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19 février 2018 1 19 /02 /février /2018 08:10

       Fernando Cortès de Monroy Pizarro Altamora, dit Hernan CORTÈS, premier marquis de la vallée d'Oaxaca, est un conquistador espagnol. Il s'empare en 1521 de l'Empire aztèque pour le compte de CHARLES QUINT, roi de Castille et empereur romain germanique. Cet acte fondateur de la Nouvelle-Espagne, de l'Empire espagnol des Amériques, étape fondamentale de la colonisation espagnoles des Amériques au XVIe siècle, est plus ambigü que le laisse entendre les titres conférés après-coup. Si c'est au nom de la Couronne espagnole que CORTÈS se prévaut dans ses actions - et dans ses écrits - il agit d'abord comme l'un de ces nombreux aventuriers qui "tentent leur chance" dans le nouveau continent découvert quelque temps plus tôt. 

    Nanti de réelles connaissances en matière de stratégie, d'une tradition ibérique née lors de la Reconquista espagnole sur les Musulmans, Hernan CORTÈS appartient à l'une des familles nobles les plus influentes de l'Espagne.

 

Le personnage type du conquistadore

   Après avoir brièvement étudié à Salamanque, Hernan CORTÈS quitte l'Espagne (1511) pour Cuba où il devient alcade (maire) de Santiago. Contre l'avis du gouverneur VÉLASQUEZ, CORTÈS quitte Cuba pour le Mexique en 1519 avec 600 hommes, 16 chevaux et une dizaine de pièces d'artillerie, embarqués sur 11 navires.

S'appuyant sur le vieux droit communal espagnol, il fonde la ville de Vera Cruz, ce qui, en principe, le délie de toute dépendance envers le gouverneur de Cuba. Entre-temps, il cherche à se gagner les bonnes grâces des tribus qu'il rencontre et n'use de la force que lorsqu'il n'a pas d'autre choix.

Très vite, il dispose d'un atout considérable que jamais n'auront ses adversaires majeurs, les Aztèques : deux interprètes, l'un espagnol, qui fut prisonnier chez les Mayas, et une Indienne, la Maliche (qui, baptisée, devient Marina et bientôt la maitresse de CORTÈS), qui parle le nahuatl et apprend rapidement l'espagnol. CORTÈS sait ainsi ce que pense l'adversaire tandis que les Aztèques ne pourront que conjecturer. Pour les Aztèques, apparemment ces hommes venus de loin sont des dieux porteurs de désastre qu'il faut tenir éloignés de Tenochtitlan (Mexico).

Mais CORTÈS, contre l'avis d'une partie de sa troupe où se trouvent des partisans de VELASQUEZ, veut à toute force aller de l'avant et fait démâter ses navires ("brûler ses vaisseaux"...). Au cours de l'avancée, il se heurte durement aux Tlaxcaltèques mais parvient à s'en faire des alliés. En effet, la domination des Aztèques est récente, dure et mal supportée, aussi CORTÈS peut-il jouer des dissensions tribales.

Le statut divin  qui est apparemment le leur permet aux Espagnols de pénétrer sans coup férir à Tenochtitlan (1520) où ils sont les hôtes de MOCTEZUMA. Mais conscients de la fragilité de leur posture et mesurant à quel point ils sont vulnérables, si peu nombreux au sein d'une cité lacustre aux accès faciles à interdire, CORTÈS et ses compagnons s'emparent de MOCTEZUMA qui, subjugué, se laisse emmener dans les quartiers dévolus aux Espagnols. C'est alors qu'on apprend que le gouverneur VELASQUEZ a envoyé un millier d'hommes pour s'emparer de CORTÈS. Celui-ci réagit immédiatement et, laissant une petite garnison commandée par ALVARADO, un de ses lieutenants, parvient à s'emparer du chef de l'expédition punitive et retourne les troupes de ce dernier en leur promettant un riche butin.

