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12 mai 2016 4 12 /05 /mai /2016 08:28

     L'emploi de l'aéroplane comme engin de bombardement est envisagé dès le début de l'aviation. De toute manière, il est nettement plus facile d'envoyer des projectiles d'en haut plutôt que de s'efforcer de tirer sur une cible à l'air en mouvement. Cette "manoeuvre" de bombardement était déjà envisagée pour des ballons ou des mongolfères au XVIIIe siècle et même avant... La convention signée entre Clément ADER et le ministère de la Guerre en 1891 prévoit la mise au point d'un appareil capable d'emporter des bombes explosives ou incendiaires. Comme beaucoup pour de nouvelles armes (le fusil par exemple, la dynamite plus tard, et dans une illusion persistante, la bombe à poudre elle-même..., et aujourd'hui la bombe atomique), ADER souligne la puissance destructrice d'un tel moyen de combat et en déduit son caractère dissuasif. 

Avant même le commencement de la première guerre mondiale, différentes aéronautiques perçoivent les possibilités d'utilisation d'avions équipés de bombes. Les Américains mènent les premières expériences en ce sens et les Italiens sont les premiers à conduire des attaques réelles lors de la guerre contre les Turcs en Libye et en Cyrénaïque. Mais les progrès sont très lents, pour des raisons techniques : absence de viseurs adaptés, charge offensive réduite emportée par des appareils légers aux structures trop peu robustes, manque d'engins adaptés. Et même si on envisage un pilote et un servant à l'arrière, difficile de coordonner le vol avec le ciblage au sol d'objectifs... 

 Lorsque la guerre éclate, Allemands, Britanniques et Français lancent quelques raids en territoire ennemi ou sur les troupes en marche, utilisant des obus réformés et des fléchettes en acier. Mais les premières véritables structures du bombardement ne sont mises en place qu'en novembre 1914, avec la constitution d'un groupe spécifique au sein de l'aéronautique militaire française. Le débat essentiel qui agite les différents états-majors aériens des pays belligérants concerne l'emploi des moyens de bombardement sur le champ de bataille ou contre des objectifs situés en territoire adverse. La France choisit dans un premier temps de lancer des actions de représailles contre les cités allemandes (réponse aux bombardements terrestres, avec de gros canons, type Grosse Bertha) en utilisant de puissantes formations dont la protection est assurée par les tirs de mitrailleuses montées sur les appareils. Mais l'accroissement des défenses antiaériennes ennemies et l'action des intercepteurs coûtent de telles pertes aux bombardiers français qu'il faut renoncer à des actions en plein jour pour se convertir aux attaques de nuit. Les problèmes techniques inhérents à ce nouveau type de mission sont nombreux : balisage des terrains, projecteurs d'atterrissage, méthodes de navigation à définir. Tandis que les Français renoncent en 1916 aux raids importants stratégiques pour reporter le bombardement sur le champ de bataille, les Britanniques et les Allemands concentrent leurs efforts sur les villes ennemies. A la fin de 1915 et en 1916, l'Allemagne engage ses dirigeables Zeppelin sur la Grande Bretagne mais y renonce en raison de lourdes pertes. L'industrie allemande ayant produit un effort remarquable pour la mise au point de bombardiers lourds à long rayon d'action, l'aviation impériale peut attaquer Londre et certaines cités britanniques de jour puis de nuit en 1916 et en 1917. Ces raids provoquent un tel mouvement de colère dans l'opinion anglaise qu'ils sont à l'origine de la création d'un ministère de l'Air centralisant tous les services aéronautiques, puis de la formation de la Royal Air Force indépendante. Très loin d'avoir l'impact démoralisant, ces bombardements renforcent au contraire la détermination des populations visées et de leur gouvernement, comme le feront très longtemps les initiatives de ce genre dans plusieurs guerres, ceci allant à l'encontre des résultats promis par bien des théoriciens de l'arme aérienne. Il n'y a pas d'automatisme entre d'énormes destructions causées (cela se vérifie même sur terre et sur mer) - et les bombardements en termes de villes détruites sont effectivement matériellement et mortellement efficaces - et l'attitude militaire et politique des ennemis touchés. Une étude approfondie  et longitudinale mériterait sans doute de vérifier... l'inverse!

