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12 mars 2018 1 12 /03 /mars /2018 09:10

        Georg SIMMEL est l'un des auteurs en sociologie et en philosophie qui étudie le conflit dans toute son ampleur, en y faisant véritablement le centre ou la matrice des processus sociaux. Sa pensée, profondément duale, combine l'harmonie et la discorde. Affirmer que la lutte constitue une forme d'association peut sembler paradoxal, car le conflit est  souvent considéré comme une forme de dissociation. SIMMEL conteste vigoureusement, et nous partageons cela, considère le conflit comme forme d'interaction et d'association. Toute association contient un élément de conflit, et même si cela n'est pas intentionnel (conscient) de la part des acteurs sociaux. La société est toujours le résultat toujours dynamique "de deux catégories d'actions réciproques qui s'affirment qui s'affirment, dans cette mesure, toutes comme également positives". 

 

Le conflit comme complémentaire intrinsèque de la coopération

      En définissant le conflit comme une force positive, fonctionnelle, contribuant à la constitution de la société, le sociologue allemand dépasse l'opposition centrale des années 1960 et 1970 entre les sociologies du consensus, d'inspiration durkheimienne (PARSONS, SHILS, DAVIS) et les sociologies wébéro-marxistes du conflit (DAHRENDORF, REX, ZEILTLIN). 

Frédéric WANDENBERGHE, maitre de conférence en sociologie à l'Université Brunel à Londres et chercheur associé à l'université pour les études humanistes à Utrecht, suit en partie la tentative de Lewis COSER (Les fonctions du conflit social, PUF, 1981), même s'il exagère quand il qualifie SIMMEL de "penseur résolument fonctionnaliste", pour systématiser la théorie simiennes du conflit en seize propositions. Mais il ne le suit pas dans sa tentative de dégager des lois du conflit, dans la mesure même où le sociologue allemand réfute souvent cette manière de penser. Il existe bien un continuum entre la jalousie et la guerre civile en passant par la compétition économique et le compromis politique, mais le conflit est extrêmement polymorphe et à forme changeante, tellement qu'il est difficile de réduire sa dynamique à des lois intangibles et universelles. 

Bien entendu, le conflit est d'abord le signe d'une opposition et d'une hostilité, mais comm il unit dans une même lutte et à propos d'un même litige les opposants, il en résulte, comme le note de son côté Alain TOURAINE, BOURDIEU et Claude LEFORT à la suite de SIMMEL, qu'il n'y a pas d'opposition sans adhésion, pas de dissensus sans consensus (sur l'objet même du conflit). Si l'on fait exception du cas limite de la guerre d'extermination (celle notamment entre peuples totalement étrangers l'un à l'autre, ne se reconnaissant pas la même nature), la "guerre totale" selon l'acception de Carl SCHMITT, le conflit présuppose bien la reconnaissance de l'existence de l'ennemi et de ses intérêts car, sans intérêts et sans enjeu communs, il n'y aurait guère de conflit, puisque celui-ci serait alors sans objet. "Il est presque inévitable, écrit SIMMEL, qu'un élément de communauté se mêle à l'hostilité, là où le stade de la violence ouverte a cédé le pas à un autre rapport, manifestant peut-être une somme d'hostilité tout aussi forte entre les partis". 

En dehors de ce consensus fondamental sous-tendant le conflit, les partis qui "s'unissent pour lutter" acceptent et reconnaissent (ou sont censés le faire) l'existence de normes et de règles tempérant le combat. Dans son argumentation SIMMEL passe fréquemment d'élément tirés des conflits internationaux à des conflits inter-personnels comme pour en souligner la même structure. Il passe des guerres aux zizanies conjugales avec une facilité que d'aucuns trouvent irritantes. C'est qu'il estime qu'entre le conflit intragroupal et intergroupe, il existe, outre les différentes qu'il met d'ailleurs en évidence, existe une analogie de structure qui va plus loin qu'une coÏncidence. Confirme cette thèse, l'interchangeabilité fréquente (même au sein du phénomène guerre) entre les deux formes de conflit, tant au niveau de l'attitude des acteurs et sur les enjeux.

