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5 février 2018 1 05 /02 /février /2018 12:44

      Poète, historien, archéologue, fonctionnaire d'Etat chinois, GUO MORUO est considéré par certains comme un homme oeuvrant pour la paix. Si cela est avéré (encore que là aussi, cela est sujet à polémiques...) avant et juste après l'établissement de la République de Chine populaire, jusque dans les années 1960, son comportement, comme celui de nombreux lettrés dans l'histoire de la Chine, est, face à des pouvoirs politiques ou des mouvements populaires, celui d'une flagornerie certaine. Fonctionnaire comme beaucoup de lettré depuis que la Chine existe, il sait comme les personnes de sa classe que le pouvoir politique a besoin d'elles, qu'elle ne peut pas gouverner uniquement par l'exercice de la violence. Dans le cas de la Chine populaire, les multiples troupes politiques et militaires (politico-militaires) se servent du soutien de nombreux intellectuels de tout ordre pour leurs réformes idéologiques et économiques. Les lettrés chinois sont passés maîtres de leur côté pour faire valoir qu'ils sont indispensables. Toutes ces réserves étant posées, l'oeuvre de KUO MO JO, par divers aspects, apporte un soutien réel aux progrès de la paix et de l'économie en faveur d'une population que le Dr KUO MO a trouvée, dans sa jeunesse souvent dans une grande misère.

       Issu d'une famille (côté père, médecin et côté mère universitaire) relativement aisée, KUO MO JO bénéficie de l'enseignement dispensé dans les écoles publiques nouvellement mises en place. Élève doué (mais, et) turbulent, il est expulsé et réintégré plusieurs fois avant d'être finalement définitivement expulsé en octobre 1909. Heureux de l'être car il poursuit ses études à la capitale provinciale du Cichuan, Chengdu, à la suite de ses frères (il est le huitième enfant...). Comme eux, il quitte la Chine en décembre 1913 pour le Japon, pour étudier à l'école de médecine de l'Université impériale de Kyushu à Fukuoka.

Il s'intéresse bien plus à la littérature qu'à la médecine et fait connaissance - le Japon est en pleine occidentalisation - avec les oeuvres de SPINOZA, GOETHE, Walt WHITMAN et le poète Bengali TAGORE. Il publie son premier recueil de poèmes (The Goddesses) en 1921 et participe à la fondation du Ch'uang-tsao elle (la société de création) à Shanghaï, qui promeut la littérature moderne et vernaculaire. 

Ayant rejoint le Parti communiste chinois en 1927, il participe au soulèvement (raté) de Nanchang) avant de s'enfuir au Japon. Il y reste 10 ans pour étudier l'histoire chinoise ancienne. Il publie son ouvrage Corpus des Inscriptions sur des Bronzes des Deux Dynasties Zhou. Il essaie d'y démontrer, selon la doctrine communiste, la nature de la "société de l'esclave" de la Chine ancienne. il retourne en Chine en été 1937 pour poursuivre le combat de résistance contre les Japonais.

Devenu dirigeant communiste, GUO est un écrivain prolifique, non seulement de poésies, mais aussi d'oeuvres de fiction, d'autobiographies, de traductions et de traités historiques et philosophiques.  Premier président de l'Académie chinoise des Sciences (1949-1978), il est également le premier président de l'Université des sciences et technologie de Chine, visant à favoriser la formation du personne hautement qualifié dans les domaines de la science et de la technologie. Pendant les 15 premières années de la République populaire de Chine, KUO MO JO est l'arbitre ultime de questions philosophiques ayant trait à l'art, l'éducation et la littérature, même si l'ensemble de son oeuvre majeure est plutôt écrite avant 1949.

Avec le début de la révolution culturelle en 1966, il devient la cible d'une partie du mouvement populaire (suppôt de l'occidentalisation...). Il écrit alors une auto-critique publique et déclare que toutes ses oeuvres précédentes sont des erreurs et doivent être brûlées. Il s'oriente presque exclusivement alors vers la poésie (faisant l'apologie de MAO...), dénonçant par ailleurs nombre de ses anciens collègues, sans doute la chose, bien plus que son renoncement intellectuel, lui est encore reproché lourdement aujourd'hui... C'est en raison de la flagornerie qu'il survit à la révolution culturelle. En 1978, à la mort de MAO et à la chute de la bande des Quatre, il publie un poème, célèbre, dénonçant le Gang....

Prix Staline de la Paix en 1951, ce qui lui vaut en partie de figurer dans des écrits en faveur de la paix, son oeuvre en archéologie, histoire et littérature contemporaine chinoise est tenue encore en haute estime. Il est connu en son temps pour être le GOETHE chinois. Bien entendu, en Chine même, au contraire sans doute d'à l'étranger, sa notoriété est très entachée par son comportement durant la Révolution Culturelle. Sans doute à cause de cela, il ne figurerait probablement plus dans les recueils d'auteurs qui "vivent pour la paix"....

      Ses oeuvres de fiction en prose sont aussi marquées que ses poèmes par un esprit romantique et une forte subjectivité. Il compose un certain nombre de sketches, tel Ganian (1926, Une olive), traduisant ses dispositions d'esprit changeantes et ses états mélancoliques, dans la manière des pièces écrites par Yu Dafu et de nombreux auteurs japonais modernes. Assez curieuses sont ses tentatives de donner une construction romantique même à des sketches tout à fait autobiographiques et réalistes, comme par exemple Mademoiselle Caramel, dans le recueils Ta (1925, Pagode). La deuxième caractéristique de sa prose est son intérêt pour l'histoire. ces deux aspects prévalent tour à tour. Ses dialogues sont en général fondés sur des sources historiques authentiques. Il est capable de tirer de sa vie et de ses expériences personnelles une sorte de matériau historique ; il écrit par exemple huit volumes autobiographiques. (Jaroslav PRUSEK)

Dans le domaine de l'épigraphie chinoise ancienne, ses travaux ont une valeur durable. Il édite aussi des textes anciens et écrit à profusion sur la littérature chinoise ancienne, la philosophie, l'histoire sociale et économique, etc. S'il est connu à la fois et à l'étranger comme combattant de la paix, comme représentant de l'une ou l'autre des associations d'amitié avec unpays étranger dont il était le président, il le doit autant à sa culture littéraire et scientifique, qu'à son art oratoire, pratique avec maîtrise en diverses occasions. (Michelle LOI)

   L'ensemble de son oeuvre est surtout diffusée en langue chinoise. Certains livres sont disponibles en anglais et en français.

 

GUO MORUO, The Goddesses, traduction de LESTER et BARNES, Éditions en langues étrangères, Pékin, 1957 ; Poèmes, traduction de LOI, Gallimard, 1970 ; Autobiographie, mes années d'enfance, traduction de RYCKMANS, 1970, réédition en 1991 ; Les Fleurs jumelles, Éditions en langues étrangères, Pékin, 1982.

Myriam ORR, Ils vivent pour la paix, Perret-Gentil, 1962. Michelle LOI, Jaroslav PRUSEK, Guo Moruo, dans Encyclopedia Universalis, 2014. 

 

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