difficulté d'avancer dans ce domaine. Même si par ailleurs, la poussée économique aboutit à des recherches directement sur l'embryon animal et humain, pour des réalisations commercialisables, sans égards sur les conséquences à moyen et long terme. 

 

    Jean-Louis LAROCHE résume bien cette perspective phylogénétique de la sexualité. "La sexualité déploie des sugnifications de plus en plus complexes à mesure qu'on s'élève dans l'échelle zoologique. Sa présence est réelle mais discrète dans le monde des unicellulaires. Les travaux de E L Wollman et F Jacob  sur la génétique microbienne reposent précisément sur la découverte qu'il existe chez les bactéries une polarité sexuelle et qu'au hasard des collisions une bactérie donatrice injecte un segment de son chromosone dans une bactérie réceptrice. Ces phénomènes de conjugaison ne jouent qu'un rôle marginal dans la reproduction. D'ordinaire, les bactéries se multiplient par fission et, en tre elles, il peut y avoit transfert de matériel génétique  par l'entremise de virus ou par l'absorption de gênes libérés dans des broyats bactériens. Chez les êtres pluricellulaires, les cellules se spécialisent, en même temps que s'accroissent les échanges avec l'extérieur. Dès lors, la eproduction par conjonction de deux cellules produites par des organismes différents s'impose comme règle générale. Ce qui a pour effet, en brassant les programmes génétiques et en substituant l'altérité à l'identité, l'espèce à la lignée, la mort individuelle à la dilution indéfinie, de contraidre au changement et d'offrir un terrain diversifié au tri de la sélection naturelle.

Facteur d'évolution, la sexualité ne cesse d'évoluer. Elle apparait d'abord sous le contrôle exclusif des informations codées dans les gènes. Ensuite, chez les vertébrés et quelques invertébrés, s'ajoute un contrôle hormonal. Enfin, se superposant à eux, les dispositions cérébrales des mammifères introduisent une liberté de choix et inaugurent la voie qui franchira chez l'homme la distance de l'imaginaire et du symbolique, ce que J monod appelle les "simulations" en circuit fermé. Au terme de l'aventure, serait-il étonnant que la sexualité accède elle-même aux dimensions d'une langage?"

 

ETHUS

 

Francesco M SCUDO (traduction Patrick TORT, révision Jean GÉNERMONT, Sexualité et Evolution, dans Dictionnaire du Darwinisme et de l'Evolution, Sous la direction de Patrick TORT, PUF, 1996. Jean-Pierre SIGNORET, Comportement sexuel, dans Encyclopaedia Universalis, 2004. Jean-Louis LAROCHE, article Sexualité - Perspective phylogénétique, dans Encyclopaedia Universalis 2004.

 

Corrigé et complété le 20 septembre 2013 (Le correcteur d'over-blog nous laisse toujours en rade...)

Par GIL - Publié dans : BIOLOGIE
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Mardi 3 septembre 2013 2 03 /09 /Sep /2013 15:24

   La plasticité de la notion de violence, dans laquelle entre un cocktail de faits objectifs et d'appréciations subjectives, s'avère assez forte lorsqu'il s'agit des conflits impliquant d'une manière ou d'une autre la sexualité. Il existe bien, nonobstant l'existence d'un droit public qui délimite ce qui est licite (légitime pour celui qui se considère du côté du droit) et illicite en matières de pratiques sexuelles (notamment par l'intermédiaire de la législation sur le mariage, et dit ce qui est agression sexuelle et ce qui ne l'est pas, un continuum de comportement entre une simple expression d'une virilité qui peut passer pour l'expression (manifestée par des comportements et des postures) de la volonté d'accomplir des actes en fin de compte sexuels, une virilité plus ou moins agressive, et plus ou moins facteur d'oppression pour souvent le sexe féminin et plus loin, très loin sans doute, l'acte brulal du viol, accompli en dehors de toute institution reconnue et accompli par des êtres de force physique supérieure. Non seulement, la virilité s'exprime de manière plus ou moins agressive suivant les époques et les régions, allant de seulement la prise d'initiative pour une relation amoureuse à l'affirmation de réalisation d'un droit garanti par la communauté, prolongeant bien au-delà d'une aimable entreprise bien des comportements, mais le viol peut être admis intégralement dans le cadre familial comme l'expression d'un devoir de consommation du mariage. On comprend alors qu'il ait fallu beaucoup de débats et d'études pour qu'au niveau planétaire, on aboutisse à une définition, dans le cadre de l'Organisation Mondiale de la Santé pour le préciser, de la violence sexuelle.

 

    Ainsi, l'OMS, dans son Rapport mondial sur la violence et la santé décrit le contexte de cette violence sexuelle, partout présente dans le monde.

"Bien que, dans la plupart des pays, peu de recherches soient consacrées au problème, les données dont nous disposons donnent à penser que, dans certains endroits, près d'une femme sur quatre subit probablement des violences sexuelles de la part d'un partenaire intime et un tiers des adolescentes déclarent avoir subi une initiation sexuelle forcée. La violence sexuelle a de profondes répercussions sur la santé physique et mentale de la victime. Outre les traumatismes physiques, elle est associée à n risque accru de nombreux problèmes de santé sexuelle et génétique, dont les conséquences se font sentir immédiatement, mais aussi des années après l'agression. Les conséquences pour la santé mentale sont tout aussi graves que les conséquences physiques et peuvent aussi durer très longtemps. La mortalité associée à la violence sexuelle peut être due à un suicide, à l'infection à VIH ou à un homicide, soit pendant l'agression en cas de viol avec homicide, soit plus tard dans les "crimes d'honneur". La violence sexuelle peut aussi influer profondément sur le bien-être social des victimes. Aussi, certaines victimes sont stimatisées et mises au ban de la société par leur famille et par d'autres personnes. 

L'agresseur peut retirer du plaisir de rapports sexuels imposés, mais l'objectif sous-jacent est souvent l'expression d'un pouvoir et d'une domination sur la personne agressée. Souvent, les hommes qui obligent leur épouse à avoir des rapports sexuels pensent agir légitimement parce qu'ils sont mariés avec cette femme. 

Le viol de femmes et d'hommes, qui est souvent utilisé comme arme de guerre, comme forme d'attaque contre l'ennemi, caratérise la conquête et l'avilissement des femmes ou des combattans capturés. Il peut aussi servir à punir des femmes qui ont transgressé des codes sociaux ou moraux, par exemple, caux qui interdisent l'adultère ou l'ivresse en public. Il arrive aussi que des hommes et des femmes soient violés alors qu'ils sont en garde à vue ou en prison.

La violence secuelle peut être dirigée contre kes hommes et les femmes, mais (le chapitre sur la violence sexuelle de ce rapport) porte esentiellement sur les diverses formes de violence sexuelle dont sont victimes les femmes, ainsi que sur les violences sexuelles que subissent les jeunes filles aux mains d'autres personnes que leur tuteur ou soignant.

  L'OMS parvient à cette définition : la violence sexuelle est "tout acte sexuel, tentative pour obtenir un acte sexuel, commentaire ou avances de nature sexuelle, ou actes visant à un trafic ou autrement dirigés contre la sexualité d'une personne indépendamment de sa relations avec la victime, dans tout contexte, y compris, mais sans s'y limiter, le foyet et le travail." 

Les auteurs précisent pour cette définique que "la coercition vise le recours à la force à divers degrés. En dehors de la force physique, l'agresseur peut recourir à l'intimidation psychologique, au chantage ou ) d'autres menaces - par exemple, la menace de blessures corporelles, de renvoi d'un emploi ou de ne pas obtenir un emploi recherché. La violence sexuelle peut survenir alors que la personne agressée est dans l'incapacité de donner son consentement parce qu'elle est ivre, droguée, endormie ou incapable mentalement de comprendre la situation, par exemple. La violence sexuelle comprend le viol, qui se définit ainsi : acte de pénétration, même légère, de la vulve ou de l'anus imposé notamment par la force physique, en utilisant un pénis, d'autres parties du corps ou un objet. Il y a tentative de viol si l'on essaie de commettre un tel acte. Lorsqu'il y a viol d'une personne par deux ou plusieurs agresseurs, on parle de viol collectif. La violence sexuelle peut comprendre d'autres formes d'agression dans lequelles intervient un organe sexuel, notamment le contact imposé entre la bouche et le pénis, la vulve ou l'anus."

ils indiquent également différents actes de violence sexuelle :

- viol dans le mariage ou commis par un petit ami ;

- viol commis par des étrangers ;

- viol systématique pendant les conflits armés ;

- avances sexuelles importunes ou du harcèlement sexuel, y compris le fait d'exiger des relations sexuelles contre des faveurs ;

- violence sexuelle exercée contre des enfants ;

- violence sexuelles exercée à l'encotre de handicapés physiques ou mentaux ;

- mariage ou cohabitation forcée, y compris le mariage d'enfants ;

- négation du droit d'utiliser la contraception ou de se protéger contre des maladies sexuellement transmissibles ;

- avortement forcé ;

- actes de violence contre l'intégrité sexuelle des femmes, y compris la mutilation génitale féminine et les inspections imposées pour s'asurer de la virginité ;

- prostitution forcée et traité d'êtres humains aux fins d'exploitation sexuelle.

Ils précisent également qu'"il n'existe pas de définition universellement acceptée de la traite d'être humains aux fins d'exploitation sexuelle. On désigne par cette exprsion le déplacement organisé de personnes, habituellement des femmes, entre des pays ou à l'intérieur de pays aux fins de travail sexuel. Cette traite comprend également le fait de contraindre un migrant à se soumettre à un acte sexuel en contrepartie d'une autorisation d'émigrer ou de dispositions pour sa migration. La traite d'êtres humains à des fins sexuelles utilise la force physique, la tromperie et la servitude qui découle d'un endettement. Dans la traite de femmes et d'enfants, par exemple, les victimes s'entendent souvent promettre du travil comme domestique ou dans l'industrie des services, mais en fait, elles sont emmenées dans des bordels où leur passeport et autre pièce d'identité sont confisqués. Il arrive qu'elles soient battues et enfermées, et on leur promet parfois la liberté une fois qu'elles auront gané - en se prostituant - le prix de leur achat ainsi que leurs frais de visa et de voyage."

 

     L'ensemble de la littérature sur le viol est largement dénonciatoire et peu d'études, sanf en psychanalyse, en psychiatrie ou en psychologie, se penchent sur les processus qui mènent à cette violence sexuelle. C'est que le chemin est encore long pour que toutes les sociétés et les Etats représentés dans les instances internationales reconnaissent non seulement la réalité de certaines violences sexuelles, mais les considèrent comme des crimes. Le degré de tolérance à l'égard d'actes qui visent surtout les femmes va de pair avec un statut qui dans certaines régions les cosidèrent encore comme des individus de seconde zone. 

 

      La définition même du viol attire d'abord l'attention de Cyrille DUVERT avant de faire le point sur l'évolution de la société sur ce point : "Que le viol soit une violence, la langage en atteste : la racine des mots "viol" et "violence" est commune dans de nombreuses langues latines, germaniques ou extra-européennes. En français, l'usage du terme "violer" est attesté dès le XIe siècle et désigne alors aussi bien le fait d'"user de violence" que de "prendre de force une femme". En outre, les recherches historiques sur le phénomène révèlent des hésitations terminologiques quant aux domaines respectifs du "rapt" et du "viol" qui semblent n'avoir été clairement distingués qu'au XVIe siècle. L'un et l'autre sont cependant des crimes punis de mort dans l'ancien droit français et ont en commun l'absence de consentement de la victime. Que ce soit pour les juristes s'interrogeant sur l'existence d'une infraction ou pour l'opinion commune, le viol désigne néanmoins le fait de contraindre une femme à des relations sexuelles par la vilence. Mais l'apparente simplicité de cette approche ne rend que faiblement compte des évolutions qu'a connues la notion aussi bien dans les temps anciens qu'à l'époque contemporaine."

Le juriste et Maître de conférences à l'Université Paris XIII-Villetaneuse constate que "la réaction sociale et judiciaire à la transgression nommée "viol" a varié selon les époques en fonction des situations sociales ou de sexe, des personnes concernées. Son histoire s'inscrit dans un lent processus d'égalisation, et ce n'est que récemment que le viol est devenu l'objet d'une réprobation inconditionnelle." Par exemple, "l'idée d'appropriation violente des femmes comme buton est illustrée par l'histoire : à la fin de la renaissance,le juriste Grotius, passant en revue les pratiques guerrières rapportées par les historiens de l'Antiquité, note ainsi que, suivant les circonstances, "les violes commis sur les femmes dans les guerres sont et permis et non permis" (GROTIUS, Le droit de la guerre et de la paix (1625), PUF, 2005). Pour ce qui concerne le droit français, "si l'évolution de (ce droit) est parfois présentée comme n'ayant abouti qu'en 1980 à la criminalisation du viol, la réalité est plus complexe. Réprimée comme un crime dans le Code Napoléon de 1810, l'infraction souffrait d'une absence de définition, facilitant ainsi, dans les cas où l'absence de consentements de la victime pouvait prêter à discussion, la requalification de l'infraction en outrage à la pudeur. (...)". "Par ces évolutions encore inachevées, le droit français du viol et plus largement des atteintes sexuelles est passé de la stigmatisation de la sexualité contraire aux moeurs à celui de la sexualité non consentie". 

"Si la tendance, poursuit-il, du droit pénal français à faire des acteurs du viol des êtres désincarnés ainsi qu'à dés-inscrire leur comportement de tout cadre de référence à des "moeurs" ;bonnes ou mauvaises non plus qu'à la "pudeur", est aujourd'hui confirmée, l'interrogation sur la signification du viol comme sur les valeurs qu'il transgresse n'est cependant pas complètement refermée". il fait référence aux échos en Europe des viols commis en ex-Yougoslavie durant les années 1990, "qui soulève encore la question des rapports de sexe et rappelle les enjeux de filiation que comporte le viol lorsqu'il débouche sur l'engendrement."

"le constat banal, de ce que 90% des victimes de viol sont, selon les études de criminologie, des femmes (LOPEZ et TZITZIS, Dictionnaire des sciences criminelles, Dalloz, 2004) interroge d'ailleurs sur la rareté  persistante des viols subis par les hommes ou, puisque la loi ne s'y oppose pls, de leur dénonciation. Une explication sociologique commune y voir la marque d'une culture associant des traits spécifiques  à la masculinité (G.L. MOSSE, L'image de l'homme. L'invention de la virilité à l'époque moderne, Pocket, 1999) qui conduirait les hommes victimes de ces pratiques à ne pas les dénoncer. Il y aurait une difficulté à admettre qu'un homme soit violé par un autre, en raison de la force physique supposément équivalente de l'un et de l'autre. De fait, les rares cas rendus publics ou sanctionnés se sont déroulés dans des lieux d'enfermement où s'exercent, de fait sinon de droit, des rapports de contrainte. (...). Dans un contexte de clôture marqué d'autorité morale plus que physique, le voila a progressivement été levé, depuis les années 1990, sur le cas d'agressions sexuelles subies par les enfants ou adolescents de la part des membres du clergé catholique, aux Etats-Unis d'Amérique, puis en Europe, signalant implicitement l'existence d'agressions sexuelles sur des hommes du fait du caractère le plus souvent non mixte des institutions catholiques. La réaction de ces atteintes sur mineurs au sein de l'Eglise catholique élude cependant le caractère homosexuel des relations litigieuses, et se concentre sur la dénonciation de la pédophilie en général.(...)". 

