Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
4 mai 2016 3 04 /05 /mai /2016 08:31

  Les sous-marins et porte-avions sont conçus bien avant leur possibilité de mise en action  militaire opérationnelle. La conception d'un engin sous-marin remonte à l'Antiquité et beaucoup de ses principes sont énoncés dès le XVIIe siècle. Celle d'une plate-forme pour avions l'est depuis la naissance de l'aviation militaire.

    

   Le sous-marin, navire submersible capable de se déplacer en surface et sous l'eau, est déjà décrit par John WILKINS (Mathematicall Magick) en 1648 selon ses avantages stratégiques :

- la discrétion, une personne pouvant se rendre sur toutes les côtes de façon invisible sans être découverte ou en être empêchée pendant son voyage ;

- la sûreté, par rapport aux marées et à la violence des tempêtes. Par rapport aussi aux pirates et brigands qui écument les mers, à la glace et aux grands froids, qui mettent en danger les passagers aux voisinages des pôles ;

- l'avantage sur les flottes ennemies, qui peut être minée par ce moyen sous l'eau, gravement endommagée, voire coulée (c'est le procédé mis en scène par Jules Verne dans Vingt mille lieues sous les mers) ;

- le dégagement par voie maritime d'une place assiégée, pour transporter au dessous de l'eau de façon invisible des ravitaillements et des munitions, et aussi par l'attaque surprise de toute place accessible par l'eau ;

- la possibilité d'un bénéfice important bien qu'inévaluable pour les expériemntations sous-marines.

Mais si les procédés de conservation d'air sous l'eau pour permettre aux passagers de respirer sont déjà bien au point, le problème demeure quant à la propulsion, qui n'est qu'humaine. le premier sous-marin, le Turtle, est une machine en forme d'oeuf propulsé manuellement par une seule personne. Durant la guerre de Sécession, plusieurs sous-marins, de la forme d'un navire de surface, sont construits mais ne peuvent devenir opérationnels.

La propulsion mécanique n'apparait qu'à la fin du XIXe siècle, avec un moteir à air comprimé, avec le plongeur de la marine nationale française  lancé en 1863. Ce n'est qu'avec la propulsion électrique, mis au point par le Polonais Stefan DRZEWIECKI en 1884, que les commandements militaires commencent à envisager son utilisation sur les champs de bataille maritimes.

  Pendant la première guerre mondiale, des tactiques adaptées et un grand nombre d'appareils qui fonctionnent encore en grande partie plus en surface que sous l'eau sont mis en activité par notamment l'Allemagne dans la bataille de l'Atlantique.

  

     Le porte-avion, navire de guerre permettant le lancement et la réception d'aéronefs (d'abord des avions de combat puis des hélicoptères) à partir de son pont, constitue une véritable base aérienne flottante. En 1909, le Français Clément ADER publie dans son ouvrage L'aviation militaire, la description de "navires porte-avion" servant à l'observation, au torpillage des navires ennemis et à la protection du territoire national.

Un pont le plus large possible permet l'installation et le décollage et la réception de nombreux avions, un îlot placé sur tribord du pont d'envol servant entre autres de tour de contrôle. Des ascenseurs permettent les mouvements des aéronefs entre le pont d'envol et les hangars. Sous le pont d'envol se trouvent les hangars où sont garés les avions et où s'effectuent leur entretien, les soutes à carburant et à munitions, les logements du personnel et les machines fournissant l'énergie et assurant la propulsion. Sur le pont d'envol se trouvent les catapultent permettant de raccourcir la distance nécessaire au décollage ainsi que les brins d'arrêt pour le freinage à l'appontage. Puissant élément d'une flotte, l'expérience montre dès la première guerre mondiale, qu'il faut l'escorter d'un grand  nombre et/ou de navires puissants capables de parer aux attaques aériennes et sous-marines.

 

    C'est surtout pendant la seconde guerre mondiale que porte-avions et sous-marins sont utilisés de manière décisives par tous les camps. Les tactiques et l'intégration de ces engins dans des stratégies se font à la lumière de l'expérience souvent meurtrières des batailles navales. 

Si les sous-marins allemands constituent la pièce maitresse pour casser l'approvisionnement des troupes et des populations dans les océans, avec leur tactique de meute (mettant en jeu des dizaines d'engins en même temps) permettant de détruire le maximum de bâtiments en escadre, les porte-avions américains représentent l'enjeu majeur des batailles du pacifique, permettant une réelle projection de puissance sur de très longues puissances. D'un côté les Allemands ne peuvent pas détruire plus de navires que les Américains en produit (objectif de l'état-major) étant notamment contrés par les destroyers et les croiseurs qui accompagnent à terme les convois, de l'autre les Japonais échouent à détruire ces plate-formes d'avions (même à Pearl Harbor), qui apportent la supériorité aérienne sur tous les fronts.