 

La figure de l'étranger

         Dans la polémologie de SIMMEL, on peut distinguer les effets d'association engendrés par le conflit selon qu'ils se manifestent selon qu'ils se manifestent à l'intérieur d'un groupe ou entre les groupes. SIMMEL note que la discorde intragroupale est d'autant plus intense que les partis mêlés ont plus en commun et son proches l'un de l'autre ; plus les partis se ressemblent, plus ils s'investissent dans la lutte, comme on ne le voit que trop souvent dans ces relations fusionnées qui échouent, transformant les anciens amants et ennemis jurés. Les conflits idéologiques et les luttes de classe transcendant les personnes peuvent être tout aussi violents, car lorsque les personnes se battent pour des causes objectives ou des idées, elles se sentent justifiées et s'acharnent dans la lutte en sacrifiant leur personne à la cause. Dans ce contexte, on peut également comprendre la haine envers les renégats, envers ceux qui se sont trahis en trahissant la cause et ont fractionné le groupe en faisant faction, ainsi que la lutte contre les hérétiques, contre ceux qui quittent le groupe pour réaliser les mêmes fins par d'autres moyens.

 Si les discordes intragroupales mettent l'unité du groupe à l'épreuve, les luttes intergroupales renforcent, en revanche, la cohésion à l'intérieur du groupe. Confronté à une menace venant le l'extérieur, le groupe doit, pour assurer sa propre existence, affirmer son identité et accentuer ses limites, mobiliser les énergies de ses membres et centraliser ses activités. En temps de paix, le groupe peut tolérer les antagonismes et les dissensions le traversant ; en temps de guerre, il doit faire taire ses dissensions internes, abroger les libertés et centraliser le pouvoir. Le rapport bien connu entre despotisme et guerre vient de là. Cela fait partie en outre d'une technologie du pouvoir utilisée depuis des temps immémoriaux par les chefs politiques et militaires, voire religieux. Des acteurs sociaux sont capables d'arguer de menaces pour faire admettre à d'autres qu'il faut mettre en veilleuse le partage du pouvoir, et parfois même ils recherchent des ennemis pour s'y maintenir. Il existe une certaine filiation entre la compréhension de MACHIAVEL et celle dont fait preuve SIMMEL. 

       Celui-ci tient tellement le conflit comme central dans la société qu'il consacre tout une longue digression de sept pages (dans Etudes sur les formes de socialisation, PUF, 1999) sur l'étranger à l'intérieur d'un long chapitre assez mal connu sur l'espace et les ordres spatiaux de la société. Anticipant la nouvelle la nouvelle géographie sociale et culturelle de l'espace et des lieux (LEFEBVRE, MASSEY, ROSE), Simmel présente une analyse "constructiviste" de la détermination spatiale de la société en examinant, de façon symétrique, la construction spatiale du social (comment les formes spatiales, telles les frontières, la proximité ou les mouvements migratoires, structurent-elles les interactions sociales?), et la construction sociale du spatial (comment les interactions sociales s'expriment-elles symboliquement dans les formes spatiales?, par exemple : le terrain vide comme expression de la neutralité).

Le lien entre le spatial et le social vient à l'esprit de SIMMEL parce que son époque n'a pas encore tout-à-fait quitté l'organisation sociologique tranchée qui règne alors dans les villes, entre quartiers riches et quartiers pauvres, entre quartiers de diverses nationalités, entre quartiers universitaires et quartiers résidentiels, que l'urbanisation dominée par la circulation automobile n'a pas encore rendu quasiment invisible... 

Le contexte de la sociologie spatiale explique l'importance que les catégories spatiales de la fixation et du mouvement, de la proximité et de la distance, jouent  dans l'analyse psycho-sociologique de l'étranger, compris et analysé comme une forme sociologique bien déterminée structurant non pas les interactions entre les amis et les ennemis, comme c'est le cas dans la lutte, mais entre les membres du groupe et ceux qui venus d'ailleurs, s'installent un beau jour au sein du groupe.

Une des raisons pour lesquelles la sociologie de SIMMEL a de beaux jour devant elle réside dans l'immense importance des migrations présentes et futures de populations qui fuient le désordre, la guerre, les épidémies et les conséquences des changements climatiques.

