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4 décembre 2017 1 04 /12 /décembre /2017 12:06

    Lazare Nicolas Marguerite CARNOT, mathématicien, physicien, général d'Empire et homme politique français, est surnommé "L'organisateur de la Victoire" ou "Le Grand Carnot". Il participe aux guerres révolutionnaires et napoléoniennes, notamment à la campagne des Cent Jours. 

 

   Une carrière contrastée et chaotique comme la Révolution

   Entré à l'école militaire en 1771, Lazare CARNOT en sort officier de génie en 1773. Il se fait connaitre dix ans plus tard avec son Éloge de Vauban (il n'est alors que capitaine au corps royal) mais doit attendre, comme d'ailleurs beaucoup d'autres, la Révolution française pour occuper les devants de la scène politique. Elu à la Législative et à la Convention, il vote la mort du roi le 17 janvier 1793. Auparavant, à la Convention, il fait décréter l'armement d'une nombreuse garde nationale et le licenciement de la gare du roi. Il est alors chargé de mission auprès de l'armée du Rhin, de l'armée des Pyrénées et de l'armée du Nord qu'il reprend en main après la trahison de DUMOURIEZ. En août 1793, il fait partie du Comité de salut public où il est chargé de l'administration de la guerre. Très vite, il développe ses idées sur la stratégie révolutionnaire;, qu'il énonce dans son Système général des opérations de la campagne de 1794. Élu au Directoire en 1795, il doit partir en exil après de 18 fructidor. En 1800, il revient brièvement comme ministre de la Guerre. Ecarté du pouvoir, il passe ses loisirs à la rédaction de textes militaires et scientifiques. Il produit, entre autres, De la défense des places fortes (1811), traité dans lequel il développe ses théories sur la défense active. En 1814, l'empereur NAPOLÉON le convainc de revenir sur la scène publique. Il est rapidement nommé général de division, alors qu'il débute comme simple officier, et devient gouverneur d'Anvers. Il devient ministre de l'intérieur de NAPOLÉON durant les Cent-Jours, et, après l'abdication de ce dernier, prend la tête du gouvernement provisoire avant d'être écarté par FOUCHÉ. Il finit en exil (bannissement pour régicide en 1816) à Varsovie puis à Magdebourg. 

La guerre, selon CARNOT, est un acte de violence qu'il fait pousser à l'extrême. A cet effet, il faut provoquer chez les soldats la haine de l'ennemi. La posture stratégique de choix est l'offensive (à outrance) ; l'objectif est l'anéantissement total de l'adversaire. Pour annihiler celui-ci, il faut le connaître. Développer un système de renseignements de premier ordre et encourager l'utilisation d'espions devient une nécessité. Fondée sur le mouvement, l'attaque et la rapidité de décision, l'armée nouvelle nécessite une qualité de commandement supérieure à tous les échelons. La concentration des forces et la recherche de la bataille complètent ce tableau de la guerre révolutionnaire : engagement à "six contre un", attaque sur les flancs de l'arrière plutôt que sur le front. Ces idées, pour la plupart seront adoptées par les généraux de la Grande Armée.

Lazare CARNOT fut un administrateur militaire tout autant qu'un stratège. Il sut réorganiser une armée affaiblie en mettant à sa tête des généraux jeunes et motivés qu'il entourait de techniciens capables de moderniser la machine de guerre française et d'accélérer la fabrication d'armement. Il réorganisa la base de son armée avec la levée en masse, qui deviendra le marque de la Grande Armée, et grâce à laquelle il réunit un effectif d'un million d'unités dès la fin de l'année 1793. CARNOT sut exploiter au moment opportun les changements sociaux et politiques de la Révolution pour transformer l'armée française en l'améliorant sensiblement. (BLIN et CHALIAND)

 

 

   Une oeuvre théorique influente sue le long terme

   Son oeuvre n'est pas que militaire loin de là. Il est également connu pour ses travaux scientifiques. Dans son Essai sur les machine en général de 1783 (édité en 1786), il précise les lois du choc et énonça la loi de conservation du travail. Métaphysique du calcul infinitésimal (1797), Géométrie de position (1803), le fait apparaitre comme l'un des créateurs de la géométrie moderne, avec MONGE, avec lequel il participe à la fondation de l'École polytechnique. Il est également l'auteur des Principes fondamentaux de l'équilibre et du mouvement (1803).

