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12 février 2018 1 12 /02 /février /2018 08:45

      Utilisés parfois à tout crin par certains média sur tel ou tel conflit armé, ce terme est d'abord utilisé dans les années 1960, par des stratèges ou stratégistes occidentaux, pour décrire certains types d'opérations spécifiques. Rapidement, ce terme est érigé en concept et remplace progressivement, surtout dans les pays anglo-saxons (Low-Intensité Conflict), puis ailleurs, les doctrines de la "contre-insurrection". Ce nouveau concept ne prétend pas décrire un type de guerre inédit mais sert plutôt de notion fourre-tout, permettant de grouper en une seule catégorie tous les conflits se distinguant des guerres classiques (entre États notamment). Ainsi définie, la guerre peut être interprété en fonction du degré de violence des affrontements.

    Outre une confusion entre conflit, conflit armé et guerre, cette expression comporte une part d'humour noir involontaire, les guerres de faible intensité, notamment pour les populations touchées, ne l'étant pas pour tout le monde. A moins qu'il y ait de morts de basse intensité...

     Il est généralement entendu (si l'on prend pour base les définitions de différents états-majors et spécialistes) qu'un conflit est de faible intensité lorsque ses limites se situent au-delà d'une relation pacifique et en deçà d'une guerre de type classique opposant des armées régulières. Le conflit de faible intensité se définit donc surtout à travers les moyens employés par les pays ou groupes qui s'affrontent, moyens qui sont limités par des contraintes diverses - économiques, sociales ou politiques - dictant les choix stratégiques. Ces moyens comprennent d'abord d'abord la lutte armée, puis tout un arsenal d'instruments destinés à exercer une pression diplomatique, psychologique et politique sur l'adversaire désigné. Les conflits de faible intensité sont généralement des conflits de longue durée. Souvent fondés sur une tactique de harcèlement, ils ont la préférence des groupes qui souffrent d'un rapport de forces défavorable et souhaitent éviter un affrontement direct avec un adversaire militairement supérieur. Les conditions particulières de la guerre froide motivèrent les deux superpuissances, elles aussi, à choisir de s'affronter de manière indirecte, sur des théâtres éloignés, avec des moyens limités, qu'ils soient ou non militaires. Les conflits de faible intensité prennent des formes très variées : guerres révolutionnaire, guérilla, combats insurrectionnels et anti-insurrectionnels, attentats terroristes, opérations clandestines en tout genre. Les moyens varient selon la nature, la volonté et la taille de ceux qui y ont recours, depuis les petits groupes clandestins jusqu'aux superpuissances, en passant par les guérillas urbaines, les armées révolutionnaires ou les Etats de moyenne importance, dont les objectifs sont forcément  distincts les uns des autres. Les guerres d'Indochine, du VietNam et d'Afghanistan ont contribué, généralement après coup, à une meilleure connaissance de ce genre de conflits dans les pays - France, Etats-Unis, Union Soviétique - qui avaient subi des échecs face à des armées révolutionnaires de libération nationale. Les conclusions auxquelles aboutissent les stratèges ne sont pas nouvelles. Dans leurs grandes lignes, elles sont identiques à celles que formulèrent, à travers les siècles, les spécialistes de la "petite guerre" : la stratégie doit être adaptée aux circonstances et user des tactiques et des moyens adéquats, c'est-à-dire semblables à ceux de l'adversaire. 

Ces leçons, apprises à un prix souvent exhortant, ont eu pour effet de transformer les politiques militaire de nombreux pays, notamment ceux-là même qui avaient été naguère paralysés par leur propre puissance. L'approche qui consistait à croire aveuglément en la supériorité numérique et technologique, comme garantie de la victoire, dans n'importe quel type de conflit, est désormais révolue. La distinction entre objectifs politiques et militaires est elle aussi mieux comprise. Il est désormais entendu (pas pour tout le monde toutefois, à en croire maintes déclarations belliqueuses...) qu'une victoire militaire n'assure pas nécessairement une victoire politique et que celle-ci peut être accomplie sans victoire militaire. La fin de la guerre froide a entrainé le recul ou l'élimination des affrontements qui opposaient les deux blocs. Toutefois, d'autres problèmes ont surgi des décombres de la chute de l'Empire Soviétique : recrudescence des conflits de moyenne intensité (guerres classique) et interventions limitées des grands pays industrialisés, soit dans des guerres civiles (Bosnie), soit dans des actions de type humanitaire (Somalie) ou stabilisatrice (Haïti). Dans tous les cas, il est très difficile de résoudre des conflits complexes - et potentiellement dangereux - avec des moyens et des objectifs limités. Il semble que la tendance générale soit, depuis la fin de la guerre froide, à la confrontation directe entre petites et moyennes puissances, et que cette confrontation se situe à un seuil de violence limite entre faible et moyenne intensité. Les conflits de faible intensité continuent d'affecter un certain nombre de pays, principalement dans le cadre de conflits intérieurs (Algérie, Israël-Palestine, Colombie, Irlande du Nord) qui ont parfois une connotation religieuse. (BLIN et CHALIAND)

On voit bien que cette notion de conflit de basse intensité est à échelle variable.  Parfois, l'imprécision des termes utilisés abouti à des confusions. A ce compte, les événements de Mai 1968 en France et dans le monde peuvent être considéré comme des conflits de basse intensité. A ce compte aussi, la guerre contre l'Etat islamique, de même que les divers attentats   revendiqués plus ou moins dérisoires... On peut se poser la question sur l'opérationalité - autre qu'idéologique - de cette expression. La guerre du VietNam, conflit de basse intensité? Les régulières émeutes de la faim?

La question, précisément, est sans doute plus idéologique, avec des messages différenciés suivant les publics, que véritablement stratégique. De plus qu'en est-il des activités plus ou moins violentes de différents groupes sans réelle stratégie?

 Il vaut mieux sans doute revenir à des notions plus manipulables et plus précises : insurrection, contre-insurrection, "petite guerre", c'est-à-dire guérilla, guerre d'usure, guerre psychologique....

 

Michael KLARE et Peter KORNBLUH, Low-Intensity Warfare, New York, 1988. Lowen THOMPSON, Low-Intensity Conflict, Lexington, 1989.

 

Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND, Dictionnaire de stratégie, tempus, 2016.

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