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18 novembre 2015 3 18 /11 /novembre /2015 13:18

La notion de "conflit vert" vient du GRIP (Institut de recherche et d'information sur la paix et la sécurité, Belgique) ; elle recouvre "des situations explosives qui peuvent aller de l'émeute locale jusqu'au conflit international en passant par l'insurrection, la répression ou la guerre civile et qui ont comme particulier d'être directement liées au changement de l'environnement". Si les atteintes à l'environnement ne sont pas forcément en elles-mêmes des causes premières et directes de conflits, elles peuvent être le catalyseur et l'élément déclenchant en s'ajoutant à des causes politiques, sociales, ethniques ou religieuses. Les dix neuf auteurs de l'ouvrage publié en 1992 avec le sous-titre "la Détérioration de l'environnement, source de tensions majeures" dessinent les contours de trois grandes catégories de situations conflictuelles :

- les situations conflictuelles liées à la rareté ou à la pénurie, qu'il s'agisse de la raréfaction des ressources en eau, des ressources halieutiques ou des terres arables ;

- les situations conflictuelles liées à une identité de groupe dans lesquelles il peut être établi, à tort ou à raison, une corrélation entre la dégradation de l'environnement et des facteurs sociaux, ethniques, nationalistes, religieux ;

- les situations conflictuelles liées à la discrimination et à la privation de tel élément environnemental entrainant la dégradation du cadre de vie du fait d'actions menées par d'autres.

Sur les situations liées à la rareté et à la pénurie des ressources environnementales, de nombreuses études historiques, socio-politiques ou écologiques existent.

Aaron T WOLF (L'eau et la sécurité pour l'homme, Université de l'Oregon, Conférence sur les ressources transfrontalières, Washington, juin 2000) ne recense depuis la Haute Antiquité que 7 conflits réellement nés à cause de l'eau. Force est toutefois de constater que l'eau - ou plutôt sa rareté - peut fournir à tel Etat dans un contexte régional donné un prétexte pour régler des problèmes politiques ou territoriaux et contribuer ainsi à rendre une situation plus conflictuelle. Il s'agit en effet d'un problème majeur. Par ailleurs, la raréfaction des terres arables consécutive à la désertification peut engendrer des situations d'autant plus graves que celles-ci ont des racines anciennes (Amérique Centrale, antagonisme des populations amérindiennes, par exemple). L'accès aux ressources halieutiques a quant à lui engendré de nombreuses relations de conflit qui ont tendu à se radicaliser en même temps que ces ressources se raréfiaient. Les conflits se multiplient et se diversifient à partir des années 1970, compte-tenu de la fermeture de lieux de pêche à des pêcheurs de certaines nationalités, de l'interdiction ou de la limitation de l'utilisation de certains engins ou de la difficulté de cohabitation entre des navires utilisant des techniques de pêche différentes (entre pêche industrielle et pêche artisanale). La cause majeure parait constituée par la suppression d'accès à la ressource, du fait en particulier de la multiplication des zones économiques exclusives (ZEE) ou de zones de pêche exclusive aboutissant de fait, dans le cadre de ce que l'on a appelé l'extension territoriale des eaux maritimes, à une nationalisation des ressources et à l'interdiction d'accès au détriment des non-ressortissants, le recours à la contrainte étant fréquent de la part des Etats côtiers pour faire respecter leurs droits, à moins que ce ne soient les pêcheurs eux-mêmes qui s'en chargent à leur place. On peut citer la "guerre de la morue" entre l'Islande et le Royaume Uni (à partir de 1972) ou encore les nombreux incidents entre pêcheurs espagnols et pêcheurs français dans le Golfe de Gascogne (1984). la plupart du temps, ces incidents se sont conclus par des poursuites, des arraisonnements, des dommages aux biens et aux personnes. On a pu enregistrer pour la seule année 1995 davantage de conflits de ce type que pendant tout le XIXe siècle.

