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15 avril 2016 5 15 /04 /avril /2016 09:20

  L'artillerie semble s'être surtout développée à partie de l'Antiquité grecque tardive, mais surtout durant l'Empire romain. Par artillerie, il faut entendre la construction et la mise en oeuvre de moyens de tirer de gros objets à grande distance. On distingue généralement l'artillerie de torsion  ou névrobalistique de l'artillerie à poudre. Avec l'artillerie à poudre, on entre dans une toute autre phase de l'histoire militaire et des tactiques qu'avec la névrobalistique.

Si le vocable apparait en 1248, de nombreux textes antérieurs mentionnent, souvent sans les décrire, des armes à jet de grande distance (même dans la Bible, mais pas seulement, dans nombre de textes de l'Inde aussi...). Les armées perses semblent en avoir possédées quelques unes, mais la littérature ne devient importante en ce domaine qu'à partir de l'Antiquité grecque tardive.

Ces grosses armes de jet, même s'il en existe des versions portatives, nécessitent de grands moyens techniques, du temps pour les fabriquer et les monter sur le champ de bataille, toute une technique et des techniciens capables de marrier ressort et matériaux comme du bois ou du métal. Elles requièrent également toute une organisation socio-économique capable de mobiliser ces techniciens spécialisés en grand nombre. Surtout utilisées pendant les sièges, plus rarement sur les champs de bataille, catapultes, balistes, scorpions peuvent également s'installer sur des navires afin de couler la flotte adverse ou de tirer de mer sur des remparts. Si elles peuvent provoquer des destructions importantes, elles sont suffisamment vulnérables (car peu mobiles, en tout cas lentes) pour exiger une défense autour d'elles. On ne compte pas les armées qui, au cours de l'engagement, perdent leurs machines si laborieusement construites et mises en place... 

    Il semble y avoir existé deux sortes de machines, mais des variantes diverses et variées ont pu être utilisées. Quel que soit le type utilisé, le but est d'emmagasiner de l'énergie pour ensuite la libérer brutalement. Dans une arme à torsion, c'est la torsion mécanique des pièces qui assure le stockage de l'énergie. Dans le cas des machines à balancier, un contrepoids élevé stocke de l'énergie potentielle libérée quand ce dernier redescend.

 La baliste, arme à torsion, fait du tir tendu et ressemble à une grande arbalète dont la corde est saisie par une griffre et tendue au moyen d'un treuil, lui-même actionné par des hommes ou des chevaux. Les projectiles sont des pieux empennés ou des faisceaux de flèches, plus rarement de boulets (mais les pierres peuvent parfois faire l'affaire...). Variante plus petite, le scorpion peut être manipulée par un soldat. Ce dernier est une véritable armée d'élite dont la précision très importante en fait l'ancêtre du fusil à précision.

La catapulte, arme à balancier, fait du tir courbe et est constituée par un bras en bois, terminé par un cuilleron, pivotant entre deux montants de poulies. La trajectoire du bras est arrêtée par un butoir transversal fixé au sommet des deux montants de la machine. Là-aussi, il faut plusieurs hommes ou des chevaux (ou des boeufs, faute de chevaux...) pour tendre la catapulte. Les projectiles peuvent atteindre plusieurs dizaines de kilogrammes et être projetés à plusieurs centaines de mètres.

Les catapultes comme les balistes peuvent lancer des corps incendiaires. Il faut bien imaginer quelques connaissances de balistique et de mathématique pour concevoir et faire mouvoir de telles machines et quelques instruments de perspective.

La précision de telles machines n'a pas d'importance à partir du moment où l'on vise des murailles ou des troupes nombreuses. Mais dans l'Empire romain, les différents perfectionnements font de ces machines de redoutables engins largement répandus dans les légions. L'archéologie expérimentale, à partir des descriptions des textes anciens, des conditions réelles du relief, permet d'identifier, de construire et de comprendre leur fonctionnement. Leur utilisation indique l'oeuvre de générations d'ingénieurs romains dont on comprend qu'ils aient fait partie, à l'intérieur des armées romaines, d'une véritable caste prestigieuse, très proche du commandement, même s'ils ne participent pas directement aux batailles, à l'image de ceux (et ce pouvaient être les mêmes...) qui construisent routes et ponts, aqueducs et fortifications... 

