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24 mars 2016 4 24 /03 /mars /2016 10:14

Auteur d'un ouvrage de référence dans le mouvement socialiste, Organisation du travail (1839), qui préconise la réforme sociale par l'action de l'Etat, Louis BLANC, journaliste et historien français, mène à la fois une carrière politique (participation aux élections, élu à l'Assemblée constituante du 18 mars 1848 avant son exil, député en 1871 pendant une dizaine d'années à l'extrême gauche de l'Assemblée) et d'écrivain, notamment sur l'histoire immédiate. Socialiste et républicain, il fait campagne (Banquets) pour le suffrage universel et propose après la Révolution de 1848 la création des Ateliers sociaux afin de rendre effectif le droit au travail. Contraint de s'exiler en Angleterre (après les Journées de Juin) jusqu'à la fin de la guerre franco-prussienne de 1870, il y effectue une activité (Rite de Memphis) souterraine. Il prend le temps de rédiger un certain nombre d'ouvrages, centré en partie ce qui se passe dans ce pays, dans l'attente de pouvoir revenir en France. Revenu à Paris en 1870, il condamne la Commune de Paris de 1871, attaché jusqu'au bout à la légalité, même s'il milite pour les projets d'amnistie des communards en 1879 en se rapprochant des radicaux.

    Son oeuvre peut se partager en ouvrages d'histoire et en traités économicosocio-politiques.

En matière d'histoire, il rédige Histoire de dix ans, 1830-1840 (1842), Révélations historiques (1859), Histoire de la révolution française (1847-1862) en 12 volumes, Histoire de huit ans, 1840-1848 (1871) en trois volumes, La contre-révolution, partisans, vendéens, chouans, émigrés 1794-1800 (avec Jacques CRÉTINEAU-JOLY), Dix années de l'Histoire de l'Angleterre (1879-1881).

Sur le plan théorique et propositionnel, on note plusieurs ouvrages, mais il ne faut pas oublier les très nombreux articles de presse : Organisation du travail (1839), Le catéchisme des socialistes (1849), Lettres sur l'Angleterre (1866-1867), Questions d'aujourd'hui et de demain (1873-1884), Quelques vérités économiques, Révélations historiques, publié à titre posthume en 1911.

 

   Dans Organisation du travail, il décrit l'action de l'Etat qui devient propriétaire du crédit (banque publique), qui établit une assurance d'Etat sur un marché d'assurances libres et qui transforme (tout de suite) en associations industrielles autonomes (de l'Etat), la grande industrie et les chemins de fer. L'Etat fonde des "ateliers sociaux", dont le personnel d'encadrement est élu par les travailleurs souverains dans leur entreprise associative. Louis BLANC, pour ces propositions, propose un projet cohérent alliant démocratie politique (suffrage universel) et démocratie sociale (dans les entreprises). Edité d'abord dans le journal La revue du progrès en 1839, puis sous forme de brochure, Organisation du travail connait un grand succès (rééditée l'année suivante), la dernière édition datant de 1875 dans le recueil intitulé questions d'aujourd'hui et de demain, tome IV. Dans la neuvième édition, celle de 1850, de 240 pages, on y trouve une exposition en deux livres, l'un pour l'Industrie, l'autre pour le Travail agricole.

Selon Louis BLANC, trois principes dominent l'histoire des sociétés : l'autorité, vaincue en 1789, l'individualisme, qui lui a succédé, et la fraternité. Pour instaurer la fraternité et ne pas s'arrêter à l'individualisme, il faut supprimer la concurrence sauvage dans l'économie et entre les hommes en créant des coopératives ouvrières de production, les atelier sociaux. L'Etat doit fournir le capital social de démarrage et nommer l'encadrement. Il doit jouer un rôle de régulateur du marché, qui, lui, ne disparaitrait pas mais serait assaini. L'importance accordée à l'intervention de l'Etat s'effectue dans l'interdépendance des réformes politique et sociale, "car la seconde est le but, la première le moyen". Ses conceptions étatistes lui valent l'hostilité de PROUDHON pour qui BLANC "représente le socialisme gouvernemental, la révolution par le pouvoir, comme (lui-même) représente le socialisme démocratique, la révolution par le peuple". S'exprimant de façon claire, Louis BLANC parvient à rendre ses idées accessibles à un large public d'ouvriers et d'artisans. (Elisabeth CAZENAVE).

