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9 février 2018 5 09 /02 /février /2018 16:28

    Dans l'historiographie moderne, l'Empire suédois se situe entre 1611 et 1718, période dans laquelle la Suède est l'une des grandes puissances de l'Europe. caractérisée par une croissance du pouvoir politique du royaume en devenant l'un des deux puissance, avec la France, garantissant la paix de Westphalia. et par un élargissement du territoire national qui permet presque d'atteindre le vieux rêve du pays de faire de la mer Baltique une mer intérieure. 

   Il s'agit là du résultat d'une véritable stratégie, celle menée par Gustave II Adolf, qui débute en 1611. Handicapé par une faible population et une industrie limitées, le pays s'est créé de nombreux ennemis en même temps qu'il prenait possession des territoires voisins. La Suède profite là d'une faiblesse passagère de ses voisins, à commencer par la Russie qui n'entame sa modernisation que sous Pierre le Grand. Lorsque Charles VII est tué en 1718, les caisses du royaume sont vides et la grande armée, celle qui a permis l'édification de l'Empire est dissoute. Après une courte et intense guerre de succession, et des accords avec ces différents ennemis, le temps de l'Empire est terminé. Et surtout, la monarchie suédoise n'a plus ni projet ni stratégie d'Empire. Il reste un modèle suédois sur le plan social et institutionnel, car pendant cette période d'un peu plus d'un siècle, sur la lancée Gustave II Adolf d'autres relations sont tissées entre les diverses forces du pays, d'autant plus que la Suède est sortie des conflits en sauvegardant la liberté spirituelle protestante et acquis une solide expérience diplomatique. 

   La modification de l'ordre institutionnel se réalise en même temps que l'expansion du royaume. Alors que l'outil militaire devient l'un des plus performants d'Europe, la monarchie n'y concentre pas tous ses efforts, même si dans l'ensemble Gustave II Adolf est un guerrier (qui se fait tuer sur le champ de bataille d'ailleurs). Toute l'autorité passe du Conseil royal, reste de l'ancienne organisation féodale, à la Couronne, le premier devenant une bureaucratie détenant au bon plaisir du roi les offices principaux. Son rôle, alors que dans tous les autres pays européens, à l'exception du Royaume de Pologne-Lituanie et de l'Angleterre rabaissent leur Parlement, se modifie, s'inscrit dans la Constitution. L'ordonnance de 1617 transforme une assemblée turbulente et brouillonne en une véritable assemblée nationale, ses membres se rencontrant et délibérant régulièrement selon les règles précises. L'une des charges nobiliaires (maréchal de la Diète) est désormais attribuée régulièrement et son titulaire devient le porte-parole de la Chambre des Nobles, alors que le primat assuma la présidence des trois autres chambres, celles du clergé, de la bourgeoisie et des paysans. La classe marchande pèse d'un point suffisamment fort, ayant par exemple un grand rôle dans l'alliance (même si elle est changeante et versatile) avec les autres puissances maritimes de la région, pour avoir déjà voix officiellement au chapitre. Un fonctionnement, qu'on ne peut appeler toutefois démocratique, s'expérimente. La consultation la plus large, suivant le type de décisions à prendre, devient une habitude, le rôle d'arbitre en cas d'impasse étant dévolu au Roi.

Durant le règne de CHRISTINE (1632-1654) et des rois de la dynastie palatine (1654-1718), ces instances assurent une réelle continuité, malgré l'instabilité dynastique et la guerre avec le Danemark, la Pologne et la Russie (les vingt dernières années : la Grande guerre du Nord). D'ailleurs, après l'Empire, on entre au XVIIIe siècle dans ce qu'on appelle l'ère de la liberté (1719-1772) où le Parlement, toutefois dominé par la haute noblesse, prend l'essentiel des pouvoirs. 

      La réforme en profondeur de l'armée par Gustave II Adolf permet à la Suède de conserver une puissance hors de proportion avec sa force économique. Elle constitue d'ailleurs un modèle que suivent plus ou moins ensuite les autres puissances.

    La situation géopolitique de la Suède permet à ses dirigeants de concevoir le projet de mer suédoise. Articulée sur les détroits qui permettent le passage de la Baltique à la mer du Nord, la Suède débute son expansion territoriale lorsqu'elle sort de l'hégémonie danoise imposée par l'Union de Calmar. Aspirant à devenir la grande puissance de la Baltique, la Suède dirige d'abord son expansion vers les régions finnoises à l'Est du bassin de la mer Baltique : la Carélie, dont la Suède se sert comme base de conquête, et dont le territoire correspond à la Finlande méridionale actuelle ; l'Ingrie, base de la future Estonie ; la Pivoine, partie anciennement finnoise de l'actuelle Lettonie. Cette poussée orientale se heurte cependant rapidement à la puissance russe, dont l'un des objectifs repose sur la volonté d'accéder à la mer baltique. Les Etats baltes sont d'ailleurs une manière plus tard pour la Russie de placer des Etats tampons entre elle et la Suède.

C'est par un second axe que la Suède s'étend au XVIIe siècle. Sa stratégie a pour objet de désenclaver le pays de la mer Baltique en trouvant un débouché sur le mer du Nord. Pour parvenir à cet objectif, la Suède doit annexer la Scanie danoise, ce qui lui permet de devenir riveraine des détroits du Sund.

Le dispositif stratégique de la Suède est alors posé :son caractère fondamentalement anti-russe et anti-danois, explique les affinités qui perdurent entre la Russie et le Danemark au moins jusqu'en 1917. 

Soucieuse de compléter ce dispositif en Baltique, la Suède s'empare de régions côtières situées dans l'actuelle Pologne. Au XVIIe siècle, s'est mis en place un Empire de la Baltique recouvrant l'Estonie, la Carélie, la Pivoine, la Poméranie occidentale, la ville de Wismar ainsi que les évêchés de Brême et de Verden.

Au XVIIIe siècle cependant, le renforcement de la puissance de l'Empire russe sonne le repli de la Suède, qui est progressivement refoulée vers l'ouest de la mer Baltique. La phase finale de la contraction suédoise est réalisée en 1809 par la perte de la Finlande, annexée par la Russie. La tradition de neutralité ou de non-engagement se met en place plus tard, sous la nouvelle dynastie inaugurée par le général français BERNADOTTE, devenu roi sous le nom de Charles XIV (1815). Tout le savoir-faire de l'appareil diplomatique suédois est alors mis en pratique  désormais dans le cadre d'une politique de neutralité, dans un cadre géopolitique d'insularité, dans de nouvelles relations avec les pays voisins, la Norvège notamment.

Aymeric CHAPRADE et François THUAL, Dictionnaire de géopolitique, Ellipses, 1999.

 

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