"Conséquence concrète autrefois crainte du viol, la naissance d'un enfant bâtard semble oubliée dans les sociétés développées : y concourent aussi bien la maîtrise de la fécondité que la disparition progressive des dispositions marginalisant la filiation hors mariage. C'est pourtant la hantise de l'impureté qui apparait, de façon confuse, dans les regards contemporains sur l'inceste. Au sens strict, dans lequel la vulgate anthropologique voit un "tabou fondateur de l'humanité" destiné à pousseer les individus vers l'exogamie, l'inceste s'entend de rlations sexuelles consanguines. relations entre frère et soeur majeurs comme entre père et fille mineure en relèvent, et le droit les refoule en interdisant le mariage entre les concernés comme l'établissement de la filiation qui en résulterait, même par la voie détournée de l'adoption. Conséquence de cette maginalité? A partir des années 1990, des tribunaux ont reconnu à des enfants nés de viols incestueux le droit de réclamer à l'agresseur de leur mère réparation civile de leur préjudice créé par une filiation aussi douloureuse qu'interdite. C'est pourtant moins en raison de l'engendrement qu'il peut impliquer que de l'acte qu'il suppose que l'inceste retient aujourd'hui l'attention du législateur pénal, qui l'ignorait jusqu'à présent (2010). (...)  Si comme on l'a souligné en rappelant son sens premier de relations consanguines, l'inceste n'implique pas la contrainte ni la violence, c'est l'assimilation qu'opère la loi puisqu'elle réaffirme la répression des relations sexuelles contraintes, qu'il s'agisse de viols et d'autres agressions sexuelles, entre mineurs et majeurs, et qu'elle étend le cercle des agresseurs "incestueux" à toute personne "ayant autorité de droit ou de fait" sur la victime. Consacrant une tendance repérée antérieurement dans les discours sur l'inceste, la loi en étend ainsi le champ potentiel, qui s'évade du seul noyau familial, en même temps que le re-serre sur les seuls relations sexuelles contraintes. Alors que les travaux d'historiens tendent à montrer la banalité des viols sur enfants (G VIGAROLLO, Histoire du viol, Seuil, 2000 - A-M. SOHN, Les attentats à la pudeur aux filletes et à la sexualité quotidienne en France (1870-1939) dans Mentalités : violences sexuelles, Imago, 1989), amenant à douter d'une augmentation du phénomène, est affirmée la nécessité d'une protection renouvelées des faibles dans un cadre de contrainte. Institutions religieuses ou éducatives, famille : autant d'espaces clos où s'exercent des pressions rendant illusoire la recherche d'un consentement émis par le mineur et où viols et agressions secuelles sont présumés autant que subsumés sous une conception renouvelée de l'inceste.

Cette protection du consentement comme criète de l'illicite est aujourd'hui l'objet d'une attention renouvelée dans le mariage, qui a longtemps sensiblé au féminisme l'ultime bataille à livrer contre le pouvoir masculin. De fait, ce n'st qu'après la réforme française de 1980 qu'ont été pronocées des condamnations pour viol là où autrefois des maris faisaient valoir le devoir conjugal (...). La genèse de la loi de 2006 "renforçant la prévention et la répression des violences au sein du couple", qui inscrit dorénavant la formule jurisprudentielle dans le Code pénal (art. 222-22), montre que le législateur français a notamment eu à l'esprit les populations étrangères ou d'origine étrangère dont un trait culturel serait la violence envers les femmes. (...) L'autorité patriarcale fut dénoncée pour mettre au jnour "le mécanisme essentiel au fonctionnement d'une société qui demeure, à certains égards, machiste et patriarcale" et dévoiler "une volonté de maintenir en place le pouvoir des hommes et de contrôler le corps des femmes" (M JACQUEMAIN, Débats Sénats, Journal Officiel, 23 mars 2006). Au-delà du seul viol, la stigmatisation des violences sexuelles se focalise ainsi sur des communautés où différence des sexes comme asymétrie fondamentale entre hommes et femmes sont parfois revendiquées. C'est la contrainte inéluctable des premiers sur les secondes qui est visée dans la famille comme dans le mariage, pensé comme un espace clôt, un lieu encore privé et soustrait au regard de la puissance publique dans lequel le consentement, fragilitsé, doit alors être protéger."

 

Cyrille DUVERT, article Viol, dans Dictionnaire de la violence, Sous la direction de Michela MARZANO, PUF, collection Quadrige, 2011 ;  Sous la direction de Etienne G KRUG, Linda L DAHLBERG, James A MERCY, Anthony ZWI et Rafael LOZANO-ASCENCIO, Rapport mondial sur la violence et la santé, Organisation Mondiale de la Santé, 2002.

 

SOCIUS

Par GIL - Publié dans : SOCIOLOGIE
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Lundi 2 septembre 2013 1 02 /09 /Sep /2013 15:48

         Par-delà les considérations sur des oppositions entre l'amour et la haine, les liens entre sexualité et conflictualité peuvent être illustrés sur bien des plans.

 

      A commencer, en englobant toute la nature, par la compétition pour la diffusion des gènes par l'intermédiaire de rapports sexuels, chaque sujet (de l'animacule à l'homme) s'accaparant des "meilleurs partenaires" et empêchant ses congenères d'en faire de même. Cette compétition existe tant au niveau d'individus au sein d'une même espèce, qu'entre espèces différentes, où elle s'exprime plutôt par l'invasion d'un maximum d'individus s'accaparant un espace le plus grand possible.

Cette présentation de la sempiternelle lutte pour la vie, en raccourci, semble bien radicale. Mais tant dans le domaine végétal qu'animal, de multiples exemples indiquent que cette compétition est farouche même si elle ne se réduit pas à des batailles rangées (assez rares, notamment pour cette motivation, sauf chez les Primates) ou à des bagarres à mort entre individus, qui ne se déroulent pas d'ailleurs, lorsqu'elles ont lieu dans la même temporalité dans la nature. Il existe bien ne sorte de compétition dans le monde végétal, dans la recherche de la luminosité et de la chaleur, visible suivant le résultat de l'examen des différentes populations de végétaux, même elle se déroule sur de longues périodes, tandis qu'à l'autre extrême, les luttes peuvent paraitre relativement brèves (tant au niveau microscopique que dans le règne animal).

Bien plus, la multiplication des individus d'une espèce se fait de manière autonome, sans considération pour l'espèce voisine, même sur le même territoire et c'est par la multiplication de ces individus que se réalise cette lutte pour la vie, par la submersion en quelque sorte, accaparant les ressources...

Lorsqu'on examine l'espèce humaine, nous sommes en face de quelque chose de nouveau : les comportements sexuels sont bien plus régis par des habitudes culturelles qui se transmettent de génération en génération que par une "volonté pulsionnelle" de surpasser ses semblables de cette manière... 

 

    Ce qui précède, de manière outrancièrement résumée, sur les comportements sexuels est l'objet de mutliples disciplines, sciences naturelles et sciences humaines. La sexualité humaine, d'ailleurs, représente un champ de recherches comportementales, sociales, culturelles et civilisationnelles plus ou moins lié à la satisfaction ou à la répression des plaisirs sexuels. Une science à part entière, la sexologie est consacrée à la sexualité chez l'être humain, dans ses composantes médicales et sociologiques.

 

    Mais avant d'aller plus avant dans la sexualité humaine, doit-on faire place d'abord à une considération philosophique : il n'y a point de sexualité sans la mort, la limitation dans le temps de la vie des individus, et point de mort sans sexualité, sous peine de disparition de l'espèce. Si la sexualité perpétue l'espèce, les individus eux, disparaissent progressivement, après avoir subi un cycle de transformations physiologique et anatomiques qui se répétent indéfiniment de génération en génération. Ce genre de considération n'est pas propre à notre époque où, dans certaines sociétés, reculer l'âge où la mort survient, et même transformer de la mort, constitue un véritable objectif qui mobilise beaucoup d'énergies. Que ce soit avec des résultats concrets ou non, dans une pratique fantasmatico-religieuse (que les pratiquants considèrent comme aussi tangibles par ses effets que la vie elle-même)  ou proprement scientifique.

      Si aujourd'hui, la vie s'allonge (pas partout, et si la pollution s'accroit trop, cela risque de s'inverser partout...), la courte vie (être vieux à trente ans...) des nombreuses générations avant nous a inspiré bien des réflexions sur les destins individuels. L'existence de la mort suscite toute sorte de réflexions sur les composantes de la personne, réflexions qui se retrouvent dans les dogmes des religions, qui ont pour caratéristiques communes de réguler  à la fois les conditions de la mort (en tout cas par la pensée), (avant et après), et les conditions d'exercice de la sexualité. D'ailleurs, pour chacune d'entre elles, une conception de la mort (de l'essence de la personne) se rattache souvent à une conception de la sexualité. La peur de la mort conditionne un contrôle sur la sexualité.

 

     Alors que la sexualité est liée de manière quasi obligatoire à la mort, dans un processus de reproduction sans fin au niveau de l'espèce, elle est au contraire synonyme de vie (transmission de vie, mais aussi débordement de vie extatique) pour l'individu. Notamment dans la période de sa vie la plus active (que ce soit mâle ou femelle, homme ou femme, mais cette considération vaut surtout et sans doute exclusivement pour l'espèce humaine). Dionysos est associé à Eros dans un plaisir infini (mais parfois bref!) et à n'importe quelle période de l'histoire, dans n'importe quelle civilisation, la littérature abonde en récits fictifs ou romancés, de manière érotique ou pornographique, où la sexualité rime avec plaisir. Plaisir qui se veut fusionnel avec un(e) partenaire, mais qui mobilise surtout une grande partie de l'appareil physiologique humain dans ses phases ascendantes pour aboutir à l'extase, l'éjaculation, l'émission de liqueur d'amour... C'est sans doute en Occident  - mais là c'est tout un débat! - que l'aspect de plaisir lié au sexe est le plus exposé au groupe, à la société, tandis que dans d'autres sociétés, il se fait plus discret, même s'il est autant vécu. 

 

         Aspect qui fait également l'objet de beaucoup de récits ou de recherches, la dissociation toujours plus forte entre la finalité reproductuctrice de la sexualité et l'accomplissement des plaisirs pour l'individu.  En ce sens que peut se dissocier, au moins dans l'esprit de beaucoup, les nécessités de reproduction de l'espèce et la recherche du plaisir maximum le plus intense, le plus fréquent possible. La vie affectivo-sexuelle est alors plus centrée sur cette recherche du plaisir individuel qu'inclue dans les relations familiales, conduisant à un certain nombres de conflits entre sexes, entre générations... A un point où l'on pourrait concevoir des rapports sexuels les plus intenses entre partenaires et la mécanisation de la reproduction, à partir de banques de liquides sexuels, introduits ensuite dans le corps de l'un ou de l'une, de donneurs complètements différents... ou même de cultures de corps humains... Ce chemin, favorisé par les découvertes asymptotiques de la génitique, peut-il mener, lorsque la pression du groupe n'existe plus pour la reproduction, la population étant suffisante voire pléthorique par rapport aux ressources, à ce que la sexualité se réduise pour un certain nombre d'individus à cette recherche du plaisir?

 

    Il faut aussi évoquer des conflits liés au pouvoir de connaissance sur le corps, camouflé sous une morale pudibonde, connaissance du corps de l'homme par la femme ou inversement, et connaissance du corps de l'adulte par l'enfant. Le secret - de polichinelle certes, mais la connaissance n'est pas seulement résumée à la vision d'images de la nudité, voire de la sexualité en action - entretenu sur la physiologie et l'anatomie du corps par les adultes, éventé volontairement (et souvent avec une intention pédagogique) dans certaines familles par la pratique du naturisme, constitue sans doute le dernier pouvoir que possède le monde des adultes sur celui des enfants, dans des périodes où sévissent de multiples conflits de génération, une véritable dissociation socio-culturelle entre la vie des adultes et la vie des enfants, favorisée d'ailleurs matériellement en cela par le cloisonnement du rôle des pièces dans le domicile ou l'organisation de la vie quotidienne. Dans certaines régions où les femmes doivent cacher au sens propre leur corps, n'y-a-t-il pas l'entretien d'un mystère (qui accroit d'ailleurs par ailleurs un certain désir, d'autres diraient une certaine concupiscence, redoublé à l'égard du corps de l'autre sexe, dans certaines circonstances...) qui sert une domination exercée par la gens masculine?   

 

    Les différentes répressions de la sexualité sont l'occasion d'autant de conflits. Le développement de caractères agressifs est, dans l'esprit de beaucoup d'auteurs de la psychanalyse, le résultat de refoulements de la sexualité, sous la pression sociale. Le développement de tout un appareil de connaissance et de contrôle de la sexualité, notamment de catégories pauvres et/ou exploitées de la population semble, selon nombre de penseurs marxistes ou marxisant, et même selon d'autres orientations idéologiques, fortement lié au développement du capitalisme. Les auteurs du féminisme ont fortement mis l'accent sur la concomittence, la dynamisme entre domination sociale et domination sexuelle.

Mais l'utilisation du corps de l'autre, dans le cadre des violences sexuelles dans ou hors du cadre familial et de la prostitution, civile ou militaire, féminine ou masculine, adulte ou infantile, est aussi le terreau d'autres conflits que la société régule plus ou moins, de manière très différente suivant les époques et les régions, suivant des morales elles aussi très différentes et avec des résultats eux aussi très différents!

 

      Plusieurs aspects de la sexualité humaine et de leurs modes plus ou moins conflictuels ont été examinés  sous l'angle historique (par exemple par Alain CORBIN), philosophique (Michel ONFRAY... ), sociologico-historique (Michel FOUCAULT... ) ou neurobiologique (Serge WUNSCH). La psychanalyse donne à la sexualité un rôle clé dans les relations humaines et les approches médicales, légales, religieuses sont multiples et... contradictoires. Des conceptions elles-mêmes sur la sexualité peuvent donner lieu à des conflits, entre des religions ou entre religion et une  laïcité. S'y mêlent bien entendu des aspects sociologiques, économiques sur les rôles respectifs de l'homme et de la femme, pôles "opposés", "complémentaires" de cette sexualité. S'il est un domaine où la violence domine les relations sociales de la manière la plus "cachée" et "discrète", c'est bien dans les relations sexuelles entre "dominants" et "dominés"... Pour autant, pour de multiples raisons, il n'existe pas de sociologie de la sexualité en tant que sociologie organisée, et c'est à travers une littérature relativement éclatée que l'on peut se forger une idée des relations entre Sexualité et Conflit.

