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7 mars 2016 1 07 /03 /mars /2016 14:53

     Depuis les premières études sur l'alcoolisme (surtout depuis le XIXeme siècle), dominent les approches médicales et psychiatriques. Les visions morale, médicale, psychologique, psychosociale et sociologique, comme l'écrit Marie-France MARANDA, étudiante au doctrorat en sciences sociales pour l'année 1898-1990 à l'université Laval au Quebec, "ont émergé au cours de l'histoire relativement récente de l'étude de l'alcoolisme et des toxicomanies (...)". Elle note le consensus voulant que ce phénomène social soit un problème bio-psycho-sociaologique, plus qu'un problème sociologique au sens plein de l'expression. 

Elle examine successivement ces approches, l'approche morale, l'approche médicale, les approches psychologiques, les approches sociologiques, l'approche psychosociale et les prises en compte de l'alccolisme par la sociologie du travail.

Jusqu'à aujourd'hui, les différentes approches, sauf voix discordantes (heureusement nombreuses), sont centrées sur le devenir de l'individu alcoolique et les conséquences de son alcoolime sur son entourage et la société en général. Peu d'études dynamiques rendent compte du dynamisme de ce fait social qu'est l'alcoolisme, dans toutes ses dimensions, de ses causes, de son fonctionnement et de ses conséquences. La plupart des études sont orientées vers des solutions thérapeutiques ou de contrôle de la consommation d'alcool par les différentes populations, compte tenu des freins et falsifications opérés par les lobbys des alcools, et compte tenu du fait crucial qu'une vue d'ensemble risquerait d'aboutir à la remise en cause de certains aspects de la société ou même de déboucher sur des vues transformatrices et réformatrices globales.

    Même si de nos jours, l'approche morale est minimisée (et sans doute devenue inconsciente...), c'est par elle que débute une prise en charge forte de l'alccolisme. Jean-Charles SOURNIA (Histoire de l'alcoolisme, Flammarion, 1986) restitue cette approche dans son contexte historique. "En Amérique du Nord, la première vague de forte consommation d'alcool coïncide avec le développement industriel. Une partie de la population s'est élevée contre ces moeurs jugées "scandaleuses et répréhensibles", et a encouragé les plus ardents propagandistes venant des colonies plus puritaines de la Nouvelle-Angleterre à se regroupeer au sein d'associations. C'est ainsi que l'action des groupes religieux, notamment des protestants, a amené la formation de ligues de tempérance (faisant appel à des valeurs de société) et d'abstinance (faisant appel à des politiques de restriction et de prohibition. Pour les méthodistes et les quakers, boire était en soi un péché, tandis que chez les protestants la tempérance était valorisés, pendant que l'Eglise catholique a hésité longtemps à trancher entre la valeur mystique du vin et sa condamnation. (...). Stanton PEELE actualise cette aproche (A moral vision of Addiction : How People's Values Determine Whether They Become and Remain Addicts, dans The Journal of Drug Issues, volume 17, n°2, 1987) en montrant que l'assuétude (c'est-à-dire l'habitude, la dépendance) n'est pas un phénomène inéluctable. En contredisant les théories qui présupposent l'existence d'une perte de contrôle, il soutien que les comportements compulsifs sont influencés d'une façon cruciale par les valeurs préexistant chez les personnes. Ainsi, les alcooliques "contrôlent" leurs activités de boire (dans le sens qu'ils sont conscients) en conformité avec des buts auxquels ils attachent de l'importance (bien qu'ils puissent regretter par la suite les effets de leur alcoolisme). Selon cette perspective, l'alcoolimse est le résultat d'un choix conscient, bien qu'autodestructeur à long terme, et est fondé sur un ensemble de valeurs plus ou moins explicites.

Au fil du temps, l'approche morale a été délaissée en raison de sa propension à considérr l'alcoolisme comme un vice ou un péché. A l'heure actuelle, on peut dire que l'approche morale est de retour, sans les aspects religieux cependant. Les campagnes de publicité entourant la consommation d'alcool visent la responsabilité individuelle et celle de l'entourage. Elles suggèrent un ensemble de valeurs orientées vers la modération et une meilleure santé, tandis que la criminalisation de l'alcool au volant prévoit une sanction sévère conférant ainsi un jugement moral sur la consommation d'alcool hors de tout doute."

