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22 octobre 2017 7 22 /10 /octobre /2017 07:34

     Von BERENHORST, dont les écrits ne sont pas encore traduits en français, mais qui est évoquée par certains auteurs d'histoire allemande, fait l'essentiel de sa carrière d'officier et d'écrivain en Prusse.

      Après avoir rejoint (à l'âge de quinze ans, mais ce n'est pas exceptionnel à l'époque pour un soldat), l'armée prussienne de FREDERIC LE GRAND, il participe à la guerre de Sept ans au sein de son état-major. Après une carrière diplomatique, il écrit des ouvrages stratégiques et philosophiques ainsi qu'un autobiographie.

Il s'intéresse tout d'abord à la théologie et à la philosophie ; il subit l'influence de KANT et tente d'appliquer certains de ses principes à ses propres analyses stratégiques. BERENHORST fait publier son premier volume de Réflexions sur l'art de la guerre en 1796, qu'il complète par un deuxième (1798) et un troisième volumes (1799). Ses aphorismes sont publiés en 1805. 

Dans ses écrits, il se montre sévère à l'égard des doctrines militaires de son époque, en particulier toutes celles qui visent à faire de la guerre une science exacte. D'après lui, l'application de certains principes de guerre, au niveau de la tactique, peut être justifié dans certains cas, lorsqu'un conflit oppose deux armées de natures fondamentalement différentes. Le combat antique, qui opposait les armées grecques et romaines à des armées moins bien organisées, pouvait voit triompher l'utilisation de certains principes guerriers appliqués de façon plus ou moins rigide. Lorsqu'une armée adopte une approche de la guerre nouvelle qui s'avère supérieure à celle qui prévaut chez ses voisins, comme la Grande Armée de NAPOLÉON, elle est victorieuse jusqu'au moment où les autres armées commencent à combattre selon les mêmes méthodes. A partir de ce moment, son avantage initial disparait.

Selon BERENHORST, la guerre ne peut être assimilée aux sciences exactes (on peut d'abord à la géométrie en deux dimensions...) parce que l'expérience historique démontre que les exceptions aux lois de la guerre sont trop nombreuses pour que l'on puisse raisonnablement établir des lois générales. La guerre ne peut donc être réduite à une science, comme le voudraient les modernes, ni à un art, comme le croyait les anciens. L'analyse de la guerre selon les règles de l'art  ou selon les principes prétendus scientifiques aboutit à des conclusions qui sont en contradiction avec la réalité. La guerre de Sept ans, par exemple, démontre qu'une armée combattant au mépris des lois fondamentales de la guerre peut vaincre une armée qui applique les principes à la lettre. Pourquoi cette contradiction? s'interroge-t-il. Parce que les théoriciens se sont trompés sur la véritable nature de la guerre et sur les facteurs qui déterminent réellement l'issue d'une bataille ou d'un conflit. Les facteurs moraux et psychologiques jouent un rôle essentiel dans la guerre tout comme l'imprévu et le hasard. C'est à la fois la force spirituelle qui animait ses hommes et sa propre chance qui permirent à FREDERIC de mener son armé à la victoire lors de la guerre de Sept ans, plutôt que ses qualités de général. Dans le débat opposant les adeptes du choc aux partisans du feu, BERENHORST défend la tactique du choc qui met en avant la force physique et morale des troupes, et il minimise le rôle de l'officier tout en élevant celui du simple soldat. En général, son analyse limite le rôle de l'individu et met en relief celui des masses populaires. Il se montre critique envers FREDERIC, l'accusant de ne pas avoir su exploiter certains éléments importants, comme le nationalisme. L'analyse critique de BERENHORST annonce les théories de CLAUSEWITZ, en particulier celles qui mettent en lumière les facteurs psychologiques et moraux et le rôle du hasard dans la guerre. Méfiant à l'égard de toute approche réductrice de la guerre, il appréciera néanmoins le système de JOMINI dont il approuve l'analyse des principes de guerre napoléoniens. (BLIN et CHALIAND)

 

     BERENHORST fait partie d'une importante vague de penseurs allemands, qu'ils soient prussiens ou non, dont la réflexion est boostée par la défaite des Alliés devant les forces de NAPOLÉON. Nombreux sont les théoriciens militaires prussiens comme lui qui sont convaincus de la nécessité de réformes, même s'ils ne sont pas toujours d'accord entre eux sur l'ampleur à leur donner. Parmi eux, c'est sans doute lui qui émet le plus grand nombre d'idées qui seront développées ensuite par CLAUSEWITZ.

Par ailleurs, et cela influe beaucoup sur son parcours intellectuel, il est le mentor du prince Franz Von ANHALT-DESSAU. Il est engagé à sa cour et l'accompagne lors de son Grand Tour (1765-1768) que BERENHORST relate ensuite en 1775. Dans son livre sur ce grand voyage, BERENHORST fait part de ses réflexions personnelles sur le plan militaire et sur beaucoup d'autres. Il transplante l'esprit des Lumières à la cour du prince. Son esprit cosmopolite ne l'empêche pas d'être foncièrement prussien. La lecture de cet ouvrage montre bien que l'hégémonie culturelle française n'implique nullement de la part des autres pays une acculturation. 

 

Arnand BLIN et Gérard CHALIAND, Dictionnaire de la stratégie, éditions perrin,  tempus, 2016.

Edward von BULOW, Aus dem Nachlasse, Dessau, 1845. Ernst HAGEMANN, Die Deutsche Lehre vom Kriege, von Berenhorst zu Clausewitz, Berlin, 1930. Eberhard KESSEL, "Georg Heinrich von Berenhorst", Sachsen und Anhalt, IX (1933). Françoise KNOPPER, traduction de BERENHORST, Die Grand Tour des Fürstein Franz von Anhalt-Dessau und des Prinzen Johan Georg durch Europa Aufgezeichnet im Reisejournal des Georg Henrich von Berenhorst 1765 bis 1768, www.perspectivia.net (Institut historique allemand de Paris). 

 

 

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