    Participant de manière intense aux événements politiques, militaires, scientifiques, techniques de ces années de la Révolution, Lazare CARNOT est une figure complexe qui ne se résume pas à l'organisation décisive des armées. Il participe à des controverses tant politiques, stratégiques et tactiques qui, sans doute, n'ont pas été tranchées toutes dans son sens. Il n'a pas d'ailleurs, lui-même, comme beaucoup d'acteurs de la Révolution de position ferme pendant tous ses événements. S'il est anti-royaliste, c'est parce que tout l'Ancien Régime s'oppose à l'ascension de personnalités comme lui, et dans une certaine mesure à l'expression des Lumières (lui-même est Rosati et fonde d'ailleurs avec deux de ses anciens "collègues' la société des Belles Lettres), et il s'oppose ensuite à l'autoritarisme napoléonien.

Parmi ces controverses figurent des controverses techniques, ainsi sur l'art de fortifier, et une autre stratégiques et politique sur l'utilité des forteresses. Il adopte dans la première le nouveau système (la fortification perpendiculaire de MONTALEMBERT), mais dans la seconde se maintient dans la ligne classique de VAUBAN...  De sympathie pourtant girondine, il est appelé au Comité de Salut public en août 1793. Il apparait balloté comme beaucoup entre des menées (complotistes, diraient certains aujourd'hui) contradictoires, tantôt contre BABOEUF, puis contre ROBESPIERRE, accepte un temps d'être ministre de la guerre avant de démissionné, désapprouvant BONAPARTE. 

On peut dire que ce n'est qu'en géopolitique qu'il s'assume ; ainsi il assume le gouvernement révolutionnaire dont, parallèlement à ROBESPIERRE et SAINT-JUST, ayant en vue certainement beaucoup plus la position de France, militairement, face aux autres puissances, que, même s'il reste libéral et modéré, la théorie et la pratique de la Terreur (Rapport sur la suppression du Conseil exécutif, 1794). Parce que, au-delà des dissensions politiques, "la patrie est en danger"  ce qui requiert pour lui avant tout la mobilisation des masses. Et fidèle à un certain esprit géopolitique, il préfère de loin à l'exportation inconsidérée selon lui de la Révolution dans les républiques-soeurs et même à la conquête de frontières "naturelles", l'établissement de frontières sûres, enserrant des populations sincèrement attachées à la patrie. C'est cette position qui le fait mettre en retrait de toutes ces campagnes de l'Empire Français. 

En stratégie, il formule avec éclat (et avec l'aide d'officiers d'Ancien Régime) le nouvel art de la guerre des armées révolutionnaires (Système général des opérations militaires de la campagne prochaine, 1794) ; principes de la nation sous les armes et de la guerre de masse (le nombre des soldats compensant dans les débuts leur inexpérience) ; principes de la concentration des forces et de la destruction de l'ennemi principal par la bataille. Tous ces principes qui seront analysés, mises en pratique à l'appui, par plus tard JOMINI et CLAUSEWITZ. C'est surtout NAPOLÉON qui les met pratique, mais qui pendant la Révolution voient leur application amoindrie par l'antagonisme entre CARNOT voulant anéantir le commerce anglais en poussant l'offensive vers les ports du Nord, et ROBESPIERRE et SAINT-JUST voulant établir un nouvel équilibre continental en refoulant l'Empire au-delà du Rhin ; et par la formation même de CARNOT qui, officier du génie, voudra appuyer la guerre de masse et de mouvement par une prudente guerre de siège . D'où l'affaiblissement de ses directives lors des campagnes de 1796-1797 sur le Rhin et surtout en Italie envers BONAPARTE qui, empereur, critiquera son traité (De la défense des places, 1810). 

En tactique il préconise la fatigue de l'ennemi par les actions de petite guerre, l'observation de ses mouvements par espions et ballon captif, des rocades sur les ailes et un effort soutenu une fois le combat engagé : la colonne d'attaque.

