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17 avril 2016 7 17 /04 /avril /2016 07:02

  L'artillerie, comme arme de jet à feu, commence à se développer au milieu du XIVe siècle en Europe, étant donné que d'autre contrées possèdent à ce moment-là, pour l'utilisation de la poudre à canon, une importante avance (qu'ils perdent plus tard), que l'on pense aux armées chinoises et japonaises. Les rois français se mettent à commander des canons et créent des corps d'artilleurs. Mais cette nouvelle artillerie ne joue un rôle notable qu'au XVe siècle, suivant des modalités assez diverses d'ailleurs. Lors du siège d'Orléans en 1429 par exemple, les Français utilisent des canons en tir direct et les Anglais en tir indirect. C'est seulement pendant la guerre hussite en 1419 que l'on employe pour la première une artillerie de campagne, avec des canons montés sur roues ou sur chevalets et transportés dans les chariots.

La recherche de la combinaison de la mobilité des pièces d'artillerie, avec la puissance de feu, qui début alors, ne cesse pas jusqu'à aujourd'hui, même si dans les premiers temps cette recherche n'est qu'intermittente et tatônnante. Une fois installée, toutefois, ces pièces mettent toujours un temps certain pour être chargées (par la bouche toujours). 

Au milieu du XVe siècle, l'artillerie fait d'important progrès techniques, même si la tactique met un  certain retard à suivre... On construit des pièces qui se rechargent par la culasse, se miniaturisent pour certaines. Les charges tirées sont également modifiées : boulets pleins ou boulets creux chargés de poudre à mise à feu au moyen d'une mèche, et elles le sont par des armes de calibres divers, jusqu'aux mortiers géants ou au tir plongeant de Mahomet II lors du siège du siège de Constantinople. Le bronze se substitue au fer pour plusieurs siècles car il résiste mieux à la poudre grenée dont les qualités propulsives sont supérieures à celle de la poudre fine. Les tubes s'allongent et les tirs deviennent plus précis, aidés en cela d'instruments de réglage. A la fin du XVe isècle, parmi bien d'autres expériences, on imagine de fabriquer un affût mobile constitué par l'adjonction de roues aux flasques relié à un avant-train égalkement muni de deux roues avec un essieu. Les deux ensembles se séparent au moment du tir. On ajoute aussi deux tourillons sur les côtés du tube s'enfonçant dans des logements pratiqués dans les flasques, ce qui permet de faire pivoter le tube dans le sens vertical. Les calibres des canons varient suivant le poids du boulet, les modèles de canons se mutlipliant, parfois pour seulement une campagne... Une fois l'expérience concluante, sont employés ribaudequin, fauconneau, coulevrine, double coulevrine, courtaud, serpentine, crapandin...

Le problème le plus difficile à résoudre est celui du pointage, qui progresse toutefois parallèlement aux connaissances balistiques. Au début du XVe siècle, seul le tir tendu est employé. Il n'y a pas de mécanismes de pointage en hauteur. On ne peut que placer des coins de bois entre la tranche arrière du tube et la semelle d'appui de l'affût. La visée s'effectue avec la génératrice supérieure externe "rez les métaux", ce qui donne la distance du "but en blanc". C'est en 1540 seulement que l'Italien Tartaglia ose dessiner une trajectoire qu'il imagine en trois parties. Ses travaux, joints notamment à ceux de Galilée, permettent d'établir à Blondel en 1699 les premières tables de tir. La relative lenteur des progrès réalisés dans ce domaine ne proviennent pas seulement des connaissances mathématiques ou mécaniques lacunaires de cette époque. Outre que le secret jaloux des techniques a du mal à être transcendés par les nécessaires solidarités entre compagnons artisans, il existe une véritable inertie sociale tant le statut (et les moyens de vivre) sont rattachés, dans certains métiers, à des techniques précises, même si elles sont défaillantes... La crainte en cas de représailles de la part des princes commanditaires furieux de leur défaite et recherchant un facile bouc émissaire ne suffit pas toujours pour faire évoluer les mentalités... 

A la fin du XVe siècle, l'artillerie devient de plus en plus importante tant par le nombre de ses pièces que par son rôle. Entre la possibilité de retirer en arrière les canons pour qu'ils ne tombent pas aux mains de l'ennemi et celle de tirer - exigeant du lourd - des boulets de plus en plus destructeurs, beaucoup d'armées hésitent : il ny a pas encore, dans ces armées des royautés qui se consolident, d'homologation de pièces... 

Dans la première moitié du XVIe siècle, on estime qu'il faut au moins une pièce pour 1 000 hommes. Une armée de 25 000 hommes, comme il s'en monte alors de plus en plus, doit être accompagnée par 30 bouches à feu qui nécessitent 474 chevaux, 5 200 boulets, 60 charettes de poudre, 94 canonniers et 1 500 pionniers. C'est dire que toute une industrie commence à prendre de l'ampleur, déplaçant beaucoup d'enjeux économiques et sociaux, des mines aux ateliers de construction, des forges aux moyens de transport.

