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6 juin 2017 2 06 /06 /juin /2017 09:18

    Quatrième secrétaire général de l'ONU, Kurt Josef WALDHEIM (1918-2007), homme d'Etat autrichien, mène une carrière politique et diplomatique, qu'il poursuit après son passage aux Nations Unies, comme président fédéral de la République d'Autriche de 1986 à 1992. Premier secrétaire à l'ambassade d'Autriche à Paris jusqu'en 1951, puis directeur du département du personnel du ministère des Affaires étrangères autrichien, il devient en 1955 observateur permanent de l'Autriche après de l'ONU, puis de 1956 à 1960 ambassadeur au Canada. Représentant de son pays à l'ONU de 1964 à 1968, il participe à des travaux sur l'utilisation de l'espace extra-atmosphérique, avant de retourner en Autriche. Représentant de son pays de nouveau de 1970 à 1972, il se porte candidat du parti conservateur autrichien aux élections présidentielles où il est battu. Elu en 1972 secrétaire général des Nations Unies, il accomplit deux mandats successifs à ce poste. Prolixe en ce quo concerne sa double carrière politique et diplomatique, Kurt WALDHEIM n'évoque que très peu son passé nazi, qui lui vaut d'être déclaré persona non grata aux Etats-Unis et dans d'autres pays au milieu des années 1980. Il faut sans doute écrire à sa décharge que n'être pas au moins sympathisant nazi sous la seconde guerre mondiale en Autriche pouvait coûter toute une carrière. A contrario, d'autres hommes politiques autrichiens ont choisi l'option de la résistance, souvent en s'exilant. En tout cas, compte tenu de ses orientations politiques conservatrices (tous les glissements idéologiques sont alors possibles), son action à la tête du secrétariat général des Nations Unies est plutôt jugée positive, dans le fil droit de ses prédécesseurs.

     A la tête de l'ONU, Kurt WALDHEIM voyage beaucoup, s'impliquant fortement pour régler les conflits (Inde/Pakistan en 1971, invasion du Cambodge par le Vietnam, révolution iranienne à partir de 1979, guerre Iran-Irak qui début en 1980, conflit israélo-arabe, en particulier la guerre du Kippour en 1973... affaire de Chypre), faisant preuve d'une diplomatie prudente, compte tenu de l'hostilité persistante des deux Grands à de trop grandes initiatives. Il contribue à l'invitation de l'Organisation de Libération de la Palestine (OLP) à l'assemblée générale en 1974. Il réagit aux massacres de Hutus au Burundi, que dans un rapport de juin 1972, il qualifie de génocide. Ses efforts ne sont pas toujours couronnés de succès : il échoue à sauver les otages américains à Téhéran en 1979, mais est toutefois réélu pour un second mandat par acclamation en 1978. 

    Sans établir de nouvelles politiques ou de nouvelles conceptions, il s'efforce de promouvoir le développement économique des pays les plus pauvres. Sous son double mandat se développe la pratique de grandes conférences thématiques (sur l'environnement, l'habitat humain, la sécurité alimentaire...), mais, critiqué par de nombreux Etats du tiers-monde qui le trouvent trop pro-occidental, ses efforts sont souvent contrariés... Seule conception à avoir été impulsée en partie par le secrétaire général, le "nouvel ordre économique international", apparu vers 1974 dans l'enceinte onusienne, tombe la décennie suivante en désuétude. 

   L'ensemble de l'activité de l'organisation internationale est obéré par l'opposition des Etats-Unis, qui cessent, faute de pouvoir ruiner politiquement son activité, de payer leur contribution financière à l'Organisation Internationale du Travail (OIT) en 1971 et s'en retirent en 1976-77 avec le soutien du principal syndicat américain, l'AFL-CIO (opposition à l'activité normative de l'OIT), y revenant seulement en 1980-81. Ils quittent aussi l'AIEA en 1982 pour y revenir l'année suivante, l'UNESCO en 1984...Une pratique courante des Etats-Unis pour freiner l'activité de l'ONU est de retarder le paiement de ses échéances, tarissant ainsi sa trésorerie. Dans la seconde moitié des années 1970, les Etats-Unis considèrent l'ONU comme un problème. Ils critiquent sa "politisation", estimant qu'elle penche trop du côté des pays communistes et des pays du tiers-monde. L'attitude des Nations Unies envers Israël et la question palestinienne est également critiquée par les Etats-Unis. La superpuissance occidentale dénonce la condamnation de la politique sociale d'Israël dans les territoires occupés en 1974 et l'admission de l'OLP comme observateur à l'UNESCO et l'OIT en 1975. C'est dans ce climat que Kurt WALDHEIM échoue à obtenir un troisième mandat, devant le veto de la Chine.