 

SOCIUS

 

Révisé et complété le 7 septembre 2013

 

Par GIL - Publié dans : SOCIOLOGIE - Communauté : Sur les sciences humaines
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Lundi 2 septembre 2013 1 02 /09 /Sep /2013 09:36

         L'hypothèse de recherches en matière d'armes climatiques, à défaut de communication officielle ou de prises en compte de telles recherches par les organismes travaillant sur les changements climatiques, enrichit actuellement l'édition électronique (Internet) sans pour autant faire l'objet d'ouvrages scientifiques dans l'édition sur papier. Rarement évoquées en dehors de la science fiction littéraire ou cinématographique et de passages parfois détaillés de la Bible et des Vêdas hindous ou autres textes religieux où ils font figures d'armes proprement divines, ces armes climatiques, non déployées et utilisées ouvertement, donc non connues du public, même scientifique, constituent sans doute plus des objectifs appétissants pour des organismes de recherche militaire que des réalisations, même à l'état de prototype. Nous n'avons pas l'habitude de céder à des rumeurs complotistes ici mais n'oublions pas que les recherches atomiques mêmes faisaient partie de l'horizon de la fiction dans les années 1930 (et en fait la réalité dépassa alors la fiction dans les années 1940...). 

 

      Etudier les phénomènes atmosphériques, des plus courants aux plus extrêmes s'avère déjà une affaire très compliquée. Quand la communauté scientifique et industrielle pense y trouver son compte, prévoir le temps, objet de la météorologie, constitue déjà un exercice encore aléatoire (et encore plus aléatoire aujourd'hui qu'hier, vu les bouleversements climatiques en cours). Manipuler ces phénomènes, dans une séquence maitrisée - objectifs-conséquences dans une perspective de combat armé, même sur le moyen terme - constitue sans doute encore une hypothèse. Mais sans doute, également, n'est-ce pas seulement une hypothèse de conversation, mais aussi une hypothèse de travail de certains instituts de recherche. S'attaquer aux potentiels agricoles ou industriels de l'adversaire au moyen de la manipulation de masses atomosphériques, tout en protégeant les siennes, constitue un grand exercice...

Cela ne veut pas dire que des expérimentations n'ont pas encore été réalisées, tant l'esprit d'apprenti sorcier domine certaines sphères scientifiques. Notamment aux Etats-Unis où les ouragans violents sont la règle et où les activités, agricoles notamment, pourraient bénéficier de la manipulation du climat, ne serait-ce que pour éviter les multiples désastres causés par ceux-ci. Des recherches sont certainement menées dans ce sens, et à une époque où les appareils militaires et civils de recherche croisent les recherches scientifiques, il n'est pas exclu que cela intéresse aussi l'ensemble de la recherche militaire, au moins de veille. Tout ce qui tourne autour de la Géo-ingénierie, même si les organismes internationaux restent sceptiques sur sa faisabilité et même son utilité, constitue pour certaines instances civiles et militaires une grande perspective d'avenir, notamment si l'urgence d'agir s'avère bien plus importante qu'elle ne l'est actuellement encore.

 

      De là à écrire que des recherches sont effectivement menées dans ce sens et que certains phénomènes violents sont le résultat de ces recherches, il existe un pas que seulement certains franchissent.

Ainsi Michel CHOSSUDOVSKY, économiste canadien, professeur à la faculté des sciences sociales de l'Université d'Ottawa, à côté de ses ouvrages sur la mondialisation (Mondialisation de la pauvreté et nouvel ordre mondial, 1978), prétend que le projet High Frequency Active Auroral Research Program (HAARP), programme américain de recherche à la fois scientifique et militaire sur l'ionosphère, est en fait une arme de destruction massive opérationnelle. Avec le pouvoir d'altérer la météo, d'interrompre les système régionaux, et de modifier le champ magnétique terrestre, et aussi potentiellement de déclencher des séismes et d'affecter la santé. 

      Rappelons que ce projet, amorcé en 1992, dont les activités se situent dans la base aérienne de Kirtland AFB est financé conjointement par l'US Air Force et la Navy. Ces activités scientifiques sont gérées par l'Université d'Alaska et mises en oeuvre par le laboratoire Philips de l'US Air Force et l'Office of Naval Research. Les installations utilisent notamment la technologie IRI (Ionospheric Research Intrument) et des techniques radioélectriques afin de comprendre les mécanismes complexes qui gouvernent l'ionosphère, région de la haute atmosphère. Un des objectifs, par excitation des ondes haute fréquence, est d'étudier l'impact de l'ionosphère sur les communications longues distances. HAARP est le 3ème site de recherche ionosphérique des Etats-Unis (les autres étant dans les environs de l'observatoire à Porto Rico, et proche de Fairbanks en Alaska).

Ces recherches sont extrêmement coûteuses et sembleraient être interrompues en 2013 (désinformation?).

Le projet européen équivalent mené par l'association scientifique EISCAT (European Inconherent Scatter Scientific Association) est une collaboration entre l'Allemagne, la France, le Royaume Uni, la Finlande, la Norvège et la Suède. Elle se consacre à l'étude de la haute atmosphère et de l'ionosphère, et au couplage entre le Soleil et la Terre (interaction entre le vent solaire et la magnétosphère terrestre). Elle dispose de deux antennes radar réceptrices situées à Kiruna en Suède et à Sodankylä en Finlande, de deux antennes émettrices-réceptrices situées à Tromso, et d'un radar à Svalbard en Norvège. En novembre 1995, le Japon, avec l'institut national de la recherche polaire du Japon, est devenu le septième membre de la société EISCAT.

 

       Michel CHOSSUDOVSKY estime que HAARP est une arme de destruction massive, capable de déstabiliser des systèmes agricoles et écologiques au niveau mondial. Sans écrire que les actuels changements climatiques sont un effet des expérimentations de cette arme, il pense que la guerre climatique est susceptible de menacer l'avenir de l'humanité, "mais elle a été exclue des rapports du GIEC". 

Selon lui, "des techniques de modification de l'environnement ont été appliquées par l'armée US pendant plus d'un demi-siècle. Le mathématicien étasunien John von Neumann, en lien avec le Département de la Défense des Etats-Unis, a débuté ses recherches sur la modification des conditions météorologiques à la fin des années 40, au plus fort de la Guerre Froide, et il prévoyait des "formes de guerre climatique encore inimaginables". Pendant la guerre du Vietnam, les techniques d'ensemencement des nuages ont été utilisées à partir de 1967 dans le cadre du projet Popeye, dont l'objectif était de prolonger la saison des moussons et de bloquer les voies d'approvisionnement ennemies le long de la route de Ho-Chi-Minh-Ville (Saïgon).

L'armée US a développé des fonctionnalités spohistiquées qui permettent de modifier les conditions climatiques de manière sélective. La technologie, qui est actuellement perfectionnée dans le cadre du programme HAARP, est un appendice de l'Initiative de Défense Stratégique, "la Guerre des Étoiles". D'un point de vue militaire, HAARP est une arme de destruction massive, qui opère à partir de l'atmosphère externe et qui est capable de déstabiliser des systèmes agricoles et écologiques partout dans le monde. 

La modification des conditions météréologiques, selon le document de l'US Air Force intitulé AF 2025 Final Report, "offre aux combattants de guerre un large éventail d'options possibles pour faire échec ou pour contraindre un adversaire", des capacités, dit-on, de déclencher des inondations, des ouragans, des sécheresses et des tremblements de terre : "La modification des conditions météorologiques va devenir un élément de sécurité intérieure et de la sécurité internationale et elle pourrait se faire de manière unilatérale... Elle pourrait avoir des applications offensives et défensives et pourrait même être utilisé comme moyen de dissuasion. La capacité de générer des précipitations, du brouillard et des tempêtes sur terre ou de modifier la météo spatiale... de même que la création de conditions météorologiques artificielles sont une partie d'un ensemble intégré de technologies (militaires)."

En 1977, une Convention intrnationale a été ratifiée par l'Assemblée Générale des Nations Unies qui interdit, "un usage militaire et toute autre forme d'utilisation hostile des techniques de modification environnementale ayant des effets étendus, durables ou graves". Elle a défini "les techniques de modification environnementale" comme "toute technique pour changer, grâce à une manipulation délibérée des processus naturels, la dynamique, la composition ou la structure de la terre, y compris ses boiets, sa lithosphère, son hydrosphère et son atmosphère, ou de l'espace intersidéral".

Bien que le fond de la convention de 1977 a été réaffirmé dans la Convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) signée au Sommet de de la Terre à Rio en 1992, le débat sur la modification météorologique à des fins militaires est devenue un tabou scientifique.

Les analystes militaires sont muets sur le sujet. Les météorologistes n'enquêtent pas sur cette question et les écologistes se concentrent sur les émissions de gaz à effet de serre en vertu du Protocole de Kyoto. Il n'est pas non plus question de la possibilité que les manipulations climatiques ou environnementales fassent parties d'un agenda militaire ou des services de renseignement, alors qu'il est tacitement reconnu qu'elles font partie du débat plus large sur les changements climatiques sous l'égide de l'ONU." 

     Notons que sur des activités durant la guerre du VietNam, un ensemble de technologies sont recherchées pour limiter l'engagement direct des Etats-Unis, à un moment où les protestations civiles prennent de l'ampleur. En plus des systèmes électroniques qui repèrent tout déplacement de troupes, de matériels, voire d'animaux, et déclenchent automatiquement un déluge de feu, de roquettes et de bombes sur le lieu d'un tel déplacement, sont mis au point de nombreux autres moyens d'économiser ce travail humain : la lecture automatique des photos aériennes prises par satellites ou par des appareils de reconnaissance téléguidés permet des déclenchements automatiques de bombardements ou d'autres processus également automatisables ; des bombardiers téléguidés (futurs drônes) sans pilote sont mis au point ; la "guerre géophysique" (provocation de pluies artificielles, de tremblements de terre, etc) est enfin un dernier moyen d'opérer à distance sans risquer de précieuses vies humaines. Sur cette dernière techonologie,  D SHAPELY, dans la revue Science, donne des éléments à deux reprises : Rain Making : Stokholm Stand Wartered down for Military (n°4042, juin 1972) et Science Officials Bow to Military on Weather Modification (n°4047, 1972).(cité par Georges MENAHEM)

 

La polémique autour de HAARP incite sans doute les organismes civils et militaires à ne pas faire trop de déclarations publiques sur l'avancement des travaux en matière de Géo-ingénierie. Manipulation délibérée du climat terrestre pour contrecarrer les effets du réchauffement climatique de gaz à effet de serre, mais sans doute pas seulement, le concept actuel de Géo-ingénierie est l'objet de rapports et d'incitations à effectuer des recherches ou de mise en garde sur des expérimentations ou des mises en oeuvre inconsidérées.

Tant par une fraction de l'opinion désireuse d'éviter ou de freiner le passage à une économie à basses émissions de carbone, l'obligeant à changer de mode de vie que par une partie des industriels qui met en avant régulièrement dans la presse le surcoût économique et social d'une telle transition. Un certain nombre de scientifiques et hommes politiques s'interrogent sur ses possibilités, de manière croissante au gré des rapports de plus en plus alarmants du GIEC. 

Régulièrement, rapports et conférences sont organisées à ce sujet. 

Ainsi, le 12 novembre 2010, l'UNESCO organise à son siège à Paris une réunion internationale d'experts sur la géo-ingénierie et les questions de gouvernance qui y sont associées. Comprenant 20 participants originaires d'une douzaine de pays et de diverses institutions universitaires, à but non lucratif, gouvernementales et intergouvernementales, les participants recommandent de classer les techniques en deux catégories :

- la géo-ingénierie solaire, qui désigne les interventions visant à réduire le rayonnement solaire absorbé par le système climatique de la Terre, telles que l'injection de particules réfléchissantes comme le dioxyde de soufre dans les couches basses ou élevées de l'atmosphère, pour aboutir à une réduction de la température mondiale moyenne ;

- la géo-ingénierie du carbone, qui désigne les interventions visant à débarrasser activement l'atmosphère de son dioxyde de carbone grâce à la mise au point d'épurateurs de gaz carbonique, ou à renforcer les processus écosystémiques, de façon à réduire l'effet nocif dde l'accumulation des gaz à effet de serre dans l'atmosphère. 

Ces experts recommandent la création d'un programme de recherche international semblable au Programme mondial de recherche sur le slimat (PNRC) parrainé par le conseil international pour la science (CIUS), l'Organisation météorologique mondiale (OMM) et la Commission océanographique intergouvernementale (COI) de l'UNESCO. le nouveau programme pourrait relever les défis technologiques et scientifiques de la géo-ingénierie et permettre d'aller de l'avant dans la r'echerche scientifique légitime sur cette question controversée. Cette initiative fait suite à la déclaration formulée par le Secrétariat de la Convention sur la diversité biologique lors de sa réunion à Nagaya, au Japon, autorisant la conduite d'expériences de recherche en géo-ingénierie à petite échelle, dans la mesure où elles se soumettraient à un certain nombre de contrôles. (UNESCO)

Cette réunion internationale fait suite à un rapport de la Royal Society de Londres, publié en septembre 2009, intitulé "Géo-ingénierie du climat : science, gouvernance et incertitude" qui estime que les risques d'une maipulation délbérée du climat restent encore à évaluer.

   Dans le dernier rapport du GIEC (2013), pour la première la géo-ingenierie est évoquée par la Conférence Internationale. Ces dispositifs de manipulation du climat (voir Résumé à l'intention des décideurs), comme la dispersion massive de particules dans la stratosphère, qui réfléchirait une part du rayonnement solaire, contribuant ainsi à refroidir le climat, sont abordés à la demande des gouvernements qui se sont pencher sur la question. Les rapporteurs soulignent tous les risques et les incertitudes liés à ces technologies, et ils entendent mettre les choses au point à ce sujet, pour éviter la diffusion d'informations fausses à ce propos.

 

 

 

Michel CHOSSUDOVSKY, HAARP : la guerre climatique, article paru dans la revue The Ecologist de décembre 2007, traduit par Dany QUIRION pour Alter Info.

Georges MENAHEM, La science et le militaire, Seuil, 1976.

Résumé du Rapport à l'intention des décideurs, CIEC, 27 septembre 2013 (voir sur le site du GIEC).

 

 

Complété le 6 septembre 2013

Complété le 4 novembre 2013

 

STRATEGUS

Par GIL - Publié dans : ARMEMENT - Communauté : Sur les sciences humaines
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Jeudi 29 août 2013 4 29 /08 /Août /2013 14:05

             La prise en compte des changements climatiques dans les stratégies de défense des principaux Etats s'effectue déjà à partir des années 1980, avec une certaine avance, suivant les pays, mais surtout aux Etats-Unis, par rapport à une certaine défiance, au niveau politique comme au niveau des opinions publiques sur les présentations de différentes instances scientifiques des conséquences du réchauffement de la planète. Cette prise en compte s'échelonne aujourd'hui de la simple alerte dans les milieux militaires - encore au niveau de la prospective "prudente", à un bouleversement, pas très médiatisé d'ailleurs, de la stratégie de défense. C'est aux Etats-Unis que ce changement stratégique se fait le plus sensible ; la France, pour ne prendre que ce pays, commence tout juste à intégrer la menace climatique dans ses plans de défense. On peut cependant dire, qu'en règle générale, les milieux militaires se sont montrés, avant l'opinion publique et les élites politiques au pouvoir, bien plus tôt sensibles qu'eux à cette question.

