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20 septembre 2015 7 20 /09 /septembre /2015 09:31

   Etablir quelques principes de logique générale du conflit constitue surtout un essai de clarification de notions parfois confuses. La description de la  nature du conflit, son lien fort avec la coopération (au point de voir un couple coopération/conflit qui semble t-il est bien présent dans toutes les relations sociales), la distinction importante entre violence et conflit, entre existence et conscience du conflit, constituent des préalables importants pour l'établissement de lois générales du conflit. 

    Le conflit, qui peut être intérieur à la personne, qui oppose généralement seulement deux individus ou deux groupes ou qui concerne carrément une espèce face à une autre, existe indépendamment de la prise de conscience de son existence. Une personne peut croire qu'elle est stable et "bien dans ses bottes" alors que dans tout corps vivent plusieurs forces constamment ou par intermittence pour chacune d'elle ; deux individus peuvent se croirent en coopération absolue, alors qu'un rapport de domination les lie (de maitre à esclave ou à domestique par exemple) ; deux groupes peuvent se déclarer en constante symbiose alors que leurs intérêts objectifs peuvent être totalement contradictoires. La conscience de l'existence d'un conflit en transforme par ailleurs souvent la nature et l'intensité. De même que des classes sociales peuvent travailler ensemble, même dans un rapport d'exploitation intense et parfois dans un vaste discours justificatoire consensuel, la conscience de classe brise cette perception et oblige à revoir les rapports de classes. 

     Le conflit existe avec un certain niveau de violence, de quelque sorte que ce soit, soit sous forme institutionnelle, structurelle ou fonctionnelle ou/et physique, ou/et psychologique. Choisir de discuter du conflit plutôt que de la violence, même si cette discussion intervient dans un cadre global qui dépasse la perception, permet précisément d'analyer les relations entre deux êtres, deux classes qui s'entendent formellement et partagent les mêmes croyances, et n'exercent apparemment pas entre elles de violence particulière. Ceci est valable aussi bien dans un couple familial qu'entre collègues dans une entreprise. 

    Le conflit est le plus souvent un cocktail de plusieurs conflits entremêlés. Sa dynamique dépend de l'activité de ces différents conflits. Par exemple, un conflit en entreprise est souvent un cocktail de conflits réels d'intérêts, de conflits interpersonnels plus ou moins ouverts et de conflits entre différentes entreprises... 

   A partir de cette clarification, on peut tenter d'établir certaines lois de conflictologie qui tiennent compte des apports de plusieurs disciplines ou de plusieurs sciences sociales et psychologiques/psychanalytiques et même des apports de la biologie. Il n'est pas question de discuter du conflit de manière désincarnée. Les hommes comme les êtres vivants sont inscrits dans une histoire. Pour l'instant, on va se contenter d'esquisser trois principes.

   Premier principe qui concerne le fait générationnel - les êtres naissent, vivent, meurent, se reproduisent - qui pèse de tout son poids sur la nature des conflits. Il serait tout à fait autres entre immortels et non-reproductibles. Si ce dernier point n'est plus jamais soulevé, il fut au coeur de toute une réflexion métaphysique et théologique de l'Antiquité jusqu'aux abords de la Renaissance. Quels conflits entre les Dieux de l'Attique? Sont-ils semblables ( jusqu'au pur anthropomorphisme) ou relèvent-ils de logiques qui nous sont complètement étrangères?

La conscience de la mortalité par ailleurs entre en jeu dans les relations selon des modalitéss très diverses, qui vont du sentiment que rien n'a d'importance à l'angoisse de l'au-delà. La manipulation de ce dernier sentiment, de cette angoisse est souvent institutionnalisée, d'autant que la croyance en un paradis et en un enfer peut guider nombre de pensées et d'actions. Les conflits religieux constituent des conflits qui reposent sur l'inconnaissances tenace de la réalité après la mort. L'esprit humain a une forte tendance à substituer à des connaissances des croyances qui pèsent tout autant et même plus que des savoirs : les blancs dans la connaissance de la réalité agissent comme des connaissances. Comme le sentiment d'absence de savoir n'est toutefois jamais absent des consciences, le seul élément qui rende la vie mentale possible est que tous partagent les mêmes illusions...

   Deuxième principe qui concerne la connaissance même de la relation entre les individus et les groupes. L'attention des individus a tendance à se focaliser sur les conflits entre proches et à minorer les conflits globaux. L'énergie dépensée dans les conflits interpersonnels est bien plus grande que celle consacrée à comprendre les conflits globaux, et cela quel que soit le domaine considéré. A tel point que l'issue de nombreux combats entre groupes dépend beaucoup de l'histoire de leurs conflits internes. On le voit singulièrement dans la politique et la guerre. 

   Troisième principe qui concerne l'orientation de l'attention mentionnée auparavant : l'intensité des conflits, la présence d'un férocité augmente avec la proximité des acteurs en présence. Dans les guerres de religion par exemple, l'intensité des combats est bien plus grande entre confessions d'une religion qu'entre religions différentes. Plus sans doute, les conflits dans lesquels les acteurs s'investissent, luttent, appartiennent très souvent à la sphère des proches, au quotidien comme dans la stratification sociale. Ainsi, les conflit entre domestiques, esclaves, paysans et ouvriers, et même enfants entretiennent plus l'attention que les conflits entre maitres et esclaves, domestiques ou salariés et employés, paysans et matayers, parents et enfants... Et ce qui entretient cette stabilité, d'aucuns écriraient cohésion sociale, qui permet la perpétuation des injustices et des inégalités les plus fortes mais les moins exprimées. Il faut des études scientifiques et des analyses poussées pour mettre à jour ces conflits de classes, d'âges et autres alors que la responsabilité des maux sociaux est vite reportée sur les acteurs les plus proches de par leur géopgraphie ou leur proximité sociale... Il est bon ton par exemple de rechercher chez de nouveaux arrivés, des migrants par exemple la source de difficultés sociales plutôt que chez les employeurs et les acteurs de la finance. Ce paradoxe qui peut se comprendre aisément est détruit en cas de violences avérées : les patrons abusifs, les métayers trop entreprenants provoquent à leur corps défendants la mise en oeuvre d'actions qui s'attaquent alors réellement aux véritables ressorts des injustices. Mais ces moments sont plutôt rares, et leur histoire est souvent rapportée, marquant les esprits, appelés révoltes ou révolutions...

 

 

 

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