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10 décembre 2016 6 10 /12 /décembre /2016 10:58

    François EUVÉ (né en 1954, théologien jésuite français et professeur au Centre Sèvres, rédacteur en chef de la revue Etudes (depuis 2013), est l'auteur d'une Histoire du péché, qui ne se limite pas au péché originel (même s'il est l'objet du plus long chapitre de son livre), qui s'inscrit dans une perspective large, faisant le lien entre les réflexions originelles des Pères de l'Eglise et la théologie contemporaine. Il s'étend longuement sur les pratiques chrétiennes avant de faire une place aux théories théologiques. Influencé notamment par la pensée de Paul RICOEUR, il évite de prendre globalement parti dans les débats actuels pour tenter de faire comprendre concrètement les ressorts de la pensée sur le péché.

  A la lecture de son livre, on garde l'impression d'une tentative de réhabilitation de la notion de péché, sans toutefois sans être la reprise pure et simple des considérations théologiques antérieures. Le renouvellement de la réflexion sur le péché se fait à l'aide d'une approche anthropologique et historique qui montre à la fois ses variations et ses contradictions dans l'Histoire. Le retour sur les pratiques anciennes permet à la fois de comprendre et de concevoir un autre sens du péché. Dans ses trois parties (plus une introduction et une conclusion, l'auteur  décrit une Histoire à la fois du péché et de la confession. Si le péché est devenu une notion problématique face aux conceptions modernes sur la nature et le souci de soi, c'est parce que le christianisme lui-même a évolué et singulièrement sur la question du péché originel. Précisément, pour lui, le traitement de la question du péché originel est la voie royale vers une anthropologie de la liberté qu'il vise. Elle est un moyen de sortir d'une vision trop étroitement individuelle du péché, afin de remettre au premier plan le "péché du monde" ou encore le "péché social". L'accent mis exclusivement, y compris d'ailleurs dans une certaine pastorale, sur la responsabilité individuelle finit par faire oublier que l'a personne s'inscrit dans une société et une histoire. Non seulement elle nait dans un monde donné et subit, vit dans un environnement social qui s'impose à lui, mais elle vit et subit également tout ce qui a été fait auparavant sa naissance. Il résulte de plus de l'expérience de la guerre (médiatisé ou subie directement) et des camps de la mort, et de tout le déchainement de violence au XXème, comme de leur prise de conscience, une approche plus sociale (au sens de présence dans la société) de la question du mal. Ce que la tradition théologique voyait surtout dans une perspective diachronique, sous la forme de l'héritabilité du péché d'Adam, peut prendre une perspective synchronique. La personne est prise, qu'elle le veuille ou non, dans une dynamique sociohistorique, et on ne peut, en parlant du péché, se réduire à une perspective d'hérédité ni à une perspective sociale d'ici et maintenant. 

La question de la violence et du mal, dont le traitement ici doit beaucoup aux oeuvres de l'historien Jean DELUMEAU sur le péché et la peur en Occident, se trouve renouvelée. Egalement en s'appuyant sur le renouveau opéré par Vatican II concernant le sacrement de la réconciliation. La pastorale de la peur, qui garde au sein de l'Eglise de nombreux partisans, doit faire face à une autre pastorale, orientée bien plus sur la réalisation pratique, profonde et réelle de la réconciliation, avec cette nouvelle conception de la pénitence et du péché. 

Comme l'écrit Jacques SYLVESTRE (dans sa chronique dans www.spiritualité2000.com), on peut se demander la raison du titre "Crainte et tremblement". Seul un passage de l'introduction semble justifier ce titre qui est aussi celui (en traduction française) d'un ouvrage du philosophe danois KIEKEGAARD : "Il faut d'abord évacuer les fausses représentations qui encombrent l'esprit et empêchent d'accéder à ce que (la) tradition (chrétienne) porte de plus essentiel. La vie chrétienne n'est pas toute de crainte et de tremblement devant une divinité inquiétante et lointaine."...

Christophe THEOBALD, du Centre Sévres, Facultés Jésuites de Paris, écrit (www.cairn.info), que "certes une visée apologétique, au sens noble du terme, n'est pas absente de ce parcours à dominance historique. François Euvé prend en effet au sérieux les objections qui, tout au long des derniers siècles, se sont accumulées contre le discours ecclésial du péché. Mais son intérêt pour l'anthropologie ouvre ce livre sur un horizon bien plus large, lui permettant de rejoindre effectivement le lecteur, croyant ou non, se reconnaissant ou non dans le discours de l'Eglise, dans son simple intérêt fondamental à moins comprendre sa propre destinée et celle de l'histoire du monde. Il aurait été souhaitable, me semble-t-il, qu'un léger métadiscours méthodologique ou épistémologique explicite les options de l'auteur, exposées par ailleurs dans un style agréable, très accessible et sans cesse propulsé par des référence à la littérature et à la culture." Il signale très justement l'ample bibliographie de la fin du livre. On ne peut que signaler aussi, avec lui, l'ouvrage collectif, publié par Joseph FAMERÉE et Paul SCOLAS, L'invention chrétienne du péché (Le Cerf/Université catholique du Louvain, 2008).

François EUVÉ, Crainte et tremblement. Une histoire du péché, Seuil, 2010, 400 pages.

 

 

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