   On distingue aujourd'hui les porte-aéronefs, disposant d'hélicoptères et d'avions à décollage court, et les porte-avions qui utilisent des avions de combat ou de surveillance spécialisés. Trois types d'avion équipent les porte-avions modernes : les avions de guet aérien assurant la surveillance de la zone ; les avions de supériorité aérienne protégeant le porte-avions ; les avions d'assaut. La mise en oeuvre de l'aviation exige une plate-forme très stable et une vitesse suffisante (supérieure à 25 noeuds) pour créer un vent de face permettant l'appontage dans la plupart des conditions météorologiques. La propulsion du bâtiment est assurée soit par des turbines à vapeur (chadières à gazole ou nucléaires), soit par des turbines à gaz. Le porte-avion est équipé de radars puissants lui permettant d'assurer la veille aérienne. Il dispose d'importances réserves de munitions pour les avions. Lorsqu'il se déplace, il est généralement accompagné d'autres navires (dont un sous-marin) qui assurent sa protection et sa logistique. (Régis BEAUGRAND)

 

   C'est d'ailleurs surtout à partir de l'expérience de la seconde guerre mondiale qu'encore aujourd'hui les commandements conçoivent la défense marine. Toutes les parades et toutes les améliorations techniques (y compris les instruments de détection) viennent encore de là. L'irruption de la force nucléaire, tant de propulsion que de destruction, qui dotent des navires de plus en plus dotés d'électronique de défense, s'intègrent à toutes les améliorations techniques précédentes, avec plus ou moins de retard selon les puissances. 

 

    Jusqu'au début des années 1950, le sous-marin souffre d'une faiblesse congénitale et ne mérite que le nom de submersible. S'il dispose de la possibilité inappréciable de pouvoir se dérober dans les profondeurs, il rste tributaire de deux systèmes de propulsion et des performances en plongée liées à la capacité de ses batteries sont singulièrement limitées et lui font perdre la plus grande partie de son caractère offensif. C'est ce qu'avaient constaté les différents états-majors comme les capitaines des sous-marins lors des grandes campagnes de destruction des bâtiments ennemis. Autant, en l'absence d'escorteurs protégeant les convoies, ils pouvaient envoyer par le fond des centaines de milliers de tonnes,  autant ils devaient, même en l'absence de bâtiments ennemis, retournés à un moment ou à un autre à leur base. L'amiral DÖNITZ avait inauguré, au cours de cette seconde guerre mondiale, l'attaque de nuit, en meute et en surface (pour économiser carburant et batterie). Le sous-marin devenait un torpilleur rapide et peu visible (jusqu'à la généralisation des radars et sonars). En dépit de l'apparition (trop tardive en fait) en Allemagne, en 1944, de bâtiments à hautes performances dotés du Schnorchel, il fait attendre 1955 et l'entrée en service du sous-marin américain Nautilus doté d'un réacteur atomique pour assister à l'apparition de ce que les spécialistes appelle (avec quelque fierté...) le sous-marin intégral.

   L'apparition du sous-marin à moteur unique est à la mesure de la nouvelle mutation subie par les flottes de combat depuis 1945. Cette mutation, sous le signe d nucléaire, du missile et de l'électronique, s'effectue parallèlement à celle du porte-avions. Les grands bâtiments américains de 90 000 tonnes à propulsion nucléaire, type Nimitz, Eisenhower, Vinson et Enterprise, affichent une exceptionnelle capacité offensive.

   Ces nouveaux porte-avions disposent d'une centaine d'appareils : intercepteurs, avions d'assault, appareil d'exploration et de veille, avion de guerre électronique, hélicoptères. Ils peuvent intervenir dans des conflits limités ou lancer en profondeur sur le territoire adverse des appareils d'assaut dotés de missiles à tête nucléaire ou des bombes atomiques, dans une "ambiance" extrêmement complexe de guerre électronique.