 

        Jean-Michel VALANTIN, à partir d'une étude de l'évolution des différents think tanks influents dans les milieux de la défense, des années 1980 à nos jours, décrit cette véritable révolution. Depuis le début du XXIe siècle, "alors même que tout l'appareil de sécurité nationale se mobilise dans la war on terror, que l'Afghanistan et l'Irak deviennent le théâtre de guerres longues et douloureuses, ce même appareils militaire, qui a su se faire redouter pour son inébranlable capacité de destruction, est en train de s'approprier les questions liées aux grands changements de l'écosystème planétaire, ainsi que les questionnements, les principes, méthodes et démarches, propres au développement durable. 

Cette notion, formalisée en 1987 par le fameux "Rapport brundtland" intitulé Notre avenir à tous (Our common future) le définit comme un "... développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre à leurs propres besoins. Deux concepts sont inhérents à cette notion :

- le concept de "besoins", et plus particulièrement des besoins essentiels des plus démunis, à qui il convient d'accorder la plus grande priorité.

- l'idée des limitations que l'état de nos techniques et de notre organisation sociale impose sur la capacité de l'envieonnement à répondre aux besoins actuels et à venir.""

Le déréglement, continue le docteur en études stratégiques et sociologie de la défense, "de ce rapport intégral (entre besoins et ressources), c'est-à-dire la désarticulation des relations entre les différentes dimensions de l'environnement, les formes d'organisation sociétale, l'économie et les décisions politiques (au sens le plus fondamental du terme) est fatal s'il n'est pas corrigé. Le "développement durable" vise à restaurer les équilibres dynamiques fondamentaux nécessaires aux sociétés contemporaines, à s'assurer qu'elles entretiennent et cultuvent ces différents types de supports, qui leur sont essentiels et donc elles dépendent pour être pérennes. En d'autres termes, s'approprier le développement durable revient à affirmer la continuité, voire l'unicité entre une société, ses conditions de vie, les autres sociétés et la planète.

Or les militaires américains étant, comme la grande majorité de leurs collègues de par le monde, des empiristes pragmatiques en charge de la Défense nationale, activité vitale s'il en est pour une société et un Etat, ils identifient les changements globaux, rapides et violents dus à la multiplication des catastrophes et des déséquilibres socioenvironnementaux comme autant de menaces. Ils sont alors amenés à s'interroger sur la façon dont leurs missions vont en être affectées, car risquent de se multiplier les guerres pour l'eau, pour le pétrole, (alors qu'ils sont engagés dans une "longue épreuve" en Irak) pour les ressources minérales ou alimentaires... Ils commencent aussi à réaliser que si l'humanité entre dans une nouvelle ère, celle non seulement de la grande crise socioenvironnementale, mais aussi dans celle de la raréfaction des ressources, le développement durable peut être la meilleure façon de s'y adapter. Ainsi le 6 août 2012, jour anniversaire au Japon du bombardement d'Hiroshima, le ministère américain de la Défense et le ministère de l'Intérieur publient un communiqué de presse, annonçant la signature d'un protocole d'accord entre les deux ministères portant sur leur soutien coordonné à la multiplication des projets portant sur les énergies renouvelables. L'US Army, la Navy, l'Air Force s'engagent chacun à produire pour plus d'un giga-watt d'électricité grâce aux énergies renouvelables, tant sur leurs bases sur le sol américain que sur les bases outre-mer, d'ici à 2025.

En même temps, a lieu une militairsation rapide de l'Arctique, le changement climatique bouleversant totalement le statut géopolitique de la région, car le réchauffement commence à y rendre accessible ce qui pourrait être un immense potentiel de ressources minérales et pétrolières qui intéressent autant les Etats-Unis que le Canada, le Danemark, l'Union Européenne, la Chine et, bien sûr, la Russie.

Ces nouveaux enjeux sont entrés dans la Grande stratégie américaine depuis une décennie. Ils induisent une mobilisation toujours plus importnte de l'appreil américain de sécurité nationale, qui prépare le futur tant en absorbant les leçons de la dévastation de la Nouvelle-Orléans comme de l'occupation de l'Irak."

    Le spécialiste de la stratégie américaine et de sécurité environnementale décrit cette "révolution culturelle" qui commence dès 2002/2003, après avoir été préparée en quelque sorte par de nombreux acteurs militaires en poste ou en réserve suivant les travaux du GIEC avec une conviction de plus de plus arrêtée que les changements climatiques vont changer le visage de la planète. 

"(...) durant le premier mandat de Georges Busch Jr, dont l'amdministration était pourtout largement installée dans la tendance dite "climatosceptique"", commence à se succéder rapports, études circonstanciées et recommandations. "Depuis, l'ensemble du système américain de national security - ce gigantesque complexe où se combinent les forces armées, l'administration militaire, la communauté de l'intelligence (en charge du renseignement et de l'influence), l'industrie, le monde scientifique, celui de la prospective et du conseil, de la politique, des médias, de la politique étrangère et de la politique énergétique -, se mobilise par rapport au changement climatique. Malgré son ampleur, ce mouvement est difficilement perçu à l'extérieur du champ de la sécurité nationale. Or, ce processus se développe autour d'une réalité politique fondamentale aux Etats-Unis : l'établissement d'une définition de la menace partagée par les différents acteurs de la sécurité nationale, définition régulièrement renouvelée."

Alors que les forces armées américaines sont engagées dans deux guerres (Afghanista et Irak), "durant l'automne 2003 est "fuité" (le fuitage, rappelons-le est un procédé qui rend semi-public, de manière plus ou moins clandestine, un document officiel normalement réservé, dans le cadre d'une stratégie déclaratoire pour faire avancer un certains nombre d'idées ou des propositions) le rapport intitulé National security consequences of an abrupt climate change, par l'Office of net assesment, discret et influent  bureau du Pentagone. (...) Ce document met en évidence la façon dont le changement climatique peut altérer les températures et les précipitations, impactant les infrastructures et la sante, mais aussi la production agricole et l'accès à l'eau, autant de facteurs de tensions sociales et politiques de très hautes intensité. Par ailleurs, cela amènerait les Etats-Unis à renforcer leurs alliances ou leurs capacités de contrainte sur les pays et les régions dont les ressources apparaissent nécessaires. Dans le même mouvement, le changement climatique induirait d'immenses processus de dislocation sociale et géopolitique à l'échelle du globe. Aussi le rapports envisage-t-il, en raison d'un refroidissement régional, des mouvements de populations massifs de l'Europe du nord vers le sud, accompagnés de nouvelles tensions et conflits intra-européens, d'autant que les ressources d'Europe du Sud ne cesseraient de s'amoindrir. Selon les analystes du Pentagone et de la CIA, le changement climatique pourrait non seulement stopper la dynamique de la globalisation, mais la renverser en favorisant l'apparition de nouvelles formes de protectionnisme militarisé, plongeant des pans entiers de l'humanité dans une détresse extrême. Que ce rapport soit publiée par l'Office of net assessment lui confère un poids politique particulier dans le champ américain de la national security, cet institut ayant alimenté la pensée politique et stratégique du Departmen of Defense durant près de quarante ans. Ses responsables admettent cependant être en décalage avec les positions de l'administration présidentielle de George Bush Jr, défiant ainsi l'emprise des faucons néoconservateurs soutenus par Donal Rumsfeld, le secrétaire à la Défense, et Paul Wolfowitz, sous-decrétaire d'Etat, véritable tête de pont de ce courant idéologique au Pentagone. (...) En éviquant les risques et conséquences possibles d'un abrupt climate change, l'Office of net assessment se livre implicitement à un commentaire acerbe de la politique de défense américaine, mettant en avant la façon dont la sécurité nationale risque d'être profondément affectée par le changement climatique, au moment même où l'armée américaine tente de contrôler l'Irak, dont les réseerves de pétrole sont parmi les plus importantes au monde, ce qui revient à utiliser l'armée américaine pour renforcer le système fondé sur les énergies fossiles. D'après le rapport, la consommation prolongée de celles-ci aggrave le risque de voir les Etats-Unis et le monde subir les effets massifs du réchauffement global dans un contexte géopolitique global qui aura été dégradé par la multiplication des affrontements armés. Cette posture critique apparait en particulier quand sont évoquées les relations avec les pays producteurs et les "alliés de circonstances", dont certains peuvent être extrêmement critiquables au regard des valeurs américaines." Si pendant la guerre froide, le même Office mettait en musique le thème de la menace soviétique, il semble se mettre en rupture avec sa propre tradition, déplaçant la menace des "ouges", des "terroristes" vers le changement climatique. Un jeu d'acteurs complexe commence au sein du ministère de la Défense américaine, pour faire émerger les risques liés au climat. 

"En 2006, Donald Rumsfled est remplacé par Robert Gates à la tête du Department of Defense, marquat ainsi la fin du règne des néocosservateurs. Ce dernier mandate alors un groupe de très hauts gradés, "jeunes" retraités, pour qu'ils mènent une étude sur les effets stratégique du changement climatique dans un cadre pleinement officiel. Leurs conclucions, rassemblées dans le rapport National Security and the Thraet of climate Change, envisagent explicitement la montée en puissance de très forts risques de déstabilisation partout dans le monde. (...) Ce rapport établi par des militairs déclenche une réaction très particulière à Washington, qui voit l'appareil de sécurité nationale s'emparer du thème du climat comme nouvelle menace stratégique, alors que la Maison Blanche campe sur une position officielle très distancée à l'égard de ces considérations. La très haute hiérarchie militaire assume une position sur le changement climatique que l'équipe de George Bush Jr ne peut endosser pour des raisons politiques et idéologiques. (...)

Commandité par Robert Gates, le CNA publie le rapport The Age of consequences : The National Security and Foreign Policy Implications of Climat Change, soutenu par d'anciens responsables opérationnels du plus haut niveau, comme Anthony Zini, ancien commandant en chef du Marine Corps et du Central command (le commandement opérationnel en charge de la région Moyen-Orient-Asie centrale) ou des organismes comme le Center for Strategic and international Studies (CSIS), en partenariat avec le Center for a new American security (CNAS). Cette étude porte sur les conséquences politiques, diplomatiques et stratégiques, du changement climatique sur les dix, vingt et trente années à venir. Ce document propose que le gouvernement fédéral traite de façon radicalement neuve les enjeux du climat. Il dénonce en même temps avec la plus grande vigueur la façon plus que laxiste (laggard) dont cette question est traités par les différentes autorités américaines dans les Etats ou au niveau fédéral. (...) Il ne s'agit pas là d'une "simple" étude, même de très bon niveau, mais d'une déclaration politique émise par les échelons les plus élevés de l'establishment lié à la politique de défense et à la diplomatie de Washington. (...) la publication de (ce document) est un succès et ses auteurs (sont) auditionnés fin 2007 par le National Intelligence Council, organe de coordination des seize grandes agences de renseignements. (...) Dans cette dynamique, le directeur (de cette instance) commande à son tour un rapport interagences, intitulé lors de sa parution au printemps 2008, National Intelligence Assessment on the National Security Implications of Global Climate Change to 2030 (voir l'ouvrage traduit en français, Le monde en 2030 vu par la CIA, Préface de Flore VASSEUR, Editions des Equateurs, 2013). présenté en juin 2008 à la commission du renseignement du Congrès. (...)  La version du rapport rendue publique indique que les parties demeurant confidentielles concernent les régions du monde qui pourraient être déstabilisées par les effets du changement climatique." Au moment où les Etats-Unis sont impliqués dans deux guerres, s'enfoncent dans la crise financière des subprimes, et où la campagne présidentielle de 2008 monopolise toutes les attentions, "émerge un axe nouveau de la stratégie américaine". Toute cette prise en compte, largement inspirée des études du GIEC, est d'ailleurs accélérée depuis le choc de l'ouragan Katrina sur la Nouvelle-Orléans en août 2005, où les forces de sécurité, les troupes régulières mobilisées dans ces deux guerres ont fait singulièrement défaut dans l'organisation des secours. "Katrina a amené les militaires à s'interroger sur leur propre légitimité, sur le sens de leur missions, à savoir la défense, la guerre et la sécurité, activités dont dépendent tant la vie de la Cité, de la polis, que la légitimité de l'autorité en place."

En 2008, le Pentagone publie le Joint Operation environnement 2008 (JOE), rédigé à l'initiative du Joint Chief of Staff, l'organisme de coordination  de l'Army, de la Navy, de l'Air Force, des Marines et des dix commandements opérationnels. "Le JOE 2008 reconnait explicitement le risque pour les forces armées américaines, entre 2012 et 2015, de devoir faire face aux effets d'un repli de l'offre pétrolière en regard de la demande, déclenchant une crise énergétique de grande ampleur, sans doute  "inévitable". Enfin, le système de fuite massive de documents officiels sur lequel repose le site Internet Wikileaks révèle l'inquiétude des diplomates américains face à l'état des réserves pétrolières saoudiennes, qui ne semblent plus en mesure de réguler le marché international par d'importantes capacités d'augmentation de la production. Or, cette considération renvoie le Pentagone à deux interrogations" :

- le danger d'une compétition globale pour les hydrocarbures, qui pourrait déclencher des interventions américaines ou mettre en danger les forces des Etst-Unis, tout en risquant de déclencher de grandes crises énergétiques ;

- la nature même de la doctrine militaire pose question. Elle est en effet fondée sur la notion de "projection de force" et s'appuie sur la capacité d'emport de troupes d'armes, de matériel et de puissance de feu des navires, des avions, des hélicoptères, des véhicules blindés et de l'ensemble des véhicules de l'armée américaine, soit une consommation globale de carburants par jour équivalente à la consommation quotidienne de la Suède.

Le Center for new american security (CNAS), think tank créé en 2007 pour contrer directement des arguments des néo-conservateurs, prend une place de premier plan au changement de présidence. "Les parcours intellectuels des membres du Board of directors, comme celle du Board advisors indiquent clairement que le CNAS correspond à une offensive sociétale et intellectuelle des élites de la côte Est, qui reconstituent ainsi la fameuse alliance entre le Council for foreign affairs de Chicago, les grandes universités de boston que sont Harward et le Massachusetts Institute of Technology (MIT), les financiers et les responsables médiatiques de New Yrok, les politiques, les militaires, les journalistes et hommes d'influence de Washington, issus des traditions des ailes modérées des partis démocrate et républicain. La création de ce think tank traduit une volonté commune de reconstituer le consensus bipartisan, socle de la vie politique américaine au niveau fédéral et international depuis le début des années trente", à l'inverse précisémment de la rupture de ce consensus entamée depuis les années 1980 et agissante pendant les présidence des deux Bush. Les rapports du CNAS se singularisent "par la façon dont ils s'adressent avant tout aux militaires, plus qu'à la communauté de la National security dans son ensemble", ce qui explique la rapidité avec laquelle est adoptée l'ensemble des nouveaux éléments de la sécurité américaine, rassemblé sous le concept de natural security.