 

   L'approche médicale a supplanté l'approche morale (pas complètement...) et prédomine encore dans le champ d'étude de l'alcoolisme. Un grand nombr de chercheurs et de cliniciens s'entendent autour du concept élaboré par E M JELLINEK en 1960 (The disease concept of alcoholism, New Haven, Hilhouse Press). "Celui-ci montre que l'alcoolisme est une maladie progressive et incurable dont seule l'abstinence totale apparait comme condition de réadaptation. (Il) a construit une typologie de l'alcoolisme en processus évolutifs partant de la dépendance psychologique à la dépendace physique. Ses travaux ont largement servi à ce que la société passe d'une vision morale de l'alcoolisme à une reconnaissance sociale et médicale (...) comme maladie, et sont à la base des définitions retenues par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS).

Les travaux sur la génétique, bien qu'ils soient toujours à l'état d'hypothèses, occupent une part importante de la recherche, et sont souvent présentés comme ayant seuls une portée scientifique. Certaines études observent des correspondances entre des sujets (jumeaux ou frères adoptés séparément) et des taux de fréquence d'alcoolisme (ADES et ROUILLON, Aspects génétiques des conduites alcooliques, dans Journal de génétique humaine, volume 29, n°5, 1981).  D'autres chercheurs orientent leurs travaux de façon à découvrir des anomalies dans les fonctions du corps, comme la production anormale de morphine dans le cerveau, ou encore dans le métabolisme de l'éthanol, ou du côté d'éventuelles allergies à l'alcool. Ces recherches ont la particularité de chercher un seul élément responsable de l'alcoolisme, le but étant de pouvoir prédire l'alcoolisme avant qu'il ne survienne en identifiant des personnes pré-alcooliques à l'aide de marqueurs génétiques.

A l'opposé de (ces dernières) recherches, de plus en plus (d'autres) recherches incitent à considérer le problème du point de vue de sa multidimensionnalité. Cette conception a conduit certains chercheurs (RADOUCO-THOMAS et ses collaborateurs, Biologie de l'alcoolisme : aspects nosographiques, thérapeutiques et étiopathogéniques, dans Manuel de psychiatrie biologique, J Mendlewiez, Masson, 1987) à définir l'alcoolisme comme un trouble résultant de l'interaction de la vulnérabilité génétique et de l'environnement. Ces chercheurs proposent ainsi le "modèle éco-pharmacogénétique", (...) qui comprend l'alcoolisme comme un trouble intégrant trois réponses pharmacologiques : la tolérance, la dépendance physique et la dépendance psychique développée à divers degrés selon l'effet conjugué de l'alcool, de facteurs génétiques, et de facteurs du milieu. Cette école distingue, selon des observations cliniques, deux types d'alcoolisme : primaire (caractérisé par un comportement compulsif incitant à boire sans être capable de s'arrêter) et secondaire (comportement de boire continu, quotidien qui peut s'étendre sur de nombreuses années avant que la dysfonction survienne. Le premier comportement serait lié à des définiciences génétiques, tandis que le second serait davantage influencé par l'environnement psychosocial de la personne. Le traitement proposé, du moins pour la période de désintoxication, est pharmacothérapentique, et est complété par la suite par une approche psychosociale."

 

    La vision de l'alcoolisme comme maladie ne fait pas du tout l'unanimité (elle perd d'ailleurs du terrain...), y compris dans le corps médical. Une partie de celui-ci cherche à combiner des explications physiologiques à des explications plus psychologiques, voire psychanalytiques. Par exemple, le docteur Guy MARCOUX, de l'hopital Saint-François-d'Assise du Québec, s'appuie sur une perspective freudienne et estime que l'alcool est plutôt un moyen de défense, et l'alcoolisme un mécanisme de défense : "mécanisme qui permet de ne pas tenir entièrement compte de la réalité et de ne pas s'en soucier, mécanisme qui sert à atténuer les effets contrariants de situations difficiles et qui donne l'impression d'avoir une carapace de plus en plus dure (Guy MARCOUX, L'alcoolisme n'est pas une maladie, dans La vie médicale au Canada français, volume 11, n°9, 1982 et L'alcoolique toxicomane, un être humain comme tout le monde, Paris, Las Cahiers du Comité national de défense contre l'alcoolisme, 1982). Selon lui, la notion de maladie comporte une ensemble de symptômes, alors que la dépendance physique et les symptômes de sevrage découlent d'un effet "normal" de l'alcool éthylique. En outre, l'éthanol a un effet tranquillisant qui procure une sensation de bien-être en réponse à de la souffrance, de l'angoisse ou des appréhensions.(...)."

