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16 septembre 2017 6 16 /09 /septembre /2017 13:05

   Daniel CHARLES, reprenant le découpage traditionnel des périodes de l'histoire de l'Occident, tout en ayant conscience sans doute que la Renaissance n'est pas vraiment la renaissance pour tout le monde à l'époque, continue de dessiner les traits de l'évolution de l'histoire de l'esthétique.

"A l'idée - propre à l'époque romane - d'un déchiffrement de la Nature, tenu pour seul susceptible de restituer aux apparences leur armature secrète, l'esprit de l'art gothique avait opposé le primat de l'observation des réalités physiques, mais le débat essentiel, celui du fonctionnel et de l'ornemental, témoignait, vers la fin de Moyen Age, du caractère second, ancillaire, de l'art comme tel, au regard de la vie contemplative.

C'est à la laïcisation de l'art que procède, à Florence d'abord, le Quattrocento ; avec la peinture de chevalet, le naturalisme déplace le champ d'exercice de l'artiste de l'invisible au visible, du contemplé à l'agi. Si la nature vaut pas sa présence et non plus en tant que symbole d'une transcendance, alors l'intérêt porté aux surfaces visibles ne risque plus de faire oublier Dieu ; d'où le sensualisme et la gratuité des recherches plastiques. Contre l'aristotélisme padouan, une flambée néo-platonicienne s'allume, principalement autour de Marsile Ficin ; c'est lire des ludi matematici et de l'application des sentences pythagoriciennes. C'est aussi et surtout l'époque des théories de la perspective : on assiste à une mathématisation de l'art, qui triomphe avec Léonard de Vinci (1452-1519)."

Marsile FICIN (1433-1499) exerce sur la philosophie, selon par exemple A RIVAUD dans son Histoire de la philosophie, en Italie et en dehors, l'influence la plus forte. Alors que les tout proches maîtres padouans prônent ARISTOTE, lu dans sa version averroïste, il en dénonce le matérialisme et le panthéisme larvé, et se déclare en revanche convaincu qu'"avec quelques changements, les platoniciens seraient chrétiens" (Prologue de la Théologie platonicienne). C'est surtout par la version latine de FICIN que le XVe et XVIe siècle connaissent ensuite PLATON et c'est aussi son exégèse qui impose pour longtemps une image du platonisme proche de la philosophie alexandrine. Dépassant l'humanisme littéraire des générations passées, se défiant du "scientisme" naissant qui n'invoque ni PLATON ni ARISTOTE mais ARCHIMÈDE, ce sage, citoyen de Florence, contemporain de Nicolas de CUES, de MACHIAVEL, de Pic de LA MIRANDOLE, de Léonard de VINCI, retourne aux choses antiques" et élabore une sorte de religion naturelle qui ignore l'inquiétude du péché et se tend tout entière vers la recherche d'un salut qui a nom sérénité. (Maurice de GANDILLAC, Universalis)

L'esthétique d'Alberti (1404-1472) est particulièrement représentative du syncrétisme de la Renaissance italienne : on y décèle en effet les trois composantes essentielles (médiévale, néo-platonicienne et scientiste) du nouvel esprit. De l'aristotélisme et du thomisme, Alberti conserve la réduction du problème du Beau à une connaissance à un savoir rationnel, et l'idée de l'imitation comme participation du créateur à l'Acte suprême, à la Nature naturante. Du néo-platonisme, il retient le thème de la cosmologie des nombres. A la science moderne, enfin, il emprunte le principe d'une application rigoureuse des découvertes de l'optique. (...)". De Pictura (1435) est un jalon décisif dans l'histoire de l'esthétique. (Daniel CHARLES)

      En fait, rares sont les domaines que Leon Battista ALBERTI n'aborde pas. Homme de lettres, défenseur de la langue italienne, moraliste, mathématicien, mais surtout théoricien de l'art et architecte, l'humaniste s'est acquis dès la Renaissance une réputation universelle. Ses ouvrages sur les arts figuratifs et l'architecture constituent les premiers traités des Temps modernes, ses projets d'édifices créent un nouveau langage architectural, synthèse hardie de l'Antiquité et d'une modernité déjà mise en oeuvre par Filipo BRUNELLESCHI. Très vite, ALBERTI devient un maitre : moins d'un siècle après sa mort, il restait une autorité, et VASARI, dans la première édition des Vies, rendit hommage au "Vitruve florentin". L'oeuvre d'ALBERT, si diverse soit-elle, est sous-tendue par les même valeurs : responsabilité de l'homme devant son destin, pouvoir de la vertu, foi dans le pouvoir créateur de l'esprit humain, ce qui n'exclut pas un certain pessimisme lié aux vicissitudes de sa propre existence et à la fréquentation des cours princières et pontificale. (Frédérique LEMERLE)

    "Mais dans le De re aedifficatoria (1452), Alberti livre le fond de son esthétique, avec la définition négative de la beauté comme concinnitas (harmonie) : "La beauté est une certaine convenance raisonnable gardée en toutes les parties pour l'effet à quoi on veut les appliquer, si bien que l'on n'y saurait rien ajouter, diminuer ou changer, sans faire étonnamment tort à l'ouvrage." Et aux trois catégories énoncées dans le De pictura répondent, pour l'architecture, les trois exigences de numerus (recherche des proportions parfaites), finito (arabesque ou arrangement "organique" des masses), collocatio (ordonnance rigoureuse des éléments les uns par rapport aux autres). La forme, qui dépend du numerus et de la collocatio, doit être rendue vivante par la finition : ce rationalisme est déjà une classicisme.

C'est également un humanisme : Dans le De statua (1434), Alberti insiste sur la nécessité d'"exécuter les travaux de façons qu'ils paraissent aux spectateurs ressembler le plus possible aux corps véritables créés par la nature" ;et, de ces corps, celui qu'il faut restituer le plus fidèlement, parce qu'il est le plus noble, c'est le corps humain. (...). L'art se vouera désormais à l'homme, et non plus à Dieu." (Daniel CHARLES)

  On imagine bien que cette évolution, notamment dans les milieux de l'Eglise, ne se déroule pas dans les petits bruits de débats d'artistes. Elle suscite des résistance et constitue un point important de conflits entre des mécènes (dont les MÉDICIS en première ligne à la vie rien moins ascétique (litote...) et des autorités religieuses ou politiques. Les divergences, dont les débats esthétiques témoignent seulement traversent notamment le haut clergé, lequel voisine à cette époque, dangereusement pour certains, avec les pouvoir politiques. Avec la Renaissance intervient une remise en cause de l'esthétique dominante, sous la poussée même d'un esprit scientifique qui ne se contente plus d'ânonner les vérités contenues dans les Livres sacrés. Le développement d'un néoplatonisme médicicéen, qui fait souvent travailler ensemble penseurs et artistes, annonce des divergences encore plus profondes pour la suite. 

 

Daniel CHARLES, Esthétique - Histoire, dans Encyclopedia Universalis, 2014.

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Published by GIL
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