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28 octobre 2016 5 28 /10 /octobre /2016 13:36

   Avec cet ouvrage, sous-titré Pour un existentialisme musulman, Abdennour BIDAR (né en 1971), philosophe, essayiste et haut fonctionnaire français, théoricien de la modernité en islam, s'attaque à l'empire de la soumission qu'est l'islam pour des centaines de millions de fidèles. En fait, les nouvelles générations de musulmans de par le monde, en France comme ailleurs, qui vivent dans un monde ouvert, aspirent à vivre leur religion selon une profonde envie de liberté. Comme l'écrit l'auteur, "ils veulent se sentir libres de vivre leur islam. Ils vendent un islam de liberté et une liberté dans l'islam... Le plus souvent pour le meilleur - l'émancipation vis-à-vis des esclavages de la tradition (souvent dirions-nous, la révolte couve sous le voile...), et parfois pour le pire (facette bien plus spectaculaire même si elle est minoritaire, dirions-nous encore) - la revendication de n'importe quelle forme radicale d'expression religieuse."

Dans ce livre écrit entre 2006 et 2008, édition en 2008 et réédité depuis, il s'agit de bien montrer que si des siècles de traditions théologiques ont enfermé l'Islam, l'assimilant à la seule soumission à un Dieu dont les hommes ne seraient que les serviteurs - on trouverait un mouvement de pensée semblable pour la Chrétienté conçue comme soumission à Dieu, également - être musulman ne signifie pas se soumettre éternellement, mais au contraire se conduire en "immortel" et assumer en soi cette part de transcendance. C'est un nouvel existentialisme qu'il tente ici d'édifier avec audace. Non plus en athée ou en chrétien, mais pleinement musulman, et pour se faire il opère un retour sur l'esprit et la lettre des textes fondateurs de l'islam. Il met en évidence la liberté de l'homme et de la femme - une revendication majeure qui s'est révélé lors des différé"dents "printemps arabes", une revendication portée réellement également durant des siècles par des tradition non soumises à des lectures très orientées du Coran. 

Prolongeant ici sa réflexion sur l'islam tel qu'il est déjà vécu aujourd'hui en Europe par la plupart des femmes et des hommes de culture musulmane, il explicite davantage sa conception d'un self-islam. Il s'agit d'un islam vécu par les musulmans libres qui prend sa distance par rapport à une tradition religieuse et une coutume sociale. "Le self-islam se définit donc, écrit-il, donc par l'adhésion de l'individu au principe fondamental de la liberté personnelle de pensée et de conscience, pour soi et pour autrui. Il caractérise des musulmans respectueux de toutes les options existentielles (diversité des croyances, athéisme). Et, sur la base de ce droit à tous pour la liberté, des musulmans spontanément d'accord avec les principes éthiques majeurs de nos sociétés : égalité entre les hommes et les femmes du droit de choisir sa vie, légitimité du souhait de changer de religion, ou de n'en pratiquer aucune, séparation entre les Eglises et un Etat qui n'impose aucune "religion officielle". Le fait que cet "islam du choix personnel" existe bel et bien, malgré l'incrédulité ou l'ignorance persistante dont il est trop souvent entouré, et qu'il constitue même le mode d'être d'un majorité de musulmans européens est attesté par toutes les études sociologiques qui analysent les modes et les évolutions de la présence musulmane en Europe." Il cite les travaux entre autres de Jocelyne CÉSARI et d'Olivier ROY.

Ce self-islman, qui n'est pas un "islam à la carte" avec un choix libre des textes du Coran, ni un "islam individualiste", où la religion deviendrait histoire personnelle, est dans cet ouvrage approfondi de plusieurs manières, notamment à travers une réflexion existentialiste (les références étant Soren KIERKEGAARD, Gabriel MARCEL, Présence et immortalité, Flammarion, 1959). 

Refusant les interprétations usuelles des oulémas qui veulent accaparer l'interprétation du Coran qui ont immobilisé l'islam vers le Ive siècle de l'Hégire (900 après JC), BIDAR reprend à grand frais l'exégèse, entre les réflexions contradictoires de Jacques BERQUE et de Rémi BRAQUE. "La question est donc de savoir s l'on peut aujourd'hui oser une lecture existentialiste du Coran sans que cela exprime une révolte métaphysique contre la volonté et la prédestination de Dieu. Peut-on donner à l'islam les ressources théologiques nécessaires pour remplacer la soumission, non par une insoumission dont la religion fait souvent la marque d'une suggestion du diable, mais par une liberté humaine qui s'exprimerait avec le consentement même de Dieu?

Que s'est-il donc passé, poursuit-il, dans la genèse primitive de notre tradition pour qu'elle devienne cette religion de la soumission? Le mot même d'islâm vient en arabe d'une racine qui recèle les idées de paix (salâm), de droiture, pureté et perfection, de préservé ou protégé dans son intégrité. Et la relation à Dieu impliquée par cette racine implique davantage la confiance que la servitude - l'islam désignant ainsi la situation spirituelle de l'homme qui se fie à Dieu et s'appuie sur lui (et non pas qui se soumet à lui) pour qu'il le conduise ou le porte jusqu'à ce qu'il atteigne la perfection dont son être est capable. Dieu est là pour nous aider à libérer cet être profond, à devenir nous-mêmes.

Quelle fut donc la responsabilité exacte de toutes les premières interprétations qui, entre le VIIIeme et le XIIeme siècle de l'ère chrétienne, ont imposé la compréhension déformée d'un islam synonyme de soumission?". Il commence par les conditions de construction de cette représentation, une véritable mytho-histoire, pour reprendre les termes de Mohammed ARKOUN (Joseph MAÏLA, De Manhattan à Bagdad, au-delà du Bien et du Mal, Desclée de Brouwer, 2003). L'homme est conçu comme "la meilleure des créatures" de Dieu, sa favorite - mais son esclave tout de même; N'y-t-il pas une autre anthropologie possible à partir du Coran? Il s'agit dans cet ouvrage d'élaborer cette nouvelle anthropologie islamique, dans une enquête à deux temps.

D'abord en instruisant une critique philosophique, linguistique et historique de la validité des définitions de la nature humaine qui ont déjà été données par différentes lectures du texte toujours centrées sur la représentation de l'homme esclave de Dieu. Ensuite en construisant une autre anthropologie possible à partir du Coran, notamment à partir des passages, des indices qui font dans le texte l'homme l'héritier de Dieu.

 

Abdennour BIDAR, L'islam sans soumission, Pour un existentialisme musulman, Albin Michel, collection Espaces libres, 2012, 280 pages.

 

 

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