Ni ami ni ennemi du groupe, mais un peu des deux, l'étranger n'est pas un randonneur ou un touriste, qui repartent presque aussitôt arrivés, mais un immigrant qui arrive aujourd'hui et reste. L'étranger n'est pas forcément le marginal ou l'homme de trop, il est quelqu'un qui fait partie du groupe sans en faire vraiment partie, puisque venu d'ailleurs, il n'en partage ni l'histoire ni la culture.

Cette structure schismatique de la proximité de la proximité et de l'éloignement explique certaines caractéristiques des interactions entre les hôtes et ceux qui sont de passage. d'abord le fait que l'étranger est une sorte de "moteur immobiles" ou de "mobile immuable", qui bouge sans bouger, fait de lui un intermédiaire idéal entre deux communautés, capable d'importer des idées et des marchandises de l'un dans l'autre. Étant dépourvu de terre, aussi bien au sens propre qu'au sens figuré, l'étranger apparait souvent dans l'histoire économique comme marchand. Le rôle important des Juifs européens dans le commerce confirme cette analyse.

La situation spécifique de l'étranger s'exprime en second lieu dans sa capacité d'objectivité, dans ce mélange de distance et d'engagement, caractérisant également le bon sociologue selon ÉLIAS. l'étranger est plus libre, pratiquement et théoriquement : capable d'objectiver les rapports et les situations, son esprit est plus ouvert et il est moins lié dans son jugement par les conventions et les habitudes. C'est d'ailleurs ces qualités qui font de l'étranger un bon confident et un bon juge, comme cela est illustré par la pratique de certaines cités italiennes qui faisaient appel à des étrangers pour rendre la justice.

Plus, sans doute, du haut en bas des échelles sociales, on fait souvent appel à l'étranger pour des rôles économiques, juridiques et politiques, car il dépend complètement du bon vouloir de ceux qui l'utilise et qu'il ne recherche pas l'implication directe dans le conflit (et d'ailleurs, on lui fait comprendre qu'il n'en a pas l'intérêt...).

 

Les implications de la sociologie de SIMMEL pour la polémologie et l'irénologie.

      Suzie GUTH part de l'étude dynamique et transformationnel des déterminants morphologiques pour examiner les processus de morphogenèse des groupes. "Ces processus sont antinomiques, explique t-elle, : les uns conduisent à l'opposition et au conflit, les autres à la recherche des "similitudes", à l'égalité par l'accroissement des cercles sociaux (C.BOUGLÉ). Cet accroissement est lié à l'amenuisement du lien social qui conduit à créer des groupes aux contours de plus en plus lâches, mais dans la superposition et l'extension sont de plus en plus aisées."

On préfère l'étude de la paix, de l'union, à celle de la guerre, de la scission, de la désunion. La polémologie semble entachée des signifiants belliqueux qu'elle sous-entend, et d'ailleurs on peut vérifier aisément la dérive des études polémologues à cet égard. L'irénologie semble plus adaptée pour étudier les conditions de l'établissement et du maintien de la paix. Si cette position demeure logique selon nous, Suzie GUTH met en garde contre le fait de penser souvent que la paix est un état sans conflits (si qui n'est pas notre cas...). Par les antagonismes qu'il laisse percer, par la violence qu'elle libère, le conflit laisse craindre la fin d'un ordre, la dilution du groupe social.

SIMMEL n'est pas du tout de cet avis : le conflit est non seulement un élément de fractionnement, mais aussi un élément de solidarité interne. Evoquant le rôle positif de l'opposition, SIMMEL part de la constatation banale qu'elle nous libère de la tyrannie. L'opposition est donc un élément de liberté et une manifestation de celle-ci, tant dans les relations interindividuelles que dans la vie publique. Il estime que la lutte, l'opposition, le conflit créent les conditions d'une conscience collective, conscience du bonheur en état de paix, conscience de l'amitié malgré les ruptures, conscience de la solidarité face aux dangers extérieurs et intérieurs. Le groupe en situation de lutte serait dans une phase proprement existentielles, car il lutte pour sa survie.

