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2 mai 2016 1 02 /05 /mai /2016 07:45

La guerre de Crimée consacre la supériorité des nouveaux projectiles sur les navires de bois qui n'y résistent pas, dans une période où précisément l'essentiel des buts d'une bataille navale est de couler le maximum de navires ennemis. Au lendemain du conflit, en 1856, le vaisseau de ligne, après deux siècles d'existence cède la place au navire-cuirassé, dont la frégate française Gloire et les anglais Warrior et Black Prince constituent les premiers échantillons.

Trois caractéristiques affirment la suprématie du nouveau type de bâtiment :

- la propulsion à la vapeur, associée à l'hélice ;

- une artillerie composée de canons rayés se chargeant par la culasse et tirant des obus explosif ;

- une ceinture cuirassé protégeant les oeuvres vives du navire.

Au cours des années suivantes, la rivalité entre le canon et la cuirasse se traduit par une croissance constante du tonnage. L'alourdissement des pièces avec l'augmentation énorme des calibres et la nécessité de protéger les servants obligent à limiter le nombre des canons, à renoncer au dispositif en batterie, au profit de système en casemate ou en réduit, avant que ne s'impose une répartition de l'artillerie lourde en tourelles disposant de larges champs de tir rendus possibles par la disparition complète de la mâture.

  Vers 1890, le cuirassé semble trouver son équilibre, difficilement en raison des multiples "pesanteurs" économiques et bureaucratiques, malgré des expériences militaires pourtant claires. Il déplace 15 000 tonnes, file 15 noeuds. Avec l'utilisation d'acier au nickel offrant une grande résistance pour une épaisseur relativement faible, le blindage comprend une ceinture latérale et un pont blindé assurant la protection des machines et des soutes à munition. Blokhaus, tourelles bénéficient d'une protection renforcée. Avec les progrès de la métallurgie et l'adoption de poudres lentes, on peut renoncer aux canons monstres des années 1880, réduire les calibres et obtenir des pièces à grande portée et grande vitesse initiale. L'artillerie principale comprend 4 pièces de 305 en deux tourelles tirant des obus perforants et 10 à 12 pièces de 150 mm dotées de projectiles à haute capacité d'explosifs.

L'armement comprend également des canons légers à tir rapide destinés à la lutte contre les torpilleurs. De fait, les cuirassés de la fin du XIXe siècle s'intègrent dans une nouvelle hierarchie avec des croiseurs de 4 000 à 10 000 tonnes rapides, bien armés, peu protégés, destinés à l'éclairage des escadres, à la guerre de course et à la protection des convois, ainsi que des torpilleurs et contre-torpilleurs. Dans le dernier quart du siècle, le torpilleur de 100 à 200 tonnes connaît, en effet, une vogue extraordinaire dans un certain nombre de pays, Russie, Etats scandinaves et surtout France où il se trouve à l'origine de la Jeune Ecole (navale). 

   Mettant en jeu la torpille automobile de l'ingénieur WHITEHEAD, mise au point à partir de 1876 et dont les performances s'améliorent rapidement, le torpilleur apparait comme l'ennemi mortel du cuirassé, à la faveur de la nuit et en bordure des côtes, au cours d'opérations de blocus en particulier. L'"engin venineux", le "fuseau d'acier" semble condamner le "mastodonte". Avec ce vocabulaire très utilisé dans la gens militaire, on se croirait revenu au temps de la chevalerie où le panache du chevalier/cuirassé est démoli par les traits/obus de l'archer/destroyé, avec des connotations morales par-dessus le marché, le nombre des victimes des engagements bavals se multipliant... En réalité, le cuirassé s'adapte à la menace. Il reçoit un armement défensif à base de projecteurs, de canons à tir rapide ou e filets d'acier. Il bénéficie aussi de la protection de destroyers ou de contre-torpilleurs de 800 à 1000 tonnes, armés de pièces légères et également de torpilles.

  Toutes les marines continuent à construire des torpilleurs ou des destroyers jusqu'au lendemain de la seconde guerre mondiale. Ces bâtiments n'échappent pas à la course au tonnage. En 1939, un torpilleur déplace 1 500 tonnes et certains destroyers frôlent les  3 000. L'emploi de la torpille devient d eplus en plus rare. Devenus les Maîtres Jacques des forces navales, ces navires sont essentiellement affectés à la protection des escadres et des convois contre l'adversaire aérien ou sous-marin.