Au retour, CORTÈS retrouve Tenochlitlan en pleine insurrection. Son lieutenant ALVARADO a pris l'initiative de frapper le premier afin, selon lui, de prendre les devants d'une sédition. MOCTEZUMA, en cherchant à ramener la concorde, est lapidé par les Aztèques. La situation des Espagnols devient intenable. On se décide à faire retraite. Celle-ci est opérée dans des conditions désastreuses au cours de ce que les Espagnols ont dénommé la noche triste.

Quelques jours plus tard, les Astèques, très supérieurs en nombre, veulent anéantir la troupe réduite de moitié de CORTÈS. Mais celui-ci, acec quelques cavaliers, réussit à tuer le chef adverse, ce qui provoque la fuite des Aztèques.

La bataille d'Otumba (1520), en soi une bataille médiocre où CORTÈS bénéficie de l'effet de surprise causé par l'apparition de sa cavalerie (les Aztèques ignore le cheval) doublé d'une supériorité technologique très forte (épées d'acier, armes à feu), est considérée comme la plus remarquable des victoires de CORTÈS. En fait, la bataille est doublement asymétrique : Alors que les Espagnols luttent pour tuer, les Aztèques s'efforcent de seulement les neutraliser... (en vue tout de même de les offrir en sacrifice...)

Tandis qu'une épidémie de variole provoquée par des éléments de la force punitive envoyée par le gouverneur VELASQUEZ ravage Tenochtitlan, CORTÈS ne s'avouant pas vaincu réorganise ses troupes, reçoit des renforts et se prépare pour une nouvelle expédition.

En mai 1521, le siège est mis devant la capitale aztèque. L'originalité de la stratégie utilisée par CORTEZ consiste à avoir combiné opérations terrestre et lacustre. En effet, grâce à une flottille de brigantins acheminés en pièces détachées à dos d'homme, CORTÈS peut imposer un blocus à Tenochtitlan. Après un très dur siège de près de trois mois, la capitale aztèque, affamée, tombe. La conquête a duré dix-huit mois.

Bien que gratifié du titre de marquis, CORTÈS est rapidement éloigné du Mexique et se trouve de moins en moins bien en cour en Espagne. Politique avisé, CORTÈS est un excellent stratège, un habile tacticien et un chef de guerre dans la tradition héroïque. Il est par ailleurs, l'auteur des Lettres de relation, rédigées dans une belle prose sobre où il démontre ses talents de diplomate. (BLIN et CHALIAND)

 

Un tacticien et stratège habile qui profite bien des circonstances et un bâtisseur de villes

     Après 1519, la vie de CORTÈS se confond avec l'histoire de la conquête du Mexique : il y manifeste une habileté politique et des talents militaires hors pair. Il impose, dès les premiers contacts avec les Mayas du Yucatan, sa stratégie : négocier avec les Indiens, s'interdire tout pillage (ce qui est l'occasion de heurts avec des lieutenants de ses propres troupes) et ne livrer combat que contraint. C'est là que sa bonne fortune lui fait rencontrer, parmi les captives que lui offre un cacique, une Indienne de langue mexicaine, la célèbre dona MARINA, ou MALINCHE, qui devient sa maîtresse, son interprète et sa conseillère.

C'est en débarquant sur les plages de Cempoala, le 21 avril 1519, que CORTÈS donne aux événements l'impulsion décisive. Il y reçoit les envoyés de MOCTÉZUMA, et se fait une idée plus exacte de la richesse et de la puissance de l'empire aztèque. Il comprend aussi, en s'alliant avec le cacique totonaque du lieu, que les peuples tributaires, mal soumis, ne demandent qu'à secouer le joug de Tenochtitian et décide de s'appuyer sur eux pour entreprendre la conquête du pays tout entier. Enfin, il s'émancipe de la tutelle de VELASQUEZ par une adroite manoeuvre : il inspire à la majorité de ses hommes la décision de fonder une cité, la Villa Rica de la Vera Cruz, dont la municipalité, usant des privilèges traditionnels des villes de Castille, lui confère le titre de capitaine général et le droit de justice. Quoique fictive, cette fondation donne à sa rébellion un semblant de légalité et lui permet de plaisir sa cause devant la cour d'Espagne, où il envoie aussitôt des représentants munis de riches présents. Pour empêcher la désertion possible des partisans de VÉLASQUES et montrer à ses hommes qu'ils n'ont de salut que dans la victoire, il fait désarmer et saborder (en partie) ses vaisseaux. Puis il entreprend de gagner le haut plateau mexicain et d'atteindre la capitale de l'Empire aztèque : les efforts de MOCTÉZUMA pour l'en dissuader n'avaient fait que le fortifier dans son projet.