 

    Les travaux de SOBELL et SOBELL (Behavioral Treatment of Alcohol Problems, New York, Plenum Press, 1978) ont bousculé un certain temps la communauté scientifique et des groupes thérapeutiques. "Ainsi, le concept de maladie, avec le sens de l'idée "que l'on est né avec", que l'on a une prédisposition à utiliser l'alcool de façon compulsive de la naissance à la mort, suppose, selon ces auteurs, une fablesse inhérente chez la personne, une sorte de besoin physique qui n'a pas encore été prouvé scientifiquement". PEELE (1990-1977) attire l'attention "sur la confusion des études médicales qui font des liens directs entre la dépendance physique et psychologique. Ainsi, selon lui, il est possible d'être dépendant physiquement sans être adepte (addicted) et d'être adepte sans être dépendant physiquement. Il faut retenir, dependant, que si l'alcoolisme n'est pas une maladie à ses débuts, elle le devient assurément à un moment donné, et c'est proabablement là qu'il faut chercher un consensus : la cirrhose du foie, l'encéphalopathie de Gayet-Wernicke, la psychose de Korsakoff, le syndrome de Marchiafava-Bignami sont quelques-unes des issues finales de l'alcoolisme.

Quoi qu'il en soit, le concept de maladie a servi à rendre l'idée de l'alcoolisme plus acceptable pour la société, bien qu'en déclarant "malades" les alcooliques et en les déculpabilisant par le fait même, ceux-ci ont vu décroître en même temps leur responsabilité. Les limites de l'approche médicale se situent particulièrement sur ce plan. A court terme, la conceptualisation du problème en tant que maladie demeure humanitaire et dans certains cas essentielle pour sa reconnaissance sur un plan social. A plus long terme, cependant, les effets risquent de rendre les personnes plus dépendantes encore, si le traitement appliqué n'est que pharmacologique, ou s'il a comme conséquence de déresponsabiliser la personne." Notre auteur explique l'action du mouvement des Alcooliques anonymes créé en 1932 aux Etats-Unis, qui prend la relève des sociétés de tempérance et d'abstinence, avec ses millions d'adeptes, qui apporte, en complément de l'approche morale et médicale, une aide tangible et efficace. Tellement efficace qu'elle estime qu'il peut y avoir comme un transfert de dépendance vers le mouvement lui-même... Mais les avantages de la fraternité réelle l'emportent sur les inconvénients. 

 

     Les approches psychologiques gagnent de plus en plus de terrain, mais plus chez les non-professionnels que parmi les médecins et les thérapeutes. 

"Les théories de l'apprentissage social (ou du comportement) sont fondées sur le postulat du comportement appris. (...) Ainsi, le geste de prendre de l'alcool, utilisé comme récompense, plaisir, soulagement, est appris des aînés et constitue, pour le jeune, un symbole d'adhésion à des pratiques adultes, à l'approbation des pairs et aux interactions sociales accrues. L'alcool est un substitut qui permet à la personne de performer dans un rôle donné : les échanges, les gestes, le langage, le vocabulaire, qui constituent de ce fait le code dans lequel se reconnaissent les acteurs. Dans ce type d'approche, la réhabilitation est basée sur la théorie du comportement déviant. IL s'agira donc de réhabiliter le sujet, notamment par la discipline.

Certains théories, telles que les hypothèses psychodynamiques, tentent quant à elles de faire un lien entre des troubles de l'enfance et l'apparition de toxicomanies. Ainsi, la privation de la chaleur maternelle ou l'absence du père seraient à l'origine d'une perception négative de l'image de soi qui se traduirait pas des déficits narcissiques et des comportements autodestructeurs (MUNLEMANN et WIESER, Alccolisme dans l'entreprise, prévention et traitement. Rapports de la conférence suisse : "L'alcoolisme dans l'entreprise", Commission fédérale contre l'alcoolisme, Berne et Institut suisse de prophylaxie de l'alcoolisme, Lausanne, Bâle, 1980).

