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12 décembre 2017 2 12 /12 /décembre /2017 08:57

   Il est en fait difficile de faire une coupure nette entre les entreprises militaires et du coup la stratégie mise en oeuvre lors des guerres révolutionnaires et lors des guerres d'Empire.

Un mouvement d'ensemble européen

      Outre le fait que l'histoire de France la montre acquérir des frontières aux obstacles naturels et de plus ceci de manière consciente de la part de nombreux hommes d'Etat au long des siècles, la révolution sociale, politique, idéologique et militaire qui marque en France la fin du XVIIIème siècle provoque contre elle les mêmes alliances, dresse les mêmes ennemis lors des guerres révolutionnaires et des guerres d'Empire. Tout en se gardant d'une vision téléologique de la formation de la France, qui fait partie parfois de l'idéologie même de sa formation, on doit bien constater que le modèle napoléonien d'Empire est présent déjà avant la proclamation officielle d'un Empire français. Outre un certain caractère défensif de sa constitution, qui n'est pas sans rappeler le modèle romain antique, le Premier Empire français, au-delà de son aspect éphémère sur le plan géopolitique, marque la consolidation (libérale) d'idéaux et de structures républicains opposés (c'est pour cela qu'on parle de tentatives de Restauration en France) aux formes d'organisation sociale dans les contrées voisines, formes d'organisation de plus en plus différentes au fur et à mesure que l'on s'éloigne du territoire français. Le legs de l'Empire à l'Europe est important sur le plan militaire bien sûr, mais aussi politique et administratif. Cela est facilité par le legs de la Royauté en France, une centralisation administrative, économique et sociale qui en fait déjà un modèle très différent régionalement.

    Avant même la formation de l'Empire français, les principes stratégiques et surtout tactiques napoléoniens sont de plus déjà à l'oeuvre. Sans clore un certain débat entre historiens, il faut dire qu'il existe un doute quant à l'existence d'une "stratégie napoléonienne", d'autant que les talents de NAPOLÉON BONAPARTE sont bien plus tactiques que stratégiques. Mais, malgré le caractère certain de dictature centralisée militaire de l'Empire français, ce serait compter sans la myriade de talents dont s'entoure l'Empereur et qui confèrent à l'Empire une dimension politique, juridique, diplomatique, administrative, économique et même sociale (notamment par l'intermédiaire d'un complexe militaro-industriel et d'une société militaire en formation) qui dépasse les aspects purement militaires et qui perdure d'ailleurs bien après l'Empire officiel. Ces aspects marquent également les Etats à la périphérie de la France, et il ne faut pas oublier que le phénomène révolutionnaire secoue l'ensemble de l'Europe continentale et pas seulement la France. 

   L'Empire tel qu'il se construit, au moment où la France passe de la défensive à l'offensive conquérante, n'est pas seulement le fait d'une stratégie militaire, mais aussi d'une stratégie politique, avec la tentative d'instauration dans les pays occupés selon des modalités diverses (de l'accroissement du territoire français lui-même à l'installation de nouvelles dynasties) d'un régime semblable à celui de la France d'alors. Aidé en cela par tous les éléments (populations, classes, individus...) sympathisants de la Révolution dans pratiquement tous les pays traversés, et par des éléments (moins sympathiques avec un jeu de mot il est vrai) voulant profiter de la machine militaire française, en termes économiques. Les sociétés traversées sont travaillées comme la France depuis le début des Lumières par des forces réformatrices très fortes qui peuvent voir - même si c'est un peu à tort - dans les armées et l'administration impériales les forces dont ils ont besoin pour faire avancer leurs conceptions. Et longtemps après le départ des troupes françaises, des aspects de l'Empire perdureront, notamment sur le plan juridique et d'organisation de l'économie (notamment la fiscalité...). 

   Comme tout Empire, l'Empire français n'a de chance de rester que si la société civile prend le relais de l'occupation militaire, et si se mettent en place des structures économiques, politiques, juridiques, idéologiques (propagande et culture) qui s'appuient sur des forces vives déjà en place. Il se peut que, précisément, l'imposition de composants napoléoniens à des populations occupées produisent l'effet inverse de celui attendu, et provoquent des résistances de la part de populations fidèles à l'Ancien Régime ou considérant que la situation avec la présence des troupes aggravent leurs conditions de vie ou finissent par entraver leurs propres buts politiques (désordres, exactions, massacres, pillages...). 

