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20 septembre 2017 3 20 /09 /septembre /2017 12:44

    Publié en 2001, l'ouvrage du général FORGET n'est pas un livre d'histoire, même si l'histoire en constitue la trame. Il retrace de façon synthétique l'évolution de la place des forces aériennes dans la définition et la conduite des stratégies. Selon son propre auteur, il s'agit de dégager les expériences acquises, les enseignements susceptibles de concerner les forces aériennes de demain, leur rôle, leurs concepts d'emploi, le degré de leur complémentarité avec les autres forces, le tout dans un environnement mouvant où l'espace tient une place de plus en plus importante.

Le général FORGET met à contribution également sa propre expérience de nombreux commandements d'unités opérationnelles. De 1979 à 1983, il a commandé la Force aérienne tactique et la 1er Région aérienne à Metz, structure primordiale à l'époque, de l'Armée de l'air. Depuis qu'il a quitté le service actif, en 1983, il se consacre à des études sur la Défense. 

    Entendant par stratégie militaire, l'art de faire concourir les armées à la réalisation des desseins fixés par le politique , puissance aérienne, la capacité d'utiliser l'espace aérien pour des actions offensives et défensives, et pour le soutien opérationnel et logistique des forces, tout en privant l'adversaire de cette possibilité et par stratégie aérienne, l'art d'utiliser la puissance aérienne dans la stratégie militaire, le général FORGET dresse en trois grandes parties une fresque de référence dans le domaine. En effet, rares sont les ouvrages qui traitent de la stratégie aérienne d'une manière aussi globale et aussi précise, en tout cas en langue française.

    Avec quantité de tableaux et d'illustrations diverses, l'auteur nous fait toucher concrètement, au-delà de l'exposé parfois aride des stratégies aériennes, la réalité de cette puissance-là. Ne laissant dans l'ombre ni les grandes erreurs des états-majors (y compris français), ni les contradictions internes aux armées de l'air et externes avec les autres composantes des forces armées, il parcourt cette expérience, des deux guerres mondiales au monde d'aujourd'hui. N'hésitant pas à entrer dans le détail des opérations aériennes historiques, ni dans celui des techniques de l'aérien, il sait s'élever dans des vues globale, qui ne se limitent pas à l'énoncé des théoriciens stratégistes. 

   Il établit à la fin du livre un bilan et des perspectives de la puissance aérienne, notamment en tenant compte des tous derniers développements dans l'aéro-spatial. 

"De l'aéroplane des années 1910 au fait aérien né pendant la Grande Guerre, du fait aérien à la puissance aérienne révélée pendant le deuxième conflit mondial, de la bombe d'Hiroshima à la surveillance permanente de la Bosnie et aux frappes dans les Balkans, les forces aériennes ont apporté la preuve de leur capacité d'adaptation aux contraintes des stratégies les plus diverses. Mieux, ces stratégies, elles les ont marquées d'une empreinte de plus en plus forte jusqu'à y jouer un rôle essentiel.

Rôle essentiel, mais certainement pas rôle exclusif : la puissance aérienne est en effet inséparable des notions de puissance terrestre et de puissance navale, notions qui se complètent, se recouvrent et de toute façon interfèrent entre elles. Douhet n'est plus. Il est allé trop loin dans sa vision prophétique à bien des égards quant au rôle des forces aériennes dans la guerre. Sa doctrine a montré et montre chaque jour davantage ses limites. Personne ne doit douter aujourd'hui que, sauf en cas de crises très particulières, aux enjeux limités, l'occupation du terrain, d'une façon ou d'une autre, est une nécessité. Personne ne doit douter du caractère indispensable du maintien d'une certaine liberté d'action sur mer, pas plus que de l'intérêt des marines pour la projection au loin de forces et pour le soutien de celle-ci. Cela signifie aussi, en retour, que puissance terrestre et puissance maritime sont des notions vides de sens si elles n'intègrent pas elles-mêmes la notion de puissance aérienne prise dans son ensemble.

Puissances aérienne, terrestre, maritime se caractérisent ainsi essentiellement par leur complémentarité - la complémentarité, mot clé pour la conduite de toute stratégie militaire - même si les forces aériennes sont pratiquement toujours engagées les premières, même si elles sont remarquablement adaptées aux actions de rétorsion - signal annonciateur d'une offensive  plus large si l'adversaire poursuit - même si enfin les opérations peut être à dominante aérienne, au même titre qu'elles peuvent être à dominante aéroterrestre ou aéronavale.

Conduire alors des actions aériennes indépendantes dans les domaines tactique, opératif ou stratégique, actions dont les effets sont redoutables compte tenu de la puissance des systèmes d'armes actuels, est une chose. Tout miser sur de telles actions pour contraindre un adversaire résolu et tenace à capituler en est une autre, très discutable. Elle est même un leurre. La Deuxième Guerre mondiale l'avait déjà prouvé, au moins dans le domaine stratégique. Les frappes contre l'Irak, après la guerre du Golfe le confirment. Quant aux actions déclenchées dans les Balkans en mars 99, elles ont montré, par leur durée inattendue, les limites d'un tel concept. Elles relèvent de la notion plus ou moins avouée, importée d'outre-atlantique, de la guerre "zéro mort". Notion dangereuse et qui, de plus, conduit à celle de la guerre "zéro perte en matériel aérien", compte tenu du coût de ces matériels, de la diminution même du volume des flottes et surtout de la résonance médiatique, donc politique, de telles pertes éventuelles. Il en résulte des conditions d'engagement certes plus sûres des forces aériennes, engagement à haute altitude sous la protection d'un solide environnement de contre-mesures électroniques, hors de portée aussi de l'artillerie aérienne et des missiles sol-air genre SA7, Stinger, voire SA6... En revanche, l'identification des objectifs devient dans ces conditions plus difficile tandis que les aléas météo pèsent de façon plus sévère sur le déroulement des opérations elles-mêmes. La puissance aérienne s'en trouve affaiblie.

Ainsi la puissance aérienne, pour être bien admise, doit-elle être replacée, en tant qu'élément de la puissance militaire, dans son véritable contexte, un contexte interarmées. Le développement des systèmes satellitaires ne fait d'ailleurs que renforcer le propos."

 

Général FORGET, Puissance aérienne et stratégies, Economica, 2001, 362 pages. 

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