Cela n'empêche par les états-majors de persister dans la même idée (sans doute faut-il voir aussi l'expression de nombreux intérêts industriels, mais aussi d'un désir de vengeance pure qui anime certains esprits du simple soldat au chef des armées...). Les Britanniques, symétriquement aux Allemands, sont eux-mêmes de fervents adeptes du bombardement stratégique démoralisant. Cette doctrine se concrétise par la constitution, en mai 1918, de l'Independant Force, dont la mission essentielle est de détruire les objectifs industriels situés dans les villes allemandes et de frapper dans le même temps le moral des ennemis. Hugh TRENCHARD, à la tête du clan au sein de l'armée britannique suivant cette doctrine, tente d'entrainer les alliés Italiens et Français dans la même logique, mais échoue devant le refus français. Le général DUVAL, créateur de la division aérienne, est en effet opposé à l'emploi des bombardiers dans des actions à caractère stratégique. Il préfère une force de bombardiers capables d'intervenir dans la bataille terrestre. Les avions de bombardement français participent ainsi, le plus souvent avec succès, à l'arrêt des grandes offensives allemandes sur le front occidental en 1918, tout comme ils coopèrent au succès des attaques alliées.

     A la fin de la Grande Guerre, l'aviation de combardement a accompli de grands progrès. Aux machines de 1914 capables d'emporter quelques engins explosifs ont succédé des appareils pouvant mettre en oeuvre des centaines de kilogrammes de bombes à haute puissance et dotés d'équipements adaptés. En dépit de certaines théories outrancières - tendant à valoriser de manière dantesque l'arme aérienne et le bombardement stratégique, peu de bombardements ont été réalisés dans ce sens, les états-majors tant allemand qui britannique redoutant un cycle de représailles incontrôlables.

Entre les deux-guerres, assimilée par l'opinion publique à des opérations contre les populations civile, l'aviation de combardement constitue la cible privilégiée des milieux pacifistes. La crainte de l'apocalypse liée à une éventuelle guerre aérochimique conduit les principaux gouvernements à bannir l'utilisation de gaz dans la guerre aérienne. Les théories développés par le général italien DOUHET et le général américain MITCHELL ne font que renforcer les "préjugés" contre cette spécialité. Fondées sur la certitude que la guerre ne peut plus être gagnée par les armées terrestres, bloquées par des fronts infranchissables, ces doctrines se proposent la destruction pure et simple des ressources vives de l'adversaire pour remporter la décision : centres urbains et industriels, moyens de transport, ressources agricoles, mais aussi moral de la population. Malgré l'hostilité de l'opinion publique et même de certains états-majors militaires (même au-delà de la traditionnelle lutte entre les trois armes), ces idées ont d'importantes répercussions dans les milieux militaires aéronautiques, notamment en Grande Bretagne, aux Etats-Unis et en Italie.

   Selon les Etats concernés, l'essor de l'aviation de bombardement prend une ampleur inégale. D'abord menacé dans son existence à l'époque de la conférence du désarmement (1932), cette spécialité est sacrifié en France pour des raisons budgétaires, au point qu'en 1939, l'armée de l'air ne dispose que d'une vingtaine de bombardiers modernes. En revanche, les aviations militaires britanniques et américaines se dotent d'une importante force de bombardiers lourds. L'Allemagne néglige le bombardement stratégique au profit du bombardement moyen tactique et du bombardement en piqué. Cette déficience coûte en partie au IIIe Reich son échec pendant la bataille d'Angleterre. Par contre, les Britanniques puis les Américains utilisent leurs bombardiers à long rayon d'action pour tenter d'abattre la puissance économique et militaire allemande.    

       Pendant plusieurs années, l'aviation stratégique constitue un des principaux moyens dont disposent les Alliés pour luttre contre l'adversaire. Dès 1937, les Britanniques envisagent d'attaquer l'Allemagne par la voie des airs. Mais l'outil de cette politique, le Bomber Command, est long à se forger. Outre la recherche d'appareils adaptés (Lancaster, Halifax, Stirling), la RAF est confrontée à d'importants problèmes techniques : moyens de radionavigation, brouillage des dispositifs de détection ennemis. D'autre part, dès le début de l'offensive aérienne contre l'Allemagne, les Britanniques doivent résoudre d'importants problèmes de doctrine d'emploi. L'analyse des résultats des bombardements montrent leur dramatique manque de précision. De plus, les pertes enregistrées de jour sont si élevées - cela avait déjà été constaté durant la première guerre mondiale - que les responsables de la RAF décident de se limiter à des raids nocturnes au détriment de la précision, encore... A partir de la fin de l'année 1941, le Bomber Command s'oriente vers des actions de bombardement de zone (toujours cette technique d'arrosage, de larges secteurs sont pris pour cibles). Les actions dirigées contre les grandes villes n'ont plus qu'un seul but : briser le moral de la population civile. les bombardements de Hambourg (juillet 1943), les attaques sur Berlin tout au long du conflit, le raid sur Dresde (février 1945), loin d'être des erreurs, sont la traduction de cette volonté politique.

