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20 novembre 2015 5 20 /11 /novembre /2015 07:27

Le déferlement d'images liées aux attentats de novembre à Paris (loin d'être aussi intense que lors de l'attentat de New York de 2001, mais il y a une différence dans l'ampleur de dégâts et du nombre des victimes comme dans la nature de la naïveté politique de la majeure partie de la population...) oblige à mettre les points sur les i en ce qui concerne les responsabilités collectives. Si le recrutement de terroristes est si important, si les armes se trouvent en abondance dans une économie parallèle en expansion, si les moyens financiers des commanditaires sont si amples, ce n'est pas seulement et de manière simplette parce que des islamistes riches et hargneux en veulent à des peuples qui n'adhèrent pas à leur moralité (sexuelle notamment) et à leurs croyances figées depuis des siècles dans des superstitions envahissantes. C'est aussi parce qu'ils trouvent dans les sociétés occidentales aux fortes injustices économiques un vivier miséreux (tant sur le plan matériel que moral) dans lequel ils peuvent puiser à loisir. C'est aussi parce que les responsables politiques ont libéralisé tous les marchés, y compris celui des armes légères, sans contrôle dans une sorte de démission collective. C'est aussi parce que les commanditaires s'enrichissent constamment des produits d'une rente pétrolière alimentée par les finances des millions de consommateurs de produits fossiles. Pour prendre un raccourci pourtant réaliste, nous payons les terroristes pour nous faire peur, nous payons les armes avec lesquels ils nous attaquent. L'étude des circuits financiers d'un groupe comme "Etat islamique" indique des sources (privées, mais cela s'explique par l'organisation tribale de ces sociétés...) concrètement présentes dans des Etats pétroliers parmi les plus riches de la planète. Nos économies, basées sur l'alimentation de cette rente pétrolière, financent - indirectement certes, mais la mondialisation financière est ce qu'elle est - les attaques terroristes dans le monde entier. S'il fallait une raison de plus, vus les changements climatiques actuels, pour renoncer à plus ou moins court terme aux substances fossiles, ce serait bien celle-là. La multiplication de discours guerriers - et de plans anti-terroristes sur les sols nationaux - ne changera rien à la réalité financière. Ce n'est pas que les différentes administrations et responsables politiques occidentaux ne l'ont pas compris - après tout les premières mesures américaines après le 11 septembre 2001 visaient les actifs financiers de certains milliardaires du Proche Orient - mais il existe une contradiction fondamentale entre stopper le terrorisme et continuer de libéralisation l'économie. Et réduire, c'est dans la logique, la puissance des Etats, donc leur capacité à défendre leurs citoyens contre ces mêmes menaces terroristes. Les Etats et organisations internationales ne peuvent intervenir efficacement dans ces circuits financiers qu'au prix d'une révision déchirante des a-prioris libéraux et néo-libéraux. Ils ne peuvent intervenir efficacement également qu'au prix de changements fondamentaux dans les fonctionnements énergétiques des économies. Ils ne peuvent réellement agir - au-delà d'une gesticulation médiatique assez vaine, sauf à contrôler davantage leurs propres populations - que s'ils effectuent un virage important dans la gouvernance mondiale, qui se traduirait concrètement par un retour aux contrôles inter-étatiques ou internationaux de tous les marchés : finance et commerce des armes possèdent trop de ramifications dans des domaines trop divers, de l'alimentation aux services de tout genre. Il s'agit aussi d'assécher le vivier miséreux dans lequel - sinon - les commanditaires continueront de puiser, dans une véritable armée de réserve nourrie de la misère économique et du marasme moral. Et pour cela, réorienter les économies vers la satisfaction des besoins les plus élémentaires de l'ensemble des populations, et cesser de faire des paiements des dettes la priorité des priorités des budgets des Etats. Les gouvernements doivent choisir entre continuer de payer les yeux fermés des dettes qui ne pourront de toute façon jamais diminuer et financer de déjà super-riches commanditaires d'attentats ou assurer la sécurité des populations dont ils ont la charge. Combattre le terrorisme est en définitive impossible sans restructuration des dettes publiques et privées.

Il faut donc cesser d'avoir des vues à court terme et des visions étroites des réalités. Celles-ci bousculent le confort - certains écriraient bourgeois - dans lequel s'est installé une grande partie des populations occidentales, mêlant ainsi égoïsmes personnels et collectifs et perception paresseuse de la vie. Il faut en finir avec des attitudes pavloviennes qui font qu'à chaque attentat - qu'on oublie quelques semaines après - lamentations et mesures sécuritaires passe-partout interviennent systématiquement en lieu et place de réflexions larges du phénomène terroriste. Ce n'est pas seulement en détruisant Daesh militairement, car cela est bien évidemment possible matériellement, que l'on va éradiquer toute forme de terrorisme. Avant lui et après lui, il a existé et existera toujours des commanditaires pour exprimer leurs désirs de puissance et leurs soifs d'une moralité affichée et pas toujours réellement suivie (mais tout de même imposée aux subalternes), tant la corruption des moeurs atteint même les milieux les plus réputés purs et religieusement conformes...

RAGUS

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