 VALLEUR  (Les conduites ordaliques chez les toxicomanes, Gouvernement du Québec, Colloque Les jeunes, l'alcool et les drogues, Montréal, juin 1987), quant à lui, apporte un éclairage différent. Sa pratique auprès de ses patients lui a permis de constater que la toxicomanie n'est pas un équivalent à la dépression ou au suicide, mais un besoin de se mesurer et de vérifier ses limites, notamment avec une puissance supérieure, en l'occurence Dieu ou un idéal de soi, dans une dynamique mort/renaissance/auto-engendrement. Ces comportements sont appelés "ordaliques", dans le sens d'une épreuve avec la mort ou d'une recherche de risques.

La "personnalité alcoolique" définie par certains auteurs, tels BÉLANGER et OTIS (Approches pratiques de l'alcoolique I et II, dans Le médecin du Québec, volume 22, n°5, 1987), est issue de la vision caractérisée par un image de soi pauvre ou négative et éprouvant des sentiments de rejet, d'échec, de honte, d'infériorité et de culpabilité. Les manifestations cliniques sont l'immaturité, l'état dépressif, l'instabilité affective, la dépendance, la faible tolérance à la frustration, l'impulsivité, une tendance à la manipulation, les difficultés relationnelles et les attentes irréalistes. Les principales défenses de l'alcoolique sont le déni (le refus de reconnaitre son état), la négation, les alibis et le mensonge, la projection, le refoulement, l'isolement, etc. La psychothérapie proposée consiste à explorer les traits de la personnalité, faire prendre conscience du lien entre les modes de consommation, la personnalité et le vécu, et renforcer l'image de soi. CORMIER (Une perception de la toxicomanie comme problème multivarié, dans L'usage des drogues et la toxicomanie, sous la direction de Pierre Brisson, Gaëtan Morin éditeur, 1988) critique cependant le modèle de la personnalité proposé ici, comme si les alccoliques n'avaient qu'une seule personnalité."

Louise NADEAU (L'impact des événements et des difficultés sur l'alccolisation pathologique et l'admission en traitement des femmes qui présentent des problèmes liés à l'alcool, thèse de doctorat, Département de psychologie, UQAM, 1988) développe la thèse "selon laquelle les événements extérieurs agissent sur un mode de consommation pathologique d'alcool ou de drogues. Selon l'auteure, "des agents  déclencheurs", tels qu'une perte importante comme un deuil, une séparation, etc, sont décisifs dans l'évolution au cours de ces périodes ou événements particulièrement critiques reliés soit à la santé, aux changements de rôle, aux interactions sociales, au travail, etc.

Les théories psychologiques apportent une contribution certaine à une plus grande précision du problème. Malgré leurs limites, elles ont l'avantage d'apporter un éclairage qui permet de mieux le comprendre. Elles ont, en outre, le mérite de considérer l'alcoolisme du point de vue étiologique. cependant, elles renvoient la plupart du temps le problème à la personne et atténuent de ce fait les facteurs d'environnement."

C'est toute la problématique de l'alcoologie actuelle. Discipline consacrée à tout ce qui a trait, dans le monde, à l'alcool éthylique : production, coservation, distribution, consommation normale et pathologique avec les implications de ce phénomènes, causes et conséquences, soit au niveau collectif, national et international, social, économique et juridique, soit au niveau individuel (surtout au niveau individuel), spirituel, psychologique et somatique. Cette discipline emprunte ses outils de connaissance aux principales sciences humaines, économiques, juridiques et médicales, trouvant dans son évolution (c'est pourquoi elle évolue vers une prise en compte plus globale du phénomène) ses lois propres (Pierre FOUQUET, 1967). ce nouveau concept centré sur l'objet alcool a permis un élargissement, un enrichissement et une meilleure cohérence vis-à-vis de la psychiatrie et des toxicomanies. En France, l'alcoologie fait l'objet d'enseignements universitaires et depuis 1978 existe une Société française d'alcoologie.

 

   Très peu d'études proprement psychanalytiques existent sur l'alcoolisme. D'ailleurs, l'alccolisme n'est pas un concept psychanalytique. La définition la plus rigoureuse, limitée au contenu essentiel (la dépendance) est celle de Pierre FOUQUET (le syndrome alcoolique, Etudes Antialccoliques, 1950) : "est alcoolique tout homme ou femme qui, en fait, a perdu la liberté de s'abstenir d'alcool". Il articule sa taxinomie selon 3 critères : le facteur psychique, le facteur de tolérance, et le facteur toxique. Il distingue l'alcoolite, l'alcoolose et la somalcoolose. Cette classification est considérée comme obsolète par beaucoup d'auteurs, mais il n'est pas sûr que celles du CIM-10 et DSM-5 apportent de la clarté à la problématique de l'alcoolisme. Alain de MIJOLLA et Salema SHENTOUB oeuvrent pour une psychanalyse de l'alcoolisme à construire (2004, Petite Bibliothèque Payot).  Jean-Paul DESCOMBEY parle même de continent noir de la psychanalyse (Revue française de psychanalyse, n°2, 2004).