"Ce concept, explicitement adopté en 2009, est présent dès les premiers travaux du CNAS (...) et les différents domaines des relations "environnement/énergie/ressources" et sécurité sont réunis en 2010 pour composer l'ensemble des problématiques de la natural security. Ce concept est mis au point au moment où est lancé la Quadrenial Defense Review, exercice qui mobilise toute la communauté de sécurité nationale autour des responsables du Congrès, afin de définir pour quatre ans les grands axes à mettre en oeuvre dans la politique de défense. La précédente a eu lien en 2006, pendant la présidence de George Bush Jr, et a été largement orientée autour de la question de la guerre contre le terrorisme. Pour les nouveaux responsables politiques, issus du Parti démocrate et des élites de la côte Est (...) il est fondamental de préparer l'armée aux véritables enjeux du XXIe siècle."

L'approche d'une entrée de l'Amérique dans une nouvelle séquence de "l'histoire de la frontière" sur laquelle est construite l'histoire américaine (après la conquête de l'Ouest, la conquête de l'espace, la préservation d'un modèle de vie, le combat sur une nouvelle frontière plus inquiétante) où il s'agit de "sécuriser la nature". Cette nouvelle réflexion fait partie d'un renouvellement profond de la doctrine de "Grande stratégie" coordonnée par la Maison Blanche.

Le président Barak OBAMA, dans son discours sur la défense, "impose un nouveau questionnement à la politique américaine : comment rétablir les équilibres fondamentaux entre la société, son économie et son rapport au monde, dans le contexte d'une planète aux ressources finies." Il propose un gigantesque programme de refonte des bases de la puissance américaine, en fonction des impératifs du XXIe siècle. La nouvelle National security stratgy of the United States de 2010 (NSS 2010) s'écarte résolument du schéma antérieur, défini dès 2002, fondée sur la notion de premptive strike, possibilité aux autorités politiques de déclencher des frappes contre un adversaire donné avant que celui-ci n'emploie ses propres armes, contre notamment les pays membres de "l'axe du mal" (Irak, Corée du nord). Ce document de 51 pages redéfinit les fondamentaux de la sécurité nationale américaine, en termes d'usage des armes mais surtout, en termes de reprise de discussion avec tous les Etats, même ceux qui ne sont pas des alliés, et avec les institutions internationales, dont celle dédiées àla coopération et aux politiques de développement. Ces enjeux vont du "terrorisme international et à la diffusion de technologies mortellement dangereuses" aux "soulèvements d'origine économique et au changement climatique". La réponse apportée à ces enjeux est la volonté de "contrer l'extrémisme violent et les guerillas (qui s'en prennent à nos soldats) ; stopper la diffusion d'armes nucléaires et mettre en sûreté les matériaux nucléaires ; combattre le changement climatique et soutenir la croissance ; aider les pays qui en ont besoin à se nourrir et à prendre soin de leurs malades ; résoudre et prévenir les conflits, tout en aidant à en guérir les blessures" tout en rappelant que "le rejet de l'agression et de l'injustice et notre soutien aux droits universels sont à la fois fondamentaux pour le leadership américain et sont la source de notre force dans le monde."

Jean-Michel VALANTIN résume : "Ainsi faisant la présidence américaine se livre à une redéfinition de la sécurité nationale qui rompt avec la logique des huit années précédentes, fondée sur la notion de preemptive strike et la croyance en l'efficacité de la guerre pour résoudre les déséquilibres internationaux. En introduisant l'idée de menaces globales, et donc communs à tous les Etats et à tous les peuples, et en identifiant comme telles la prolifération des armes nucléaires et le changement climatique, Barak Obama fait évoluer la définition politique de la menace. Il introduit le principe de péril planétaire, propre non pas aux seuls Américains, mais à l'ensemble de l'humanité." La NSS 2010 s'achève par la définition des "défis clés globaux" auquels doit répondre l'Amérique sur le plan intérieur, le premier de ces défis est celui de la relation entre énergie et économie, en relançant l'industrie nucléaire, en améliorant les critères de l'efficacité énergétique, en investissant dans les énergies renouvelables et en installant de fortes incitations pour les promouvoir. Le but affiché en est une réduction de "17% des émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2020... pour parvenir à 80% d'ici à 2050".  Le texte de la NSS 2010 est chargé de références non seulement aux principes de la démocratie américaine, mais aussi aux orientations stratégiques adoptées par l'Etat américain depuis une vingtaine d'années. Les deux axes de réflexion de la Maison blanche portent sur l'énergie, l'économie et la cohésion sociale, et le rétablissement du leadership global de l'Amérique." 

 

   Pour ce qui est de la France, la réflexion stratégique tarde un peu à se traduire dans les programmes et les mise en place opérationnelle, déjà que, si nous suivons l'opinion des auteurs d'un rapport d'information de février 2012 de la commission des affaires européennes sur l'impact du changement climatique en matière de sécurité et de défense, André SCHNEIDER et Philippe TOURTELIER, cette réflexion même, obérée par la diffusion d'un scepticisme sur les résultats des recherches scientifiques du GIEC, n'atteint pas le niveau des instances américaines homologues. "S'il existe actuellement, résument t-ils, des incertitudes et divergences entre scientifiques quant au rythme de l'accélération du phénomène dans les cinquante à cent prochaines années, cela ne doit pas freiner la prise en considération de l'impact des risques inhérents au changement climatiques." Ils rappellent qu'une évaluation du 5 décembre 2011, portant sur le changement climatique, met en exergue les risques courus en cas d'inaction dans ce domaine et l'urgence de prendre en considération l'ensemble de ces conséquences, en particulier en matière de sécurité. "les conséquences du changement climatique en matière de sécurité et de défense sont un enjeu fondamental, dont les pouvoirs publics doivent se saisir d'urgence. Ainsi aux Etats-Unis, le réchauffement climatique n'est plus simplement qu'une question environnementale, c'est devenu un enjeu stratégique majeur. Cet aspect n'est pas envisagé aussi clairement en Europe. Or, anticiper et planifier le monde de demain relève bien de la responsabilité du politique. En effet, si les conséquences du réchauffement climatique en matière de sécurité sont en premier lieu purement physiques, elles auront également de nombreuses conséquences à caractère socio-politique. La traduction pourrait en être une intensification des conflits liés à l'utilisation foncière et le déclenchement de migrations de nature environnementale, ou encore l'apparition de conflits de type nouveau. En outre, il faut prendre en considération le fait que tous ces facteurs, liés aux changements climatiques et à la géopolitique, demanderont également des efforts d'adaptation importants à la Défense dans les années à venir, aux niveaux national, européen et international, en particulier dans l'approche admise d'un continuum défense/sécurité. La stratégie en matière de défense doit donc également être repensée et adaptée de manière à faire face aux différents effets induits. Dans ce nouveau domaine, la mutualisation des renseignement et des actions est indispensable. L'Union européenne gagnerait à la définition et à la mise en place d'une véritable politique européenne en la matière, traitant à la fois des aspects "sécurité" et "défense" du changement climatique ; elle dispose des outils nécessaires pour cela." 

leur rapport met en avant un "effet multiplicateur" et "intensificateur" des facteurs de tension :

- les compétitions pour les territoires et pour l'accès aux ressources hydriques, énrgétiques et alimentaires (terres cultivables, ressources halieutiques) ;

- les phénomènes migratoires ;

- les risques de prolifération nucléaire, si un nombre croissant de pays se tournent vers le nucléaire civil pour des raisons climatiques et énergétiques ;

- les postures critiques/conflictuelles des pays moins développés à l'égard des système de gouvernance internationale et des pays européens, perçus à la fois comme les principaux responsables du problème climatique et acteurs éminemment intéressés à en tirer des avantages au détriment du "Sud du monde".

Ils incitent, à l'exemple du Royaume Unis, le pays le plus avancé sur cette question au sein de l'Union Européenne, à examiner de manière systématique trois éléments déterminant l'impact climatique en matière de sécurité :

- la sécurité alimentaire ;

- la sécurité énergétique ;

- la sécurité liée à l'eau.

Un conseil de sécurité nationale y a été créé après 2007, présidé par le ministre chargé d'analyser les menaces nouvelles. 

 

   On entend le même appel de la part par exemple de l'IRSEM (Institut de Recherche Stratégique de l'Ecole Militaire) ou du CIRED (Centre International de Recherches sur l'Environnement et le Développement), avec des tonalités différentes.

    Plusieurs chercheurs du Laboratoire de l'INSERM s'xpriment en Juillet 2011, dans une Réflexion stratégique sur le changement climatique et les implications pour la défense. Il srappellent que l'Union Européenne a reconnu l'impact du changement climatique sur la sécurité internationale et s'attache entre autres depuis 2007, dans le cadre de son programme de recherche (PCRD), à déterminer quel peut en être l'effet sur la propre sécurité de l'Europe. Différents travaux cartogaphiques sont menés pour identifier les zones qui pourraient être le plus affectées par les risques d'inondatins, de sécheresse, de cyclones ou par plusieurs risques cumulés.

ils examinent les conséquences pour la fonction de défense de ces phénomènes :

- Si l'impact du changement climatique sur les capacités de défense devrait être assez marginal, les acteurs du secteur de la défense devraient être affectés en revanche au même titre que le monde civil par les changements de normes environnementales (participation des conditions d'utilisation des carburants pour réduire l'émission des gaz à effet de serre, changement de types de moteurs et de véhicules utilisés...) ;

- Les conséquences géostratégiques du changement climatique pourraient faire évoluer les missions, les zones d'engagement et donc les besoins capacitaires ;

- L'évolution des normes environnementales, des bonnes pratiques et l'daptation des technologies pourraient être des facteurs d'évolution pour la conception des matériels de défense et la conduite des opérations militaires. 

En matière d'évolution des missions, ils écrivent notamment : "Aujourd'hui, les capacités militaires dont dispose la France ne sont ni vraiment appropriés ni suffisantes pour intervenir de façon véritablement efficace en situation de catastrophe naturelle de grande ampleur. Il est vrai que les armées française ont l'expérience de missions humanitaires et ont souvent été sollicitées dans le cadre de protection des populations. Toutefois, les caractéristiques des zones d'intervention et l'échelle de ce type de catastrophe nécessiteraient un réexamen précis de l'éventail des capacités à détenir pour que les forces armées puissent intervenir avec une réelle efficacité. dans ce type de scénarii, il serait sans doute nécessaire d'adapter les savoir-faire "strictement" militaires, de développer des moyens d'intervention spécifiques adaptés aux zones littorale et de mettre l'effort sur la préparation dans des engagements urbains. Le tsunami survenu en 2004 en Asie du Sud-Est est un cas concret qui a montré combien il était particulièrement difficile :

- d'intervenir sur terre uniquement à partir des airs ou de moyens maritimes ;

- de se déplacer sur des terrains où les voies de communication avaient été coupées ;

- d'achemnier en urgence des moyens sanitaires, d'épuration d'eau ou de fourniture d'électricité.

De même, les enseignements tirés sur des lieux de catastrophes naturelles, telles les inondations, ont fait état d'autres déficits importants. La coordination des secours et des moyens en provenance de pays étrangers doit impérativement être optimisés (...). Les forces armées peuvent également apporter leurs compétences en matière d'organisation, de coorination et d'emploi des moyens de secours avec différents moyens mis en oeuvre (...). La France dispose d'unités d'instruction et d'intervention de la sécurité civile (UIISC) qui interviennent régulièrement dans de telles circonstances. Cependant ces moyens sont insuffisants et largement sous-dimensionnés pour faire face à des situations de catastrophes naturelles de grande ampleur."

La modification des conditions climatiques influeront sur le fonctionnement de matériels sophistiqués de contrôle et de commandement. Par exemple, le changement d'acidité des océans influent sur la fiabilité des matériels de repérage marins ou sous-marins. Derrière se profilent, même si ce n'est pas abordés par les auteurs de l'étude, les modifications drastiques sur les conditions physiques et techniques dans des zone à environnement dégradé, et sur les nouvelles difficultés de manoeuvre des troupes.

       Dans un document de travail datant de 2005, déjà, le CIRED examine les liens entre changement climatique et enjeux de sécurité. Comment les menaces sur la sécurité alimentaire, sur la disponibilité de l'eau, de la vulnérabilité aux phénomènes extrêmes des territoires insulaires et des régions côtières pèsent sur l'ensemble de la sécurité. Comment de tels risques pour la sécurité humaine, avec une remise en cause des besoins fondamentaux de certaines populations ou une accentuation de leur précarité, peuvent se muer en enjeux de sécurité collective, notamment selon quatre modalités :

- exode rural accompagné d'une paupérisation des populations ;

- sources de conflits localisés pour l'usage des ressources ;

- tensions diplomatiques et conflits internationaux ;

- propagation à des régions initialement épargnées via des flux migratoires.

Les chercheus s'interrogent sur la crédibilité et la réalité de mécanismes de compensation entre "gagnants" et "perdants", dans des changements en matière de distribution et d'accessibilité des ressources. Les outils de solidarité universelle doivent de toute évidence être repensé devant l'ampleur des catastrophes futures.

Ils n'examinent pas la réflexion qui pointent dans certains milieux sur les occasions économiques offertes par ces changements climatiques (demande nouvelle de nouveaux biens et services) ou sur les possibilités d'utiliser à leur avantage le déplacement des zones de conflits, voire de les manipuler d'une manière ou d'une autre.

Ils pointent en revanche le fait que le changement climatique "pourrait être à l'origine d'une redistribution sans précedent de certaines ressources au cours du siècle, redistribution qui le plus souvent aggravera des déséquilibres déjà existents. Cette nouvelle répartition ne manquera pas de créer ou d'amplifier des conflits pour le contrôle des ressources, mettant aux prises victimes et responsables, d'autant plus que, contrairement à d'autres catastrophes naturelles, des pays "responsables" peuvent ici être facilement identifiés, qu'ils sont parmi les plus riches de la planète et qu'ils seront relativement épargnés par les conséquences du changement climatique. Il est donc inconcevable que le climat ne devienne pas un facteur important des enjeux de sécurité au cours des prochaines décennies, justifiant par là une position haute dans les priorités de recherche et les agendas politiques."

 

Philippe AMBROSI et Stéphane HALLEGATTE, Changement climatique et enjeux de sécurité, CIRED, Septembre 2005 (Site www.centre-cired.fr) ; André SCHNEIDER et Philippe TOURTELIER, Rapport d'information déposé par la Commission des Affaires Européennes, sur l'impact du changement climatique en matière de sécurité et de défense, Assemblée Nationale, 28 février 2012 ; Michel ASENCIO et collaborateurs, Réflexion stratégique sur le changement climatique et les implications pour la défense, Laboratoire de l'ISERM 2011, Edition Juillet 2011.

