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19 septembre 2017 2 19 /09 /septembre /2017 07:55

   Jean-Claude CHESNAIS, de formation économiste et démographe est l'auteur de nombreux ouvrages et articles (notamment dans la revue Population) consacrés aux problèmes démographiques. Il est par ailleurs auteur d'une Histoire de la violence. Chercheur à l'institut national (français) d'études démographiques (INED) de 1975 à 1984, directeur de recherches de cet institut depuis 1985, enseignant à l'Ecole Nationale d'Administration, sa thèse de 1976 porte sur Les morts violentes.

   Ses ouvrages principaux portent sur la démographie et les différents dangers qui se rattachent à son évolution : La population du monde : enjeux et problèmes (co-directeur) en 1997, La démographie en 2002, La population du monde : géants démographiques et défis internationaux (2002), Le crépuscule de l'Occident (1995). On notera, en ce qui concerne ses articles, celui qui porte sur la Géopolitique de l'Eurasie : le point de vue du démographe, fresque des situations démographiques de la zone la plus peuplée du monde de l'Europe à l'Asie (sur diploweb). Il y aborde les problèmes démographiques qui tient compte des conditions dans lesquels se passent les mouvements migratoires (rôle des réseaux mafieux, des systèmes plus ou moins décentralisés, des niveaux différents d'évolution économique, des systèmes politiques plus ou moins autoritaires, des politiques de certains Etats pour attirer dans leur pays les élites, des situations de conflits...). Il s'y montre particulièrement critique par rapport aux données démographiques produites par certains Etats (notamment la Chine, "experte en falsification statistique")

   Dans Le crépuscule de l'Occident, réédité en 2005 (Laffont), Jean-Claude CHESNAIS veut à la fois exposer les tendances fortes démographiques et lancer un avertissement sur un déclin relatif de l'Occident. Il écrit que l'évolution de la population n'est pas exponentielle. Le mythe de sa croissance continue est donc pure illusion : elle s'est accéléré jusqu'en 1965, avec 2% de taux de croissance ; maintenant, celui-ci tend vers 1% au niveau mondial. Il tombera à 0% en 2040. Une diminution globale de la population humaine s'ensuivra.

Face à ce constat, l'ensemble des pays du globe ne se trouve pas logé à la même enseigne. En matière démographique, deux grandes zones planétaires peuvent être considérées : une première, en phase de croissance rapide, recouvre l'Afrique subsaharienne et le Moyen-Orient ; une seconde, l'Europe et l'Asie, entre en phase de maîtrise démographique plus ou moins forte. Dans cette dernière zone, la Corée a la plus basse fécondité du monde avec un niveau de remplacement des générations de l'ordre de 50%.

L'augmentation à venir de la population sera caractérisé par une croissance des populations âgées, voire très âgées. Les personnes de plus de 85 ans, à l'échelle du monde, seront multipliées par un facteur 10 à l'horizon 2050. Au contraire, l'augmentation globale de la population entre 2006 et 2050 sera de l'ordre de 40%. La pyramide des âge subira donc un retournement complet.

Par ailleurs, la carte du peuplement va se modifier de manière beaucoup plus importante en 50 ans qu'elle ne l'a fait en plusieurs millénaires. Ainsi, les déplacements humains entre la planète en expansion démographique et la planète en contraction démographique vont croître. Ce qui se passe actuellement en Amérique du nord le monde : son noyau de peuplement autour des WASP (White Anglo-Saxons Protestants) est minoritaire en Californie, dans les Etats de l'Ouest et du Sud. Des phénomènes similaires se produisent aussi en Europe : le sud de l'Espagne est en train de se peupler de migrants en provenance de l'Afrique. Ainsi, ces cinq dernières années la population espagnole a augmenté de 4 millions d'individus en raison de mouvements humains de l'Afrique vers l'Espagne alors même que ce pays est en situation de sous-fécondité.

Ces phénomènes de migration s'accompagneront également d'une reconfiguration des identités humaines à l'échelle des pays. Une déseuropéanisation du peuplement va se produire au profit d'une asiatisation, d'une africanisation et d'une islamisation (Notons qu'au passage l'auteur semble mélanger démographie et religion - rien ne dit que l'Islam ne va pas subir le sort de la Chrétienté en tant qu'entités identitaires...) des groupes de populations. Dans de grandes villes européennes, vers 2030, les habitants de type européen, au sens le plus varié, deviendront minoritaires. L'exemple de la Russie est pertinent : un scénario projette que son peuplement deviendrait à majorité musulmane. Sur 140 millions d'habitants, actuellement présents à l'intérieur des frontières russes, 25 millions sont déjà d'origine musulmane.

Enfin, autre conséquence : les tendances démographiques futures aggraveront certainement les tensions sur l'exploitation des matières premières. Parmi celles-ci, l'eau sera au centre des enjeux (notons que c'est déjà vrai...). Pénuries et stress hydriques évolueront de manière conjointe et importante à l'heure actuelle. Il est à craindre que la courbe de croissance de certains zones de peuplement sur Terre, et notamment en Afrique, n'accentue cette situation.

 

Jean Pierre CHESNAIS, Histoire de la violence en Occident, de 1800 à nos jours, Laffont, 1981 ; La démographie, PUF, collection Que sais-je?, 1990 ; La population du monde de l'Antiquité à 2050, Bordas, collection Atlas, 1991 ; Le Crépuscule de l'Occident, Démographie et politique, Laffont, 1995.

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Published by GIL - dans AUTEURS
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