Sur les situations conflictuelles liées à la raréfaction des ressources et aux identités de groupe, les situations que l'on peut examiner apparaissent souvent dramatiques. Dès lors qu'une corrélation est établie entre la dégradation de l'environnement et certains facteurs ethniques ou religieux, de véritables guerres peuvent s'ensuivre. Ainsi, des enquêtes établissent que l'une des composantes du très grave conflit ethnique opposant les Tutsi et les Hutus au Rwanda et au Burundi, est écologique, avec la raréfaction de ressources naturelles, notamment en terres cultivables. Cela aggrave jusqu'au paroxysme un antagonisme ethnique, social et politique ancien. C'est aussi le cas par exemple en Indonésie (ile de Bornéo) où l'exploitation forestière intensive aboutissant à la déforestation envenime les relations entre communautés musulmanes, chrétiennes et animistes (Massacres de 2001). Dans le même ordre d'idées, la colonisation des hauts plateaux centraux entrainent la destruction des forêts en vue de la culture du café au profit des cadres dirigeants vietnamiens au détriment des Mois, composés d'une cinquantaine d'ethnies non vietnamiennes. (Michel TAURIAC, VietNam, Le dossier noir du communisme, Plon, 2001) La constructions de barrages hydroélectriques contribue également, à l'éclosion de révoltes plus ou moins graves dans plusieurs régions du monde. N'oublions pas tout de même les diverses guerres indiennes aux Etats-Unis où la question des ressources jouent un très grand rôle : des modifications importantes d'environnement, provoqués par exemple par le passage de troupeaux énormes, ou simplement les chasses au bison, ont ruiné toute l'économie de nombreuses tribus privés de leurs ressources séculaires. Derrière les "traditionnels" conflits entre éleveurs (pasteurs) et agriculteurs, voire entre chasseurs et agriculteurs, se trouvent des conflits verts qu'il serait intéressant de remettre en perspective dans l'histoire de l'humanité.

Sur les situations conflictuelles liées à la discrimination et à la privation d'une ressource environnementale, de multiples exemples peuvent être citer. En militarisant la ressource en eau dans les territoires occupés de Cisjordanie (Ordonnances militaires de juin et d'octobre 1967), Israël a mis en oeuvre un système d'autorisations et de restrictions qui visaient essentiellement les Palestiniens, tout en menant une politique d'implantation de colonies juives de peuplement. Dans un registre différent, la mise en valeur de l'Amazonie par le Brésil aboutit à l'éviction passive ou active des tribus amérindiennes vivant dans la forêt. il en va de même de l'exclusion d'ethnies indiennes lors de prospection et d'extraction de pétrole en Equateur... S'ajoutent notamment à cela, les petits agriculteurs sans terre du Nordeste brésilien évincés au profit des grands propriétaires pratiquant l'élevage extensif, aidés par une police militaire. Ce genre de pratiques poussent des populations à basculer dans la guérilla (au Philippines par exemple). Dans le domaine des ressources halieutiques marines, les accords de pêche, sortes de concessions, conclus entre les pays en développement et les pays industrialisés, fragilisent les populations côtières dont les techniques de pêche artisanale ne peuvent réaliser avec la pêche industrielle (Mauritanie, Sénégal, par rapport à l'Union Européenne).

Suivant la thèse (décembre 2014, Thèse en droit, Université Jean Moulin) de François MAXIME sur les conflits verts en Afrique, le continent est aujourd'hui le théâtre de nombreux conflits caractérisés par une distribution inégale des "ressources naturelles". "Il est aujourd'hui avéré que les risques environnementaux tels que la pollution, les changements climatiques, ou la désertification font peser une menace supplémentaire sur les populations et les écosystèmes afférents. Le début sur la "sécurité environnementale" a connu une expansion fulgurante en l'espace d'une vingtaine d'années, d'où tout notre intérêts de comprendre ses origines, ses fondements et les différents discours s'étant construit autour de cette notion. Pour autant le concept de "conflits verts" n'a jamais été analysé en profondeur en tenant compte des nombreux exemples touchant le continent africain, et ceci à la lumière d'une nouvelle typologie afin de capturer ces nouveaux conflits contemporains d'une manière davantage efficiente." Le doctorat situe sa recherche sur les relations entre environnements, ressources naturelles, facteurs de puissance et conflit dans le continent au cours des dernières décennies. Il entend mettre en lumière l'évolution du concept traditionnel de "sécurité" sur la base des discours changeants parmi les milieux politiques du XXe siècle. Ce qui pour lui implique des discussions "sur l'amélioration de l'efficacité des mécanismes de prévention et de résolution tels qu'appréhendés aujourd'hui par la Communauté européenne, la création des "casques verts" et la notion de "crimes environnementaux" démontrant les limites en la matière."

