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31 janvier 2018 3 31 /01 /janvier /2018 09:53

      Militant non violent, sociologue, écrivain, éducateur et poète italien, Danilo DOLCI est une figure de la lutte contre la corruption et la mafia, de même que contre des projets d'urbanisme destructeurs d'activités agricoles. L'éducation occupe à partir des années 1970 une place centrale dans son travail. il est considéré comme l'une des plus importantes figures de la non-violence dans le monde. 

     Dans ses actions militantes, Danilo DOLCI emploi toujours avec constance les outils de la non-violence. Après avoir refusé d'être enrôlé dans l'armée de l'éphémère République fasciste de Salo fondée en 1943, il décide en 1950 d'abandonner ses études d'architecture et d'ingénierie en Suisse et de prendre part à l'expérience chrétienne Nomadelfia, une communauté religieuse et laïque animée par le prêtre Zeno SALTINI, dans la région d'émilie-romagna, qui abrite quelques milliers d'orphelins. Il décide de mettre en place lui-même une communauté similaire, Ceffarello. Dans le contexte de la guerre froide, qui bipolarise la vie politique italienne, il rencontre, lui et ses compagnons, beaucoup d'opposition de la part des autorités politiques et religieuses. Les autorités ferment d'ailleurs Nomadelfia et Ceffarello et transfère les orphelins dans des structures étatiques. 

Des grèves de la faim...

Il s'établit en octobre 1952 ensuite dans le village pauvre de Trappeto en Sicile, où il fait construire là aussi un orphelinat. Solidaires des petits pécheurs qui se plaignent de l'activité des grandes pêcheries industrielles, les appauvrissant encore davantage, il y entame une grève de la faim, la première d'une longue série. C'est à l'occasion de la mort d'un enfant, de malnutrition, qu'il entend protester ainsi contre la situation faite aux plus pauvres dans la région. C'est à ce moment là qu'il se fait connaitre comme le "Gandhi de l'Italie". Sa grève de la faim prend fin lorsque les autorités s'engagent publiquement à réaliser quelques projets urgents, comme la construction d'un réseau d'égouts. 

Pour lui, le sens et la valeur du jeûne n'existent qu'en partageant le logement misérable et la faim chronique du bas prolétariat italien. Pour les comprendre, il fait être avec eux, vivre avec eux. Comme il n'y avait pas d'autre moyen pour éviter la mort d'autres petits enfants. La participation totale à la souffrance du prochain procède d'une expérience religieuse. Celui qui jeûne avec les affamés, le fait pour expier les péchés de ceux qui condamnent leur prochain à mourir de faim. Danilo DOLVI veut donner au jeûne, outre une signification religieuse et humanitaire, un sens réaliste et pratique. "Tant que je vivrais, si l'amour ne suffit pas, le remords servira au cas où je mourrais", dit-il. Son jeûne est aussi la protestation d'un citoyen responsable, une voix des profondeurs et un appel pour éveiller la conscience endormie de la nation italienne, du peuple comme des autorités. 

Marié avec une veuve et ayant des enfants sur place, il entend lutter contre plusieurs facettes du sous-développement, notamment parce qu'ils ne peuvent aller à l'école. En février 1956, il organise ce qu'il appelle une "grève à l'envers". Avec 300 chômeurs, il commence à réparer une rue communale négligée. La gendarmerie intervient, en armes et dispersent les ouvriers. Personne ne se défend par la force car DOLCI leur avait enseigné la non-violence. Emprisonné, lui et ses amis le font savoir à toute l'Italie et un grand mouvement de protestation, jusqu'au Parlement, s'organise avec le soutien d'écrivains, entre autres de Ignazio SILONE, Alberto MORAVIA, Corrado ALVARO, Elio VITTORINI et Carlo LEVI. Jugé, condamné (50 jours de prison et 20 000 lires d'amende) pendant un procès retentissant, il recommence dès sa libération une campagne visant à la construction du barrage et du développement économique de cette région misérable. Son action a d'autant plus de retentissement qu'il ravive la prise de conscience du sous-développement de tout le Sud de l'Italie, délaissée au profit du développement industriel du Nord. En novembre 1957, il organise à Palerme un congrès avec l'aide de ses collaborateur dans toute l'Italie portant sur cette question essentielle. 

 

.... au Centre d'études et d'initiatives pour le plein emploi et la construction du barrage.

Au cours des années 1950, le soutien pour Danilo DOLCI s'est consolidé tant au niveau italien qu'au niveau international. Il fonde grâce à la somme reçue via le Prix Lénine pour la paix en 1958, le Centre d'études et d'initiatives pour le plein emploi, à Partinicio. Situé dans le village où il vit, ce centre autogéré devient un lieu d'entrainement à la non-violence pour des générations de militants.

La méthode de travail de DOLCI est, plutôt que d'énoncer des vérités préconçues, de considérer que personne ne peut vraiment changer sans être impliqué et sans participer directement à l'action. Sa vision du progrès valorise la culture et les compétences locales, la contribution de chaque communauté et de chaque personne. Pour y parvenir, il intègre la méthode socratique bien connu des philosophes, posant des questions et atteindre ainsi la conscience de chacun. Son objectif est de permettre aux personnes généralement exclues des cercles du pouvoir de se prendre en charge et de participer au processus décisionnel.

 

La lutte contre la mafia et la corruption.