Jean-Michel VALENTIN, Guerre et Nature, L'Amérique se prépare à la guerre du climat, Editions Prisma, 2013.

 

STRATEGUS

Par GIL - Publié dans : STRATÉGIE
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Lundi 26 août 2013 1 26 /08 /Août /2013 14:07

                 Les changements climatiques actuels amènent, malgré bien des obstacles, la communauté internationale, au sens onusien, à réagir, notamment à travers le Protocole de Kyoto de 1997, à maintenant 184 signataires sur les 193 membres de l'ONU. Entré en vigueur en février 2005, ce protocole vise à réduire, entre 2008 et 2012, de 5,2% par rapport au niveau de 1990, les émissions de six gaz à effet de serre (dioxyde de carbone, méthane, protoxyde d'azote et trois substituts des chlorofluorocarbones). S'appuyant sur les rapports du GIEC, ce Protocole introduit dans le droit international un élément-clé qui redistribuent les carrtes juridiques entre les différents acteurs (tous ne sont pas sujets au sens strict du terme) du droit international : Etats, grandes entreprises, citoyens, organisations non gouvernementales. Indirectement bien entendu car le Protocole n'engage que des Etats. Mais sa signature engendre une succession d'actions juridico-politiques, au niveau international, régional, national et local. Du fait même que des Etats refusent de participer à l'action entreprise contre le réchauffement climatique, d'autres acteurs prennent en quelque sorte la relève, dont des Etats faisant partie d'Etats fédéraux comme les Etats-Unis, des fondations privées, des groupements industriels. Un jeu complexe de traduction de cet impératif de réduction des gaz à effet de serre se répercute au niveau des droits internes, du droit commercial et d'autres droits (de propriété, indirectement, puisque l'on touche au droit de polluer indéfiniment).

Les intérêts divergents entre des droits de l'environnement et des droits industriels et commerciaux, entre l'instance chargée du contrôle de la réalisations des accords de Kyoto et l'Organisation Mondiale du Commerce se traduisent en droit par des distorsions juridiques (de juridiction, par exemple) qui ne vont pas manquer de s'aggraver tant qu'une harmonisation ne sera pas définie entre ce droit nouveau émergent de l'environnement et le droit commercial, et ce d'autant plus que sont impliqués à la fois dans cette affaire des droits publics et des droits privés. 

Cela fait partie en outre, du vaste bras de fer entre acteurs internationaux, publics et privés, et de manière générale entre puissances privées partisanes du libéralisme (ou du néo-libéralisme) et puissances publiques désireuses de reprendre la main dans l'organisation de la vie de la Cité au sens large, étant donné que ces derniers acteurs se trouvent souvent pris entre acteurs régionaux et locaux prenant de l'importance à de nombreux niveaux et acteurs internationaux au devenir encore incertain. Mais il s'agit aussi, profondément, d'une vaste bataille idéologique où les hommes, qu'elles que soient leurs places dans les organisations, étatiques ou non, orientent l'activité pour des objectifs plus ou moins collectifs, plus ou moins à court terme, plus ou moins intéressés (parfois personnellement) par des résultats financiers. C'est ainsi que des fonctionnaires d'orientation libérale peuvent oeuvrer pour des désengagements de l'Etat et des entrepreneurs vouer leurs firmes ou fondations à des fins collectives à plus long terme. Bien entendu, les structures étatiques peuvent être plus ou moins centralisées et invasives dans les domaines économiques ou la sphère privative, mais il semble bien que c'est dénaturer l'Etat que d'en faire un instrument directement au service d'une poignée d'entreprises les plus rentables (sur le moment de plus...)... Singulièrement, dans le domaine des changements climatiques, la traduction des péripéties de cette bataille en termes juridiques structurent l'action sociale dans le sens d'une détérioration ou d'une amélioration de la situation, avec un enjeu capital, celui de la destinée à terme des conditions de vie sur la planète...

 

       Mireille DELMAS-MARTY explique quelques aspects juridiques concernant ce changement climatique. Déjà, pendant la négociation de la convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, les Etats se partagèrent en plusieurs groupes qui ne recoupaient pas la division traditionnelle Nord-Sud, mais illustraient la place des intérêts particuliers et sectoriels (Boisson de CHAZOURNES, le droit international au chevet de la lutte contre le réchauffement planétaire : éléments d'un régime, dans L'évolution du droit international, Mélanges, Hubert Thierry Pedone, 1998). l'originalité de ce texte, ouvert à la signature lors du sommet de Rio (1992) et entré en vigueur en 1994, est "précisément de combiner un objectif commun et des pratiques différenciées dans l'espace et le temps. L'objectif est de stabiliser "les concentrations de GES dans l'atmosphère à un niveau qui empêche toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique" et d'atteindre ce niveau "dans un délai suffisant pour que les écosystèmes puissent s'adapter naturellement, que la production alimentaire ne soit pas menacée et que le développement économique puisse se poursuivre de manière durable". En revanche la "spécificité des priorités nationales et régionales" et le principe des responsabilités "communes mais différenciées" conduisent à répartir les Etats en plusieurs catégories. Certains engagements sonr commus à tous, comme l'obligation pour les Etats de soumettre régulièrement des informations détaillées en vue de ramener les émissions anthropiques au niveau de 1990, mais d'autres ne pèsent que sur les pays industrialisés, qu'il s'agisse du régime de réduction des émissions ou de l'obligation de fournir des ressources financières et de faciliter le transfert de technologies.

Malgré la souplesse du dispositif, le débat fut particulièrement difficile sur les moyens d'assurer le respect d'obligations comprises comme des limites à la souveraineté nationale. La réponse est à peine esquissée dans la convention-cadre car la négociation qui s'était engagée à Rio devait tourner court après qu'un système d'éco-taxes, proposé par la Commission européenne, eut été refusé par les Etats-Unis et le Japon. Quant à la création d'un marché de droits d'émission, avec la mise en place des systèmes de permis négociables, elle était souhaitée par certains pays et par des représentants du système privé, mais ne fut pas décidée."

Le Protocole de Kyoto, aboutissements de négociations dures, est un premier instrument , à la fois juridique et économique, "dont l'objectif est de réduire les coûts en permettant aux pollueurs pour lesquels les mesures anti-pollution sont coûteuses d'acheter des permis de polluer à ceux pour lesquels les mesures reviennent à moindre coût. Pour y parvenir, le mécanisme consiste à définir les quantités d'émission autorisées pour 2008-2012, selon des quotas fixés à chaque pays par référence à ses émissions en 1990. L'Accord organise ainsi une distribution gratuite de permis d'émission qui seront ensuite transférables à d'autres pollueurs. En ce sens, il crée un "marché des permis", où se négocient ces transferts.

A vocation mondiale, cet instrument reste de nature interétatique, et non supra-étatique, ce qui veut dire que rien ne permet de l'imposer, dès lors qu'il est rejeté par un certain nombre de grands pays, à commencer par les Etats-Unis ; en d'autres termes, face à un problème global, la réponse juridique reste avant tout attachée au droit national. Si l'on peut craindre que le droit se révèle ainsi inadapté aux questions posées, il ne faut pas renoncer pour autant à rechercher les conditions dans lesquelles il pourrait devenir adaptable." 

Suivant cette vision plutôt optimiste, la professeur au Collège de France (chaire d'Etudes juridiques comparatives et internationalisation du droit) développe les élément qui font du nouveau droit un droit inadapé et un droit adaptable....

      Ce qui fait l'inadatation de ce droit réside dans "la contradiction entre des systèmes de droit qui restent pour l'essentiel idéentifiés à l'Etat et des changements climatiques qui manifestent leurs effets à une échelle globale." Il résulte que le dispositif juridique traditionnel est inadapté à l'objet. L'on a déjà constaté cette même inadaptation dans le domaine du désarmement et des constructions pour la paix. 

"Le dispositif juridique semble inadapté car le droit international lui-même, soumis à ratification et affaibli par l'absence de mécanisme de sanction, reste fondé sur un principe de souveraineté, synonyme de l'indépendance des Etats, alors que nous constatons en matière de changements climatiques, comme en bien d'autres domaines, de fortes interdépendances. C'est pourquoi les textes fondateurs que sont la convention-cadre et le protocole de Kyoto n'ont pas apporté de solution claire pour l'avenir dans les pays en développement. C'est aussi pourquoi ils sont restés impuissants lorsque le Etats-Unis, bien qu'ils fussent précurseurs en matière de marché des permis aient été à l'origine de la proposition (destiné à éviter l'éco-taxe), se sont retirés du processus." Du coup, le relais est pris par des ensembles régionaux, notamment l'Union Européenne, et des organismes mondiaux comme le Chicago Climate Exchange (CCX), qui regroupe des acteurs économiques des Etats-Unis, du Canada et du Mexique qui s'engagent, d'ici à la fin 2006, à réduire leurs émissions de GES de 4% au-dessous de la moyenne de leurs émissions de base de la période 1998-2001. C'est, dans le cadre de la mondialisation, l'apparition de normes transnationales d'origine privée qui frappe le plus dans ce relais. Il en résulte une "superposition de différents ensembles normatifs (nationales, transnationaux, internationaux régionaux et mondiaux)" qui a "des effets purturbateurs sur les ordres juridiques nationaux et sur les ordres régionaux, comme l'ordre communautaire, encore en construction, sans leur substituer un véritable ordre juridique mondial."

C'est une situation "désarticulée", caractérisée par la fragmentation, l'incohérence et l'instabilité du champ juridique. "La fragmentation tient d'abord à la discontinuité de la chaîne hiérarchique verticale entre droit national et droit mondiale. (...) Le phénomène est renforcé par l'absence de cohérence entre les divers instruments internationaux, qui ne sont pas hiérarchisés entre eux et restent largement autonomes les uns par rapport aux autres (droit à l'environnement, droit du commerce, droit du développement, droit de la propriété intellectuelle), relevant en outre d'institutions différentes (ONU, OMC, OMPI). S'ajoute encore une forte instabilité normative, car l'évolution juridique dépend non seulement du contenu du protocole de Kyoto, réparti en plusieurs phases, mais du rythme des ratifications et plus largement des vitesses d'évaluation propres à chaque ensemble normatif. Ainsi l'évolution dans le cadre de l'Union européenne apparait plus tardive, mais plus rapide, que dans le cadre de l'ONU, tandis qu'au plan mondial le droit du commerce progresse plus vite et de façon plus efficace que le droit de l'environnement.".

      Ce droit est sans doute par ailleurs adaptable. La création "d'un instrumen supranational, directement contraignant pour tous les Etats, rste au stade actuel politiquement inacceptable. En revanche les principes conçus à l'échelle mondiale peuvent être progressivement appliqués dans les différents Etats, par ajustements et réajustements, si l'on réussit à ordonner les interactions, verticales et horizontales, entre les différents dispositifs juridiques, tout en ménageant des marges d'appréciation et des temps d'adaptation."

"Les interactions verticales peuvent être renforcées par le droit international régional comme on l'a vu en Europe (...). Mais la transposition implique des ajustements, par exemple, quant à l'interprétation du principe de précautions, appelant la reconnaissance d'une "marge communautaire d'appréciation". De même que la transposition du dispositif de Kyoto en droit national soulève des difficultés quant à la nature juridique des quotas d'émission. On sait que ce dispositif organise une distribution gratuire de permis d'émission qui seront ensuite transférables à d'autres pollueurs. Par là même il cré un "marché des permis", où se négocient les quotas d'émission. Plutôt que de créer, comme on l'a dit parfois, un "droit de polluer", il s'agit d'encadrer le droit de produire des gaz à effet de serre au titre d'une activité économique déterminée. Il faut donc résoudre la contradiction de départ, opposant l'air, qui demeure une "chose commune", non appropriable, et les quotas d'émission qui peuvent être vendus. La solution proposée en droit français est de les qualifier de "biens incorporels", définis sur le modèle des actions ou des parts sociales, comme une créance contre le marché, avec cette spécificité que la créance devient une dette quand le quota est dépassé. (...)".

La question des interactions horizontales est plus difficile à résoudre "en l'absence de hiérarchie entre le droit de l'environnement et d'autres ensembles normatifs, comme le droit du commerce, pour s'en tenir à l'exemple le plus sensible." Une hiérarchie de fait risque de s'instaurer en faveur du commerce, il existe un ensemble de conflits entre les dispositions adoptées à Kyoto et ceux de l'Organisation Mondiale du Commerce, entre les normes commerciales et les quelques 200 accords multilatéraux à vocation mondiale sur l'environnement. "Si l'ordre du maarché reconnait la nécessité de protéger l'environnement, et si le droit de l'environnement intègre l'outil économique, cette dialectique appelerait une synthèse pour éviter, si chaque juge tranche au coup par coup, de substituer un gouvernement des juges à l'absence de gouvernement mondial. Pour construire la synthèse, il ne suffira pas de favoriser l'internormativité entre droit du commerce et droit de l'environnement, ni la corégulation entre les différentes institutions compétentes ; encore faudra-t-il réintroduire une dimension politique en précisant les contours et le régime juridique de la notion de "biens communs de l'humanité" ou de "biens collectifs globaux". S'il est vrai que les risques écologiques sont des phénomènes globaux par la force des choses, il n'en est pas moins vrai que c'est au nom d'idées exprimant des valeurs (solidarité dans l'espace et le temps, ou liberté d'entreprendre et de commercer) que l'on trancher les conflits. Seule la référence aux valeurs et leur pondération pourraient fonder, au croisement des différents ensembles normatifs, la légitimité des choix. Il est donc indispensable, pour réintroduire cette légitimité, de relier globalisation et universalisme des valeurs. (DELMAS-MARTY, Les forces imaginantes du droit - Le relatif et l'universel, Seuil, 2004 ; Le pluralisme ordonné, Seuil, 2006)."

 

         Les prochaines conférences internationales sur le climat mettent le Protocole de Kyoto à la croisée des chemins. D'un côté, le renouvellement de ce protocole après la fin de la première période d'engagement en 2012 est incertain. De l'autre côté, un nouveau traité climatique rassemblant l'ensemble des Etats du monde doit être négocié d'ici 2015 pour entrer en vigueur en 2020. La répartition de ces cibles entre les différents groupes de payx - pays industrialisés, pays en voie de développement, pays en transition, relève de considérations éthiques, pragmatiques et juridiques. Sébastien WEISSENBERGER évoque différents aspects de justice climatique (VertigO - la revue électronique en sciences de l'environnement, Débats et Perspectives 2012). On peut trouver dans cette revue un suivi serré des questions juridiques liés aux changements climatiques.

 

Mireille DELMAS-MARTY, Le changement climatique : quelques aspects juridiques, dans L'Homme face au climat, Sous la direction de Edouard BARD, Symposium annuel du Collège de France, Odile Jacob, 2006.