 

    Après avoir contribué à plusieurs journeaux d'obédience principalement républicaine, déjà journaliste réputé, Louis BLANC crée son propre journal en janvier 1839, la Revue du progrès politique, social et littéraire. Son principal objectif, présenté dans le numéro inaugural, est de déterminer les moyens de trouver l'unité de la société française alors "bannie tout à la fois et de l'ordre moral et de l'ordre social et de l'ordre politique", et de servir la cause démocratique. L'orientation sociale du journal est clairement énoncée : l'amélioration de la situation du "peuple", composé de tous les non-propriétaires et dépendant d'autrui pour subvenir à ses besoins, à la différence des propriétaires identifiés à la bourgeoisie (dans le numéro du 1er fevrier 1842). Mais ce journal n'est pas que le journal de Louis BLANC ; de nombreuses personnalités, principalement républicaines y participent. A ceux qui traitent d'"utopistes" les rédacteurs de la Revue du progrès, Louis BLANC oppose que l'étude des faits "qui existent, mais dont la durée est manifestement impossible" à prévoir, étude à laquelle s'adonnent ses contempteurs, relève encore plus de l'utopie que l'étude des "faits qui n'existent pas encore, mais dont l'apparition est inévitable et imminente" (1 avril 1839). Les luttes politiques et sociales incessantes que connait la France depuis 1830 indiquent la précarité de la société présente et sa fin proche, et demandent par conséquent d'échafauder les fondations de la nouvelle société. (Cyrille FERRATON)

La contribution de la Revue du progrès synthétise un grand nombre de thèmes et de revendications républicaines défendues depuis la révolution de juillet 1830. Le journal prolonge et perpétue le rôle joué par d'autres journaux au cours de la décennie 1830-1840. Ses contributeurs embrassent l'ensemble des tendances du mouvement républicain. On y trouve les signatures de Ulysse TRÉLAT, Armand MARRAST, J-F DUPONT, Jules BASTIDE, Eugène BAUNE, Victor SCHOELCHER, Godefroy CAVAIGNAC... Sa parution s'arrête en 1841, officiellement à cause de la création d'un journal concurrent mais ami, La Revue indépendante, fondé par George SAND, Pierre LEROUX et Louis VIARDOT. 

 

Louis BLANC, Lettres d'Angleterre, L'Harmattan, 2003. On trouve les textes politiques de Louis Blanc en version électronique en plusieurs endroits à la demande sur internet, sur AbBooks par exemple. Notons que la plupart des oeuvres sont disponibles également en français à University of Michigan Library (diverses éditions). Organisation du travail est disponible sur Wikisource. 

Cyrille FERRATON, Organiser le travail, La Revue du progrès de Blanc, dans Quand les socialistes inventaient l'avenir, La Découverte, 2015. Armelle LE BRAS-CHOPARD, Les premiers socialistes, dans Nouvelle Histoire des Idées Politiques, Hachette, 1987. Elisabeth CAZENAVE, louis blanc, dans Encyclopedia Universalis, 2014. 

Benoit CHARRUAUD, Thèse de doctorait en droit, Louis Blanc, La République au service du socialisme, soutenue en 2008, disponible à urs-srv-eprints.u-strasbg.fr. Du même auteur, une étude synthétique de l'ensemble de l'oeuvre de Louis Blanc aux Editions Baudelaire, Lyon, 2009.

 

 

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Published by GIL - dans AUTEURS
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