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5 avril 2016 2 05 /04 /avril /2016 11:24

  Si le blanquisme constitue une référence dans l'oeuvre de MARX et ENGELS, le marxisme s'éloigne de plus en plus dans le temps de la philosophie politique des barricades. 

  Karl MARX, qui diffuse, dans les milieux allemands de Paris, son bilan de 1848 (Avis au peuple écrit par lui, en janvier 1851), écrit dans Les luttes de classe en France : "... le prolétariat se groupe de plus en plus autour du socialisme révolutionnaire, autour du communisme pour lequel la bourgeoisie elle-même a inventé le nom de Blanqui". Il dénonce en 1861 "l'infamie de Bonaparte contre Blanqui" à l'occasion du procès intenté à de dernier (Correspondance à Lasalle du 8 et 29 mai et du 22 juillet ; à Engels du 19 juin) et il déclare à Louis WATTEAU tenir Blanqui pour "la tête et le coeur du parti prolétarien en France (lettre du 10 novembre, entre autres).

   Au moment de la Commune, Friedrich ENGELS reproche aux blanquistes leur mot d'ordre "Pas de compromis" et leur apologie inconditionnelle (Programme des communards blanquistes émigrés, apud Volskaat, n°73, du 26 juin 1874...) ; mais dans sa Question du logement, il souligne encore la communauté de vues des blanquistes et du Manifeste du parti communiste sur l'action politique du prolétariat et la dictature comme transition à l'abolition des classes et de l'Etat. Paul Lafargue, de son côté, fait greif à Blanqui et aux blanquistes de "laisser dans l'ombre la question économique" (lettre à Friedrich Engels du 24 juin 1884).

    C'est LÉNINE qui, au rythme des expériences révolutionnaires russes, qui procède aux démarcations les plus nettes entre blanquisme et marxisme. D'abord rapproché de l'idéologie de la Narodnaïa Volia, le blanquisme est défini comme méthode de conspiration, prônant le recours aux minorités agissantes, mésestimant la lutte des classes, cultivant la phrase révolutionnaire et représentant avec le proudhonisme et l'anarchisme, le point de vue du petit bourgeois et non celui du prolétaire. En septembre 1917, dans Le marxisme et l'insurrection, LÉNINE écrit : "Pour un parti, l'insurrection doit s'appuyer non pas sur un complot, no pas sur un parti, mais sur la classe d'avant-garde. Voilà un premier point. L'insurrection doit s'appuyer sur l'élan révolutionnaire des masses. Voilà le second point. L'insurrection doit agir à un tournant de l'histoire de la révolution ascendante où l'activité de l'avant-garde du peuple est la plus forte, où les hésitations sont les plus fortes dans les rangs de l'ennemi et dans ceux des amis de la révolution faibles, indécis, pleins de contradictions : voilà le troisième point. Telles sont les trois conditions qui font que, dans la façon de poser la question de l'insurrection, le marxisme se distingue du blanquisme. (Christian LAZZERI).

     Sans doute le positionnement idéologique est-il clair, mais la pratique des bolchéviks sur l'usage des violences l'est moins. Car si l'insurrection peut agir, mais sans s'assurer d'un soutien des masses (surestimé souvent), la révolution risque de trainer en guerre civile longue. Et quelle différence doit-on supposer entre l'avant-garde de LÉNINE et le groupe dirigeant de BLANQUI?