Suzie GUTH rapproche ce raisonnement de celui de Georges SOREL (Réflexions sur la violence, 1972), pour quoi la violence du prolétariat tirerait la bourgeoisie de son abrutissement... L'opposition crée les conditions nécessaires à une mobilisation des énergies à une croissance de la solidarité interne. En donnant naissance à un champ de contre-position possible, elle articule et vivifie ses aspects contraires, elle oriente les choix négatifs qui de virtuels deviennent réels, elle leur donne une intensité, une direction, une convergence. Pour SOREL, la violence est fondatrice, et son abandon entraîne la dilution de la classe sociale et de son ennemi de classe, en somme la perte de la frontière et de la ligne de partage entre deux mondes.

Elle indique que pour SIMMEL et COSER (les fonctions du conflit social, 1982), le danger, qu'il soit virtuel ou réel, n'en a pas moins les mêmes effets sur le groupe. Celui-ci peut effectivement disparaître, perdre ce qui faisait sa cohérence sociale, et voir ses membres s'entre déchirer. La France, après l'attaque nazie illustre pour COSER l'absence de cohésion interne et les risques éclatement d'une société et d'une nation. La cohésion sociale issue d'une crise, d'une guerre, d'un affrontement peut prêter à de multiples interprétations. Liée à un conflit, sa signification attributive sera dérivée du sens donné au conflit. Pour les uns le conflit est canonique, et seuls le consensus, la coopération, et la paix caractérisent l'action sociale (BOUDON et BAURRICAUD, Dictionnaire critique de la sociologie, 1982). Pour les autres, le conflit, nécessaire aux processus de différenciation sociale est exalté et recherché. Dans le premier cas, on craint les effets du conflit, dans le second, on craint la paix et le consensus. "La signification du conflit, écrit notre auteure, ne serait-elle pas liée au temps d groupe et à sa perception de la durée? Celui qui a existé craint de se transformer, de perdre ce qu'il a. Au contraire, le groupe en gestation, orienté vers le futur, livre bataille pour exister : il n'a à perdre que sa seule virtualité. Plus il est entouré d'ennemis, virtuels et réels, plus il existe. Livré à l'imaginaire, à l'anticipation de ce qui sera, il se barricade derrière des barrières imaginaires. Son espace intérieur n'est encore que virtuel, son espace extérieur est en cours d'interprétation." On pourrait ajouter qu'un groupe qui veut s'étendre, même s'il est bien établi, peut avoir intérêt à propager l'existence (ou même à en créer) d'ennemis extérieurs pour lancer au-delà des frontières toutes les énergies qui autrement déstabiliseraient la société qu'il domine. Une analyse de la société capitaliste à ses débuts, et dans le premier XXe siècle, montrent l'intensité des luttes sociales dont on ne sait où elles auraient menés la société, du point du groupe dominant, s'il n'y avait eu les deux guerres mondiales...

Elle cite ensuite GURVITCH (La vocation actuelle de la sociologie, PUF, 1968), qui le premier a défini les fusions dans les Nous et les oppositions partielles, line saurait y avoir "opposition entre solidarité mécanique et solidarité organique", car la solidarité "comporte une infinité de nuances." La fusion, comme l'opposition partielle dans la relation à Autrui, est fondée sur des intuitions virtuelles. Les Nous sont formés d'intuitions collectives : cette formulation permet d'introduire une grande gamme de nuances et de variations dans l'activité du groupe et dans l'activité des Nous. Si GURVITCH a distingué les fusions et les oppositions partielles, nous pensons avec Suzie GUTH, que "nous ne saurions dire qu'elles se manifestent de façon constante." 

Pour nous, c'est Autrui qui est la cause de la solidarité et l'existence de l'Alter permet l'imputation au groupe, comme J FREUND (Sociologie du conflit, PUF, 1983), le remarque, à propos du couple ami-ennemi. L'imputation causale est le fait de l'autre, de sa proximité, de la concurrence qu'il introduit, de nos similitudes et de nos différences. Il existe cependant autour de chaque groupe une constellation d'Atrium. Chacun d'en permet d'opérer une fusion par opposition virtuelle : le Nous du groupe se constitue autour d'un certain nombre de fusions par opposition, souvent dressées les unes contre les autres. Dans leur état de virtualité, les oppositions peuvent se recomposer en s'appuyant l'une sur l'autre et, de deux couples d'oppositions, une alliance ou une nouvelle opposition peut naître. L'antagonisme virtuel est multipolaire et il traverse tous les réseaux de relations. Il est d'autant plus varié que le réseau comprend une grande variété de subsystèmes. L'hostilité diffuse ne doit pas laisser croire à une forte intention hostile : bien au contraire, tant qu'elle est répartie en de nombreux réseaux, en de nombreux maillons, elle n'est que virtuelle.