  Si les Carthaginois et les Macédoniens utilisent beaucoup d'armes de jet, ce sont les Romains qui en font un usage systématique.

Tant pour l'attaque des places que pour la défense des camps, aussi pour protéger par exemple les passages de grands cours d'eau et pendant les batailles rangées. Les machines intrviennent surtout au début de l'engagement et effectuent parfois des changements de position. Les balistes sont disposées sur des affûts roulants et les catapultes, plus volumineuses mais pouvant se démonter, sont transportées par des chariots ou par des animaux de bât. Les projectiles et certaines pièces sont fabriqués en général sur place. A la fin de l'Empire, chaque centurie dispose d'une baliste et chaque cohorte d'une catapulte. Pour enmener ses 55 balistes et ses 11 catapulte, la légion a besoin de 400 chevaux. L'artillerie de la cohorte est commandée par un centurion et celle de la légion par un tribum (l'Empire a plusieurs légions en activité simultanément). Les balistes sont disposées dans les intervalles de la légion et les scorpions ou onagres, catapultes plus petites, derrrière la première ligne ou sur une position avantageuse. Les noms des engins ont changé entre le premier et le quatrième siècle et ne correspondent plus aux mêmes machines, et il est encore difficile aux spécialistes de toutes bien les identifier. L'armée romaine, devenue de plus en plus statique, notamment le long des limes et des fortifications pour contenir les invasions, garnit ses camps et ses lignes de défense d'un nombre considérable et varié de machines. Mais ses adversaires qui apprennent à se battre "à la romaine" en possèdent eux aussi et certaines batailles se transforment en duel d'artillerie.

    Yann Le BOHEC attire l'attention sur un point bien connu de l'archéologie expérimentale. "...l'artillerie romaine pose un délicat problème : il n'est pas facile de mettre un nom sur chaque pièce, d'autant plus que les recherches ne paraissent pas avoir été exhaustives sur ce point. Actuellement, les historiens semblent s'accorder sur certaines définitions. Au Ier siècle, chaque centurie possédait une catapulte, nom donné à un engin qui lance des flèches, et une baliste, pour projeter des pierres ; au IIeme siècle, le mot baliste sert à la fois pour désigner une machine qui utilise les traits et les boulets, et au IVeme la signification initiale de ces termes s'est inversée. En outre, on appelle scorpion une petite catapulte, onagre un petit scorpion, et carrobaliste un engin monté sur roues. Enfin d'après Végèce, une légion utilise dix onagres (un par cohorte) et 45 carrobalistes (une par centurie). Passons sur la question de la légion à 55 centuries. Pourtant, il faut remarquer que tous les artilleurs sont indistinctement désignés dans les inscriptions par le titre de ballistarii ; de plus, César parle de catapultes qui lancent des pierres et de balistes qui envoient des poutres sur l'ennemi. Peut-être faut-il chercher ailleurs : la différence pourrait tenir au fait que certaines pièces sont utilisées pour obtenir un tir tendu (catapultes) et d'autres un tir courbe (balistes), à moins que ce dernier terme n'ait acquis une acception générique. Ajoutons enfin que, si la plupart des machines utilisent la torsion, d'autres fonctionnent avec des ressorts métalliques.

D'autres engins qui entrent également dans la série des tormenta, sont connus. On bat le rempart avec des hélépoles ou des béliers ; ceux-ci servent également à tenter d'enfoncer la porte. Falvius Josèphe décrit un de ces monstres utilisé au siège de Jotapata (...)."

   Au Moyen Age, on utilise des machine identiques, souvent à partir de plans récupérés des décombres des ateliers ou des villes romaines détruites. Elles sont surtout employées à l'attaque des villes et des châteaux, plus rarement à la défense des camps et dans les batailles rangées. On les emploie beaucoup pendant les Croisades. Ces machines proviennent surtout des républiques italiennes, Venise fournit ainsi 300 pierries et mangonneaux à la IVe Croisade. Les arabes, comme les Byzantins, en possèdent également et détruisent les machines de Louis IX en egypte en les incendiant avec du feu grégois. Gengis Kham et Tamerlan en utilisent également.