    Le moteur de l'Empire français est malgré tout militaire et à de nombreux problèmes qu'ils rencontrent les autorités françaises utilisent la violence. Du coup, alors que des stratégies politiques et économiques sont pourtant mises en même temps en oeuvre, ce sont les stratégies militaires qui donnent le la de la situation générale. D'autant qu'une partie de l'économie est, vu l'ampleur des opérations militaires, tournée plus qu'auparavant vers le soutien aux forces armées, non seulement bien sûr dans l'armement et les équipements militaires, mais aussi dans l'approvisionnement des troupes en choses de toutes sortes (des vêtements aux... prostituées!), les transports et l'entretien des relais des chevaux et des courriers. Et si l'économie n'y va pas "naturellement" guidée par les profits de la guerre, le recours à la violence vient y pallier...

   

Le versant militaire boursouflé de la stratégie

   Dans le domaine militaire, la fin du XVIIIe siècle est marquée par la supériorité de l'armée prussienne. Sous l'impulsion de FRÉDÉRIC LE GRAND, la Prusse s'est dotée d'une armée qui exploite au mieux les données stratégiques et technologiques du moment. Ses institutions militaires marquent l'apogée de l'armée de type Ancien Régime dont l'origine remonte au XVIe siècle. Jugée invincible quelques années plus tôt, l'armée prussienne sera anéantie par la Grande Armée en 1806, à la bataille d'Iéna, symbole de la confrontation entre deux époques.

Le succès de la stratégie napoléonienne doit être attribué au génie guerrier de NAPOLÉON tout autant qu'aux changements sociaux provoqués par la révolution de 1789. D'autres facteurs, tels que le système divisionnaire et les progrès en matière d'armement (fusil de 1777 et artillerie Gribeauval) contribuèrent également à la révolution militaire provoquée par la France. N'oublions pas non plus l'essor démographique plus présent en France qu'ailleurs, qui permet de multiplier le nombre de soldats. Dans la plupart des cas, c'est dans la défaite que les stratèges puisent leur inspiration et l'humiliation subie par la France au cours de la guerre de Sept Ans (1756-1763) avait contribué de manière significative un renouveau stratégique chez les Français qui s'étaient mis à réfléchir sérieusement sur la guerre. Les techniciens, comme GRIBEAUVAL, perfectionnaient les pièces d'artillerie au moment même où les stratèges prenait conscience de la supériorité du feu. Parmi les nombreux penseurs militaires français qui émergent au cours de cette époque, deux personnages exerceront une influence considérable sur NAPOLÉON BONAPARTE : Jacques de GUIBERT et Pierre de BOURCET, deux innovateurs en matière de stratégie et de tactique.

Un certain nombre des thèmes développés par GUIBERT seront repris par NAPOLÉON et constitueront le fondement de sa stratégie. S'il n'anticipe pas encore l'armée de masse, GUIBERT préconise toutefois une armée de citoyens qui rétablit le lien entre la population et son armée et lui insuffle une énergie morale fondée sur un sentiment patriotique vivace, sentiment que saura bien exploiter BONAPARTE, à renforts de propagande et de mise en scène des revues militaires. GUIBERT est aussi à l'origine du système divisionnaire qui permet d'obtenir à la fois une grande indépendance d'action, une bonne souplesse dans le mouvement et une puissance supérieure dans la concentration des forces. Adepte de l'offensive, GUIBERT perçoit la supériorité du feu, principalement des tirs d'artillerie, et défend l'ordre mince par rapport à l'ordre profond. Le principe de ravitaillement sur le terrain et la nécessité de ses nourrir de ses conquêtes sont autant d'éléments, dans le domaine de la logistique, que NAPOLÉON BONAPARTE retient de ses lectures de GUIBERT. Ainsi, dans ses grandes lignes, la stratégie du général de la Révolution apparait déjà dans les pages de l'Essai général de tactique, publié par GUIBERT en 1772.