   Auparavant, le cuirassé trouve son visage définitif en 1907, avec le Dreadnought anglais. A la veille de la première guerre mondiale, le tonnage réalise un nouveau bond et progresse de 17 000 à 24 000 tonnes. Avec l'adoptation de systèmes de direction de tir centralisés, l'artillerie principale obéit à un seul calibre, qui oscille du 280 au 380 mm. Avec des pièces de 76 à 150, l'artillerie secondaire a pour tâche essentielle de briser des attaques de torpilleurs. La Royal Navy et la marine allemande jouent encore la carte du croiseur de bataille, de même tonnage et de même armement que le cuirassé. Mais une protection inférieure donne à ce type de navire une vitesse élevée, lui accorde un rôle d'éclairage et de destruction des croiseurs légers ou cuirassés.

   Entre les deux guerres, le navire de ligne ne connait pas de mutation fondamentale ou plutôt on assiste à une fusion entre le cuirassé et le croiseur de bataille. Les progrès concernent le perfectionnement de la direction de tir avec l'adoption de la télécommande, le renforcement de la direction de l'armement (Défense Contre les Avions - DCA) contre l'ennemi aérien ou sous-marin. Avec l'amélioration des performances - les vitesses sont de l'ordre de 30 noeuds au lieu de 22 pour les cuirassés de 1914 - ces progrès se traduisent par une augmentation du tonnage, qui oscille de 35 000 à 45 000 tonnes... et des coûts. Les grandes marines se contentent de séries limitées ou de navires surpuissants comme les Bismark allemands, les New-Jersey américains ou les Yamato japonais.

On a bien entendu remarqué qu'au fur et à mesure que les siècles passent, le nombre d'unités engagées dans les combats navals baissent et même dans les derniers temps, chutent. Si dans les batailles entre galères, les bâtiments peuvent se compter par centaines, dans les batailles entre  frégates, par dizaines, celles qui engagent des cuirassés pendant la seconde guerre mondiale se comptent parfois tout juste en une dizaine d'unités. Ce qui explique que dans leurs comptes-rendus, les militaires puis la presse et ensuite encore le cinéma montrent des engagements épiques qui concernent... au plus 5 navires - en excluant bien sûr les grandes opérations de débarquement... On a remarqué aussi qu'il n'est plus question d'abordage et que la tendance à vouloir couler le maximum des vaisseaux adversaires s'est amplifiée, jusqu'à considérer comme un inconvénient majeur d'avoir à récupérer un vaisseau ennemi - il faut le remorquer, affaire compliquée - et même l'équipage ennemi...

   Au moment où le cuirassé atteint un remarquable point de perfection - dixit les commendaments militaires... et les compagnies d'armement - il se trouve ravalé - le "preux chevalier" - au rang de brilland second vis-à-vis du porte-avions auquel il apporte, sans parler de l'appui-feu des opérations amphibies, le soutien d'une artillerie antiaérienne considérablement renforcée. 

De fait, dès ses débuts, la seconde guerre mondiale - qui devient ensuite réellement la référence en termes de combats militaires dans beaucoup d'armées du monde - révèle la suprématie de l'avion sur toutes les autres armes. La recherche et l'exploitation de la supériorité aérienne devient le primat de la guerre moderne. Que ce soit sur terre ou sur mer, les armes et les armements ont alors tendance à se centrer sur l'acquisition et le maintien de cette supériorité. Dans cette guerre mondiale, pour l'instant, la faiblesse du rayon d'action des avions limite leur emploi à partir des côtes, à l'exception très notable des mers étroites et fermées. Cette faiblesse rend nécessaire l'utilisation de plate formes mobiles, à la fois d'opérations d'entretien et de ravitaillement, de porte-avions. A partir de 1941-1942, ce type de bâtiment devient le capital-ship des flottes modernes avec des unités de 27 000 tonnes type Essey ou de 14 000 tonnes, type Independance, mettant en oeuvre de 50 à 100 appareils.

