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3 mars 2018 6 03 /03 /mars /2018 08:39

  Hans DELBRÜCK est un historien militaire et un homme politique allemand. Ses écrits concernent principalement l'histoire de l'art de la guerre.

Son Histoire de l'art de la guerre en quatre volumes), dont la troisième édition parait en 1920 est précédé ou suivi de plusieurs ouvrages, l'un centré sur les Perses et les Burgondes (1887), un autre sur la stratégie de PÉRICLÉS comparée à celle de FREDERIC LE GRAND (1890), ou un autre encore sur la vie de Neithardt von GNEISENEAU (1894). 

Formé à l'université de Heidelberg et de Bonn, il participe comme soldat à la guerre franco-prusse de 1870-1871. Tuteur du Prince Waldemar de Prusse de 1868 à 1879, il sert au Reichstag de 1882 à 1883 (il est membre du Reichstage allemand ensuite de 1884 à 1890). Il est membre du Parti conservateur libre.

Devenu professeur d'histoire moderne à l'université de Berlin en 1885, il se consacre alors à l'histoire de l'art militaire. 

Pendant la Première Guerre Monsiale, il reste pessimiste sur les chances de l'empire allemand de l'emporter. Membre de la délégation allemande durant la Conférence du Traité de Versailles, il tente en vain d'éviter à l'Allemagne de supporter tout le poids financier imposé par les Alliés. 

 

Un des tous premiers historiens militaires universitaires

     Hans BELBRUCK est le premier grand spécialiste d'histoire militaire formé dans les universités. Son approche inédite bouleverse les méthodes de recherche antérieures dans une discipline dont il est quasiment le fondateur. Il mène de front une carrière d'historien à l'université de Berlin et une carrière d'éditorialiste à la revue politique Preussische Jahrbücher. C'est par le biais de ces deux activités qu'il devient l'un des intellectuels les plus renommés de son époque en Allemagne. Il fréquente entre autres Max WEBER et Friedrich MEINECKE. Doté d'un esprit indépendant et novateur, DELBRUCK devient l'une des figures les plus controversées de cette période. En effet, les militaires voient d'un mauvais oeil l'arrivée d'un civil dans un domaine qu'ils croient réservés aux seuls professionnels, et les universitaires acceptent mal qu'un historien puisse s'adonner au journalisme. Ses commentaires politiques, qui couvrent la période 1871-1918 ainsi que l'après-guerre, lui valent beaucoup d'inimités, surtout au sein de l'état-major allemand qu'il ne se prive pas de critiquer.

Véritable pionnier, il impose, non sans mal, l'histoire militaire comme discipline universitaires à part entière. Son ouvrage monumental, L'Histoire de l'art de la guerre, reste inégalé non seulement par l'étendue du champ historique qu'il recouvre mais surtout par l'innovation scientifique qui préfigure son analyse historique. DELBRUCK se veut à la pointe de sa discipline et applique une méthode de travail qui lui permet de procéder à une analyse historique extrêmement précise. Il en tire des enseignements qu'il peut appliquer à différentes situations à travers l'espace et le temps. Il remet notamment en question certains faits historiques concernant les grandes batailles. C'est grâce à l'apport de données scientifiques modernes sur la guerre contemporaine et la géographie physique et humaine qu'il peut regarder d'un oeil neuf les conflits du passé et détruire certaines légendes. ll y ajoute une typologie des guerres, des stratégies et des tactiques qui lui permet d'effectuer des analyses comparatives de conflits ayant eu lieu à des époques différentes. A cette méthode, il donne le nom de Sachkritik. Cette approche produit des résultats révolutionnaires, en particulier pour ce qui concerne la taille des armées engagées dans divers conflits antiques (en les réduisant parfois de façon drastique).

Cette nouvelle vision de l'histoire de la guerre l'amène à extrapoler de cette vaste étude historique quelques conclusions importantes en matière de stratégie, conclusions théoriques que le commentateur politique sait appliquer à sa critique des événements contemporains. Ces conclusions se situent à trois niveaux : politique, stratégique et tactique. Lecteur attentif de CLAUSEWITZ, il met en relief les rapports interdépendants entre la politique et la stratégie. Contrairement aux militaires allemands de l'époque qui ne voient en CLAUSEWITZ qu'un théoricien de la guerre à "caractère absolu" et qui veulent dégager le phénomène guerrier de l'emprise de la politique, DELBRUCK est convaincu que la relation ente politique et stratégie est l'élément clé qui définit le débat sur la guerre. Pour comprendre la guerre, pense-t-il, l'historien doit la replacer dans son contexte social et politique, contexte qui détermine les choix stratégiques des protagonistes. En procédant ainsi, il se distancie de l'approche populaire à son époque, qui veut comprendre la guerre comme un phénomène unique fonctionnant suivant ses propres lois.

