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25 octobre 2017 3 25 /10 /octobre /2017 07:01

    Gerhard Johan David von SCHARNHORST est un général prussien réformateur. Avec le comte August von GNEISENAU, il réforme de façon décisive l'armée prussienne en instituant  par exemple une armée de réserve, qui augmente notablement l'effectif potentiellement mobilisable. Il abolit en 1807, dans la foulée de sa réflexion sur le soldat, les châtiments corporels dans l'armée.

 Plus praticien que théoricien, SCHARNHORST est GNEISENAU, le grand réformateur de l'armée prussienne après la défaite d'Iéna (1806). Il est aussi le père spirituel de Carl Van CLAUSEWITZ sur lequel il exerça une influence considérable ainsi que sur toute une génération de disciples moins connus aujourd'hui (TIEDEMANN, BOYEN, RÜHLE, KLEIST).

Hanovrien, il sert d'abord dans l'armée de son pays (1778) avant de passer au service de la Prusse en 1800. Officier de cavalerie à ses débuts, il se retrouve ensuite dans l'artillerie et s'établit bientôt une solide réputation, à la fois comme théoricien de la guerre et comme technicien ne matière d'armement. Il se distingue dans la guerre contre la France, notamment à la bataille de Hondschoote (1793), puis au siège de Menin (1794). Son intérêt pour la théorie militaire et surtout son expérience pratique de la guerre le poussent à étudier de près le rapport entre la théorie et la pratique de la guerre. A travers son étude de l'Histoire, il va tenter de constituer une théorie "unifiée" entre ces deux aspects mais ne parviendra jamais à produire une doctrine théorique.

La Révolution française révèle à SCHARNHORST les avantages stratégiques que peut s'assurer une nation débarrassée des dogmes du passé. Il note la supériorité de la nouvelle armée française en matière de recrutement, d'organisation, de tactique et aussi de motivation par rapport aux autres armées européennes fonctionnant selon le modèle de l'Ancien Régime et dont l'exemple le plus brillant était incontestablement la Prusse. Affecté au 3ème régiment d'artillerie à Berlin dès son adhésion à la cause prussienne, il rédige un manuel d'artillerie et donne son avis sur la réorganisation de l'armée. A partir de 1801, il exerce son influence en tant qu'instructeur à l'Ecole des sciences militaires de Berlin qu'il réorganisera avec, entre autres, la création de l'Académie de guerre (1804) dont il devient le directeur. Il fonde la prestigieuse Société militaire en 1802 avec sept autres membres dont l'objectif est d'échanger des idées sur l'art de la guerre. Trois ans plus tard, la société comptera déjà près de deux cent adhérents. Ses conférences sur la stratégie et la tactique obtiennent un grand succès, et leur enseignement sera incorporé dans la nouvelle politique militaire de la Prusse. Les thèmes principaux de son enseignement seront repris et approfondis par CLAUSEWITZ. Ses innovations s'appliquent aux niveaux stratégique et tactique, et il s'intéresse aux problèmes concernant l'éducation des officiers et l'organisation de l'armée.

Bien qu'il soit à la recherche de fondements théoriques applicables universellement au phénomène de la guerre, il se propose tout d'abord de préparer ses officiers à la réalité du combat, en particulier à l'imprévu et à l'imprévisible. Selon lui, le soldat ne doit pas s'enfermer dans une conception anticipée et définie des événements. Plutôt que d'estimer les forces de l'adversaire, il est préférable de comprendre sa psychologie. Cet aspect de la guerre est le plus important, bien que SCHARNHORST soit conscient que "la partie psychologique de la guerre (soit) d'ailleurs un terrain très peu connu". Il importe au stratège de connaitre le "coeur humain", et c'est à l'aide d'une étude approfondie de l'Histoire qu'il y parviendra. Il substitue la méthode expérimentale à la méthode analytique qui dominait jusque là l'éducation militaire. Le seul champ expérimental disponible à celui qui étudie la guerre demeure l'Histoire, et c'est elle qu'il place au centre de son système éducatif. Cette conscience historique le contraint à interpréter la guerre comme un phénomène social dont les transformations vont de pair avec les changements dans l'ordre politique et social. C'est cette vision globale qui l'aide à comprendre l'évolution brutale de la guerre engrendrée par la Révolution française, et il va être le premier à mettre en relief la relation entre politique et stratégique que popularisera CLAUSEWITZ.