Chez BOURCET, il puise des aspects pratiques de la conduite de la guerre. Soldat expérimenté, BOURCET fournit à NAPOLÉON une étude approfondie sur la tactique, dans un texte modestement intitulé Principes de la guerre de montagne, écrit en 1775. Dans les pages de ce traité qui va beaucoup plus loin que la montagne, BOURCET fait la distinction entre attaque et défense, et formule en détail le rôle de la défense active. Partisan convaincu, comme GUIBEERT, du système divisionnaire; il souligne l'importance des communications et de la mobilité. Surtout, il met en relief le rôle de la surprise dans la guerre.

Lors du siège de Toulon, face à l'insurrection à Paris, et surtout lorsqu'il part en campagne à la tête de l'armée d'Italie (1796), BONAPARTE a déjà assimilé les enseignements militaires qu'il a tirés de ses lectures. Lors de son passage à Auxonne, il a également profité de son contact avec les frères DU TEIL, alors à la pointe du progrès dans le domaine de l'artillerie. Les circonstances politiques vont favoriser l'application de ces principes. La décision de loin la plus importante en matière de réorganisation militaire est la levée en masse de 1793. D'un seul trait de plume, toute la stratégie qui était pratiquée jusqu'alors est rendue caduque. Brusquement, l'armée devient massive, les effectifs gigantesques. La participation active des populations transforme la guerre en une entreprise nationale que nourrissent des sentiments patriotiques très intenses. Le génie de NAPOLÉON sais l'occasion qui s'offre à lui. Fort des principes de GUIBERT et de BOURCET, disposant de ressources qui iront grandissantes, soutenu par la ferveur nationale qui anime ses soldats, équipés d'une artillerie efficace, et motivé par sa fougue et son ambition, BONAPARTE est rapidement victorieux d'adversaires désormais dépassés. La révolution stratégique que réalise NAPOLÉON est facilitée par le fait qu'il peut s'entourer d'un corps d'officiers jeunes, enthousiastes, et qui ne se rattachent plus aux valeurs ou aux principes de l'Ancien Régime. Surtout, il va devenir le chef suprême qui aura entre ses mains tous les pouvoirs de décision, dans le domaine politique tout autant que militaire. 

Désormais, le but de la campagne  est l'anéantissement de l'adversaire. La bataille décisive est le moyen principal pour accomplir cette destruction totale des forces organisées de l'ennemi. La stratégie doit donc être orientée vers l'offensive. Offensive à outrance et défense active s'allient pour canaliser un effort optimal en un endroit déterminé, généralement le point le plus sensible de l'adversaire, celui dont la perte doit le déséquilibrer physiquement et moralement. Grâce au système divisionnaire, NAPOLÉON BONAPARTE parviendra à allier la rapidité du mouvement avec la concentration des forces. Cet énorme avantage qu'il possède par rapport à des adversaires plus lents et moins puissants lui laisse l'initiative et lui permet de choisir les théâtres d'opérations. Cela lui permet d'engager ses forces dans les meilleures conditions possibles e, surtout, de pouvoir surprendre son adversaire au moment où celui-ci s'y attend le moins. L'armée se ravitaillant en partie sur le terrain et les lignes de communication étant bien protégées, il peut faire avancer rapidement son armée de masse.

NAPOLÉON se déplace avec toutes ses forces réunies. Cependant, il donne l'illusion d'avancer de manière dispersée et peut ainsi tromper l'ennemi sur ses desseins. Le principe général qui guide toutes ses manoeuvres consiste à prendre l'ennemi sur ses flancs ou, mieux encore, sur ses arrières, tout en menaçant de couper sa ligne de retraite. La souplesse dans l'organisation de ses troupes lui laisse un choix presque inépuisable pour combiner ses forces de diverses manières. La rapidité avec laquelle il peut changer ces combinaisons lui permet de répondre aux manoeuvres de l'ennemi. On a souvent reproché à NAPOLÉON d'avoir uniformément sous-estimé ses adversaires. Néanmoins, il comprenait parfaitement la relation entre les fins et les moyens et, sur le terrain, il était généralement conscient du rapport des forces engagées. Lorsqu'il se sentait en état d'infériorité numérique, il savait se montrer prudent. Il employait alors une tactique particulière où il s'engageait directement contre le front ennemi tout en plaçant le gros de ses troupes en position défensive. Dans la mesure du possible, il tentait cette opération sur un terrain défavorable au mouvement des troupes ennemies. Lorsque l'adversaire s'était engagé sur le front, il lançait une seconde vague sur un point sensible du front, puis il envoyait ses troupes sur les flancs et l'arrière de l'ennemi.