     Les porte-avions constituent le sommet d'une nouvelle hiérarchie. Dans le cadre de Task-force et en liaison avec un train d'escadre composé de bâtiments-ateliers et de navires ravitailleurs, ils bénéficient d'un "environnement" de cuirassés rapides, de croiseurs et de destroyers, destinés à assurer leur protection contre des bâteaux de surface, des avions et en particulier des sous-marins. Depuis la seconde guerre mondiale, les flottes doivent, en effet, de plus en plus tenir compte du sous-marin qui permet de valoriser au maximum l'emploi de la torpille. Au cours des deux conflits mondiaux, ce navire s'est révélé comme un remarquable outil de la guerre de course et un instrument de combat redoutable. Si on veut faire une comparaison avec les combats sur terre, le sous-marin constitue un outil de guérilla - avec tout de même une technologie complexe - contre des flottes militaires et marchandes... 

 

     Les cuirassés constituent longtemps une des représentations de la puissance navale des pays. Les auteurs militaires, notamment Alfred MAHAN, ont beaucoup d'influence dans cette perception. La question de la maitrise des mers, avant d'être détrônée par celle de la maitrise des airs, est centrale au XIXe siècle. L'opinion de MAHAN influence beaucoup les responsables des flottes des principaux pays et du coup sur la course aux armements ainsi que les traités visant à limiter les cuirassés entre l'entre deux-guerres. Pour lui il faut créer une grande flotte constitué de cuirassés aussi puissants que possible ; sa réflexion s'oriente vers l'hypothèse de la "bataille décisive" dans la marine japonaise, tandis que la guerre de course (développée par la Jeune Ecole) ne peut aboutir. L'idée qu'une flotte de cuirassé puisse, par sa seule présence, décourager une ennemi même s'il possède de grandes ressources, amène même de petites puissances à désirer un impact stratégique notable.  En fait, comme c'est le cas souvent, le rôle des armements navals est surestimé. Dans les faits, le déploiement des cuirassés est plus complexe. Contrairement aux anciens navires de ligne, les cuirassés du XXe siècle sont plus vulnérables aux torpilles et aux mines, armes pouvant être utilisées même par de petits bâteaux. La Jeune Ecole des années 1870 et 1880 recommande de placer les torpilleurs aux côtés des cuirassés, se cachant derrière eux et ne sortant que protégés par la fumée des canons afin de lancer leurs toripilles. Mais ce concept est mis à mal par le développement d'obus sans fumée, la menace des torpilleurs et plus tard des sous-marins reste présente. Dans les années 1890, la Royal Navy développe les premiers destroyers, conçus pour intervepter les torpilleurs, ils deviennent les escorteurs des cuirassés.

La doctrine d'emploi des cuirassés attache beaucoup d'importance au groupe de combat. Afin que ce groupe de combat puisse engager un ennemi qui fuit le combat (ou pour pouvoir éviter la confrontation avec une flotte plus puissance), les cuirassés ont besoin de meilleurs moyens de localiser l'ennemi au-delà de l'horizon. Des navires de reconnaissance, ces navires essentiels pour l'éclairage de la flotte, sont utilisés pour cela, comme les croiseurs de bataille, des croisuers, destroyers, puis des sous-marins, ballons et avions. La radio permet de localiser l'ennemi en interceptant et en triangulant les communications. Ainsi, la plupart du temps, les cuirassé ne sortent que protégés par des destroyers et des crpoiseurs. Les campagnes en mer du Nord pendant la première guerre mondiale illustrent la menace des mines et des torpilles, malgré ces protections.

 La bataille navale change définitivement de forme avec ces cuirassés, mais aussi la stratégie, la manière de comprendre et d'utiliser ces mastodontes. Leur coût, la sophistication technique qu'ils représentent, l'entrainement des équipages que représentent leur capacité de manoeuvres, tout cela prend de plus en plus en plus d'importance dans les calculs d'états-majors. Une défaite ou une victoire en mer - même un navire qui revient au port ou un navire coulé - a bien plus d'importance qu'auparavant, autant sur le plan matériel que psychologique. Et cela va s'accroitre avec les porte-avions et les sous-marins, et encore plus avec l'irruption de l'armement et de la propulsion nucléaires. D'autant que sur le plan économique, le poids du secteur militaire s'accroit avec la complexification de ces armements. Pour les armements navals, l'enjeu, tant en paix qu'en guerre est d'assurer la sécurité des voies d'approvisionnement de toutes les armées (en minéraux, en matériels, en pièces détachée, en carburants...).

 

Philippe MASSON, Navires, dans Dictionnaire d'art et d'histoire militaires, PUF, 1988.

 

ARMUS

 

 

 

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