Pour Robert POLET, chercheur au CETRI, Centre tricontinental (février 2008), "les conflits socio-environnementaux sont en pleine expansion à l'heure du néolibéralisme (même s'ils) ne constituent pas un phénomène nouveau, propre à cette doctrine particulière du développement. Pour autant, si l'exploitation à grande échelle des ressources naturelles nationales est au coeur des politiques de développement depuis l'ère des décolonisations, force est de constater que les stratégies d'extraversion adoptées par la majorité des économies du Sud ces dernières années ont considérablement accentué les pressions ur les environnements naturels et les populations locales qui en dépendent. A l'ère de la mondialisation néolibérale, les territoires, les ressources naturelles, les paysages son déconnectés, arrachés à leur fonctions sociales, économiques ou culturelles locales pour être envisagés du seul point de vue de leur valorisation sur les marchés internationaux.

Or, poursuit-il, loin de la frénésie des capitales et des quartiers d'affaires, ils sont des centaines de millions - paysans, peuples autochtones, pêcheurs... - à tirer leur subsistance de l'exploitation des ressources de leur environnement immédiat - terre, forêt, rivières, mer. L'absence de prise en compte de leurs intérêts par les autorités locales ou nationales à l'heure de négocier les termes des contrats d'exploitation avec les opérateurs privés (nationaux ou transnationaux) est source de tensions sociales de plus en plus aigües aux quatre coins de la l'Asie, de l'Amérique Latine et de l'Afrique.

Exportations forestières, minières, pétrolières dopées par le rebond des prix internationaux des matières premières, grands ouvrages d'infrastructure (barrages, routes, gazoducs) visant à accélérer le transit des ressources naturelles et l'alimentation d'une croissance énergivore, pêche industrielle, dissémination de sites touristiques - autant de projets "sans égards" pour les écosystèmes et les populations locales qui font des millions de "victimes du développement", pour reprendre l'expression de militants asiatiques. Depuis le début du millénaire, l'augmentation du prix des produits agricole et l'euphorie qui entoure la montée en puissance des agrocarburants ont accentué la compétition autour des ressources foncières et hydriques entre les firmes agroalimentaires transnationales et les communautés paysannes et indigènes locales, au détriment de ces dernières."

Cette mondialisation accélère l'évolution de nombreux conflits en reliant toutes les causes possibles de guerres dans des chaudières environnementales, sociales, religieuses et ethniques. Ce qui pouvait se dissocier auparavant, avec le temps et la dispersion, problèmes écologiques, conflits, parfois anciens, ethniques ou/et religieux, rivalités politiques, calculs tactiques ou stratégiques de puissances régionales, appétits financiers et économiques locaux, nationaux ou internationaux, inégalités socio-économiques se conjuguent pour donner des situations explosives qui se traduisent de plus en plus souvent par des conflits à expression souvent armée. Ce sont ces situations-là qui dessinent les contours des "conflits verts".

Jacques SIRONNEAU, Guerre et environnement, dans Guerre et Economie, Ellipses, 2003. GRIP, Les conflits verts, La dégradation de l'environnement, source de tension, 1992. On y remarque les contributions, entre autres, de Colette BRAECKMAN, Jean-Marie CHAUVIER, René DUMONT, Mohammed MAZOUZ, Marc SCHMITZ....

STRATEGUS

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Published by GIL - dans ECOLOGIE
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