Plusieurs facteurs contribuèrent à la chute de NAPOLÉON et à la fin de l'Empire. Tout d'abord, ses adversaires s'organisèrent et purent, ensemble, faire face à la Grande Armée avec des effectifs aussi nombreux, voire supérieurs. Ensuite, ils apprirent, dans la défaite et parfois dans l'humiliation, à comprendre la stratégie de l'empereur français puis à la combattre. Peu à peu, l'énorme avantage que possédait au départ la France par rapport aux autres armées européennes fut éliminé. Par ailleurs, certains des facteurs qui firent la force de BONAPARTE lors de sa longue série de victoires contribuèrent plus tard à son affaiblissement. Le fait qu'il cumulait les pouvoirs politiques et militaires lui avait permis d'entreprendre une série de campagnes audacieuses qui réclamaient un pouvoir de décision unitaire. A partir d'un certain moment, cette autorité devint un handicap car, d'une part, il était engagé sur divers fronts, et, d'autre part, il n'existait plus dans son entourage de contrepoids capable de critiquer une mauvaise décision. NAPOLÉON avait toujours recherché la bataille décisive où l'issue des combats devait être déterminée par la puissance des forces engagées a point culminant de l'effort et sur le centre de gravité de l'adversaire qui s'écroulait ensuite de lui-même. A force de rechercher ce centre de gravité de l'adversaire, il limita son champ d'action, et toute sa stratégie fut tributaire des ressources dont il disposait. Lors de la campagne de Russie, cette stratégie se retourna contre lui. Il s'acharna à rester à Moscou, même lorsque la ville fut incendiée et permit ainsi aux Russes de se réorganiser. Habitué à mener une stratégie d'anéantissement, NAPOLÉON était beaucoup mois à l'aise dans une guerre d'usure où son armée souffrir énormément du harcèlement perpétuel mené par l'adversaire et où elle fut trop affaiblie par les difficultés croissantes qu'elle rencontra au niveau du ravitaillement et des communications. Diminué physiquement mais néanmoins galvanisé par toutes ses victoires, il ne sur pas distinguer les limites de ses propres capacités stratégiques, lui qui avait si bien compris les rapports de forces au niveau de la tactique. Il ne comprit pas davantage la dimension économique et politique de certaines de ses stratégies, notamment en Espagne et au Portugal où il ne put imposer le blocus continental face à l'Angleterre et où il sous-estima la force de l'insurrection espagnole. (BLIN et CHALIAND).

 

Des stratégies économiques et politiques difficiles à mettre en place ou incomplètes. 

    L'Empire, dans une acception extensive il est vrai pas courante, qui entende la France révolutionnaire (1789-1804) qui mène à la République puis celle de l'Empire officiel (1804-1814/1815) représente, l'extension maximum du territoire français et une exception dans son Histoire. Si l'amalgame de territoires de plus en plus importants autour de l'Ile de France d'origine (l'ancien Royaume de France, féodal) constitue une dynamique réelle, l'acquisition de territoire aussi important au Sud et à l'Est (hormis bien entendu les conquêtes coloniales outre-mer), n'entre pas réellement dans une tradition multi-séculaire. Si chez les Capétiens surtout existe cette volonté de trouver des frontières "naturelles" sûres, l'entreprise napoléonienne va beaucoup plus loin, pour toutes sortes de raisons, au début défensives, ensuite plus conquérantes.

