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7 février 2018 3 07 /02 /février /2018 09:41

    Jean TOULAT, prêtre catholique français, écrivain et essayiste est un pacifiste, militant très actif de la non-violence. Auteur d'une trentaine d'ouvrages, il participe à la rédaction de l'hebdomadaire Le vue et publie de nombreuses chroniques dans l'hebdomadaire régional Courrier français. 

    Curé de Jardres dans la Vienne, il participe à la résistance pendant la seconde guerre mondiale. Vicaire ensuite (1945) à la paroisse Saint-Porchaire de Pointiers jusqu'en 1974, il participe à de nombreuses campagnes non-violentes et/ou pacifistes dans les années 1970 à 1990. Des luttes contre la Bombe atomique, pour l'objection de conscience, contre l'extension du camp militaire du Larzac jusqu'à la critique de La Marseillaise en passant par ses pamphlets contre la peine et sa participation aux polémiques entourant l'avortement, il est pendant toutes ces années, une figure phare aux côtés par exemple de Jacques de BOLLARDIÈRE et de Jean-Marie MULLER.

      Très tôt, dès son enrôlement comme sergent au 78ème régiment d'infanterie de Châteauroux, il se signale pour son esprit rebelle. Il est renvoyé de l'armée au dépôt de son unité où il rédige une petite publication, Le Parabole (deux numéros, 1940) et le 15 juin 1940, il rédige et diffuse un petit tract intitulé "Espoir quand même!", dans lequel, comme l'appel lancé trois jours plus tard par le général de GAULLE à Londres, il met l'accent sur les ressources des empires français et britanniques et croit en la victoire finale des alliés sur le "colosse nazi aux pieds d'argile". Accepté par la censure civile et militaire (comme quoi l'esprit de résistance bouillonne au sein de l'armée, même si officiellement...), il est tiré à 5 000 exemplaires et distribué dans les divers quartiers de Châteauroux.

Démobilisé, Jean TOULAT revient en Poitou comme curé de Jardres, sur la ligne de démarcation et il participe alors à diverses missions de résistance pendant l'Occupation. Après la Libération, nommé vicaire, il fournit de nombreux textes aux journaux et publie de 1960 à 1993 ses livres, surtout aux éditions du Cerf. 

       Ses livres abordent de nombreux aspects des luttes non-violentes en France et dans le monde. Depuis Juifs mes frères (1963) à Pour une Marseillaise de la fraternité, avec l'Association de même nom (1992) en passant à Objectif Muruoa (avec BOLLADIÈRE) (1974) et Dom Helder Camara (1989), Jean TOULAT en laisse guère échapper de thèmes qui provoquent la mobilisation de nombreux groupes pacifistes et/ou non-violents. Abordant la question des armements (Les grévistes de la guerre, 1971), de l'extension du camp militaire du Larzac (Le Larzac et la paix, 1972), de l'avortement (L'avortement, crime ou libération, 1973), de l'armement nucléaire (La bombe ou la vie, 1969 ; Objectif Mururoa, 1974), de la peine de mort (La peine de mort en question, 1977), de la guerre du Golfe (Le Pape contre la guerre du Golfe : Jean-Paul II censuré, 1991), il écrit aussi des livres se focalisant sur une ou plusieurs personnalités, dans Hérauts de notre temps : de Mauriac à Nana Mouskouri (1973), Les forces de l'amour : de Jean Vanier à Mère Theresa (1976), Raoul Follereau ou Le baiser aux lépreux (1978), Combattants de la non-violence : de Lanza Del Vasto au Général de Bollardière (1983), Les forces de la foi : du cardinal Fustiger à soeur Emmanuelle (1986), Un combat pour l'homme : Le général de Bollardière (1987), Dom Helder Camara (1989).... Ses livres ne sont pas tous reçus avec la même unanimité et semblent souvent s'adresser à un public croyant. 