Un autre thème le préoccupe tout particulièrement, la concentration des forces. Le dilemme à résoudre consiste à disperser ses troupes avant l'attaque pour pouvoir les concentrer au maximum au moment de la bataille, soit "ne jamais se tenir concentré, mais toujours se battre concentré", conséquence directe de l'importance prise par l'artillerie. Dès 1797, dans une étude sur la réussite des armées françaises, il examine tous les éléments, du plus grand au plus infime, ayant un rapport, même lointain, avec la guerre. Chacun de ces éléments a son importance et aucun ne doit être négligé. Ainsi, il préconise l'abandon de l'ordre linéaire et rejette la colonne unique. Il encourage le ravitaillement combinant magasins et réquisitions. Nommé à la tête de la commission de réorganisation de l'armée en 1807, il propose de rompre avec l'esprit du XVIIIe siècle en organisant une armée moderne selon le modèle français. Convaincu que l'avenir de la guerre est lié au concept de nation armée, il préconise un système de conscription universel, radical pour l'époque par son étendue à toutes les classes sociales. Alors que les troupes étaient auparavant composées de nombreux étrangers, il préfère instituer un système de recrutement national. Momentanément reporté à cause du traité de Tilsit qui limite le nombre de recrues à 42 000, ce système sera finalement adopté en 1814, après sa mort, grâce à l'action d'un de ses anciens élèves, Hermann von BOYEN. SCHARNHORST répartit ses troupes en brigades composées de 7 bataillons d'infanterie, 12 escadrons et 7 pièces d'artillerie. Convaincu de l'importance que revêt le feu, il développe son artillerie. Enfin, il veut donner à l'officier l'esprit d'initiative et les moyens de ses décisions. En 1809, il est chargé de la réorganisation du ministère de la Guerre bien qu'il soit privé, pour des raisons politiques, du titre de ministre. Il crée une division spéciale chargée des plans d'organisation et de mobilisation de l'armée ainsi que l'entrainement et de l'éducation des troupes en temps de paix. L'état-major de l'armée est incorporé au ministère mais deviendra autonome à partir de 1821. En opposition avec la noblesse, qui craint pour ses privilèges, il tente de faciliter l'accès à la carrière d'officier à d'autres classes de la société. Malheureusement, il ne vivra pas assez longtemps pour voir appliquer ses réformes, mourant de ses blessures à la bataille de Lützen, le 28 juin 1813. 

Malgré tout, et surtout malgré les manoeuvres de la noblesse, en enseignement demeurera après sa mort grâce à ses anciens élèves qui le transmettront aux générations suivantes sous une forme ou sous une autre. MOLTKE, SCLIEFFEN et BERNHARDI seront animés par les principes qu'il a établi, remaniés et approfondis par GNEISENAU, BOYEN et surtout CLAUSEWITZ. (BLIN et CHALIAND)

Ses travaux théoriques dont des Mémoires pour servir à l'art militaire défensif (1775) constituent des références jusque dans l'Empire allemand de BISMARK, même s'ils sont rapidement plus que complétés par d'autres théoriciens. Tout le long de sa carrière, l'affrontement entre les armées de l'Absolutisme et celles de la Révolution française suscite, comme dans les Etats allemands, en Prusse un vastes débats d'idées - qui dépassent d'ailleurs les questions purement militaires - entre les partisans des conceptions frédériciennes et ceux qui estiment qu'il faut s'inspirer du modèle nouveau mis en oeuvre par la France. Il critique, après avoir pris part à la guerre de Sept ans,  brillamment et impitoyablement dans ses Betrachtung über die Kriegskunt (1797) les conceptions tactiques et le mode d'instruction frédériciens. Selon lui, et c'est le sentiment d'un certain nombre d'autres penseurs prussiens, le roi n'a remporté ses victoires que lorsqu'il a agi contre ses propres principes. Il plaide pour une tactique simplifiée pratiquée par une armée populaire, motivée par l'enthousiasme patriotique. Ce qui compte désormais, ce n'est plus la perfection de l'ordre linéaire, mais l'intensité de la force morale. En même temps, il attache une importance démesurée au rôle du hasard à la guerre qui, à ses yeux, n'est qu'un art extrêmement flou. Peu d'ouvrages théoriques allemands ont suscité de telles polémiques et ont été autant lus. Les partisans de l'ancien y voyaient une provocation, ceux du nouveau un traité génial et prophétique. Il va, entre autres, exercer une influence décisive sur H.D. von BULOW. F. von DECKEN, en dernier défenseur du système militaire de l'Absolutisme, fait entendre sa voix dans les Betrachtungen übes das Verhältnis das Kriegsstandes zu dem Zwecke der Staaten (1800). Pour lui rien ne doit changer car l'Absolutisme, avec son type particulier d'armée, marque un achèvement qu'il est impossible de dépasser. Mais les auteurs qui plaident pour l'armée de milice, pour le système de tirailleurs, pour le "soldat naturel" remplaçant le "mécanique" se font toujours plus nombreux. Une multitude d'écrits techniques vont tous dans le même sens de la réforme, et dès 1806, les réformateurs vont oeuvrer pour le renouveau de l'armée prussienne. (Jean-Jacques LANGENDORF)

 

Peu d'oeuvres du réformateur sont traduites en Français. Notons toutefois un Traité sur l'artillerie, publiée à Paris en 1840.

Engène CARRIAS, La pensée militaire allemande, 1948. Max LEHMANN, Scharnhorst, Leipzig, 1887. Rudolph STADELMANN, Scharnhorst, Shicksal und geistige Welt, ein Fragment, Wiesbaden, 1952. Hansjürgen USZER, Scharnhorst, Theoretiker, Reformer, Patriot, Berlin, 1979. 

Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND, Dictionnaire de stratégie, tempus, 2016. Jean-Jacques LANGENDORF, Théoriciens allemands et prussiens, dans Dictionnaire de stratégie, Sous la direction de Thierry de MONTBRIAL et Jean KLEIN, PUF, 2000.

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