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10 décembre 2016 6 10 /12 /décembre /2016 08:59

   Sans craindre les anachronismes historiques, osons une comparaison entre les comportements lors des grandes pandémies en Europe au Moyen-Age et à la Renaissance et lors des pollutions chroniques contemporaines. 

Mettons pour l'instant de coté le fait que la dernière grande pandémie découle directement de la Première Guerre mondiale et que les grandes épidémies de peste proviennent en partie d'opérations militaires de siège de villes, suite à l'utilisation de cadavres d'hommes ou d'animaux comme armes biologiques. 

Lors des grandes pandémies au MA en Europe, contrairement à ce qu'on pourrait croire, les premières réactions ne furent pas de procéder à des prophylaxies radicales. Au contraire, entre le report des causalités sur des phénomènes religieux et les accusations contre les minorités, notamment dans les villes (juifs, autres confessions), il s'git d'abord comme aujourd'hui de désigner des coupables dont le châtiment est censé faire reculer le fléau. Les bûchers d'autrefois sont remplacés par des procès aux pollueurs, mais l'intention de bouc émissaire reste la même. On veut croire à des événements exceptionnels dont on peut éliminer les conséquences par des actes ponctuels contre des coupables (facilement) désignés. 

Il ne s'agit pas de prendre des mesures globales, et à cela plusieurs grandes raisons qui alimentent le déni sur la gravité et la profondeur et la longévité des maux :

- les intérêts économiques du moment interdisent des mesures radicales. Les premières réactions (qui perdureront d'ailleurs un certain) lors des épidémies anciennes étaient de fermer les portes des villes, non seulement pour empêcher des malades d'y entrer, mais surtout pour empêcher les populations de sortir, le commerce serait alors détruit, et avec la position financière des puissants... Comme aujourd'hui, malgré l'ampleur des pollutions (au caractère parfois spectaculaire!), il ne faut surtout pas bouleverser les grands équilibres économiques et encore moins toucher aux intérêts industriels, commerciaux et financiers des firmes polluantes (quel que soit la modalité de la pollution...). Le chantage à l'emploi demeure encore la meilleure arme pour dissuader de prendre des mesures profondes contre les atteintes (radicales)... à l'environnement

- les mentalités religieuses des époques anciennes mettent sur le compte de manifestations surnaturelles ces pandémies dévastatrices. La chasse aux sorciers et aux sorcières (juifs de préférence) demeure la meilleure manière de faire cesser le fléau. Il s'agit alors de les mettre sur le compte de puissances extra-humaines. Aujourd'hui, les climatosceptiques ne sont pas très différents de ces hommes-là : ils mettent sur le compte de phénomènes naturels malheureux (l'activité du soleil, des conjonctions malheureuses du climat...) ce qui pourtant s'avèrent bel et bien le résultat d'activités humaines. Sans compter que se conjuguent souvent entre eux ignorance scientifique, foi religieuse parfois outrageuse et intérêts matériels très bien compris... La recherche d'un bouc émissaire domine la nécessité de trouver des remèdes...

- les réactions sont d'abord individuelles et groupales plutôt que collectives. L'intérieur particulier passe avant un intérêt général mal compris. Les réactions des bourgeois à la peste sont d'abord de fuir les lieux où elle se manifestent, en tentant - mais les autorités des villes les contrarient pour cela - de quitter la ville pour la campagne (qui empeste moins...).

- L'hygiène était très défaillante à ces époques (on pouvait se laver tout habillé...), notamment dans les rues des villes, les épidémies pouvaient s'y propager très vite. L'hygiène envers l'air étant très défaillante à notre époque, les pollutions s'alimentent les unes aux autres, gaz toxiques et micro-particules alimentent les poumons de manière très collaboratives. Ce qui ne se voit pas immédiatement - les microbes comme les gaz polluants - est ignoré, n'existe pas, est soit-disant dilué dans un tout immense, sauf que la planète est une sphère fermée et cela rend difficile l'évacuation éternelle des polluants... Et lorsque cela est connu, notamment des autorités savantes (au MA) ou scientifiques (de nos jours), l'ensemble des autorités politiques préfèrent ignorer le mal pourtant massivement là, car tout changement dans les manières de faire menacent les "grands équilibres économiques". Au MA, cela signifie la conjonction des systèmes pénitentiels des Eglises et des petits commerces (notamment de viande et d'eau, mais aussi des chevaux) des villes. De nos jours, cela signifie la conjonction des croyances aux bienfaits des techniques et des petits (et des grands) commerces autour de la voiture et du pétrole.

- Enfin, dernier point d'analogie, les différents comportements des différentes couches de la population. Les classes sociales capables de comprendre le danger de la peste comme de la pollution cherchent d'abord à s'en prémunir - par isolement de quartiers des villes ou par emploi de technologies filtrantes dans les habitations, sans s'occuper de la totalité de la communauté. Des solutions techniques (illusoires mais c'est une autre affaire) sont recherchées, qui permettent des protections tout en gardant le fonctionnement "normal" de la société... Alors que ce sont souvent les classes les plus pauvres qui souffrent les premières de la pollution, des politiques globales ne sont mises en place que lorsqu'il apparait évident que les classes les plus riches ne peuvent s'en protéger... Et souvent, il est trop tard pour empêcher la propagation de la peste (ou du choléra) comme de la pollution, car on a perdu du temps à rechercher des solutions techniques particulières... 

RAGUS

 

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