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14 juillet 2016 4 14 /07 /juillet /2016 13:51

  De même que l'armée allemande des années 1930 a pu sur le terrain expérimental à vaste échelle que constituait la guerre civile espagnole, de même l'ensemble des armées occidentale, après la grande mise en oeuvre de la seconde guerre mondiale, bénéficie de l'expérimentation à échelle réelle (et non plus sur des simulations d'oridnateur), de tous ses matériels dans les champs de bataille du Moyen-Orient et singulièrement du Golfe Persique. Cette expérimentation, qui concerne tous les types d'armements majeurs (pour les armes légères, le territoire des Etats-Unis est un bon champ d'activités...), notamment ceux qui pourtant pouvaient apparaitre comme dépassés par l'évolution même des matériels (notamment électronique et informatique) comme l'artillerie. Sous les coups de butoirs de tout l'arsenal des missiles et contre-missiles, des plus puissants (pouvant être utilisé comme porteurs d'engins nucléaires) jusqu'aux armements portatifs individuels ou maniables en duos ou petits groupes , on pouvait penser que l'artillerie, notamment l'artillerie sol-sol, était condamnée à l'obsolescence. 

  Or comme le constate Joseph HENROTIN, chargé de recherche au CAPRI, "qu'il s'agisse de combat symétrique ou asymétrique et en dépit des évolutions technologique, l'appui-feu à distance de sécurité reste une nécessité et l'artillerie - tractée, motorisée ou mécanisée - continue d'y jouer un rôle important, aux côtés de l'aviation. En pratique cependant, on peut s'intérroger sur un rôle futur de l'artillerie, notamment au regard de l'évolution des perceptions politiques mais aussi des progrès effectués par les forces aériennes." Contre une tendance à éviter l'affrontement terrestre au sol, et compte tenu des limites d'une stratégie strictement aérienne, les états-majors semblent reconsidérer l'avenir de l'artillerie terrestre.

   Les Etats européens modernisent leurs parcs d'artillerie, tout en suivant le mouvement général des armements : diminution du nombre d'armes, ici surtout réduction du nombre de tubes et accroissement de la précision de tir, de la rapidité des cadences, de la fiabilité des munitions. Contre la tendance générale qui persiste et même augmente encore en importance du rôle des munitions aériennes, l'artillerie, de longue portée notamment, se perfectionne et possède encore, selon Joseph HENROTIN un certain nombre de qualités militaires :

- Possibilité d'utilisation en tir direct comme indirect, ce qui peut être problématique en environnement montagneus et notamment lorsque les positions adverses doivent être "traitées" en contre-pente (comme en Afghanistan) ;

- Capacité de maintenir sur de longues périodes une grande puissance de feu (surtout avec les techniques de tirs multiples avec impacts simultanés), utile tant en combat conventionnel qu'en contre-insurrection ;

- Engagement de cibles rapide après demande d'appui (le temps se réduit de plus en plus...), utile lorsqu'on a affaire à des groupes ennemis mobiles ;

- Degré d'ubiquité important, ce qui permet d'intervenir rapidement sur plusieurs points d'engagement différens, pour peu que le nombre de tubes soit suffisant ;

- Coût moindre par rapport à l'aviation, avantage qui peut être remis en question lorsque les munitions de précision sont employées, lesquelles ont tendance, via les matériels électroniques et informatiques utilisés a voir leurs prix s'envoler.

 "Fondamentalement, écrit-il, un appui-feu peut être nécessaire dans toutes les phases du combat, depuis les troupes en contact jusqu'au repli, en passant par des démonstrations de force. L'avantage de l'artillerie réside ici dans sa persistance : si elle est à portée des troupes soutenues, elle peut être considérée par ces dernières comme un appui quasi organique, même s'il est positionné à distance. Il n'en est pas tout à fait de même pour l'aviation (...). Car ses appareils ne sont pas systématiques disponibles. "Même si a priori, l'emploi de l'aviation en matière d'appui rapproché semble plus intéressant que celui de l'artillerie : elle est plus souple, plus précise, plus rapide dans certaines conditions et autorise un degré d'adaptation plus élevé à la situation du moment. Mais plusieurs facteurs pondèrent toutefois ce jugement. En effet, ce n'est la cas que dans les conditions actuelles de combats réguliers et irréguliers, où les demandes de tir sont relativement peu nombreuses, alors qu'elles le seraient bien plus en cas d'assat blindé adverse (...)." C'est qu'on assiste, devant l'élevation rapide des coûts de l'aviation, à une contractions des flottes. Vers 2020, avoir comme la France ou la Grande bretagne en tout 300 appareils en théorie disponible est considéré comme relevant des forces les plus importantes en Europe. Dans les arbitages budgétaires, les responsables politiques ont plutôt tendance à privilégier à la fois l'artillerie terrestre par rapport à des puissances de feu aérienne, combinant aviation et emploi de missiles, et à s'orienter du côté de l'aviation (notamment pour la reconnaissance aujourdh'ui) au déploiement d'avions sans pilotes, de drônes. Plus, plutôt que de continuer à perfectionner des avions, la préférence va au développement d'études et de recherches en faveur d'appui-feu aérien piloté à distance, sans doute par exemple, dans une combinaison de l'artillerie terrestre et de drônes dotés de moyens offensifs, lesquels seraient pilotés à distance auprès des installations terrestres....

 

Joseph HENROTIN, Quelles mutations pour l'artillerie à l'aune de l'expérience afghane?, dans Défense et Sécurité Internationale, numéro 62, septembre 2010.

 

 

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Published by GIL - dans ARMEMENT
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