    Dans Oser la paix, Requête au président de la République (1985), il plaide pour la "révolte des consciences, faisant référence à Teilhard de CHARDIN. 

"Les rédacteurs, écrit-il, du Bulletin of atomique scientists, aux Etats-Unis, ont installé dans leur salle de travail une horloge symbolique qui mesure le danger de cataclysme nucléaire (dans les minutes sont singulièrement avancées depuis l'accession de TRUMP à la présidence, pouvons-nous mentionner). Selon l'évolution de la situation mondiale, ils en avancent ou en reculent les aiguilles. Le chiffre fatidique étant douze. Ces aiguilles n'ont jamais indiqué une situation aussi alarmante : elles marqueraient actuellement minuit moins trois (aujourd'hui au-delà de moins deux...).

Simple fiction? La poudrière mondiale, à force d'être renforcée, risque d'exploser. Pas forcément par préméditation, mais par accident, par provocation, par enchaînements  de malentendus. Le temps de parcours des missiles devient si bref que la décision humaine sera remplacée par la riposte automatique (chose qui a été effective une brève période aux Etats-Unis dans les années 1980, précisons-nous). Devant la course à l'abîme, les avertissements - savants, Nations Unies, mouvements de paix - se multiplient (nous sommes alors dans la crise des euromissiles en Europe...). Tout programme d'armement, entrepris sous prétexte de sécurité nationale accroît l'insécurité internationale, et donc celle de chaque pays. Les deux superpuissances, notamment, poursuivent leur escalade, alors qu'elles ont dix fois la capacité de se détruire mutuellement. Les hommes semblent atteints d'une sorte de cécité mentale qui les pousse à préparer leur propre mort. Cette perspective nihiliste, cette société du no future a de quoi désespérer la jeunesse. Le père d'un lycéen qui s'est suicidé témoigne : "Il faut faire entrevoir aux jeunes un avenir autre que celui de l'autodestruction de ce monde".

Ce qui manque à notre siècle : la sagesse. La mutation technique ne s'est pas accompagnée d'une évolution morale et spirituelle. "La puissance de l'atome a tout changé, sauf nos modes de pensée", déplorait Einstein. Sur-développé sur le plan technique, l'homme est moralement sous-développé. Voilà le déséquilibre le plus dangereux. A l'ère atomique, "science sans conscience" n'est plus seulement "ruine de l'âme", mais fin de toute vie. Bergson, il y a soixante ans, diagnostiquait déjà le mal dont souffre notre monde : "L'humanité démit, à demi écrasée sous le poids des progrès qu'elle a faits. L'homme est maintenant capable de détruire l'humanité, voilà le fait fondamental de notre ère". Et il ajoutait le mot fameux sur la nécessité d'un "supplément d'âme", écho de la parole deux fois millénaire : "A quoi sert à l'homme de gagner l'univers s'il vient à perdre son âme?" La sagesse ou la mort, voilà le dilemme.

Dans cet engrenage qui risque d'être fatal, la France est directement impliquée, surtout avec sa stratégie du faible au fort, dont les objectifs ne peuvent être que "démographiques" et qui nie, ainsi, par avance, les valeurs de civilisation qu'elle est censée défendre. Les Français en ont-ils vraiment conscience? Le peuple allemand, pris par l'idéologie nazie, a glissé insensiblement vers la barbarie. Notre population, anesthésiée par l'endoctrinement atomique, est entrainée, sans qu'elle s'en rende compte, vers ce qui peut-être l'irréparable. "Nous ne savions pas", ont plaidé nos voisins après la guerre. Nous, nous savons. Ou du moins, nous devons savoir. E c'est dès maintenant qu'il faut dire si, oui ou non, nous acceptons la loi du talion nucléaire. trop eu de citoyens ont présent à l'esprit que le chef de l'Etat pourrait, en leur nom, mettre en oeuvre la stratégie atomique, c'est-à-dire violer à la fois la morale élémentaire, les conventions de Genève, le règlement de l'Armée française, la convention internationale sur le génocide, et devenir ainsi le plus grand criminel de notre histoire.