Ingénieur du roi, stratège de la Terreur, ministre éphémère de NAPOLÉON, modèle du savant citoyen pour la République, Lazare CARNOR décline, avant JAURÈS, un type d'idéal et de stratégie : la défense du sol sacré de la patrie par le citoyen soldat. (Jean-Paul CHARNAY).

 

     De la défense des places fortes...

   Dans sa conclusion générale de son ouvrage De la défense des places fortes, on peut lire : "L'art de la défense n'est donc point, comme l'ont imaginé quelques personnes, celui d'éluder le choix à la faveur d'un rempart, mais, au contraire, celui de pouvoir se battre avec avantage un contre dix ; celui d'être sans cesse agresseur, lorsqu'on semblait condamné, par les circonstances, à être constamment chassé et poursuivi, à chercher perpétuellement quelque retraite nouvelle pour éviter d'être accablé par un ennemi supérieur. L'industrie est de convertir le système général de la défense en une suite d'attaques partielles, mais multipliées et combinées de manière à opposer toujours le fort au faible, sans cependant jamais compromettre une partie trop considérable de ses forces.

Si, pour éviter l'avantage que donne à l'assiégé les attaques faites de vive force par son adversaire, celui-ci prend le parti de procéder méthodiquement, et de s'emparer, pied à pied, de toutes les défenses de la place, ce qui constitue le grand principe des attaques de M. de Vauban, l'assiégé ne sera pas forcé pour cela de renoncer aux coups de main, qui doivent faire toujours la base de son système défensif ; mais il devra les combiner avec l'emploi des armes à feu, de manière que par le jeu alternatif des uns et des autres, il empêche l'ennemi de s'établir jamais solidement en aucun point.

Le véritable esprit de la défense ne consiste ni à livrer des combats intempestifs et trop inégaux, ni à faire de continuelles retardes, en se contentant de retarder la marche de l'assiégeant par une série de petits obstacles, mais à épier toutes les occasions de prendre celui-ci, sur le temps, par un coup de main inopiné, lorsqu'il s'affaiblit quelque part, pour s'étendre et pour embrasser, par son développement, les ouvrages de la place, et, au contraire, à le laisser tout d'un coup exposé au plus grand feu de la place, préparé pour cela, lorsqu'on le voit se réunir en masse. En général, on peut dire que contre les attaques faites par coups de main, il fait se défendre pied à pied ; et contre les attaques faites pied à pied, il faut se défendre par coup de main."

 

Lazare CARNOT, De la défense des places fortes, in Liskenne et Sauvan, Bibliothèque historique et militaire, 1846, Extraits (tome IV) dans Anthologie mondiale de la stratégies, Sous la direction de Gérard CHALIAND, Robert Laffont, collection Bouquins, 1990 ; Eloge de M. le Maréchal de Vauban, A. Jombert Jeune, 1784, Disponible sur le site Gallica de la BNF ; Mémoire présenté au Conseil de la Guerre au sujet des places fortes qui doivent être démolies et abandonnées ou Examen de cette question : Est-il avantageux au Roi de France qu'il y ait des places fortes sur les frontières de ses Etats?, Barois l'Aîné, 1789. 

On trouvera d'autres extraits de l'oeuvre de Lazare CARNOT dans l'Anthologie mondiale de la stratégie : Système général des opérations militaires de la campagne prochaine (1794), A Michaud, général en chef de l'armée du Rhin, à Kirweiler, par Landau (1794), Vues proposées au Comité de salut public sur les résultats que l'on croit tirer aux frontière du Nord, de la campagne actuelle (1794). 

Jean-Paul CHARNAY, Lazare Carnot, Révolution et mathématique, 1984 ; Lazare Carnot ou le Savant Citoyen, Presses de l'Université Paris-Sorbonne, Centre d'études et de recherches sur les stratégies et les conflits, Série historique, volume II, 1990. Marcel REINHARD, Le Grand Carnot, 1952.

Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND, Dictionnaire de stratégie, tempus, 2016. Dictionnaire de stratégie, Sous la direction de Thierry de MONTBRIAL et Jean KLEIN, PUF, 2000.

 

 

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