On peut ajouter, dans les problématiques qui suivent, que tout le travail des systèmes idéologiques et des appareils de propagandes est de dégager parmi ces multiplicités les ennemis principaux contre lesquels on doit lutter, et cela en intensité proportionnelle, en violence variable, suivant les analyses stratégiques du groupe dominant... Ces ennemis désignés ne sont pas forcément les plus virulents ou les plus réels, mais l'opération peut être efficace si elle détourne l'attention. Un exemple clé selon un groupe (ici on pensera aux classes moyennes) peut être tiré des désignations récurrentes des immigrants comme ennemis, alors que dans l'ensemble social d'aujourd'hui, les financiers constituent une bien plus lourde menace d'éclatement de la société. 

Pour J. BEAUCHARD (La dynamique conflictuelle, Éditions Réseaux, 1981) comme pour J. FREUND, le passage de la multipolarité à la bipolarité caractérise le passage de l'hostilité virtuelle à l'hostilité réelle. BEAUCHARD a élaboré une typologie de la dynamique conflictuelle. Elle se caractérise par la réduction des antagonisme, par leur transformation ou par leur focalisation sur un ensemble bipolaire.

La relation ami-ennemi élaborée par C. SCHMITT (La notion du politique, Calmant-Lévy, 1972) constitue pour J. FREUND un des présupposés fondamentaux du politique : elle est, dans le conflit, la relation primitive qui lui permet de se développer. Le passage de l'hostilité diffuse, distribuée selon de nombreux pôles, à la relation ami-ennemi fonde la morphogenèse du conflit. 

La nature du lien social, variable suivant les sociétés, joue un rôle fondamental, comme l'évoque H. BALANDIER (Sociologie actuelle de l'Afrique Noire, Quadrige, PUF, 1982). Dans le groupe à structure parentale, l'affirmation de fois est une affirmation du lien biologique, de son groupe primaire, de sa première matrice socio-culturelle. Cela influe sur les solidarités internes du groupe, de manière plus forte que dans d'autres sociétés. 

Bien que l'opposition paraisse surtout creuser une distance ente l'un et l'autre groupe, constituer une clôture, elle peut précisément par un engouement être réemployée dans une situation holistique similaire. L'engouement crée les conditions d'une unité topologique, il reproduit celle-ci par les phénomènes d'opposition. Ice et là, il recrée une présomption de similitude par la même forme qui regroupe et écarte à la fois. J. MAISONNEUVE (Psychologie des affinités, PUF, 1966) étudie ces phénomènes d'enveloppement. 

Avant un développement sur les dynamiques et réagencements des frontières sociales et morales à l'oeuvre, tant dans une société donnée que dans l'humanité toute entière, évoquant entre autres les travaux de BOUGLÉ (Les sciences sociales en Allemagne : G. Simmel, revue de Métaphysique et de Morale, 1894), Suzie GUTH pose des questions cruciales : Dans quelle mesure la compétition et le conflit ne permettent-ils pas de maintenir les équilibres entre les formations sociales? Dans quelle mesure le conflit n'assure-t-il pas l'équilibre dans un ensemble isologue? L'opposition, le conflit, le combat et la lutte, vus sous l'angle morphologique, forment des rivalités de rapport.

Suzie GUTH, Le conflit et la morphogenèse des groupes, dans Georg Simmel, la sociologie et l'expérience du monde moderne, Sous la direction de Patrick WALTER, Librairie des Méridiens, Klincksiek et cie, 1986. Frédéric VANDENBERGHE, La sociologie de Georg Simmel, La Découverte, collection Repères, 2001.

 

SOCIUS

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