   Philippe CONTAMINE écrit que "pendant longtemps, le mot artillerie continua à désigner l'ensemble des engins de guerre. on ne peut dire qu'encore en 1500 ce sens très général ait été oublié. (...). Que l'artillerie à trébuchet (ou à balancier) ait été considérée, vers 1300, comme une prouesse technologique, on en veut pour preuve les descriptions très précises de Gilles de Rome dans le De regimine principum et de Mario Sanuto Torsello dans le Liber secretorum. Les spécialistes de cette arme étaient des personnages importants, choyés même par des Grands. (...). Les premières campagnes de la guerre de Cent ans voient fréquemment en action des "engins" (terme le plus courant), appelés aussi "martinets", "engins volants", "truies", "bricoles", "couillarts", "biffes", "tripants", "pierrières", "mangonneaux". (...). Aucun signe de déclin avant les années 1380 : des documents d'archives parlent de pierres d'engin par centaines, sous Charles V. En 1374, des engins impressionnants sont construits par les Génois pour assiéger Jacques de Lusignan, connétable de Chypre, dans son chateau de Lérines. (...) Même vers 1420, les indices sont nombreux qui suggèrent la persistante vitalité de l'artillerie à trébuchet. (...). Par la suite, du moins en France, les inventaires signalent des machines de ce type, jusque vers 1460. Lors du recouvrement de la Normandie en 1450, l'action de mangonneaux est encore signalée ici et là (...). Mais il ne s'agit plus que de manifestations très épisodiques. Un tournant décisif semble bien s'être produit durant le deuxième quart du XVe siècle ; il conviendrait de savoir si les autres régions d'Occident ont connu exactement la même chronologie."

On utilise des machines à bascule, trébuchets, mangonneaux et pierrières, constituées par un levier pivotant autour d'un axe dont les bras sont inégaux, le plus court portant un contrepoids et le plus long souvent terminé par une fronde, lançant le projectile. Les ribaudequins, sortes de balistes, lancent des traits. 

      Même en plein utilisation de ces machines, les premières armes à feu connues utilisent les propriétés incendiaires de la poudre. Dans les batailles, vers la fin du Moyen Age, puis en pleine Renaissance, on trouve mêlées dans les armées artillerie névrobalistique et artillerie (primitive) à poudre. Les Byzantins lancent du feu grégois sur les navires ennemis au moyen de bouche à feu. Les premières armes à feu servent à propulser des traits enflammés, plus tard on leur substitue pierres et boulets.

Les premièrs canons, bombardes, apparus dès le début du XIVe siècle, font surtout beaucoup de bruit. Courts, de faible calibre, légèrement troçonnique, ils sont posés sur un socle en bois. Les tubes sont constitués de lames de fer soudées entre elles et cerclées. On charge (et cela pendant longtemps) par la bouche, on tasse la poudre et on y enfonce le boulet calé par un tampon. Quand on lance par la suite des boulets incendiaires, chauffés au rouge, on intercale un bouchon de terre entre la poudre et le boulet. le servant met le feu à la poudre par un orifice (lumière) au moyen d'une barre rougie au fer. Plus tard, on utilise une mèche, conséquence de beaucoup d'accidents ravageurs survenus dans les premières décennies d'utilisation de ces bombardes. Conséquence aussi de ces accidents, la généralisation de l'usage de mortiers, gros et courts qui lancent des boulets ou des projectiles incendiaires en tir courbe.

A effet psychologique, ces canons ne sont pas très efficaces sur le plan des destructions. Mais précisément à cause de la panique qui peut prendre les soldats et surtout les chevaux ennemis, les commandemants apprécient de les posséder. 

Il faut attendre longtemps, vers la moitié du XIVe siècle, selon quelques auteurs, après maintes recherches sur la qualité des poudres, pour que les canons soient capables d'endommager sérieusement les murailles. 

 

Philippe CONTAMINE, La guerre au moyen Age, PUF, 1980. Yann Le BOHEC, L'armée romaine, Picard, 2002. Gilbert BODINIER, Artillerie, dans Dictionnaire d'art et d'histoire militaires, Sous la direction d'André CORVISIER, PUF, 1988.

 

ARMUS

 

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Published by GIL - dans ARMEMENT
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