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26 janvier 2018 5 26 /01 /janvier /2018 10:05

   Le général français Hubert CAMON est avec Jean COLIN, l'un des deux auteurs de stratégie militaire les plus importants de la période de l'immédiat avant Première Guerre Mondiale. Avec La guerre napoléonienne, les systèmes d'opérations et La guerre napoléonienne, précis des campagnes en deux tomes (1925) il rivalise avec les auteurs allemands et se livre à une critique de CLAUSEWITZ. Il fait partie du renouveau de la pensée stratégique française d'après 1905. 

  Polytechnicien, sortit dans l'artillerie, capitaine en 1884, il passe par l'École de guerre, devient chef d'escadron en 1898, puis enseigne l'art militaire à l'Ecole d'application de l'artillerie et du génie à partir de décembre 1890. Nommé lieutenant-colonel, il dirige l'Ecole d'artillerie du 10e corps en 1905. Devenu colonel !1909) puis général de brigade (1913), il prend le commandement de l'artillerie du 14e corps. Pendant la Première Guerre mondiale, il prend le commandement de la surveillance de la fabrication des matériels et projectiles de l'artillerie lourde. Admis au cadre de réserve en février 1917, il poursuit ses réflexions stratégiques.

   Ses premiers écrits concernent la technique de la téléphonie militaire et l'organisation du commandement (Nouveaux appareils de téléphonie militaire, Revue d'artillerie, 1885 ; Le commandement et ses auxiliaires, 1893) édités chez Berger-Levrault, habitué des éditions d'études militaires.

A partir de 1890, il livre ses premières pages sur la guerre napoléonienne et la bataille. Féru comme beaucoup des études évolutionnistes (plus ou moins bien comprises), il remarque que les principales entrées en campagne de NAPOLÉON reproduisent un même schéma. Faisant la même remarques sur ses principales batailles, il tente de connaitre les méthodes, les systèmes qui avaient assuré ses victoires, à la lumière par exemple des 32 volumes de la Correspondance de NAPOLÉON. Il étudie de près tous les ordres de mission et estime y trouver d'autres enseignements que ceux qu'avaient dégagé CLAUSEWITZ. Comme l'Empereur n'a jamais fait un exposé complet de ses systèmes de batailles (beaucoup d'ordres étant oraux), il entreprend des recherches d'autres sources, notamment chez ses généraux et maréchaux, dont beaucoup ont publié leurs mémoires. Hubert CAMON constate alors que NAPOLÉON n'avait que deux système de manoeuvre et deux système correspondants de bataille qu'il modifie souvent. Comparant ces plans à des systèmes abstraits, il recherche dans quelle mesure et comment ils en différaient. 

Avant de mettre au point les analyses de campagne par lesquelles il y était arrivé, il fait publier une petite brochure en 1899, La bataille napoléonienne. Les écrivains militaires de l'époque la reçoivent sans indulgence. Ils critiquent la comparaison avec des organismes vivants qui, par accident, ne se développent pas toujours normalement. Lorsqu'il est nommé en décembre 1900 professeur au cours d'art militaire à l'Ecole d'application de l'artillerie et du génie, il reprend les études de ces batailles. Inlassablement, il peaufine ses analyses et approfondi non seulement l'étude des stratégies de NAPOLÉON, dont il possède plus d'informations que CLAUSEWITZ en fin de compte, insiste pour qu'on lise CLAUSEWITZ sérieusement sans en faire un stratégiste uniquement napoléonien, l'attaque lorsque tout le monde se focalise un peu trop sur lui, le défend lorsqu'on le délaisse un peu trop : tout CLAUSEWITZ pourrait-on dire, mais rien que CLAUSEWITZ. Il poursuit ensuite sur sa lancée après la Première Guerre mondiale, décortiquant ce que l'état-major allemand a compris et appliqué (incomplètement) du célèbre stratégiste et met en relief des erreurs du commandement de l'ennemi alors vaincu. Pour revenir en fin de carrière encore sur la stratégie napoléonienne. 

  Loin d'être un va-t-en guerre surtout à la fin de la Grande guerre, il met l'accent sur l'aspect en ultime recours de la guerre pour traiter de la politique, rejoignant ainsi un des enseignements majeurs de CLAUSEWITZ sur le rapport entre les deux. S'il est moins étudié officiellement dans les écoles de guerre (il n'est pas méconnu aux Etats-Unis) que d'autres auteurs, il semble bien que ses livres soient pourtant très lus. Des écrits du général DE GAULLE l'indiquent et certaines manoeuvres militaires contemporaines s'en inspirent également ("manoeuvres sur les arrières"...).

Hubert CAMON, La guerre napoléonienne, Les sytème d'opérations, Théorie et technique, Economica, 1996 ; Précis des compagnes, La guerre napoléonienne, Editions Historiques Teissèdre, Collection du Bicentenaire de l'épopée impériale, 1999.

Bruno COLSON, Camon ou l'exégète de Napoléon, préface à la réédition de La guerre napoléonienne., Les systèmes d'opérations, Economica, Bibliothèque stratégique, 1996.

   

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