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31 janvier 2018 3 31 /01 /janvier /2018 18:17

         Louis II de Bourbon-Condé, dit le Grand CONDÉ, connu d'abord sous le titre de duc d'Enghien, est un prince de sang français. Général français pendant la guerre de Trente Ans, il est l'un des meneurs de la Fronde des princes contre l'autorité royale. 

 

Une carrière de noble et de guerrier.

    Louis II de Bourbon, après avoir participé à des sièges ou engagements dans le Roussillon (1640-1642), obtient le commandement de l'armée des Flandres, avec l'appui du cardinal de RICHELIEU. Il remporte la retentissante victoire de Rocroi (1643), lorsqu'il parvient à vaincre les Tercios de l'armée espagnole dirigée par Francisco de MELO. Cette victoire, obtenue grâce à la cavalerie met fin à près d'un siècle et demi de domination espagnole. 

En 1644, il guerroie avec TURENNE en Rhénane et par la suite dans les Pays-Bas. MAZARIN l'expédie en Espagne, mais il échoue à Lerida (1647) devant des forces largement supérieures en nombre. Il repasse alors dans le Nord où il remporte la brillante victoire de Lens (1648) sur les forces impériales de l'archiduc LÉOPOLD-GUILLAUME, obligeant ainsi l'empereur FERDINAND II à demander la paix.

Durant la Fronde (1649) qui oppose le Parlement et une partie des nobles au pouvoir royal que représente le cardinal MAZARIN, CONDÉ mène, dans un premier temps, les troupes royales avec succès contre les insurgés à Charenton, mais il se brouille bientôt avec MAZARIN et il est emprisonné (1650-1651). Après cela, il passe du coté des Espagnols et prend la tête des forces rebelles (1652). Il dispute avec des fortunes diverses une série de batailles contre TURENNE (1653-1656). CONDÉ est condamné à mort par contumace en tant que rebelle en 1654.

La défaite des Espagnols à la bataille des Dunes (1658), qui s'était livrée contre son avis, mène à la paix des Pyrénées (1659), et CONDÉ, qui est prince de sang, obtient le pardon du roi (1660).

Par la suite, durant une quinzaine d'années, il participe à toutes les guerres menées par Louis XIV, notamment aux Pays-Bas (1672-1673). CONDÉ commande l'armée des Flandres et remporte la victoire à Senffe (1674) avec des forces inférieures en nombre à celles de ses adversaires. Après la mort de TURENNE, il prend la succession de celui-ci en Alsace et s'oppose victorieusement à MONTCUCCOLI qu'il oblige à se se replier de l'autre côté du Rhin. Il n'abandonne sa carrière militaire que frappé par la goutte et se retire.

Remarquable tacticien, CONDÉ joint à la fougue un coup d'oeil d'une grande sûreté. Il est sans doute, après GUSTAVE-ADOLPHE, et avec TURENNE et MONTECUCCOLI, l'une des plus remarquables capitaines du XVIIe siècle occidental. (BLIN et CHALIAND)

 

Un Prince dans les Frondes

Pendant les troubles de la Fronde, dernière tentative de la noblesse de garder son indépendance face au Roi, adopte une attitude ambigüe et il faut bien voir qu'il n'est pas le seul dans ce cas. Défendant d'abord le parti de la cour, la régence durant la minorité de Louis XIV étant assurée par sa mère Anne d'Autriche secondées par le cardinal MAZARIN, premier ministre, il prend ensuite le parti contre ce dernier. Son soutien à la reine mère Anne d'Autriche permet d'abord la signature de la paix de Rueil. Néanmoins, en 1649, en rivalité avec MAZARIN qu'il considère comme un usurpateur étranger, il sympathise avec la cause de la Fronde. Remportant toutes les batailles entre 1643 et 1648, il réclame pour lui l'amirauté et pour ses amis tous les postes de responsabilité dans l'armée. Le 18 janvier 1650, lui, son frère le prince de Conti et son beau-frère de Longueville sont jetés en prison par la reine régente, qui veut refréner ses ambitions, où il subissent une détention de treize mois.

Le 7 février 1651, devant l'union des Frondes, MAZARIN s'enfuit et libère les princes. CONDÉ prend la tête de la Fronde des princes, malgré la majorité de son grand cousin Louis XIV. Il négocie avec le roi Philippe IV d'Espagne et le Lord Protecteur anglais Olivier CROMWELL. Il lève des troupes, marche sur Paris. Contre lui, Louis XIV réussit à gagner TURENNE qui prend la tête des troupes royales et défait le prince à la bataille de Bléneau le 7 avril 1652, à Etampes en mai puis au faubourg Saint-Antoine à Paris. La duchesse de Montpensier, Anne-Marie-Louise d'Orléans (la grande Mademoiselle) fait tirer les canons sur les troupes royales pour permettre à son cousin de se réfugier dans Paris. CONDÉ gagne ensuite le comté de Flandres pour passer du côté espagnol.