Conscient des blocages induits par la présence, surtout en Sicile, d'un banditisme rampant, il lutte dans les années 1960 pour aider les victimes du tremblement de terre dans la vallée de Belice en Sicile toujours. Comme d'habitude dans ces cas-là, les fonds gouvernementaux et l'aide privée est détournée par des politiciens corrompus, installés d'ailleurs par les réseaux de la mafia. Son action s'inscrit dans le vaste combat mené par certains, notamment dans l'institution judiciaire afin de l'éradiquer. La mafia, autrefois association secrète de résistance contre l'envahisseur s'est transformée en association criminelle, dont l'activité s'est accentuée  et confortée à l'occasion de la libération de l'île par les Alliés en 1944.

Danilo DOLCI, qui s'est très documenté sur ce problème, se rend à Rome pour témoigner, notamment contre trois hauts responsables de la Démocratie Chrétienne. Il est condamné à la prison pour diffamation, mais après avoir continué à s'exprimer sur les ondes d'une radio privée, sa peine n'est pas mise à exécution, afin d'éviter l'indignation publique. 

La figure et l'oeuvre de Danilo DOLCI  polarisent l'option publique. D'un côté se multiplient les témoignages d'admiration et de solidarité, et de l'autre les adversaires du militant non-violent le considèrent comme un danger subversif. Notamment dans les milieux de l'Eglise et sans doute parce qu'il est soupçonné de sympathies communistes, beaucoup considèrent que son action "déshonore la Sicile". C'est que Danilo DOLCI fait du sauvetage de la Sicile, victime d'une grave maladie sociale dont les principaux symptômes sont la misère, la faim, la maladie et l'ignorance.

 

Le travail éducatif 

A partir des années 1970, l'engagement éducatif vient au premier plan de ses réflexions et de ses actions. Grâce à la contribution d'experts internationaux, il démarre l'expérience du centre éducatif de Mirto, fréquenté par des centaines d'enfants.Au cours des années suivantes, il parcourt l'Italie pour animer des laboratoire socratiques dans les écoles, les associations et les centres culturels.

Son travail de recherche, conduit avec de nombreux collaborateurs italiens et internationaux, s'approfondit dans les années 1980 et 1990. Observant la distinction entre transmettre et communiquer, ainsi qu'entre pouvoir et domination, il souligne les risques d'une régression démocratique de la société causé par le contrôle social exercé à travers la diffusion tentaculaire des médias de masse.

 

Danilo DOLCI projette la pensée platonicienne dans la réalité la plus misérable de la Sicile, en utilisant la même méthodologie. Il s'agit d'une méthode de formation dont le caractère pédagogique est incontestable. Sa valeur ajoutée est une volonté d'perte acteur dans le domaine de la connaissance et de la participation aux questions sociales et politiques. Ce ne sont plus les seules classes aisées ou ceux qui ont des liens avec la classe politique qui sont acteurs et auteurs des propositions, mais le citoyen, tout citoyen et tous les citoyens : le paysan concerné par la réforme agraire, le pécheur engagé dans la lutte contre la pêche frauduleuse, le sans-abri qui lutte pour avoir accès à un logement, le chômeur qui lutte pour que le droit au travail lui soit assuré et qui se démène chaque jour pour éviter de tomber dans la "malativa", la mauvaise vie. C'est une révolution culturelle qui est ainsi proposée. Et également une nouvelle démocratie.

Danilo DOLCI applique ses principes à l'élaboration même de ses oeuvres. Enquête à Palerme est une étude sur les sans-travail, sur ceux qui travaillent au prix d'un effort insensé, une étude "concentrée sur ceux qui paient de leur personne", quittaient le prix d'une vie d'efforts, d'oppression, d'ignorance, de manque de possibilités de choisir, mais c'est aussi l'histoire de tous ceux qui ont encore la force de continuer à vivre et à lutter. Le livre se compose de deux parties. La première est une enquête, un document fait d'interviews, de tableaux statistiques, qui permettent de dresser le cadre général de la situation dans laquelle les gens vivent. La seconde partie est une reproduction quasi textuelle des interviews des citoyens, de leurs récits personnels. Le choix fondamental de DOLCI a été de ne rien ajouter et de ne rien enlever, de ne pas modifier le langage utilisé : langage parlé, phrases peu orthodoxes du point de vue grammatical. Le langage, considéré comme un miroir de la réalité, n'est pas modifié. Se révèlent ainsi aux yeux du lecteur des populations abandonnées par l'Etat, par la loi, par ceux à qui ils ont donné leur suffrage. Une population sans travail, sans possibilité d'envoyer ses enfants à l'école parce qu'ils sont contraints de contribuer à la survie de la famille dès leur plus jeune âge. (Gianni RESTIVO)

 

Tant lors de ses campagnes de grèves de la faim que pendant sa lutte contre la mafia et ensuite pour une éducation qu'on peut appeler non-violente, Danilo DOLCI est l'auteur de nombreux ouvrages écrits en italiens, et dont peu ont été traduits à ce jour, même s'ils ont été amplement utilisés, à l'égal de son témoignage oral, pour des oeuvres qui popularisent son action dans le monde entier. Parmi les traductions en français, citons Enquête à Palerme, publié aux éditions Juliard, dans la collection Temps modernes, en 1957 et Gaspillage, aux Éditions Maspéro en 1963.

Le Cnetro Sviluppo, creativo Danilo Dolci est toujours actif (https://en.danilodolci.org).

 

Myriam ORR, Ils vivent pour la paix, Perret-Gentil, 1962. Gianni RESTIVO, Danilo Dolci et Joseph Wresinski, experts en maïeutique, Revue Quart monde, Se saisir du droit, Année 2012.  Aldo CAPITINI, Danilo Dolci et la révolution ouverte, Éditions Desclée de Brouwer, 1957. Jean STEINMANN, Pour ou contre Danilo Dolci, Le Cerf, 1959. 

     

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