      C'est un médecin qui a introduit le mot "alcoolisme" : Magnus HUSS (1849), et en France M GABRIEL (1866) dans sa thèse de médecine à Montpellier. Le terme apparait dans les écrits de FREUD avant 1900, comme mention accessoire à propos de l'hypnose et de l'hystérie, en tant que "sujétion", "habitude morbide", "entre les affections organiques et les désordres de l'imagination". Les mentions principales figurent dans les lettres à Wilhelm FLIESS et les manuscrits joints. Mais aussi dans le texte charnière "La sexualité dans l'étiologie des névroses" (1898) : "L'habitude n'est qu'un mot sans valeur explicative" et "le succès ne sera qu'apparent tant que le médecin se contentera de priver le patient de la substance narcotique sans se soucier de la source dont découle l'impérieux besoin". Par le parallèle établi avec la masturbation, FREUD y souligne aussi le caractère autoérotique de la conduites.

Les thèses initiales (Sigmund FREUD, Karl ABRAHAM, Sandor FERENCZI) sont que l'alcool ne cré pas les symptômes mais en favorise le surgissement, lève les inhibitions et détruit les sublimations ; la prédominance masculine, dès l'apparition à la puberté, les relations à la sexualité, l'homosexualité latente, déjà repérée comme narcissique, spéculaire par Viktor TAUSK (1913) et Lou ANDRAS-SALOMÉ (1912), la fixation orale, le fonctionnement autoérotique résument alors la théorisation. L'accent est mis ensuite sur le caractère de processus défensif, moyen immédiatement efficace, mais trop facile d'accès, d'où son danger. C'est le point de vue économique des affects qui est almors privilégié avec les notions d'alexithymie (MC DOUGALL J, 1978), de décharge pulsionnelle par le corps ("resomatisation des affects") et l'agir ("dispersion", "pulvérisation des affects", "actes-symptômes"), selon les auteurs, aux dépens de l'élaboration psychique.

L'alcool joue le rôle d'objet substitutif unique et de leurre, créant une pseudo-réalité ; les hallunications du delirium tremens, a potu suspenso cessent avec l'administration d'alcool. La problématique narcissique (retrait) recèle en fait un fonctionnement autoérotique et suscite des défenses, remparts ou prothèses narcissiques, tels que le surinvestissement du travail, des enfants, des "copains"... et de l'alcool (FERENCZI, 1911 ; TAUSK, DESCOMBEY, 1985). Le mécanisme du clivage en des secteurs non alcoolique (commun, névrotique) et alcoolique du Moi  a pour corollaire le déni qui ne porterait pas sur la perception d'une réalité externe (différence des sexes, castration) mais sur une perception interne du corps propre. C'est l'existence de zones muettes "matrices de territoires souloureux, mortels, menaçants pour l'unité du Moi" (MIJOLLA, SHENTOUB, 1973). Ce sont les parties du corps hors symbolisation, hors langage de Jean CLAVREUL (1959) et de M LASSELIN (1975). Il y a, pour Paul SHILDER et Walter BROMBERG (1933), régression de la castration jusqu'au morcellement somatique. Le court-circuit alcoolique ne laissant pas s'instaurer le manque, source du désir, il instaure une problématique du besoin et d'actes répétitifs qui ne font pas sens. L'analogie avec le jeu pathologique est à noter. La "honte" (HERMANN, 1972) ou l'opprobe (RIGAUD, 1976) n'y sont pas synonymes de culpabilité. Le SurMoi d'un alcoolique est exigeant, mais "soluble dans l'alcool" (SIMMEL, 1930). Il n'y a pas d'image forte à laquelle le sujet ait pu s'identifier, l'identification pouvant même se faire à un personnage haï, d'où la "haine de soi". La mère indulgente, exigeante et insécurisante est l'objet de fantasmes inversés (idéalisation).

La symbolique de l'alcool est celle des humeurs vitales (le sang, le sperme, le lait) ou destructrices (urines, fèces), du sein et du pénis, bons et/ou mauvais. Cette symbolique est présente dans toutes les mythologies (de Dionysos à l'Eucharistie).