Au lendemain de la dernière guerre mondiale, Georges Bernanos proclamait ; "Au monde de la bombe atomique, on ne saurait déjà plus rien opposer que la révolte des consciences, du plus grand nombre de consciences possible." (Si vous saviez, Gallimard).

Voici donc venue l'heure de la révolte des consciences. Jeunes gens qui êtes à l'âge du service national, interrogez-vous : de quelle manière servirai-je mieux ma patrie et l'humanité? En m'initiant aux techniques guerrières ou, sous le statut d'objecteur de conscience, en faisant reculer la misère et l'injustice, au sein d'une association comme Aide à toute détresse-Quart Monde ou le Service Civil International?

Vous qui, au plateau d'Albion ou à bord de L'inflexible ou du Tonnant, gardez les yeux rivés sur les écrans radars de l'alerte atomique, oseriez-vous, si l'ordre présidentiel vous en était donné, lancer vos monstrueux engins de mort? Plût à Dieu que vous n'ayez pas à avouer un jour, comme le maréchal Keitel au tribunal de Nuremberg : "La tragédie de ma vie est d'avoir compris trop tard qu'il y a des limites à l'obéissance."

Et vous, chercheurs et ingénieurs, que pensez-vous du professeur Otto Hahn, réalisateur de la première fission de l'atome en 1939, qui s'engagea en 1957, suivi des 18 principaux physiciens allemands, à ne jamais prendre aucune part à la fabrication d'armes atomiques ? Pesez-vous assez vos responsabilités, vous sans qui aucune arme ne pourrait être conçue et mise au point?

Travailleurs de l'armement, savez-vous que des syndicalistes à l'usine Lucas Aerospace, en Angleterre, ont préparé un plan de reconversion de l'entreprise, en sorte qu'ils puissent produire moins pour la mort et plus pour la vie?

Hors du domaine militaire, tout citoyen peut se demander : que puis-je faire pour freiner la course aux engins de mort? Chacun contribue à celle-ci en alimentant, par ses impôts, le budget militaire. Retenir de sa contribution la part de l'armement, pour l'affecter à une oeuvre de vie, est une forme de résistance. (...).

Dans le mouvement de résistance (à l'idole atomique), une arme particulière est à la portée des croyants, celle dont Bossuet disait : "Les mains qui se lèvent font plus que les poings qui frappent". A Londres, en 1982, a été lancée une chaîne de prière universelle, récitée pour la première fois par mère Thérèse, et recommandée par des personnalités de diverses spiritualité (...). Elle relie des hommes de toute race, de toute culture, de toute croyance, en une chine invisible de solidarité qui encercle le globe. (...). A l'oraison s'ajoute le jeûne. Les évêques américains engagent les chrétiens à le pratiquer chaque vendredi pour la cause de la paix (...). Des franciscains ont jeûné pendant un carême dans le désert de Nevada, site des essais atomiques américains, tandis qu'à Rome Pierre Parodi, successeur de Lanza del Vasto à l'Arche, et sa femme Thérèse faisaient une semblable démarche, "persuadés que seule une force d'en haut peut donner à leur action son sens et son efficacité". Sur le plan international, un "jeûne pour la vie" s'est déroulé du 6 août 1983, anniversaire d'Hiroshima, au 15 septembre suivant. Son but était d'éveiller les consciences, et d'abord celle des hommes d'Etat, au péril mortel que faisait peser sur l'humanité la course aux mégatonnes. En France, quatre volontaires participaient à cette action. Ils furent ensuite reçus par celui qui est le gardien du feu atomique : le président de la République."

Jean TOULAT, Oser la paix, Requête au président de la République, Cerf, 1985 ; Comabttants de la non-violence, De Lanza del Vasto au général de Bollardière, Cerf, 1983.

 

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