   La doctrine américaine est sensiblement différente. Les responsables de l'US Army Air Force entendent en effet engager leurs bombardiers de jour dans des attaques de précision contre des objectifs militaires. Mais dans la pratique, ils sont entrainés, à l'instar des Britanniques, dans des bombardements de terreur. Si cette guerre des villes n'obtient pas les résultats escomptés par les Alliés - la résistance allemande s'en trouve au contraire fortifiée -, les bombardiers anglo-américains se montrent efficaces contre les voies de communication et l'industrie des carburants, cela nettement car des indications très utiles sont fournies par les différentes résistances à l'occupation allemande dans les territoires occupés. C'est surtout dans la guerre contre les Japonais que les Américains, avec leur bombardiers B-29, en utilisant des bombes incendiaires, résussissent  à atteindre leurs objectifs. Soit détruire les grandes métropoles japonaises et à paralyser la plus grande partie de l'activité industrielle du pays.

  Le bilan global des bombardements avec divers types de bombes reste très mitigé, voire contre productif (eu égard du moral des populations). Même lorsque les objectifs sont strictement militaires, la précision des impacts laisse énormément à désirer. Ce manque de précision, avant les progrès électroniques et surtout l'apparition des missiles, une grande faille des différentes unités de bombardement.

 

   Les raids atomiques sur Hiroschima et Nagasaki bouleversent de manière radicale les conceptions du bombardement stratégique, ce qui n'empêche pas la doctrine d'emploi du bombardement massif (guerre du VietNam) d'être encore en vigueur. 

Vecteur unique de l'arme nucléaire à la fin de la seconde guerre mondiale, le bombardier s'impose comme l'arme suprême jusqu'à l'entrée en service des premiers missiles  balistiques intercontinentaux. Des commandements spécifiques au bombardement nucléaire sont mis en place dans les principales forces aériennes : Strategic Air Command aux Etats-Unis (1946), aviation à long rayon d'action en Union Soviétique, commandement des forces aériennes stratégiques en France, Strike Command en Grande-Bretagne. A partir du milieu des années cinquante, l'apparition des missiles intercontinentaux semble compromettre durablement l'avenir du bombardier stratégique. Mais les états-majors réalisent rapidement que ce dernier, du fait même de sa souplesse d'emploi, représente un élément indispensable de la triade stratégique. Passant du vol à haute altitude à l'attaque de pénétration à basse altitude, grâce à l'utilisation de systèmes de contre-mesures électroniques et de brouillage très sophistiqués, le bombardier peut mettre aujourd'hui en oeuvre des missiles de croisière ou des missiles à courte portée qui lui permettent de détruire son objectif sans être contraint de le survoler à distance de sécurité. Par ailleurs, la multiplication des conflits périphériques, n'impliquant pas l'utilisation de l'arme nucléaire, conduit les responsables de l'arme aérienne à ne pas privilégier le seul bombardier nucléaire. 

   Se poursuivent en conséquence encore la recherche-développement et la construction de divers bombardiers. Avec des caractéristiques techniques de plus en plus difficiles à tenir, compte-tenu des obstacles dressés au sol ou par liaison satellite par les système de détection et d'interception ennemis. Ces caractéristiques restent :

- une grande autonomie ;

- une bonne capacité d'emport de charge ;

- un bon système de guidage (navigation/bombardement) ;

- de bons systèmes d'auto-défense.

Suivant l'évolution de la spécialisation en général des avions militaires, on classe ces bombardiers en différentes catégories, appelées sans doute encore à se diversifier - et devenant eux aussi de plus en plus coûteux : bombardier stratégique (pour des cibles stratégiques avec bombe atomique ou missile de croisière), bombardier-torpilleur (contre les navires et les sous-marins), bombardier en piqué (attaque au sol) de moins en moins prisé, avion d'attaque au sol (bombardier léger pour atteindre des cibles mobiles : chars, concentration de troupes...) chasseur-bombardier, avion multi-rôle capable d'attaquer des cibles terrestres et doté de capacité de combat aérien), le plus coûteux.

 

Antony BEEVOR, La seconde guerre mondiale, Calmann-Lévy, 2012. Patrick FACON et Arnaud TEYSSIER, Aviation militaire, dans Dictionnaire d'art et d'histoire militaires, PUF, 1988.

 

ARMUS

    

 

 

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Published by GIL - dans ARMEMENT
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