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27 janvier 2018 6 27 /01 /janvier /2018 09:19

   Livre à onze voix, publié sous l'égide du Mouvement International de la réconciliation, Une autre révolution est sans doute l'un des ouvrages les plus lus dans la mouvance non-violente et dans les milieux pacifistes chrétiens. D'abord diffusé à Vienne en 1968 puis à Paris en 1969, on voit bien à quoi peut se référer dans l'esprit du lecteur cette révolution, même si évidemment les propos des auteurs ne se limitent pas aux événements mondiaux qui agitent la jeunesse en 1968. D'ailleurs le Congrès d'études dont est issu ce livre s'attache bien plus "à la possibilité de faire sans violence une révolution que la peine des hommes, au Tiers-Monde, mais ailleurs aussi, rend indispensable", et ceci avec une préoccupation de fond sur la position des Eglises à cet égard. Au contexte des débats, qui sont encore très lisibles aujourd'hui, se situent également les développements et les difficultés de la théologie de libération en Amérique Latine.

   Le livre s'ouvre d'ailleurs à cet égard sans équivoque sur une partie intitulée Le chrétien et la révolution mondiale (Perspectives critiques, par Nikolaus KOCH). Le texte du fondateur dans les années 1950 avec marie EBERHARD et des amis d'un "service d'assistance de paix" se compose de trois segments : l'Eglise se comprend elle-même comme anti-révolutionnaire et l'époque moderne se comprend comme révolution ; l'Eglise doit s'adapter à la révolution ; la réaction de l'Eglise (sa logique) à la crise de violence dans le monde. Pour lui l'Eglise a en main la clef d'une révolution mondiale sans armes. Il développe ainsi 6 thèses : 

- le monde établi évolue vers un sombre totalitarisme qui est incapable de réponde par ses propres moyens aux problèmes vitaux de la société moderne, et il est réduit à un régime de violence établi.

- le monde qui n'est pas établi développe un système révolutionnaire de contre-violence.

- vouloir faire renoncer à cette contre-violence révolutionnaire et substituer l'évolution à la révolution, c'est pratiquement se ranger du côté de la violence établie.

- le cercle infernal de ces deux violences qui se répondent ne peut être brisé que par une initiative qui soustrait à la violence établie le domaine public. 

- les initiatives a-révolutionnaire, pseudo-révolutionnaires, anti-révolutionnaires, violemment révolutionnaires, ne suffisent pas à elles seules. Il faut que leurs auteurs aient eux-mêmes conscience d'être révolutionnaires pour le monde, qu'ils gagnent de haute lutte à la cause de la révolution mondiale toutes les grandes réserves spirituelles, et qu'ils fassent de cette révolution et de sa stratégie une évidence démocratique.

- l'Eglise a en main la chef d'une révolution mondiale sans armes.

Se situant visiblement dans la foulée de Vatican I et des initiatives de Jean XXIII, il estime (espère) que l'Eglise, tournant le dos à son inimité historique à l'égard du libéralisme et du marxisme, de l'époque moderne et de la révolution, peut être, malgré sa tradition anti-démocratique, peut apporter les réponses pour cette révolution sans armes.

   Les autres parties prennent le même ton, même s'ils abordent des sujets parfois différents. Dans la deuxième partie ayant pour thème La Révolution de la Croix et les Révolutions de ce temps, on peut lire les textes de Jean et Hildegarde GOSS-MAYR (Ce qu'est l'amour), de Vitali MALUSCHKOWITSCH (... Comme le Père est parfait), de Léopold UNGAR (Nous avons pouvoir sur les forces du mal) et de Joseph SMOLIK (Question ouverte).

   Dans une troisième partie Non-violence ou Guérilla s'expriment Jean LASSERRE (La guérilla tue les faibles) et de Jean van LIERDE (La conjoncture mondiale).

  Dans la partie Vers une théologie non-violente, on trouve toute une discussion autour des Normes pour une action non violente, des possibilités de faire l'économie de toute violence armée, du droit de tuer "pour la bonne cause", des interprétations de l'écriture (condamne t-elle la violence?), et sur les possibilités réelles d'élaborer une théologie de la non violente (Donnez-nous une théologie!).

  Dans la partie suivante Action non violente en Amérique Latine, figurent les textes d'Animal GUZMAN (En quête d'une véritable mutation), d'Earl SMITH (Actions tentés à la base) et d'Hidelgard GOSS-MAYR (Lutte sur trois plans). Ces trois plans sont :

- la lutte non violente à la base, dans les territoires sous-développés, c'est-à-dire avec les groupes de populations qui, à la campagne ou dans les zones industrielles, souffrent de la misère

- les efforts sur le plan mondial dans les pays en voie de développement 

- la lutte qui a pour but une transformation dans les conceptions économiques et la politique internationale des pays industriels, en matière économique.

  Dans un dernière partie Dans les pays industriels : la lutte pour la justice internationale, interviennent René DUMONT (Réveiller l'opinion) et Josef KRYWULT (Une aide braquée vers le but).

   Jean GOSS conclue par Si nous avons quelque chose à dire : nous avons attaquer les Églises sur ce qu'elles doivent logiquement faire, il faut traverser les barrières qui séparent notamment les classes sociales et les peuples, il faut faire connaitre la vérité sur les injustices de nos frères (et faire naitre les réconciliations). L'information reste la meilleure arme à notre disposition. Nous sommes responsables de nos chefs, et à ce titre, nous devons toujours témoigner sur l'action de nos gouvernements. Toujours croire dans les capacités de l'autre à recevoir la vérité de ces témoignages. Il termine par un appel aux théologiens : il y a urgence à oeuvrer dans ces sens, pour que les Eglises prennent toute leur part dans ce combat. 

Sous la direction de Jean et Hildegarde GOSS-MAYR, Une autre révolution, violence des non-violents, Cerf, 1969, 180 pages. 

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