En plus de se distinguer des autres régimes politiques de l'Histoire de France d'abord par son originalité (il inaugure un système politique alors inédit en France, l'Empire), ensuite par sa belligérance (les guerres napoléoniennes voient la France affronter successivement cinq alliances), le Premier Empire reconfigure l'Europe non seulement politiquement, mais également idéologiquement. Il ne sera plus guère question par la suite de l'opposition dynastique entre Anglo-Protestants et Catholiques et les conflits politiques traversent de plus en plus tous les pays européens eux-mêmes traversés d'une idéologie nationaliste dont la France est en grande partie responsable (à son corps défendant parfois). Ces conflits permettent à NAPOLÉON de conquérir la majeure partie de l'Europe continentale, hors Scandinavie et Balkans ottomans, contrôlant à son apogée en 1812 un territoire s'étendant de Lisbonne à Moscou. Portée à son extension continentale maximale (860 000 km2), la France compte alors 135 départements, des villes comme Rome, Hambour, Barcelone, Amsterdam ou Raguse devenant chefs-lieux de départements français. 

L'Empire se veut, au moins à ses débuts, l'héritier du Consulat et de la République. Les victoires de son armée exportent dans les pays conquis nombre d'acquis de la Révolution. La justice et la solde seigneuriales sont abolies partout où passe l'armée française, lui valant une certaine popularité. Les privilèges aristocratiques sont éliminés, sauf en Pologne. Le Code napoléonien est introduit dans de nombreux pays, en particulier aux Pays-Bas, en Allemagne, et en Italie, rendant tout un chacun égal devant la loi. Il établit le système du jury et légalise le divorce. L'Empire se veut le creuset d'une nouvelle noblesse héréditaire. A l'occasion du redécoupage de la carte en Europe auquel se livre NAPOLÉON, sa famille et ses proches reçoivent les trônes de différents pays d'Europe tandis que ses principaux collaborateurs sont dotés de titres copiés sur ceux de l'Ancien Régime. Même après la défaite de l'Europe, tous ces essais de dynasties pèseront sur les systèmes d'accession au pouvoir en Europe. 

Les guerres continuelles empêchent l'administration française de s'établir durablement dans les pays occupés et l'exportation du système français dans de nombreux domaines (parfois inattendus comme le système métrique...) sera partielle et incomplète. L'établissement de nouvelles règles administratives et juridiques n'est possible qu'en temps de paix, et ces périodes de relatif calme sont inégalement répartis dans le temps et l'espace européens. Si en France sous le consulat qui constitue une période de pacification et de stabilisation après la décennie révolutionnaire, de nombreuses institutions sont fondées, et si sous l'Empire surtout en 1812-1813, ces institutions sont effectivement en train de s'installer, les périodes de guerre, les diverses insurrections (Bretagne, Espagne...), elles ne le sont que très incomplètement et diversement. Après l'Empire, les régimes politiques en France et en Europe se réapproprient certaines réalisations de l'Empire (des travaux entrepris seront poursuivis, le Code civil sera appliqué avec plus moins grande ampleur, le système fiscal sera utilisé à leur profit...).

   Alain JOXE, ne se limitant pas bien sûr ici au modèle napoléonien décrit bien l'épuisement d'un code de conquête politico-religieux, ici politico-idéologique, et la tentative de l'imposer par la violence, notamment par la destruction violente des codes locaux antérieurs. "Un code, écrit-il, qui sert trop bien à affirmer la conquête par la répression, s'affirmant comme détaillant des compétences répressives, - et se défendant déjà dans l'attaque - devient incompétent pour agglomérer des forces par la libération des forces locales et son extension est rapidement limitée dans l'espace et le temps. L'excès de compétence répressive dans la pratique de la conquête est bien l'équivalent d'une fortification prématurée autolimitatrice. 

Le code d'action politico-militaire français, cette religion anti-monarchique et anti-féodale, de la raison triomphante par la bataille décisive et la loi, ne peut engranger les systèmes de solidarité archaïques, les noblesses pauvres, les paysanneries libres, les Russes et leur tsar/ Il échoue en Vendée, en Espagne, en Russie. Napoléon échoue comme conquérant militaire, en quinze ans, mais il a répandu le Code civil."    

 

Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND, Dictionnaire de stratégie, tempus, 2016. Alain JOXE, Voyage aux sources de la guerre; PUF, 1991.

 

STRATEGUS

 

 

     

      

 

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