   Dans un entretien réalisé à Vienne en 2004 par Romuald SCIORA, Kurt WALDHEIM explique  entre autres que "depuis ses origines, le sort du tiers-monde s'est trouvé lié aux Nations Unies et les Etats décolonisés se sont organisés au sein de celles-ci. Des groupes régionaux se sont formés, tenant des conférences qui ont certainement contribué à développer la conscience nationale de la plupart de ces pays. Comme secrétaire général, j'ai vécu une belle expérience, j'étais vraiment heureux que ces peuples puissent espérer une vie meilleure, surtout d'un point de vue économique. Hélas, la pauvreté n'a toujours pas été dépassée. Les pays ne voie de développement, en Afrique, en Asie ou en Amérique Latine, ont néanmoins acquis un poids particulier au sein des Nations Unies, gagnant leurs galons auprès des grandes puissances et des état moyens. C'est pourquoi ces derniers ont systématiquement cherché à séduire les nouveaux Etats pour gagner leur soutien lors des votes onusiens, où chaque voix compte." En ce qui concerne l'évolution des rapports Nord-Sud les années suivantes, "il faut passer des discours aux actes. (...) Force est de constater que l'on a toujours pas réussi à combler ce fossé Nord et Sud ni à jeter les bases saines pour la vie en commun des peuples. Aussi longtemps qu'il n'y aura pas assez à manger pour tous, la stabilité du monde ne sera pas garantie. Les conflits politiques, jusque dans les aspects militaires, découlent de cette problématique". Il estime que "l'on a placé à l'époque (où il était secrétaire général) de trop grands espoirs dans les Nations Unies, et en particulier dans son secrétaire général. Aujourd'hui, les illusions ont cédé la place au réalisme. Chacun sait bien que le secrétaire général n'est pas Superman, et qui lui aussi a besoin de l'aide des Etats membres. Si tout le monde coopère, surtout les grandes puissances, la machine peut fonctionner et se révéler être un instrument incroyablement précieux au service de la communauté internationale pour rétablir la paix, résoudre les grands problèmes humanitaires et favoriser le développement économique." Face aux grands défis du XXIème siècle, il est "convaincu que l'ONU, malgré toutes ses faiblesses, reste irremplaçable. Hélas, on s'arrête généralement à l'aspect politique de son oeuvre, en négligeant ses efforts pour améliorer les conditions de vie et de travail des êtres humains par le biais de ses multiples branches sectorielles. (...). J'ai mesuré moi-même la reconnaissance des réfugiés lorsqu'ils reçoivent l'aide de l'Organisation par exemple. N'oublions pas non plus que le travail préventif des Nations-Unies sur le terrain permet souvent d'éviter le déclenchement de nombreux conflits. L'ONU est une organisation extrêmement utile, qu'il faut soutenir. Cependant, ses structures ont vieilli et les intérêts des Etats divergent tellement qu'il est aujourd'hui difficile de dire si toute négociation aboutira bien au but. Il appartient au comité de révision de la Charte de proposer les évolutions appropriées, avec prudence."

  L'ensemble des documents sur son activité à l'ONU est aux archives à New-York, des affaires administratives et de gestion aux opérations de secours d'urgence des Nations Unies.

   Paul PASTEUR précise qu'en décembre 1981, la République de Chine met son veto à un troisième mandat. "Entre autres crises, Kurt WALDHEIM a été confronté à la guerre du Kippour de 1973 ; à cet égard, une trop grande proximité avec l'Union Soviétique et surtout avec les pays arabes lui a souvent été reprochée." Et c'est non à cause de la polémique sur son passé sous le régime nazi, mais à cause de cette proximité (rivalité Chine-URSS oblige...) qu'il n'a pas été réélu. Rappelons simplement que ce n'est qu'en mars 1986 que le New York Times donne les premières informations qui entraineront, avec d'autres à leur suite, la grande polémique contre l'ancien secrétaire général, devenu alors président de l'Autriche.

      

Romuald SCIORA, entretien avec Kurt Waldheim, dans L'ONU dans le nouveau désordre mondial, Sous la direction de Romuald SCIORA, Les éditions de l'atelier/ Les éditions ouvrières, 2015. Chloé MAUREL, Une brève histoire de l'ONU au fil de ses dirigeants, éditions du croquant, 2017. Paul PASTEUR, Kurt Waldheim, dans Encyclopedia Universalis, 2014. 

 

PAXUS

 

Complété le 12 juillet 2017.

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