 

JURIDICUS

Par GIL - Publié dans : DROIT
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Dimanche 25 août 2013 7 25 /08 /Août /2013 07:46

     Climatologue américain, également ornithologue, professeur à l'Université Stanford (à partir de 1992) , rédacteur de centaines de notes scientifiques, de rapports et d'ouvrages sur la question du changement climatique, Stephen SCHNEIDER est l'un des premiers scientifiques à alerter le monde sur la manière dont les émissions de gaz à effet de serre produits par l'homme menacent le climat de la Terre. Membre fondateur du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'Evolution du Climat (GIEC) en 1988, il est un des spécialistes de cette structure qui partage avec l'ancien vice-président Al GORE le Prix Nobel de la paix en 2007, pour leur travail d'éducation du public sur le changement climatiques. 

    Il se lance dès les années 1970 dans la climatologie en raison de son engagement en faveur des causes environnementals et du faible nombre de scientifiques menant des recherches expérimentales dans ce domaine. Dans ses ouvrages scientifiques (ce qui est bien rapporté exemple par exemple dans son ouvrage Encyclopedia of Climate and Weather, Oxford University Press, 1996), il analyse les répercussions des particules générées par les activités industriellles et domestiques sur le climat, met au met au point des modèles mathématiques afin de prévoir les retombées éventuelles du réchauffement de la planète. Il étudie également les aspects économiques des politiques climatiques.

    Un grand nombre de ses ouvrages vulgarise les questions climatiques auprès d'un large public. Il participe également au lancement du projet climatique au National Center for Atmospheric Research à Boulder, dans le Colorado, ainsi qu'à la création du périodique Climatic Change, dont il demeure le rédacteur en chef jusqu'à sa mort. 

      Parmi ses ouvrages les plus marquants, citons Global Waening (1989) ;  Où va le climat? Que connaissons-nous du changement climatique? (1996) ; La terre menacée, un laboratoire à risques (Laboratory Earth : the Planetary Gamble We Can(t Afford to Lose, 1997), Editions Hachette, 1999 ; Climate Change Policy : A Survey, 2002 ; Scientists debate Gaia : the next century, MIT Press, 2004 ; Défendre le climat, un sport de combat, National Geographic, 2011 (Science as a Contact Sport, 2009). Il est aussi l'auteur de The Patient from Hell (2005), récit de sa victoire contre une forme rare de lymphome non hodkinien (forme de cancer).

 

       Dans Défendre le climat, un sport de combat, il relate son travail de recherche et de sensibilisation du public. Il y expose les différents enjeux du climat sur la scène politique et les progrès scientifiques accomplis dans la connaissance du réchauffement climatique. Une lutte de trente cinq ans, pour faire admettre la véracité scientifique sur l'existence d'abord, puis sur les causes et les conséquences de ce réchauffement, contre une opinion du monde scientifique mitigée au départ, contre une opinion publique réticente à admettre ses responsabilités et contre les différents lobbies industriels directement concernés par les émissions de gaz à effet de serre. il raconte ses batailles contre les différentes déformations des communications scientifiques sur le sujet, rattachées à la difficulté à communiquer des informations relativement complexes, obstacles à la formation et à l'exécution de politiques environnementales efficaces.

Une grande étape pour lui de la prise de conscience sur la planète Terre, "alors que le réchauffement planétaire multipliait les signaux avant-coureurs de ses foudres" est l'avertissement brutal de l'ouragan Katrina de 2005. "Vivement critiqué pour sa gestion de la crise, le gouvernement Bush accumula les faux pas, tandis que le monde exigeait de ses dirigeants qu'ils passent à l'action. La quatrième réunion du GIEC allait faire état d'un bilan toujours plus alarmant que les scientifiques tenaient à porter à la connaissance du public contre une farouche opposition. Malgré la campagne d'Al Gore et le retentissement de son film Une vérité qui dérange, il faudrait attendre un changement de gouvernement pour que les Etats-Unis prennent le taureau par les cornes."

Sur la guerre des médias, il écrit que "la stratégie de désinformation reste un grand classique dans l'arène du changement climatique. Au fil des années, mes collègues et moi-même avons appris à parer les attaques et à démentir les fausses informations et les interprétations tendancieuses financées par les lobbies et par les grande entreprises, ainsi qu'à affronter bien d'autres violations de l'éthique journalistique. Et les choses n'ont fait qu'empirer." 

Dans le dernier chapitre : Pourquoi tirer le signal d'alarme, nous pouvons lire : "Pendant toutes les années retracées dans ce livre, j'ai sillonné le monde du Groenland au Japon en passant par la Nouvelle-Zélande. J'ai donné des dizaines de conférences et d'interviews, j'ai assisté à des conseils tribaux, discuté avec les chefs religieux, témoigné devant les politiques, participé à des forums sur la gouvernance de la planète, à des réunions au sommet, à des conférences universitaires, des évaluations scientifiques, des tables rondes avec les chefs d'entreprise et je me suis entretenu à huis clos avec les décideurs et les industriels. Jamais nous n'avons entrevu de solution miracle au changement climatique - seulement des pis-aller. Deux grands défis nous occupent aujourd'hui. Tout d'abord, protéger les ressources de la planète pour la postérité. Ensuite trouver des solutions pour venir en ide aux premiers touchés par les impacts du réchauffement planétaire et gérer les politiques climatiques aussi bien nationales qu'internationales."

 

 

Stephen H SCHNEIDER, Défendre le climat, un sport de combat, National Geographic, 2011.

Hanne COOK, article Schneider Stephen H, dans Encyclopedia Universalis, 2013.

Par GIL - Publié dans : AUTEURS
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Mercredi 21 août 2013 3 21 /08 /Août /2013 12:25

   Les débats autour du changement climatique et de ses causes n'est pas seulement un débat sur des évaluations scientifiques effectuées à partir d'expériences en laboratoire (simulation de courants marins ou atmosphèriques) et d'explorations des traces de conséquences d'un réchauffement climque par le passé lointain ou très proche, entre scientifiques appartenant à des branches, des laboratoires ou des disciplines différentes. Il n'est pas non plus seulement le reflet de conceptions sur l'homme et la nature, ni la conséquence de considérations optimistes ou pessimistes sur le progrès. Ils font partie d'un ensemble d'évolutions qui mettent aux prises différents acteurs sociaux. Nombre de leurs éléments plongent dans les relations qu'entretiennent sciences, techniques, industries et sociétés. Les progrès scientifiques ne proviennent pas de l'étincelle de génie de chercheurs isolés, et même si un Pasteur par exemple est érigé en héros de la médecine, il bénéficie toute au long de ses recherches du travail et de la réflexion d'une longue lignées de chercheurs et de pratriciens, de tout un appareil de connaissances et de technologies. Ils constituent souvent l'aboutissement d'une longue série d'essais et d'erreurs, tant théoriques que pratiques. Les chercheurs-savants travaillent dans une société qui bénéficie déjà de tout un environnement déjà technologique et qui appelle des connaissances pour faire face à de nombreux défis techniques, que ce soit dans le domaine médical ou énergétique.  Les divers laboratoires ou cabinets s'insèrent dans un ensemble économico-social (largement conflictuel) qui oriente leurs travail dans des directions variables dans le temps et dans l'espace (pas forcément logiquement reliables, à leur échelle, entre elles). 

 

      Jean-Paul GAUDELIÈRE et Pierre-Benoît JOLY (Appropriation et régulation des innovations technologiques : pour une comparaison transatlantique, dans Sociologie du travail, volume 48, n°3, 2006) avancent quatre formes clés de régulation des innovations technologiques :

- une régulation professionnelle ;

- une régulation marchande ;

- une régulation étatique ;

- une régulation "consumériste-civique", dont ils situent pour cette dernière l'apparition vers la fin du XXe siècle.

Par mode de régulation, ils entendent "l'ensemble des normes et des règles formelles et informelles qui définissent les formes de légitimation des activités, les rapports entre les différents pouvoirs, les formes de division du travil et de résolution des conflits, les dispositifs et pratiques d'évaluation." Ils empruntent cette notion à la fois à la sociologie des organisations (FRIEDBERG) et à la sociologie de la justification (BOLTANSKI et THÉVENOT, De la justification. Les économies de la grandeur, Gallimard, 1991). Ces auteurs associent les biotechnologies à un nouveau régime de régulation des savoirs "marqué par la tension entre une régulation marchande (qui se sibstituent aux régulations professionnelles et étatiques) et une régulation consumériste-civique. On pourrait en faire de même pour toutes les branches qui traitent actuellement des changements climatiques et même à propos des recherches récentes sur les substitutions énergétiques, les énergies "renouvelables". 

     Dans le cas de l'histoire de la recherche en génétique végétale et l'innovation variétale publique et privée (dont la recherche sur les Organismes Génétiquement Modifiés, OGM), Chritophe BONNEUIL et Frédéric THOMAS (Gènes, pouvoirs et profits. Recherche publique et régimes de production des savoirs de Mendel aux OGM, Editions Quae-FPH, 2009) dégagent cinq modes de polarisation des recherches : colbertiste, professionnel, académique, marchand et civique) et décrivent le basculement d'un régime de production des savoirs à un autre à la fin du XIXe siècle. Un "régime du progrès génétique planifié" né dans les années 1940, qui articule le mode colbertiste (notamment  pensons-nous dans le cadre d'un complexe militaro-industriel) et le régime corporatif, est supplanté à partir des années 1970 par un "régime de la valeur ajoutée génétique mondialisé", dominé par le couple mode marchand/monde académique qui fonctionnent en synergie au détriment des modes colbertiste et corporatif qui reculent, et du mode civique qui peine à sortir d'une niche restreinte et peser sur les grandes orientations de la recherche publique.

    Ces travaux, expliquent Christophe BONNEUIL et Pierre-Benoît JOLY, "mettent en évidence une emprise croissante de la régulation marchande sur la science qui a tardé à être thématisée par les STS (Sciences des Techniques et des Sociétés). C'est d'abord à partir de leur périphérie (économistes, sociologues non directement affiliés aux STS et, plus récemment, le courant de la new political sociology of science, historiens, etc.) que l'analyse de ce que le néolibéralisme fait à la production des savoirs scientifiques et techniques (qui participent en retour à un nouvel ordre social) a été progressivement constituées en questions majeure pour les STS. La thèse du capitalisme académique avancée notamment par Sheila SLAUGHTER et Larry LESLIE ( Academic Capitalism. Politics, Policies, and the Entrepreneurial University, Baltimore, Johns Hopkins Université Press, 1997) met en évidence une rupture dans les conceptions des relations entre science et économie et dans les politiques de recherche et d'innovation, rupture qui se produit dans les années 1970-1980 et qui est contemporaine de l'instauration de régimes néolibéraux de gouvernement des économies et des sociétés. Après la Seconde Guerre mondiale, le discours sur la science était construit sur un triptyque : la science comme bien public, le schéma linéaire de l'innovation et le lien entre changement technique et croissance économique. A partir des années 1970, ce paradigme traditionnel de la science comme bien public, source de progrès et pilier du Welfare State, est remplacé par le paradigme de la science comme source de compétitivité économique. Avec le décollage des économies asiatiques, la compétitivité de l'économie devient le leimotiv de la politique de recherche. (...) On bascule alors dans l'ère de la commercialisation de la science. Au début des années 1980, l'agenda de la compétitivité converge avec le projet néolibéral : la politique étatique doit favoriser les liens entre recherche publique et industrie, rendre la recherche appropriable et créer les conditions d'une régulation de la science par les mécanismes du marché.

Les changements qui affectent la production scientifique dans le nouveau "régime néolibéral" peuvent se décliner en trois grandes caractéristiques (LAVE, MIROWSKI et RANDALLS, Introduction : STS and néoliberal science, dans Social Studies of science, volume 40, n°5, 2010) :

- On observe un reflux de la dépense publique de recherche et un pilotage accru de la recherche par les entreprises et par les marchés financiers. "Le financement public de la recherche académique a ainsi été dépassé par le financement privé aux Etst-Unis dès les années 1980 ; en France, les courbes se croisent dans les années 1990 (...). Ce transfert de financement est favorisé par des politiques fiscales favorables aux entreprises. Dans le même temps, les grandes entreprises "dégraissent" leurs départements internes de R&D et optent pour une externalisation de leur recherche vers les universités et les start-ups. Dans le monde de la recherche industrielle s'impose le modèle de l'innovation "ouverte" qui prescrit une organisation de la forme en réseau, la compétence interne se recentrant sur la capacité à gérer les relations contractuelles et à assembler des connaissances produites ailleurs (...). Flexibilité, performance à court terme (réduction des coûts) et pilotage de la recherche par le "marché" constituent les principes directeurs de ces formes organisatiionnelles. Les grandes entreprises mondialisées (les 500 premières représentent 80% de la recherche industrielle mondiale) mettent en concurrence les structures nationales de recherche, comme elles l'ont fait depuis une trentaine d'années pour les activités manufacturières. 

Benjamin CORIAT et Fabienne ORSI pointent un phénomène nouveau : la financirisation de l'innovation. Innovations financières, cadeaux fiscaux et création d'un marché boursier dédié aux entreprises "high tech" (le NASDAQ) créent les conditions de la constitution du secteur du capital-risque (...)". 

- On observe aussi l'extension des droits de propriété intellectuelle sur la connaissance scientifique. "Puisqu'il faut créer un marché de la connaissance, il convient d'en finir avec la conception de la science comme bienpublic et de protéger les connaissances fondamentales, les "découvertes", par brevet. Le discours sur l'économie de la connaissance - qui réorganise les relations entre science et innovation dans l'espace européen de la recherche - célèbre ce nouvel âge de l'exclusivisme et sanctionne un ensemble de transformations qui ont eu cours depuis la fin des années 1970. On bascule progressivement dans un paysage d'enclosures où les connaissances les plus fondamentales sont protégées par brevet. (...). Nombreux sont les économistes qui considèrent que ces évolutions sont fort préjudiciables et que, à favoriser l'exclusivisme, on risque de bloquer l'innovation. Ils invoquent le caractère nécessairement cumulatif de la production de connaissances en faveur d'une "science ouverte", que la généralisation des brevets remet en cause (DASGUPTA et DAVID, "Toward a nex economic of science" dans Research Policy, volume 23, n°5, 1994)" Nous constatons avec eux qu'il semble bien que depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale, d'abord par un effet d'entrainement des applications technologiques puis par une restriction du champ de recherches, la civilisation occidentale, en tant que basée sur une utilisation des énergies fossiles dans de multiples domaines, s'enfonce dans une sorte de décadence scientifique. il est tout de même caractéristique que depuis plus d'un siècle maintenant, l'automobile est le centre d'intérêt d'une grande partie de l'humanité, et pas seulement pour des raisons utilitaires...