Quelques nouveaux perfectionnement sont apportés au milieu du XVIe siècle : boulet lancé par un mortier explosant en touchant le sol, amélioration des projectiles à mitraille... établissement de toute une littérature technique qui commence à établir des normes de fabrication, d'installation et de tir, littérature qui correspond exactement à l'éclosion de travaux mathématiques (géométrie) et d'optiques... Puis une pause semble s'effectuer, plus aucune innovation jusqu'à la guerre de Trente ans, le temps qu'il faut pour que l'industrie, l'administration, les infrastructures se mettent en place pour la mise en action de toutes les améliorations de l'artillerie, sans compter la sorte de friction sociale (les statuts ne se laissent pas bousculer sans résistances) qui freine l'exploitation des nouvelles techniques. 

A l'intérieur des armées, s'opèrent de plus en plus la distinction entre les différents calibres, entre artillerie lourde (pour les isèges) et artillerie de campagne (pour les tirs sur les champs de bataille), distinction la plus poussée dans l'armée suédoise, puis française. La standardisation ne se fait réellement toutefois qu'au XVIIIe siècle, notamment en France avec l'adoption du système de Gribeauval (1765) qui allège le poids ds canons pour les rendre plus mobiles (par diminution de l'épaisseur et de la longueur des tubes), pour également accroitre considérablement l'efficacité des affûts, des accessoires et des appareils de pointage. Cette technique bénéfie surtout par la suite surtout aux armées de la Révolution et de l'Empire, montant sa supériorité sur nombre de champs de bataille, où, tactiquement, la préparation et l'exploitation par l'artillerie comptent beaucoup dans leurs victoires. 

Gilbert BODINIER nous informe que "pendant longtemps l'artillerie fut servie par des entreprises et des spécialistes civils que l'on rassemblait au début de la campagne. Elle fut militarisée pendant le règne de Louis XIV. L'artillerie comprenait alors un corps d'officiers sans troupe, le régiment Royal-Artillerie et le régiment Royal-Bombardiers. ces deux corps fusionnèrent en 1720 et donnèrent naissance à 5 bataillons. Deux ans plus tard les officiers du corps royal furent assimilés aux autres officiers. une école fut créée auprès de chaque bataillon. Les bataillons transformés par la suite en brigades donnèrent naissance à 7 régiments en 1765. A la veille de la Révolution ces régiments comptaient 20 compagnies de 71 hommes, 6 compagnies de mineurs de 82 hommes et 9 compagnies d'ouvriers de 71 hommes. Plus tard, l'artillerie comptait 976 officiers et 11 000 hommes, auxquels il faut ajouter les 127 officiers et les 2 000 hommes du corps royal d'artillerie des colonies.

Une partie de l'artillerie était dispersée sur toute la ligne de bataille en batteries de 4 à 10 canons. le combat commençait par une cannonade qui pouvait durer plusieurs heures. Au contact de l'ennemi on tirait à mitraille. Le reste de l'artillerie était installé sur une position favorable et devait couvrir l'armée, elle changeait rarement de place au cours de l'engagement.

En 1771, Du Puget demanda l'adoption par l'artillerie d'une tactique qui lui fût propre. Il répartissait les pièces en 4 divisions dont l'une était en réserve. En 1778, Du Teil préconisa un emploi massif de l'artillerie dont l'action pouvait être décisive dans la bataille, elle devait être utilisée contre l'infanterie et la cavalerie et non contre l'artillerie adverse. Guibert recommandait aussi de concentrer les feux sur un objectif afin d'obtenir des effets décisifs. L'artillerie française passait pour être la première d'Europe et d'Aboville le montra à Yorktown et à Valmy. Il ne lui manquait que d'adopter l'artillerie à cheval, ce qu'elle fit en 1792. Frédéric II avait innové en employant celle-ci dès 1759, imité par les Autrichiens en 1778.

L'artillerie à cheval était destinée à accompagner la cavalerie. D'une façon générale, en dehors de Frederic II, qui lui faisait jouer un rôle important en la concentrant au centre de son dispositif, les généraux du XVIIIe siècle et de la Révolution ne savaient pas utiliser l'artillerie. L'artillerie à cheval, dite aussi volante, connut un grand succès dans les armées républicaines, elle fut portée à 7 régiments en 1794. certains généraux estimaient qu'une compagnie d'artillerie à cheval équivalait à deux régiments de cavalerie comme le prouva le lieutenant Sorbier à Arlon en 1793.

Napoléon militarisa les charrois. Jusque là, les conducteurs étaient cvils et enclins à prendre la fuite avec les attelages quand une affaire devenait un peu vive. En 1800, furent créés 8 bataillons du train d'artillerie, portés par la suite à 27. L'artillerie comprit 8 puis 9 régiments d'artillerie à pied, 6 régiments d'artillerie à cheval, auxquels il faut ajouter l'artillerie de la Garde. Le nombre de pièces augmenta de façon constante : de 2 pour 1 000 hommes à Austerlitz,la proportion passa à 3 en 1812, et malgré la perte totale des canons pendant la campagnie de russie, à 3,5 en 1813-1814, mais à moins de 3 à Waterloo.

