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27 mars 2016 7 27 /03 /mars /2016 09:36

  Auguste BLANQUI (1805-1881), socialiste (tendance communiste) français de la tradition babouviste, qui figure parmi les néo-babouvistes les plus célèbres et les plus actifs, fondateur en 1848 de la Société républicaine centrale est l'auteur de nombreux articles (sténographe de métier) et de quelques ouvrages et de quelques textes marquants, dont Instruction pour une prise d'armes (1868). Toute son action et tous ses écrits tendent vers l'organisation de la révolution pour la prise du pouvoir et la transformation de la société, avec le souci d'éducation du peuple. Après la chute du Second Empire, il fonde le journal La patrie en danger et participe, contre le gouvernement de Défense nationale, aux émeutes du 31 octobre 1870 et du 22 janvier 1871. Arrêté, il ne peut participer lui-même à la Commune, dans laquelle ses amis blanquistes jouent un rôle important. Alors qu'il est élun invalidé, mais gracié et libéré en 1879, il lance l'année suivante un autre journal, Ni Dieu ni maître, qu'il dirige jusqu'à sa mort. Sa principale publication, La critique sociale n'est publique qu'en 1885 qu'après sa mort.

  Classé souvent parmi les socialistes utopiques, Auguste BLANQUI s'en distingue pourtant par sa conviction que seule la révolution et la révolution violente du peuple peut déboucher sur le socialisme. Alors que que tous les autres représentés de ce socialisme utopique français, républicains, socialistes, communistes militent pour le suffrage universel, les ateliers, les associations, les communautés, il est réellement le seul à rêver de révolution communiste et de dictature parisienne.

 

    Singulièrement son Instruction pour une prise d'arme, court texte de 1868-1869 qui circule discrètement sans être publié de son vivant, où la barricade est au coeur de l'insurrection blanquiste : c'est autour d'elle que se structure la guerre des rues, tout part d'elle, tout reflue vers elle, tout s'organise autour d'elle. Et c'est dans Paris, "capitale de l'intelligence", avec ses multiples rues et ses multiples possibilité de refuges et de fabriques d'armes, avec ses hommes objectivement intéréssés à ce que les choses changent, que la révolution doit avoir lieu. Mais si le peuple de volontaires doit être l'artisan de cette révolution, celle-ci ne peut être que l'oeuvre de professionnels qui encadrent militairement ce peuple. C'est directement la projection dans la lutte du mode de fonctionnement des sociétés secrètes blanquistes, les Familles ou les Saisons. C'est  dans le moment fort de la révolution où l'organisation clandestine doit donner toute sa mesure en se démultipliant sans se dénaturer. 

        Sitôt disponibles, résume pour nous Michel OFFERLÉ, les bras de l'insurrection sont encadrés minutieusement ; Blanqui, peu enclin d'ordinaire aux démonstrations théoriques, ne choisit certes pas cet instant pour de longs développements justificatifs. L'analyse politique a chez lui des fonctions de dénonciation et de dévoilement d'une réalité finalement aisée à comprendre, bien que masquée par l'ignorance multiséculaire. Comme une barricade, la société a deux face : d'un côté, le peuple, les ouvriers, les prolétairs de la plume et de l'outil, de l'autre, des "fénéants dorés", des sangsues, buveurs de sueur et de sang, rois, militaires, prêtres, agioteurs, cocottes et petits crevés ; vocabulaire sans âge qui va de Babeuf aux postcommunards traversera tout le siècle.

Tout cela sera proclamé, pour désagréger l'ennemi ; pour les volontaires, comme pour les militants des sociétés blanquistes, mieux vaut un manuel de manoeuvres qu'un traité de socialisme. Ici, non plus, pas de suffrage universel. Les chefs préexistent au mouvement et décident sur le tas, des affectations de chacun : jeune bourgeois en rupture de classe, militaires démobilisés, ouvriers instruits forment l'encadrement ; les ouvriers qualifiés offrent leur savoir-faire ; tous les autres leur enthousiasme, leur dévouement à la cause. Mais tous n'ont qu'un rôle : obéir à ceux qui ont pris l'initiative du mouvement (quand? comment?, Blanqui, ici moins qu'ailleurs n'en souffle mot), et surtout à celui qui concentre entre ses mains tous les pouvoirs : le révolutionnaire, pour qui le devoir, c'st la "lutte toujours, la lutte quand même, la lutte jusqu'à l'extinction", Blanqui, le commandant en chef.

C'est lui qui a une vision "panoptique" de la ville, manoeuvrant ici tel bataillon, érigeant là telle barricade ; de lui partent toutes les consignes, vers lui convergent toutes les informations. Démiurge de la révolution, il instaure l'ordre dans l'émeute, sur le modèle militaire, en donnant aux forces irrégulières "l'aspect d'une armée parisinenne en bon ordre, manoeuvrant selon les règles de la tactique" pour mieux préparer l'ordre postrévolutionnaire autour de "l'appareil d'une force gouvernementale" se générant dans l'insurrection. (...)"

Dans Instruction, BLANQUI s'enferme, et il l'écrit, dans l'insurrectionnel. Il ne discute ni des conditions pré-révolutionnaires (réduites à la préparation de l'insurrection), ni des situations post-révolutionnaires. Tous les ennemis de la révolution doivent être châtiés, la lutte social est réduite à un combat armé. 

       Pratiquement tous les grands auteurs et les grands hommes politiques socialistes de son époque rejette cette manière de voir. Singulièrement de plus, si son Instruction pour une prise d'armes veut corriger les défauts des insurrections précédentes, son petit livre n'a même pas d'influence sur l'organisation des insurgés de la Commune de 1870-1871. Son ouvrage apparait même comme une autocritique permanente du blanquisme réellement existant, dans la manière dont ceux-ci s'organisent pour faire triompher la révolution. 

   La postérité de cette oeuvre est très faible, nonobstant une attitude de référence (de parfois de déférence) de certaines franges très diverses du socialisme, qui le réinsère dans le socialisme utopique (même Jean JAURÈS, Introduction aux Discours parlementaires s'y essaie). Il s'agit pour Michel ABENSOUR par exemple de greffer "la très riche matière utopique du XIXe siècle sur les traditions révolutionnaires et l'intentionnalité du babouvisme". Mais Léon BLUM repousse ses idées pour quasi-léninisme, Rosa LUXEMBOURG fait d emême pour "centralisme conspirateur" (Centralisme et démocratie, 1904). Il sert même de repoussoir à LÉNINE, qui ne consent à accepter une filiation avec ses idées que pour partager avec lui le goût de l'insurrection comme art, abandonnant l'héritage du blanquisme aux balbutiements des révolutions prémodernes Le marxisme et l'insurrection, 1917). Sans doute parce que loin d'être une progression du babouvisme et du néo-bavouvisme, les idées que défend Auguste BLANQUI semblent constituer une sorte de régression dans la pensée politique. 

 

Auguste BLANQUI, Insturction pour une prise d'armes (1868-1869), La tête de feuilles, collection Futur antérieur", texte établi et présenté par Michel ABENSOUR et Vincent PELOSSE, 1972 ; Textes choisis présentés par V P VOLGUINE, Editions socialies, 1955.

Michel OFFERLÉ, Instruction pour une prise d'armes, dans Dictionnaire des oeuvres politiques, PUF, 1986.

 

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Published by GIL - dans OEUVRES
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