La situation de l'alcoolisme dans une nosographie psychanalytique est encore l'objet de controverses. C'est celle d'une affection narcissique, plus proche en cela de l'affection maniaco-dépressive et de la paranoïa que des névroses, des psychoses et même des perversions. Sa problématique s'insère dans le cadre des addictions.

L'intolérance à l'alcool peut être interprétée comme une formation réactionnelle aux excitations que facilite l'alcool et les contre-attitudes fréquemment négatives vis-à-vis des alcooliques comme des réactions, pouvant aller jusqu'à la haine (WINNICOTT, 1947), à ce qu'éveille chez le thérapeute la problématique la plus archaïque de l'alcoolique. Du point de vue thérapeutique, qu'il s'agisse de la cure dite de désintoxication ou de la prohibition à l'échelle sociale : "Tous les hommes ne renoncent pas avec la même facilité à cet appoint toxique" et "seule est efficace la résolution puisant ses forces dans un puissant courant de libido" - par opposition à celle venant du SurMoi. L'efficacité des mouvements antialcooliques semble liée aux investissements libidinaux "arrachés à l'alcool" et utilisés en mouvements exhibitionnistes, masochistes, homosexuels et narcissiques. 

Parmi les auteurs post-freudiens se détachent les travaus de James GLOVER (1936) et des kleiniens : Herbert ROSENFELD (1964) (positions schizo-paranoïdes et dépressives), de Sandor RADO (1933) (pharmacothymique), de Michel BALINT (1977) (défaut fondamental). A noter aussi le renouveau des travaux des psychanalystes français Jean CLAVREUL (1959), Alain de MIJOLLA et Salem SHENTOUB (1973), ceux d'inspiration lacanienne de françois PERRIER (1975), Charles MELMAN (1976), A RIGAUD (1976), M LASSELIN (1979) et F GONDOLO-CALAIS (1980), ceux de Jacques ASCHER (1978), Joyce MCDOUGALL (1989), M MONJAUZE (1991) et Jean-Paul DESCOMBEY (1985-1994). 

Parmi les notions qui reviennent souvent, notons celles d'addiction, d'ivresse alcoolique, de délire de jalousie alcoolique, de delirium tremens, d'épilepsie liée à l'alcool, mais cela n'est pas propre à la psychanalyse. D'ailleurs, Jean-Paul DESCOMBEY, à qui nous devons toutes ces informations, indique que le maniemme du terme d'alccolisme expose à une double risque :

- en faire une entité homogène et close ;

- pulvériser la notion clinique par assimilation réductrice à diverses entités nosographiques comme névrose, psychose, perversion - fétichisme par exemple - paranoïa, maniaco-dépressive, psychopathie...

Par ailleurs, les concepts d'homosexualité, d'oralité, de "déception", de "viscosité libidinale" risquent de servir d'explications faciles, voire carrément inappropriées.

FREUD lui-même a souvent superposé la phénoménologie de l'ivresse et la psychologie de l'addiction alcoolique et a même pu constater le relation de l'alcoolique à son toxique comme aconflictuelle, "harmonie la plus pure" et "exemple de mariage heureux". Des taches aveugles quant à ses propres rapports aux toxiques (cocaïne, tabac) l'ont d'ailleurs amené à sortir du champ psychanalytique en prônant une "théorie toxinique" en pychopathologie, non démontie jusqu'à l'Abrégé de psychanalyse (1940).

Au sujet des concepts de dénégation, voire de refoulement, on peut se demander comme Freud le fait à propos de la psychose, si ces termes ont le même sens en ce qui concerne l'alcoolisme qu'en psychopathologie des névroses. Il en est de même de l'emploi habituel des concepts de désir ou de plaisir à propos d'une clinique qui se situe "au-delà du principe du plaisir" ou dans le registre du besoin. (Dictionnaire international de la psychanalyse). 

 

      

Jean-Paul DESCOMBEY, Alcoolisme, dans Dictionnaire international de la psychanalyse, Hachette Littératures, 2005. Jacques POSTEL, Dictionnaire de la psychiatrie, Larousse, 2003. Marie-France MARANDA, Approches de l'alcoolisme. De la morale... à la sociologie du travail, Service social, volume 41, n°1, 1992, www.erudit.org

 

PSYCHUS

 

 

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Published by GIL - dans PSYCHANALYSE
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