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14 avril 2015 2 14 /04 /avril /2015 13:47

   L'économiste britannique John HICKS est considété comme l'un des économistes les plus importants et influents du XXe siècle. Modélisateur (avec des distorsions...) des théories de John Meynard KEYNES, il en initie une interprétation néo-classique (baptisée néo-keynésienne parfois). Son modèle IS/LM est repris, amélioré, complété par toute une série d'économistes et intégré dans beaucoup de manuels d'économie. Etudiée par des générations d'étudiants et d'universitaires, son oeuvre économique et historico-économique traverse des décennies, de Mr Keynes and the "Classics" : A Suggested Interpretation de 1937 à "IS-LM : An Explanation de 1980, en passant par des ouvrages tels que Capital et croissance de 1965 et Le temps et le capital de 1975. Ses livres sont traduits avec un certain retard en France.

 

   John HICKS mène de front activités de professeur à Manchester puis à Oxford et la rédaction de nombreux ouvrages de qualité.

Dès 1932, il publie La Théorie des salaires (Theory of Wages), où il développe sa conception des "inventions induites" ; selon lui, les entrepreneurs sont peu enclins à consacrer des efforts à la recherche d'améliorations techniques et d'innovations dans une conjoncture caractérisée par un taux de chômage élevé. Il dégage les implications fâcheuses de cette situation.

Malgré sa fameuse modélisation (en 1937) qui traduit de manière plus que tendancieuse les travaux de KEYNES, le faisant classer parmi les tenants de l'école néo-classique, il conserve une attitude critique sur les théories de l'équilibre général, notamment celle promue par Léon WALRAS. Dans Value and Capital de 1939, il s'agit pour luiu de montrer l'effondrement de la presque totalité de la théorie de l'équilibre général. Toutefois, loin de renier l'enseignement des classiques, il procèse à un approfondissement de leurs enseignements, allant jusqu'à amalgamer à leur système les travaux de KEYNES, mû par la recherche d'une synthèse générale. 

John HICKS porte ses recherches sur des problèmes très variés. Après avoir abordé la question des salaires et les divers aspects de l'équilibre économique, il se consacre à l'analyse du cycle des affaires (A Contribution to the theory of the trade cycle, 1950), de l'utilité et de la demande (A Revision of Demand Theory, 1956), de la croissance (Capital and Growth, 1965), de la monnaie (Critical Essays in Monetary Theory, 1956) et du capital (Capital and Time, 1973).   (Christine BARTET)

 

      Notons aussi Une théorie de l'histoire économique (1969) traduit aux éditions du Seuil en 1973, La Crise de l'économie keynésienne (1974), traduit chez Fayard en 1988.

 

    Son livre de 1937, M Keynes et les "classiques" : propositions d'une interprétation, énorméménet "corrigé", dans l'un de ses derniers ouvrages (1980), intervient juste après la parution de la Théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie de John Meynard Keynes. Centrée sur la notion de préférence pour la liquidité, l'interprétation proposée par John KISCK fournit un cadre de référence à la macroéconomie kéynésienne jusque dans les années 1960 ; il y introduit le fameux diagramme IS-LM qui décrit la formation de l'équilibre simultané sur le marché des biens et sur celui de la monnaie. Il ouvre la voie à la "synthèse néo-clasique, autour de Paul SAMUELSON.

   L'économiste britannique procède en trois temps. Il établit d'abord une version monétaire (section I), à court terme, de la théorie "classique", qui doit servir de point de comparaisons avec la théorie de KEYNES. Ensuite, il construit un modèle schématique de la théorie générale (sections II et III), censé en résumer les principales conclusions. En fin, il discute d'une politique monétaire expansionniste (section IV). 

Les deux modèles présentent une économie à deux secteurs : un secteur des biens d'investissement, un secteur des biens de conscommation. A court terme, le stock de capital physique est fixe dans chaque secteur, ainsi que le salaire nominal. A ce taux de salaire, John HICKS suppose qu'il y a sous-emploi.

Dans le modèle classique, le revenu nominal de l'économie (la valeur totale du produit, c'est-à-dire des transactions dans les deux secteurs) est proportionnel à la quantité de monnaie en circulation, car la monnaie est demandée uniquement pour réaliser des transactions. L'investissement dépend négativement du taux d'intérêt tandis que l'épargne en dépend positivement. La propriété principal du modèle classique est que la quantité de monnaie détermine directement le revenu monétaire. A taux de salaire donné, l'expansion monétaire (au moyen du crédit bancaire, par exemple) augmente simultanément le produit (donc l'emploi) et le niveau des prix (baisse du salaire réel), et elle réduit le taux d'intérêt. Il conclut ainsi à l'efficacité de la politique monétaire dans le modèle classique.

En revanche, dans le mdoèle keynésien, la demande de monnaie répond, en plus du motif de transaction, à un motif de spéculation qui la fait dépendre du taux d'intérêt. L'efficacité de la politique monétaire ne se vérifie alors plus dans toutes les configurations. Plus les taux d'intérêts sont élevés, plus nombreux sont les agents qui anticipent une baisse future des taux d'intérêts et par conséquent une augmentation de la valeur des titres ; ils préfèrent alors détenir des titres plutôt que de la monnaie. Comme dans le modèle classique, une politique monétaire expansive est alors efficace. Mais, à l'inverse, pour des niveaux faibles de taux d'intérêt, les agents préféreront au contraire conserver la monnaie plutôt que détenir des titres. Cette préférence pour la liquidité peut même être si forte que, pour un taux d'intérêt plancher, l'accroissement de l'offre de monnaie est intégralement conservé sous forme d'encaisses spéculatives : c'est une situation de "trappe à liquidités", dans laquelle l'expansion monétaire est sans effet sur le revenu et donc sur l'emploi.