  Ils possèdent, outre les armements, un ensemble d'équipements de navigation en surface et sous l'eau. Leur forme fusiforme allongée (acquise relativement tôt une fois les sous-marins rendus opérationnels dans l'Histoire), comme la présence d'une coque très résistante, l'existence d'un massif utilisé pour l'accès en surface qui sert à la tenue des mâts hissables (périscopes, etc), la répartion des locaux opérationnels, des locaux habités, de la propulsion, de manière à faciliter la circulation de l'équipage, d'assurer le maximum de sécurité même en cas d'atteinte par des tirs ennemis, des installations de contrôle et de régénération de l'atmosphère, tout cela fait de ces bâtiments les plus complexes conçus dans la marine jusqu'à nos jours. Il s'agit d'assurer l'équilibre du bâtiment, sa bonne tenue en plongée, une propulsion sûre et malléable au niveau de la vitesse et de la direction, une sécurité en plongée, une furtivité en mission...  (Jean LE TALLEC)

    Pour leur protection, et cela est aussi un enseignement de la seconde guerre mondiale, ces bâtiments, tout comme des navires d'approvisionnement, car ils ne peuvent emporter à bord une capacité de défense (DCA notamment) telle qu'elle pourrait nuire à leur capacité d'emport d'appareils, exigent toujours un environnement de navires de soutien, croiseurs destroyers, frégates et même parfois sous-marins. L'avion reste toujours, comme l'a montré l'affaire des Malouines, un des pires ennemis du navire de surface, surtout s'il emporte avec lui une certaine quantité de missiles. Il peut opérer en vol rasant, ou au moyen de missiles à tête chercheuse, dotés ou non de têtes nucléaires, et détruire tout un ensemble de bâtiments. Depuis la destruction spectaculaire, en 1967, du destroyer usraélien Elath par un missile soviétique Styx lancé d'une simple vedette, la plupart des bâtiments sont dotés d'engins surface-surface. 

    Mais la menace la plus grave concerne le sous-marin. Si la construction de bâtiments conventionnels, à propulsion diesel-électrique n'est pas abandonnée, ces navires ne soutiennent nullement la comparaison avec le sous-marin à moteur nucléaire. Ces navires sont totalement affranchis de la surface et bénéficient d'une vitesse élevée bien souvent supérieure à celle des bâteaux de surface et d'un rayon d'action pratiquement illimité, soumis à la seule résistance des équipages.

  Les grandes marines aujourd'hui entre"tiennent deux types de bâtiments à propulsion nucléaire:

- les sous-marins nucléaires lanceurs d'engins (SNLE) qui constituent par leur discrétion les instruments majeurs de la dissuasion. Dotés de missiles à têtes nucléaires, leur puissance et leur portée, comme leur vitesse et leur précision ne cessent de s'accroitre.

- les sous-marins nucléaires d'attaque (SNA), d'un tonnage plus réduit que les SNLE, qui disposent d'un ensemble de torpilles filoguidées ou autoguidées. La qualité de leurs missiles en font les adversaires privilégiés des SNLE. 

Le seul obstacle à la course aux armements en mer est leur... coût. A chaque génération de SNLE et de SNA, il est parfois difficile d'en produire plus de quelques dizaines d'unités, et encore... 

  L'évolution des capacités opérationnelles font que le sous-marin nucléaire, bien plus que le porte-avions, devient le centre de la stratégie navale, chose rendue possible en fait par l'existence d'une multitude de variétés des missiles emportés par ces navires. Cette lutte contre les missiles débouche en fait sur un aspect entièrement nouveau de la guerre sur mer. La recherche et la destruction du vecteur, navire, aéronef ou sous-marin constituent toujours un impératif majeur. A cet aspect "traditionnel", s'en ajoute un autre franchement révolutionnaire. Alors que dans le passé il n'a jamais été question de détruire le boulet, l'obus ou la torpille, les nouveaux systèmes d'armes, à base de missiles à courte portée ou de canons multitubes à tir rapides, visent la neutralisation du missile lui-même.

  La variété des système d'arme, la richesse des informations, l'évolution extrêmement rapide des situations exigent une centralisation poussée de toutes les données et impliquent des appareils qui donnent en permanence une vue générale de la situation tactique et indiquent les moyens propre à parer à une menace. 

   Seules les grandes puissances (USA, Russie, et à un très moindre degré Grande Bretagne et France) peuvent se permettre d'avoir tout cet ensemble de défense, qui place sur un même plan stratégique ce qui se passe sur mer, sur terre et dans l'air, et même dans l'espace extra-atmosphérique proche de la planète (en attendant plus...). La plupart des marines secondaires se contentent de porte-aéronefs simplifiés, de navires de surface ou de sous-marins de technologie moindre. 

 

Philippe MASSON, Navires, dans Dictionnaire d'art et d'histoire militaires, PUF, 1988. Antony BEEVOR, La seconde guerre mondiale, Calmann-Lévy, 2012. Jean LE TALLEC, Régis BEAUGRAND, Navires, Encyclopedia Universalis, 2014.

 

ARMUS

 

 

Partager cet article

Published by GIL - dans ARMEMENT
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : LE CONFLIT
  • : Approches du conflit : philosophie, religion, psychologie, sociologie, arts, défense, anthropologie, économie, politique, sciences politiques, sciences naturelles, géopolitique, droit, biologie
  • Contact

Recherche

Liens