Sur le plan stratégique, il voit se dessiner au cours des siècles deux types distincts de conflits. Le premier type est guidé par une stratégie d'anéantissement, le seconde est défini selon la stratégie de l'usure. la première stratégie se distingue de la seconde en ce qu'elle n'a qu'un "pôle", la bataille, alors que la seconde en a deux, la bataille et le mouvement. La stratégie de l'usure, ou stratégie bipolaire, a pour objet d'affaiblir l'ennemi progressivement, à l'aide de manoeuvres dont le but n'est pas de détruire physiquement l'adversaire mais plutôt de le pousser à bout afin de le placer dans une position d'infériorité lorsqu'il va négocier la paix.La stratégie d'anéantissement a pour objet de concentrer ses forces sur une attaque rapide et puissante, dont l'aboutissement est la destruction des forces ennemies; DELBRUCK caractérise la stratégie napoléonienne, tout comme celle d'ALEXANDRE ou de CÉSAR, comme une stratégie d'anéantissement, alors qu'il perçoit la stratégie de FREDERIC LE GRAND comme l'exemple type de la stratégie bipolaire. Critiqué par l'état-major allemand sur la validité de cette dichotomie stratégique, il persiste dans ses convictions en démontrant que CLAUSEWITZ lui-même avait tenté de développer cette théorie peu avant sa mort.

Au niveau tactique, il est persuadé que les formations constituent le secret de la supériorité militaire. C'est grâce à l'évolution des unités tactiques que Rome a pu assurer sa supériorité en passant de la phalange grecque à des formations plus complexes et mieux disciplinées. Le renouveau de ce type de formation dès la fin du XVe siècle, qui voit son apogée avec NAPOLÉON, marque l'histoire militaire contemporaine. En ce sens, DELBRUCK revient aux propos de MACHIAVEL qui envisage au début du XVIe siècle, le retour des unités tactiques romaines dans un avenir proche et insiste sur la supériorité du fantassin par rapport au cavalier. Il voit un lieu direct ente la force de l'Etat et celle de ses unités tactiques dont la structure dépend avant tout de la discipline de troupes organisées autour d'une infanterie qui domine les forces armées. Il attribue plus d'importance à la réapparition de ces unités tactiques qu'à l'avènement des armes à feu dans ce qu'il perçoit comme la révolution stratégique de l'ère moderne. (BLIN et CHALIAND)

 

Politique et guerre

   Nulle part, fait observer Gordon GRAIG, dans son Histoire de l'art de la guerre, DELBRUCK n'entreprend une analyse générale de la relation entre la politique et la guerre. Mais en passant d'une époque historique à l'autre, il ajuste le purement militaire à son contexte général, en illustrant le rapport étroit entre les institutions politiques et militaires et en montrant comment les changements survenus dans un domaine se répercutent nécessairement dans l'autre. Il fait observer que le Gevierthaufe est l'expression militaire de l'organisation villageoise des tribus germaniques et il montre comment la dissolution de la vie communale germanique conduit à la disparition du Gevierthaufe en tant qu'unité tactique. Il explique comment la fusion des éléments aristocratiques et démocratiques des divers cantons et l'union de la noblesse urbaine avec les masses paysannes permettent la victoire des Suisses du XVe siècle. Il montre de quelle manière, à l'époque de la Révolution française, le facteur politique, en l'occurence "l'idée nouvelle de défense de la patrie, inspira à la masse (des soldats) une volonté tellement bonifiée qu'il fut possible d'élaborer une nouvelle tactique...".

Avant même l'poque de DELBRUCK, on considère comme une évidence que la politique et la guerre sont étroitement liées. Mais c'est une évidence qu'il faut étudier sous tous les angles et illustrer par des événements réels. Le service que rend DELBRUCK aux théoriciens militaires réside dans la manière systématique dont il illustre cette corrélation des facteurs politiques et militaires à toutes les époques.

Si les études de DELBRUCK gênent si considérablement l'establishment militaire, ce n'est pas parce qu'il ignore ces liens entre politique et guerre. Mais c'est tout simplement, qu'en n'en faisant pas état, les militaires militaires allemands facilitent leur entreprise hégémonique dans la sphère politique et partant dans la société toute entière. Si dans l'Empire prusse, cette hégémonie n'est que très imparfaite, elle devient une réalité indépassable dans l'Empire allemand qui suit.

 

Hans DELBRUCK, History of the Art of War within the Framework of Political History, Greenwood Press, 1975-1985. Traduit par Catherine Ter SARKISSIAN, on trouve un extrait de son livre dans Anthologie mondiale de la stratégie, Robert Laffont, 1990. Tous ses ouvrages sont en langue allemande et apparemment pas traduits en Français.

Arden BUCHOLZ, Hans Delbruck and the German Military Establishment, Iowa City, 1985. Gordon GRAIG, Hans Delbruck, l'historien militaire, dans Les Maitres de la stratégie, Sous la direction de E.M. EARLE, Berger Levraut, 1980. 

Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND, Dictionnaire de stratégie, tempus, 2016.

 

 

 

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