John HICKS représente le modèle keynésien au moyen d'un diagramme reliant deux courbes SI (S pour Saving et I pour Investment) et LL (L pour Liquidity offer et L pour Liquidity demand) dans le plan (revenu, taux d'intérêt) et qui deviendra IS-LM. SI donne les conditions d'équilibre sur le marché des biens (de consommation et d'investissement). Elle est décroissante puisque l'augmentation du taux d'intérêt réduit les perspectives de profits, donc les investissements, donc le produit. LL donne les conditions d'équilibre de l'offrre et de la demande de monnaie. Elle sera croissante, avec une portion horizontale (situation de trappe à liquidités) et une portion ascendante (situation classique) : toute augmentation du revenu, qui accroit la demande de monnaie pour motif de transaction, doit être compensée par une augmenation du taux d'intérêt (qui réduit la demande de monnaie pour motif de spéculation), afin que l'équilibre du marché de la monnaie soit maintenu. Ce diagramme permet d'examiner l'efficacité d'une politique monétaire expansionniste (qui, graphiquement correspond à un déplacement de LL vers la droite) dans toutes les situations, du cas kéynésien au cas classique. C'est seulement dans la situation de trappe à liquidité que le modèle classique et les modèle keynésien conduisent à des conclusions opposées. Pour le reste, la théorie classique devient une bonne approximation de la théorie keynésienne. 

   Le modèle IS-LM est en nette rupture avec certains aspects de la Théorie générale. A la différence du projet initial de KEYNES, la théorie classique ne s'interprète plus comme un cas particulier de plain-emploi. C'est au contraire l'équilibre keynésien de sous-emploi qui devient un cas particulier de la théorie classique : "la théorie générale de l'emploi est l'économie de la dépression".

Cette présentation de KEYNES et de l'économie classique laisse de côté la question du fonctionnement des économies de marché et de la formation des anticipations des agents, au profit d'une approche d'équilibre général, qui oriente l'analyse vers des questions de politique économique. John HICKS aboutit finalement à des conclusions de court terme qui défient l'intuition. La politique monétaire est efficace dans le cas classique, alors qu'elle ne l'est plus dans le cas keynésien de trappe à liquidité. Ces conclusions vont totalement à l'encontre de l'esprit des théories : la théorie classique reposant sur l'hypothèse d'une dichotomie entre les sphères réelle et monétaire, intuitivement, on s'attend donc à ce qu'une politique monétaire soit sans effet sur l'emploi ; quant à la théorie de KEYNES, elle revendique, au contraire, de la intégrer étroitement et la politique monétaire devrait donc agir sur le niveau de l'emploi, même si KEYNES ne la considère jamais en elle-même et seulement à titre d'accompagnement. 

Il n'en reste pas moins que le renversement de peerspective et surtout l'intégration de la vision classique et keynésienne dans un même modèle expliquent largement le succès du modèle IS-LM. Repris et développé par Alvin HANSEN (1887-1975) et Franco MODIGLIANI (1918-2003), il donne lieu ensuite à la synthèse néo-classique de Paul SAMUELSON (1915-2009) et inonde les manuels de sciences économiques. (Jean-Sébastien LENFANT).

 

    Valeur et capital, de 1939, est l'un des ouvrages d'éconopmie mathématique les plus connus du XXe siècle. Après un demi-siècle de domination dans le monde anglo-saxon de la méthodologie marshallienne, centré sur l'analyse d'équilibre partiel, John HICKS propose de reprendre le programme de la théorie de l'équilibre général après Léon WALRAS (1834-1910) et Vilfredo PARETO (1948-1923). Il a l'ambition d'aller le plus loin possible dans l'analyse d'un système de marchés interdépendants (marchés de biens, de fonds prêtables, de la monnaie), d'un point de vue statique et dynamique (dimension intertemporelle), sur la base d'une analyse microéconomique du producteur et du consommateur. Il ne se détourne pas pour autant de la pensée d'Alfred MARSHALL (1842-1924), soucieux d'obtenir des propositions de statique comparative et des applications macroéconomiques. Cette contribution importante à la théorie de l'équilibre général lui vaut le Prix Nobel d'économie, conjointement avec Kenneth ARROW (né en 1921). (Jean-Sébastien LENFANT)

 

John Richard HICKS, Valeur et Capital : Enquête sur divers principes fondamentaux de la théorie économique, Dunod, 1956 (1968) ; Monnaie et marché, Economica, 1991 ; Capital et croissance, PUF, 1965 ; Une théorie de l'histoire économique, Seuil, 1973 ; Le temps et le capital, Economica, 1975 ; La crise de l'économie keynésienne, Fayard, 1988.

Christine BARTET et Jean-Sébastien LENFANT, articles sur John HOCKS et son oeuvre, dans Encyclopedia Universalis, 2014.

On trouvera dans L'imposture économique, de Steve KEEN, Les éditions de l'Atelier, 2014, une critique radicale de l'apport de l'auteur aux sciences économiques.

 

 

 

     

 

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Published by GIL - dans AUTEURS
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