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29 octobre 2017 7 29 /10 /octobre /2017 06:48

   August Wilhelm Neidhardt von GNEISENEAU, général prussien, succède à SCHARNORST, après sa mort en 1813, comme chef d'état-major de l'armée et poursuit sa politique de réforme de l'armée. 

Débutant sa carrière militaire au sein de l'armée autrichienne, il combat en Amérique du côté des Anglais (trop tard pour combattre les insurgés) avant de passer dans l'armée prussienne, sur la demande de FRÉDÉRIC II en 1786. Cette pratique qui pourrait passer pour étrange dans le monde contemporain (mais dans le mercenaire international, on voit des cas analogues...) était à l'époque assez courante, et cela à tous les niveaux hiérarchiques, les nationalismes n'étant pas affermis comme aujourd'hui.

Il se fait remarquer lors des guerres napoléoniennes au cours desquelles il manifeste des qualités de commandement (Kolberg, 1807 et Leipzig, 1813). Contribuant à la défaite de NAPOLÉON à Waterloo (chef d'état-major de BLÜCHER), il est animé d'un sentiment de haine à l'égard des Français. Toutefois, il est persuadé que l'Allemagne doit tirer les leçons de la révolution stratégique découlant de la Révolution française. Devenu partisan de la stratégie d'anéantissement, il refuse toute restriction à la violence. 

Pour lui comme pour nombre des officiers supérieurs de sa génération (notamment STEIN et SCHARNORST), la Révolution française a su mettre en oeuvre la force vive de la nation et ils veulent puiser pour la Prusse aux mêmes sources. La réforme de l'armée passe par la réforme de l'Etat. Le peuple doit être entrainé à la guerre et animé d'un esprit militaire ; seul le service militaire obligatoire - très difficile néanmoins à mettre en pratique - peut amener à un tel résultat. Ces idées émises dès la déroute de 1806 commenceront à avoir un début d'application seulement dans la loi de 1814. 

Homme de terrain avant tout, GNEISENEAU est moins attentif aux considérations théoriques et philosophiques de la guerre que ne le sont ses amis SCHARNHORST et CLAUSEWITZ. Au sein de l'état-major, il rompt avec les vieilles habitudes en faisant participer un plus grand nombre d'officiers aux décisions, tout en dégageant le haut commandement de certaines de ses responsabilités les moins importantes. Il permet ainsi aux officiers subalternes de faire preuve de plus d'initiative, et crée dans son armée une cohésion et un esprit de corps beaucoup plus forts qu'auparavant. Quelques décennies plus tard, cette approche trouve son champion en la personne de MOLTKE. (BLIN et CHALIAND ; Jean DELMAS)

Dans la pensée militaire allemande, il n'occupe pas une position prédominante sur le plan théorique mais sa pratique, qui ne manque pas d'être conceptualisée dans nombre d'écrits, répond à la fois à la trop grande mobilité des officiers qui passent d'une armée à l'autre au gré des appels de carrière ou des conflits "professionnels" et à la "maladie" des armées, à savoir une désertion endémique qui connait des pics lors des batailles, notamment en cas de rumeurs de défaite ou de vraie défaite. Comme beaucoup d'officiers de son niveau (gouverneur de Berlin en 1818, comte en 1814), il produit quantité de rapports et de notes à l'appui de sa politique de réforme. Si ce genre du littérature n'est évidemment pas à la portée directe de l'opinion publique, il constitue souvent la base d'écrits plus théoriques écrits par d'autres. 

 

Eugène CARRIAS, La pensée militaire allemande, Paris, 1948. Hans DELBRUCK, Das Leben des Feldsmarschalls Gafen Neidhardt von Gneiseneau, Berlin, 1880. Rudolph FAHRNER, Gneiseneau, Munich, 1942. 

Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND, Dictionnaire de stratégie, tempus, 2016. Jean DELMAS, Gneiseneau, dans Encyclopedia Universalis, 2014. 

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