Au-delà de la chronique historique qu'il faut sans doute rappeler ici, pour situer certains retournements, CONDÉ se situe dans un contexte historique de bouillonnement politique, où les ambitions personnelles sont les facettes d'un jeu entre monarchies mal établies, aux territoires encore éclatées (surtout l'Espagne) et aux allégeances religieuses incertaines (révolution anglaise). C'est une période pas encore complètement sortie des guerres de religion (Louis XIV révoque plus tard l'édit de Nantes) et pas encore complètement entrée dans l'ère des rivalités nationales, les dynasties chevauchant encore des territoires bien différents. On entre progressivement dans un monde où les alliances de sang vont compter de moins en moins par rapport à des monarchies nationales qui vont, plus ou moins, museler les noblesses  (en France) ou en représenter/se soutenir (d') une seule (dans les Allemagnes et en Prusse, celle de l'épée).

 

Quelle oeuvre? 

Annexe de cette situation avec de grandes conséquences, la transmission confidentielle de génération en génération de l'expérience militaire et stratégique. Ce qui justifie la présence de CONDÉ dans cette encyclopédie du conflit, dans ce blog à la rubrique Auteur est inscrite en creux. Il n'existe pas d'œuvres écrites et disponibles dans le public du Prince, tout simplement parce que ses écrits - il n'est ni inculte ni muet - restent dans la "famille", quitte à être détruits s'ils pouvaient tomber en de "mauvaises mains". 

Comme l'écrit Hervé COUTEAU-BÉGARIE, "la pensée stratégique suppose une certaine ouverture, car elle révèle des préceptes, des maximes, dans l'esprit de beaucoup des "recettes", que les gouvernants et les chefs militaires ne souhaitent pas divulguer, pour ne pas renseigner l'adversaire (même les amis peuvent changer de camp...). Nous n'avons que des traces infimes des navigations des Phéniciens ou des Carthaginois parce qu'ils ne voulaient pas faire connaitre leurs itinéraires à leurs concurrents. Il en va de même en stratégie où la règle est de ne communiquer les papiers d'état-major qu'aux personnes ayant "qualité" pour en connaître. Très souvent, les chefs militaires considèrent leur art comme une propriété personnelle qu'ils ne transmettent qu'à des disciples soigneusement choisis : Turent se forme à l'école hollandaise de Frédéric et Maurice de Nassau, Luxembourg à celle de Condé, de Saxe au contact du maréchal de Villars. Moreau, le vainqueur de Hohenlinden (1800), apporte beaucoup de soin à la formation de ses lieutenants au contraire de Napoléon, qui fait montre d'une totale négligence en ce domaine. (...) Jusqu'à l'époque contemporaine, les écrits des généraux sont rarement destinés à la publication. Les traités de Montecuccoli n'ont pas été publiés de leur vivant, à une exception près, (...)." Cette "confidentialité" s'étend même au contenu des bibliothèques des princes, qui peuvent contenir des écrits bien plus anciens que de leur époque. Du coup, l'impression qu'au XVIIe siècle la pensée stratégique en Europe patine peut provenir de cette pratique du secret. Cette même pratique du secret est sans doute une  explication du peu de renseignements que nous avons de l'émergence de la géographie militaire. Or il semble bien que la production de traités de géographie, de mémoires d'ingénieurs ou de cartographes progresse beaucoup à cette époque ou à une époque un peu plus avancée, vu les indices que nous en avons. 

Toutefois, ce que l'on connait de l'évolution de la stratégie sous CONDÉ, indique peu d'innovations, notamment techniques, lesquelles interviennent plus tard, au milieu du règne de louis XIV. Cette impression est corroborée par le déroulement même des campagnes militaires, et le duel entre TURENNE et CONDÉ en offre un bon exemple. La méconnaissance des intentions et des capacités de l'adversaire fait que la victoire procède bien plus d'une capacité de "coup d'oeil" permettant de profiter de ses erreurs, plutôt que de son habileté propre. Rares sont les grands capitaines et les généraux qui peuvent se prévaloir d'une succession de batailles victorieuses. Parce que précisément, CONDÉ est un de ceux-là, il est particulièrement apprécié, même du Roi qui lui accorde son pardon et même sa confiance (pas seulement parce qu'il est Prince de sang)... 

Marc BLANCPAIN, Monsieur le Prince : la vie illustre de Louis Condé, héros et cousin du Grand Roi, Paris, 1986. Hubert CAMON, Deux grands chefs de guerre du XVIIe siècle : Condé et Turenne, Paris, 1933. P.G. DUHAMEL, Le Grand Condé ou l'orgueil, Paris, 1981. Bernard PUJO, Le Grand Condé, Paris, 1995.

Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND, Dictionnaire de stratégie, tempus, 2016. Hervé COUTEAU-BÉGARIE, Traité de stratégie, Economica/ISC, 2002.

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