Dans toute cette entreprise de conquête, CORTÈS met en oeuvre la reconstitution fréquente de ses troupes avec des aventuriers venus des Antilles et des auxiliaires indiens, mettant en oeuvre tout l'art ibérique de sièges des villes. Cet art consiste à en faire le blocus, à affamer la population : après un siège de trois mois, Tenochtitlan est pratiquement entièrement détruite, sa population décimée, notamment en raison d'une épidémie. Après la chute de la capitale de l'Empire aztèque et la capture de CUAUHTÉMOC, neveu de MOCTÉZUMA, toute résistance organisée prend fin. De simples promenades militaires suffisent alors aux Espagnols pour soumettre, en 1522-1523, tout le sud et l'ouest du Mexique.

  CORTÈS organise le territoire conquis aussitôt la victoire acquise. Il fait rebâtir Mexico et s'appuie que les autorités indigènes traditionnelles pour gouverner le pays. Il distribue des encomiendas à ses compagnons déçus par la modicité de leur part de butin et se préoccupe de l'évangélisation des Indiens. il réussit à se faire confirmer par CHARLES QUINT dans ses fonctions de gouverneur de la Nouvelle-Espagne. Mais sa malheureuse expédition au Honduras contre un de ses lieutenants révoltés (1524-1526) - au cours de laquelle il fait exécuter CUAUHTÉMOC - laisse le champ libre à ses ennemis. Après avoir rétabli l'ordre à Mexico, il part se justifier en Espagne : on l'accuse, entre autres méfaits, du meurtre de sa femme et de l'empoisonnement de plusieurs envoyés royaux. CHARLES QUINT doit cependant lui conférer le marquisat "del Valle de Oaxaca" et des droits seigneuriaux sur les plus riches provinces du Mexique ; mais il ne lui laisse pas le gouvernement de la Nouvelle-Espagne, confié à une audience (1527), puis à un vice-roi (1535).

De retour au Mexique en 1530, après s'être allié par un nouveau mariage à la grande noblesse espagnole, CORTÈS se consacre, en homme d'affaires entreprenant et avisé, à l'exploitation de ses domaines : moulins à sucre, élevage, mines d'or et d'argent. Il est moins heureux dans ses tentatives d'exploration du Pacifique : les escadres qu'il finance à grand frais ne réussissent pas à établir une liaison avec les Moluques. Du moins, il met et fait mettre à son actif la découverte de la péninsule de Californie (1534-1535).

Les mauvaises relations de CORTÈS avec le vice-roi et l'audience, et les multiples procès dans lesquels il se trouve engagé, le décident à retourner en Espagne (1540). Il y vit alors en grand seigneur et prend part à la malheureuse expédition de CHARLES QUINT contre Alger. Mais la Cour ne lui rend pas le rôle politique qu'il prétend jouer au Mexique : de là, peut-être, la légende des persécutions et de la pauvreté qui auraient marqué ses dernières années. Alors qu'il se prépare à regagner la Nouvelle-Espagne, il meurt près de Séville. (Jean-Pierre BERTHE)

 

Herman CORTÈS, Lettres de relation, Paris, 1969. Un très long extrait de La Conquête du Mexique, rédigé par Hernan CORTÈS, traduit par Désiré CHARNAY en 1896, publié aux éditions La Découverte (1982), est disponible dans Anthologie mondiale de la stratégie, Robert Laffont, collection Bouquins, 1990.

Savador de MADARIAGA, Cortès, Patis, 1962. C. DUVERGER, Cortès, Fayard, 2001. 

Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND, Dictionnaire de stratégie, tempus, 2016. Jean-Pierre BERTHE, Hernan Cortes, dans Encyclopedia Universalis.

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