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25 novembre 2015 3 25 /11 /novembre /2015 12:18

Si les autorités militaires, après maints combats victorieux ou non, d'eux-mêmes ou sous la pression ou l'ordre du pouvoir civil, lui-même sous pression de l'opinion publique ou dans une conjoncture internationale donnée, décident l'arrêt des combats, pour peu qu'ils puissent le faire, ont surtout la préoccupation de sortir de la guerre proprement dite. Que le conflit ne soit pas réglé ou ait même empiré, ou encore qu'il ait changé de nature, ne constitue pas le coeur de leur problème.

La problématique de sortie de guerre telle que l'examinent par exemple Jacques FRÉMEAUX et Michèle BATTESTI, est surtout une problématique militaire où la fin des combats doivent se traduire, dans un territoire donné ou même suivant une ligne donnée, par la fin des opérations militaires proprement dites, la planification des mouvements de troupe et leur démobilisation progressive, avec un contrôle plus ou moins réel du terrain une fois ces opérations effectuées. La fin de la guerre ne signifie pas la fin des souffrances physiques et psychiques. Sortir de la guerre - des deux côtés ou plusieurs des côtés - signifie démobiliser les soldats ou leur trouver d'autres occupations, reconvertir l'appareil productif et ranimer le commerce, chercher à satisfaire les revendications des peuples à moins de malheurs, organiser le retour à la vie civile dans une certaine mesure. Ce n'est que récemment que les perspectives de sortie de guerre se sont complexifiées, avec la prise en compte de l'organisation de l'état de paix. Auparavant, il s'agissait surtout pour les parties en présence de démobiliser, désarmer, de soigner les blessés et d'enterrer les morts.

      Une nouvelle façon de voir les choses, non seulement l'arrêt de l'état de guerre, mais d'assurer l'état de paix qui doit suivre, n'est que toute récente, avec l'ampleur des destructions causées et la volonté de résoudre des conflits dont les guerres sont issues ou dont les guerres ont aggravé les termes. L'examen du post-conflit, entre guerre officiellement terminée et paix incertaine et à confirmer, est aidée par l'expérience de nombreux organismes dont la vocation allaient dans ce sens : Organisation des Nations Unies, organisations humanitaires non-gouvernementales, organismes... L'examen des normes, périodes, ressources et représentations du postconflit , tel que l'effectuent par exemple Amaël CATTARUZZA et Elisabeth DORIER, constitue une réflexion longue et parfois laborieuse. Jusqu'à constituer un pilier du développement, l'opération internationale de maintien de la paix (au sens de l'ONU), est appelée, surtout avec la multiplication des conflits intra-étatiques, à un grand avenir. Ils étudient les processus territoriaux postconflit suivant une triple approche : géopolitique, "géographie du changement" et géographie sociale et culturelle. Pierre PÉAN indique bien dans son livre consacré au Kosovo, qu'il ne suffit pas d'intervenir selon des principes humanitaires dans une guerre civile, mais également d'assurer que le territoire concerné ne soient pas la proie de prédateurs de toute sorte, laissant les populations démunies. 

 

        Le maintien de la paix et de la sécurité internationale comme méthode d'utilisation de la force militaire sans recours à la violence pour préserver la paix constitue un concept inscrit dans le droit international depuis 1948. Les missions, de statut et d'importance diverses, réalisées depuis la fin de la Seconde guerre mondiale mettent en évidence de nombreuses leçons tant directement pour les acteurs en conflit que pour la communauté internationale. C'est en fonction de ces leçons des stratégies - de la part des acteurs les plus divers - peuvent être élaborées et exécutées. Mais si la guerre et les conflits internationaux évoluent vite, il n'en est pas de même malheureusement pour la lecture de ces diverses leçons de l'histoire. En tout cas, l'examen de l'histoire de ces missions, tel que le tente Ronald HATTO, peuvent nous éclairer.

 

      Philippe LOREC étudie les enjeux et les opportunités économiques des sorties de conflits, non qu'évidemment une guerre sert parfois - souvent - des intérêts économiques, mais aussi parce loin d'être conçues comme des charges par les différentes acteurs, le passage d'un état de guerre à un état de paix, les diverses opérations économiques nécessaires peuvent être l'occasion pour bien des parties d'un nouveau départ de prospérité et d'amélioration des conditions sociales. L'exemple de la Serbie permet de comprendre précisément ces opportunités-là. 

 

    Nous pouvons ajouter à toutes ces considérations qu'il est plus facile (... ce qui reste parfois difficile, vu une certaine apathie généralisée de l'opinion publique de nos jours) de mobiliser des populations contre des situations intolérables qui selon elles "obligent" à des interventions armées que de les maintenir dans l'attention des populations directement touchées une fois que ces interventions armées aient été soldées par une "victoire" sur le terrain. Les diverses contributions demandées aux Etats et aux populations occidentales pour soutenir les stabilisations et le retour à une situation économico-sociale viable rencontres de plus en plus de réticences dans le temps, notamment lorsque ces Etats et ces populations sont eux-mêmes touchés par des problèmes majeurs. 

 

Philippe LOREC, Enjeux et opportunités économiques des sorties de conflits, dans Guerre et Economie, Ellipses, 2003. Ronald HATTO, Le maintien de la paix, L'ONU en action, Armand Colin, 2015. Pierre Péan, Kosovo, une guerre "juste" pour un Etat mafieux, Fayard, 2013. Jacques FRÉMEUX et Michèle BATTESTI, Sortir de la guerre, Presses de l'Université Paris-Sorbonne, 2014. Béatrice GIBLIN, Édito de Postconflit, entre guerre et paix?, Hérodote, n° 158, 3ème trimestre 2015. 

 

STRATEGUS

    

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Published by GIL - dans STRATÉGIE
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