- On observe enfin l'emprise croissante des formes de management qui viennent du monde de l'entreprise sur l'ensemble du système de production de connaissances. "Les universités et les organismes de recherche voient la part de leurs contrats industriels augmenter en même temps que les budgets publics sont réduits. Leur financement public est généralement indexé sur leur performance, mesurée notamment en termles de capacité à obtenir des financements privés. Pour la recherche, ce nouveau management public (new public management) se traduit par la mise en place d'un système de notation de la qualité des individus, des équipes et des organisations. Les gouvernements s'équipent de nouveaux instruments qui permettent de fixer des objectifs mesurables et d'évaluer les performances à partir d'indicateurs standardisés. Si le caractère réducteur et erroné des classements des universités (tel que celui de Shangaï), des indicateurs scientométriques comme le h-index, ou des mesures des effets économiques par les brevets est largement démontré (GINGRAS, La fièvre de l'évaluation de la recherche. Du mauvais usage de faux indicateurs, dans Note de recherche du CIRST, Montréal, UQAM, 2008). (...). la nouveauté réside essentiellement dans la remise en cause de la collégialité et de l'autonomie professionnelle. La colonisation du milieu académique par des logiques managériales remet en cause d'autres valeurs, des valeurs non instrumentales dont les chercheurs en tant que profession sont les garants, crée de nombreux domaines orphelins et diminue la diversité de l'écosystème de la recherche. Cela se traduit par une part croissante des financements par projet, une précarisation des jeunes chercheurs, une individualisation des salaires et des carrières, une exigence de flexibilité et d'adaptabilité. 

       Ces changements (...) affecteront durablement la production de connaissances scientifiques et techniques. L'analtse de ces changements et de leur influence sur les façons de connaitre et sur les dynamiques d'innovation constitue désormais une prirorité dans l'agenda de recherche des STS".

 

    Cette priorité est bienvenue car nous pouvons constaté que de plus en plus, la recherche scientifique étant soumise à des impératifs étrangers à ses logiques propres, des dérives qui vont de l'occultation de données dans la présentation de résultats des recherches (multiplication des articles litigieux dans les publications scientifiques) à des conflits d'intérêts marqués qui frisent la malhonnêteté intellectuelle, voire de véritables campagnes de dénigrement de résultats de recherches qui vont à l'encontre des objectifs énonomiques de certaines entreprises et/ou secteur. C'est particulièrement vrai dans le domaine des énergies, ça l'est dans des domaines de plus en plus étendus, amenant de nombreux chercheurs et journalistes (qui se sentent pour beaucoup responsables de l'expression de l'opinion publique) à des découvertes désagréables notamment dans les secteurs de la santé et de l'alimentation.

 

     Stéphane FOUCART, journaliste à Le Monde  (Le populisme climatique) et Sylvestre HUET, journaliste à Libération, le constatent à l'occasion de leurs enquêtes dans diverses conférences scientifiques. Dans Merchants of doubt, Naomi ORESKES, de l'université de Californie à San Diego) dénonce lui aussi ce qu'il appelle, sans doute avec quelques outrances mais la formule trouve son sens au vu des conséquences dramatiques pour l'humanité, un négationnisme climatique. C'est également le titre du livre de Florence LERAY (Editions Golias, 2011).

   Comme l'écrit Sylvestre HUET dans un long article sur "Le journaliste face au street fight climatique", "les positionnements idéologiques vont nécessairement investir ce sujet (le changement climatique), puisqu'il va désormais participer aix joutes électorales (...). Si la controverse scientifique elle-même ne fait pas problème, faisant même partie de la démarche du développement des connaissances, il constate que "en revanche, les journalistes ont eu à faire face à des voyous - en général ceux qui participent aux combats de rue sont des voyous - d'un genre tout à fait spécial et probablement avec surprise : certains scientifiques. Des scientifiques qui, pour des raisons diverses, ont décidé de rompre avec l'éthique et les méthodes de la recherche pour participer à ce combat de rue. Des scientifiques qui ont permis à des éditorialistes - vous savez, ces journalistes qui n'enquêtent pas mais commentent l'actualité - d'affirmer à leurs lecteurs "les textes du GIEC sont douteux, la science du climat est douteuse, la preuve : certains scientifiques de grande qualité l'affirment". Loin de se faire prendre au piège d'une mise en scène par nombre de médias (et furieusement sur Internet) d'un débat qui se voudrait rationnel, il se veut précis: "je ne parle pas des controverses scientifiques normales et des questions sans réponses ou des doutes qui agitent les laboratoires des sciences du climat. Niveau marin futur, réactions des moussons asiatique et africaine, mesure des évolutions récentes des calottes de glaces, représentation des nuages dans les modèles... tous ces sujets sont au centre de controverses qui s'expriment dans les revues scientifiques et les séminaires. (...) Je parle de scientifiques qui mentent, calomnient, fasifient des documents scientifiques, dénigrent leurs collègues sur la place publique. Autant de méthodes de voyou, qui n'ont, en principe, pas leur place dans une controverse scientifiques normale et qui ont pesé lourdement sur le débat public et les médias. En France, ce rôle a été tenu principalement pas une personnalité importante du monde scientifiques mais également de la classe politique, Claude ALLÈGRE ( avec Dominique de MONTVALON, L'imposture climatique ou la fausse écologie, Plon). Ce dernier n'est pas seulement l'un des scientifiques français les plus titrés et cités dans les revues scientifiques de sa discipline - la géochimie - c'est aussi un ancien ministre de l'éducation nationale et de la recherche dans le gouvernement de Lionel Jospin entre 1997 et 2000. L'intervention publique de Claude ALLÈGRE a pris de multiples formes, tribunes et chroniques dans les journeaux, multiples interviews à la radio et télévisions, livres."

En fait, le géochimiste ne fait que participer à une entreprise de dénigrement systématique menée à l'échelle mondiale, et utilise des méthodes qui sont le lot de toute campagne orchestrée à des fins publicitaires ou contre-publicitaires par des entreprises soucieuses de leur image de marque et qui avancent le plus souvent masquées dans le débat public. Des membres de la communauté scientifique (comme Edouard BARD, professeur au Collège de France) s'élèvent contre ce genre de campagnes, qui ne sont pas des exceptions ou des exemples outranciers : au moment où l'ensemble de la recherche scientifique est focalisée sur des résultats intéressants prioritairement les secteurs dominants de l'industrie, elles sont monnaie courante et font même partie d'un plan marketing obligatoire pour des entreprises qui se respectent, comme EXXON par exemple, nomément attaquée par Al GORE au Global Brand Forum de Singapour. Elles utilisent exactement les mêmes méthodes que l'industrie du tabac pour défendre son marché des cigarettes et des cigares ou l'industrie chimique pour défendre son marché de l'amiante. De plus en plus de scientifiques, regroupés au niveau mondial, contestent ces méthodes, veulent que l'on revienne aux faits, soutiennent le principe de précaution nécessaire face à la montée des périls, que ce soit en matière de pollution des terres agricoles ou en matière d'accroissement des émissions de gaz à effet de serre. Une véritable bataille, dans laquelle se trouve au centre l'ensemble des médias, se livre entre firmes voulant continuer dans la même voie pour la recherche de profits de plus en plus à court termes et monde scientifiques, responsables de l'environnement, organisations non gouvernementales et partis politiques écologiques... Une bataille qui, au fur et à mesure de l'afinnement des résultats des recherches sur le climat qui indiquent de manière cumulative un accroissement de la gravité de la situation, est en passe de tourner en faveur des partisans du principe de précaution et de politiques énergétiques alternatives, si l'on en juge la tonalité des débats publics et le contenu de plus en plus de séminaires scientifiques, même ceux organisés par les entreprises mêmes qui, hier, déniaient même la qualité de scientifiques aux chercheurs qui tentent d'alarmer l'opinion publique depuis plus d'un demi-sicècle. Une certaine prise de conscience, même, se fait jour dans de nombreux milieux industriels et financiers, qui s'exprime notamment dans une mutltude de rapports des fondations (notamment américaines) patronées par ces mêmes milieux...

 

Claude ALLÈGRE et Dominique de MONTVALON, L'imposture climatique ou la fausse écologie, Plon ; Florence LERAY, Le négationnisme du réchauffement climatique en question!, Golias, 2011 ; Stéphane FOUCArt, Le populisme climatique, Denoël.

Christophe BONNEUIL et Pierre-Benoît JOLY, Sciences, techniques et société, La Découverte, Collection Repères, 2013.

Sylvestre HUET, Les journalistes face au sweet fight climatique, octobre 2010, site http://sciences.blog.liberation.fr

 

SOCIUS

Par GIL - Publié dans : SOCIOLOGIE
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Mercredi 21 août 2013 3 21 /08 /Août /2013 10:30

          Parmi la vague de fims de fiction (Le jour d'après par exemple) et de documentaires consacrés aux bouleversements climatiques actuels, l'un des premiers à faire date, Une vérité qui dérange, sorti aux Etats-Unis en 2006, donne la tonalité générale. Entre ton responsabilisant (voire maoralisateur), un certain catastrophisme volontairement affiché pour faire prendre conscience de l'urgence de la situation, présentations de données scientifiques en provenance d'une recherche encore hésistante, et contestation en provenance des lobbys pétroliers qui avance masquée sous la signature de scientifiques plus ou moins directement appointés, ces documentaires (surtout ces documentaires), qui relèvent d'un genre docu-fiction ou fiction documentaire au statut parfois indéfini, se veulent un appel à l'action contre des pratiques, énergétiques notamment, qui changent le visage de la planète, et pas forcément, à terme, en faveur de l'espèce humaine telle que nous la connaissons.

           Le documentaire américain engagé, en pleine résurrection depuis les années 2000, relayé ou précédé d'autres européens ou d'ailleurs, se concentre beaucoup sur les changements climatiques, par ailleurs enjeu crucial de conflits mettant aux prises scientifiques indépendants, entreprises énergétiques et opinion publique, par l'intermédiaire de la presse écrite, audio-visuelle ou électronique. 

 

          Le réalisateur américain, tout au long d'une heure trente quatre minutes, s'est contenté de capter l'une des conférences de l'ex vice-président Al GORE. Si on trouve ici ou là des élémentes bibliographiques narrés par l'homme politique lui-même, le gros du film consiste en un grand cours magistral, avec forces documents filmiques, graphiques... Cette conférence se situait dans une campagne multi-média de sensibilisation sur le réchauffement climatique. Al GORE soutient de bout en bout les démonstrations du film et on peut dire qu'il "porte" le documentaire à lui tout seul. Mise en scène, mise en spectacle, effets dramatiques, introductions des différents documents, il fait tout cela, soutenant réellement l'attention du spectateur de bout en bout dans un exercice de pédagogie qui parfois donne à certaines données scientifiques une portée qu'elles n'ont pas d'elles-mêmes. Aux critiques nombreuses sur des faits qui y sont relatés, Al GORE lui-même répond plus tard, mais on peut dire pour paraphraser une formule maintes fois utilisée que la réalité dépasse aujourd'hui la docu-fiction. Une réactualisation, plus de 6 ans plus tard, donnerait sans doute au documentaire une plus grande gravité. 

 

        La vérité qui dérange (A Inconvenient Truth) est également le titre d'un manuel d'Al GORE qui atteint la première place des bestsellers du New York Times (du 2 juillet au 13 août 2006) et qui se maintient encore pendant de nombreux mois sur la liste. Le film lui-même fut présenté en avant-première en 2006 au Festival du film de Sundance, puis au Festival de Cannes 2006. il se classe en troisième position des plus grands succès au box-office en matière de documentaire, derrière Farenheit 9/11 et La Marche de l'empereur, et devant Bowling for Columbine. En ce sens, l'objectif de sensibilisation au problème du réchauffement climatique a été atteint. Le film peut d'ailleurs utilement introduire à des débats sur le réchauffement climatique. Toujours est-il, comme pour l'ensemble des documentaires, faut-il le présenter comme un premier outil introductif à cette problématique, et non s'y arrêter. Et de plus, comme écrit auparavant, la réalité dépasse la docu-fiction...

 

      Produit par la Paramount Pictures, le film est disponible en DVD et peut être obtenu au site www.climatecrisis.net. 

 

    Parmi les autres documentaires consacrés aux changements climatiques, nous pouvons citer, entre autres :

- Home (2009, réalisation de Yann ARTHUS-BERTRAND, production par Luc BESSON), de 120 minutes (90 dans une version courte)n sur le lien entre l'Homme et la Terre, diffusé gratuitement sur Internet (après notamment une présentation en plein air au Champ de Mars à Paris et une diffusion sur la chaîne de télévision France 2) . Il montre l'état de la Terre vue du ciel, la pression que l'homme fait subir à l'environnement et les conséquences sur le climat. 

- Le syndrome du Titanic, réalisé en 2008 par Nicolat HULOT et Jean-Albert LIÈVRE, suivant le livre éponyne de Nicolas HULOT sorti en 2004. Produit par Mandarin Cinéma, Studio 37, Mars films, WLP et TF1 Films Production, il est sorti en octobre 2009. Il développe les thèmes récurrents autour de l'évolution de l'environnement et de l'érosion de la biodiversité.

- Climat en crise, de 50 minutes, présenté par Robert T WALSON, directeur du GIEC pendant 6 années,  décrit les prévision du super-calculateur Earth simulator pour répondre aux questions de l'aridification des terres, des ressources alimentaires planétaires, des vagues de chaleur dans les zones tempérées, des phénomènes météorologiques extrêmes, des équilibres éconologiques et des menaces inattendues, de l'habitat planétaire et des réfugiés de l'environnement sinistré et des solutions envisagées. Il prend pour paramètre principal l'augmentaire des émissions de gaz à effet de serre dans l'atmosphère. (www.cnes.fr).

- 2012 : Time For Change, long métrage de 85 minutes de 2010, du réalisateur brésilien Joao AMORIN, basé en partie sur les livres de Daniel PINCHBECK. il présente une alternative radicalement positive à la catastrophe apocalyptique, à l'aide de rémoignages, entre autres, de David LYNCH, STING, Buckminster FULLER et Bernard LIETAR... (www.2012timeforchange.com)

- La 11ème heure, le dernier rivage, sorti en 2007, des réalisatrices américaines Nadia CONNERS et Leila CONNERS PETERSON, produit par Leonardo DICAPRIO. Il montre l'état de l'environnement et de la biodiversité au début du XXIe siècle et les méfaits de l'homme sur ces dernier. Nous le recommandons pour la diversité des rencontres (une cinquantaine) avec des scientifiques, connus ou pas du publics et leaders politiques réputés dans leur domaine de compétences et impliquées dans l'action contre le réchauffement climatique.

- L'odyssée climatique du Souther Star, série de 4x52 minutes réalisé par Thierry ROBERT (produite par Paco FERNANDEZ, Injam Production avec la participation de planète Thalassa), à l'occasion de l'Année Polaire Internationale. Premier navigateur français à avoir traversé l'Océan Glacial Artique à la voile, Olivier PITRAS nous montre les effets sur place des changements liés au réchauffement climatique. (www.films&documentaires.com)...

 

Davis GUGGENHEIM, Une vérité qui dérange, Paramount Pictures, 2006.

 

FILMUS

Par GIL - Publié dans : FILMS UTILES
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