Napoléon réalisa une concentration des feux de plus en plus systématique en augmentant constamment sa réserve d'artillerie alors que les dotations des divisions (10 canons et deux obusiers par division d'infanterie, trois canons et un obusier par division de cavalerie) ne changèrent pas. (...) Ses adversaires augmentèrent aussi le nombre de leurs pièces et surclassèrent l'artillerie française à plusieurs reprises. (...). C'est à la moskova qu'eut lieu la plus forte cannonade de l'époque : 400 bouches à feu tirèrent plus de 100 000 coups."

On en tira plus plus tard dans les mêmes guerres napoléoniennes. Si nous reproduisons ces lignes, c'est parce plus qu'à une autre époque sans doute, il se produit en Europe, mais aussi aux Etats-Unis une explosion de réflexions, sous forme de rapports, traités et essais sur le rôle de l'artillerie dans les armées. Les activités de Gribeauval, Napoléon et quelques autres constituent ensuite une référence et une source de nouvelles expériences, qui donnent à la puissance de feu comme à la mobilité de l'artillerie un rôle sans précédent. 

        Entre 1850 et 1897, se généralise l'emploi des rayures de canons. Aux difficultés de fabrication s'ajoutent celles de la projection d'une munition de forme cylindro-ogivale qui remplace la forme sphèrique. L'usage de l'acier se généralise lui aussi. Ces perfectionnements sont rendus possibles par le développement industriel que connaissent de grands établissements. De 1848 à 1865, l'usine Krupp d'Essen passe de 72 à 8 200 ouvriers ; le premier canon en acier y est construit en 1858. En Angleterre, la frette d'acier est mis au point en 1868 chez Armastrong et Witworth. A leur succursale italienne de Pouzzoles s'ajoutent les fonderies de Turin, Naples, Gênes. Aus Etats-Unis, les manufactures de Watervliet et de Washington transforment les ébauchés des aciéries de Bethlehem. En France, Schneider rachète en 1836 les usines du Creusot, dont les premiers hauts fourneaux satent de 1782. Les établissements Pétin et Gaudet ouvrent à Saint-Chamond en 1859. La première bouche à feu en acier construite en France y est forgée et frettée. Krupp est le premier construction à réaliser un canon d'acier à chargement par l'arrière. Et toutes les améliorations techniques de l'artillerie se réalisent au rythme de la formation et du développement d'un complexe militaro-industriel, un des moteurs du capitalisme occidental. Tout un système d'enseignement d'armement se met parrallèlement en place. S'effectue plus ou moins, suivant les pays, une liaison entre l'ingénierie d'armement et celui-ci. Maintes branches industrielles et maints progrès scientifiques doivent beaucoup au développement de l'artillerie, non seulement terrestre mais également maritime. Un véritable bouleversement a lieu dans les chantiers navals qui substituent définitivement l'acier au bois des navires et qui y incorporent les nouvelles pièces d'armement. 

      Guerre après guerre, bataille après bataille, quelqu'en soient les lieux et les moments jusqu'à la moitié du XXe siècle, l'artillerie ne cesse de se perfectionner, et de rendre ces échanges de cannonades de plus en plus meurtriers. Les états-majors s'efforcent de compenser les pertes et accroissant sans cesse les effectifs, notamment ceux de l'infanterie. C'est la puissance qui possède les meilleurs canons, les industries inféodées les plus qualifiées pour les construire, les meilleurs ingénieurs et techniciens pour les manoeuvrer, qui a tendance a prendre le dessus. Chaque attaque pendant la première guerre mondiale est précédée d'une préparation d'artillerie qui peut prendre, bien plus longtemps que l'engagement face à face, plusieurs heures ou plusieurs jours. Ce n'est que contre l'aviation - encore faible avant la seconde guerre mondiale - que l'artillerie est impuissante. Si entre 1919 et 1939, l'artillerie évolue peu, notamment en France, car l'abondance de pièces héritées de la Grande Guerre constitue un frein majeur à la fabrication de matériels nouveaux. A l'orée de la deuxième guerre mondiale, à l'inverse d'une armée allemande qui multiplie ses éléments mobiles en artillerie, l'armée française répartit une artillerie fixe le long de lignes de défense statiques (Ligne Maginot). La seule innovation en France est constituée par la construction d'un canon antichar tirant une excellente munition mais produite en nombre insuffisant. La plupart des régiments sont alors encore hippomobiles, les véhicules automoteurs n'existant qu'à l'état de propotoype. Les Allemands, à l'artillerie motorisée, sont les premiers à se doter de véhicules automouvants. 

 Avec la seconde guerre mondiale, avant l'ère nucléaire qui commence à sa toute fin, on entre déjà dans une nouvelle époque, celle de la présence massive de chars d'assaut. 

 

M SCHMAUTZ, Artillerie, dans Encyclopedia Universalis, 2014. Gilbert BODINIER, Artillerie, dans Dictionnaire d'art et d'histoire militaires.

 

ARMUS

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Published by GIL - dans ARMEMENT
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