   Les partisans de Rosa LUXEMBOURG se poritionnent dans ce débat, par rapport à celles de PLEKHANOV. Elle répond à celui-ci dans un article intitulé Blanquisme et social-démocratie de juin 1906. Celui-ci pour caractériser le blanquisme prend comme référence un texte d'ENGELS, où il estime que l'idée blanquiste est que toute révolution est l'oeuvre d'une petite minorité. Il estime que les bolchéviks constitue aujourd'hui une telle minorité. En 1848, rétorque t-elle, BLANQUI n'était nullement obligé de prévoir que son club formerait une "petite minorité". De plus, même si elle ne défend pas LÉNINE, elle estime que "toute la différence entre la situation française de 1848 et l'actuelle situation dans l'empire russe réside justement dans le fait que le rapport entre la minorité organisée, c'est-à-dire le parti du prolétariat, et la masse s'est fondamentalement modifié. En 1848, les révolutionnaires, dans la mesure où ils étaient socialistes, firent des efforts désespérés pour porter les idées socialistes dans les masses (...). Aujourd'hui justement ces masses se rassemblent (en Russie) sous la bannière du socialisme." Elle explique le succès des partis socialistes (en Allemagne comme en Russie), non par la qualité des dirigeants supérieure à celle de BLANQUI, mais à la différence de nature de ces "masses". Les conditions économiques et sociales ne sont pas les mêmes. Les social-démocrates ont la tâche bien plus facile. Elle veut "rassurer" le camarade PLEKHANOV sur "l'autonomie révolutionnaire des masses". "Nous contestons, écrit-elle, que les camarades russes de l'actuelle "majorité" aient été victimes d'errements historiques blanquistes au cours de la révolution (on est en plein dans le débat sur les rsponsabilités de l'échec de la révolution de 1905...), comme le reproche le camarade Plekhanov. Il se peut qu'il y ait eu des traces dans le projet organisationnel que le camarade Lénine avait rédigé en 1902, mais c'est une chose qui appartient au passé (...). Ces erreurs ont été corrigées par la vie elle-même, et il n'y a pas de danger qu'elles puissent se renouveler. Et même le spectre du blanquisme n'a rien d'effrayant, car il ne peut ressusciter à l'heure actuelle." Le danger réside moins dans un blanquisme que dans la tentative de recours (de Plekhanov et de ses partisans de la "minorité") de compter plus sur des masses en dehors du prolétariat. En ce qui concerne la dictature du prolétariat, même problématique : si avec BLANQUI, c'était l'affaire de conspirateurs, aujourd'hui, il s'agit de l'organise avec "toute la classe révolutionnaire du prolétariat". A cette époque, Rosa LUXEMBOURG croit encore que le parti révolutionnaire de Russie va enfler au point de recouvrir toutes ces classes-là. Elle semble plus confiante dans le destin d'une Russie socialiste que ne l'avait été en son temps Karl MARX, plus réaliste quant au poids de la classe ouvrière dans ce pays à énorme majorité paysanne. En tout cas, ce débat montre  en tant cas que l'étiquette "blanquiste", et ce qu'elle recouvre,  constitue un enjeu idéologique important.

   

   Aujourd'hui encore dans une mouvance marxiste en plein renouvellement, des auteurs reviennent sur la figure d'Auguste BLANQUI. Ainsi Daniel BENSAÏD et Michael LÖWY dissertent-t-ils sur la véritable signification du blanquisme/ 

"Figure de transition entre le babouvisme républicain, la Charbonnerie conspirative et le mouvement socialiste moderne, Auguste Blanqui illustre, dès les années 1830, la prise de conscience des limites du républicanisme. Certains de ses énoncés semblent annoncer la mue de Marx lui-même, de l'humanisme libéral au socialisme de lutte des classes. Plus impitoyablement que lui, il rejette "la burlesque utopique" ds fouéristes qui faisaient leur cour à Louis-Philippe, ainsi que le cléricalisme positiviste d'Auguste Comte. Il entrevoit la transcroissance de l'émancipation seulement politique en émancipation sociale et humaine. Il en nomme la force propulsive - le prolétariat -, bien que le mot précède encore, dans une large mesure, sur la chose telle qu'elle surgira de la grande industrie. (...)" La figure du Blanqui putschiste, le Blanqui dont faisait principalement la critique LÉNINE et a sa suite toute l'intelligentisia soviétique; laisse la place au Blanqui de Critique sociale, celui qui indique l'extrême danger des "bourgeois déguisés en tribum" populistes et qui indique ce qui selon lui sont les termes "objectifés" des conditions d'une réelle émancipation. 

 

Daniel BENSAÏD et Michaël LÖWY, Auguste Blanqui, communiste hérétique, dans Les socialismes françaises à l'épreuve du pouvoir, sous la direction de P CORCUFF et A MAILLARD, Textuel, 2006. Rosa LUXEMBURG, Blanquisme et social-démocratie, dans A propos de la scission de la social-démocratie russe... Czerwony Sstander, Cracovie, n°82 de juin 1906, disponible sur www.marxist.org. Christian LAZZERI, blanquisme, dans Dictionnaire critique du marxisme, PUF, 1999.

 

PHILIUS

 

 

 

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