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8 mars 2018 4 08 /03 /mars /2018 12:48

   Il est bon pour définir les contours et/ou les ouvertures de la sociologie formelle de Georg SIMMEL de commencer par une présentation dominante, celle empreinte d'individualisme méthodologique, de Raymond BOUDON par exemple. 

 

Une présentation "officielle"...

   Après avoir constaté que "très célèbre de son vivant et jusqu'à la seconde guerre mondiale, Simmel a subi, en France surtout, une éclipse d'une vingtaine d'années, éclipse qui, comme celle de Weber d'ailleurs, trouve sa principale explication dans le fait que son oeuvre ressortit à ce qu'on appelle souvent la sociologie de l'action. Or les principes de celles-ci sont peu compatibles avec les mouvements d"idées qui, comme le structuralisme et le néo-marxisme, ont exercé une influence importante entre 1960 et la fin des années 1970."

Le recul de ce que certains nomment une doxa marxisante dominante dans les universités permet à cette sociologie de l'action de revenir sur le devant de la scène intellectuelle. Mais les dérives interprétatives des analyses de l'oeuvre de Georg SIMMEL, notamment dans le sens d'un déni du caractère holiste de la société, aboutissent depuis les années 2000 à une impasse et revenir aujourd'hui à une autre lecture de cette oeuvre, permet au contraire de redonner sa place aux analyses issues de la pensées de Karl MARX, en un juste retour du balancier dans la sociologie.

   Une autre difficulté d'accès à l'oeuvre de SIMMEL, et là on ne peut que donner raison à Raymond BOUDON, réside dans son caractère interdisciplinaire, qui est très éloigné effectivement de l'individualisme méthodologique très porté sur l'analyse microsociologique. "Certains de ses livres, écrit-il encore, comme les Problèmes de philosophie de l'histoire et une partie de Questions fondamentales de la sociologie concernent la philosophie des sciences sociales. D'autres, comme la Philosophie de l'argent, traitent de sujets macrosociologiques, en ignorant d'ailleurs les frontières entre sociologie et économie. Plusieurs de ses ouvrages enfin, ceux qui sont les plus connus, relèvent plutôt de ce qu'on appellerait aujourd'hui la psychologie sociale. C'est essentiellement sur ces essais microsociologiques que l'influence de Simmel s'est appuyée aux Etats-Unis, alors que son succès dans la France de l'entre-deux-guerres était surtout dû à ses travaux épistémologiques qui ont pour objet le problème de l'explication en histoire".

   "Mais la notion à laquelle on songe le plus fréquemment lorsqu'on veut caractériser l'oeuvre de Simmel est celle de sociologie "de la forme" ou de sociologie "formelle". Pour cerner cette notion, il faut en premier lieu prendre conscience de son origine kantienne. De même que la connaissance des phénomènes naturels n'est possible, selon Kant, que parce que l'esprit y projette des formes (par exemple l'espace et le temps), de même la connaissance des phénomènes sociaux n'est possible, selon Simmel, qu'à partir du moment où le sociologue organise le réel à l'aide de systèmes de catégories ou de modèles. Sans ces modèles, les faits sociaux constituent un univers chaotique sans signification pour l'esprit, exactement comme pour Kant l'expérience du réel se réduirait à une "rhapsodie de sensations", si elle n'était organisée par les "formes" de la connaissance. Utilisant un autre vocabulaire, Simmel exprime ici, une idée voisine de celle qui transparaît dans une notion centrale de la pensée de Max Weber : un type idéal est en effet également une construction mentale, une catégorie, qui permet d'interroger la réalité sociale.

Selon Simmel, cette conception néo-kantienne s'applique aussi bien à la recherche historique qu'à la sociologie. Ni l'historien, ni le sociologue ne peuvent faire parler les faits auxquels ils s'intéressent sans projeter des "formes" dans la réalité. Mais cela ne signifie pas que la sociologie sou indistincte de l'histoire. Simple est au contraire convaincu qu'il peut exister une connaissance intéressante di social intemporelle. Il soutient, plus exactement, qu'on peut émettre sur le social des propositions intéressantes et vérifiables - scientifiques en un mot - bien qu'elles ne réfèrent à aucun contexte spatio-temporel déterminé. Ainsi, on observe que lorsqu'un groupe d'intérêt atteint une certaine taille, celui-ci est souvent "représenté" par une minorité, un groupe de faible dimension ayant davantage de liberté de mouvement, de facilité pour se réunir, d'efficacité et de précision dans ses actes (Comment les formes sociales se maintiennent). Autre exemple : lorsqu'un groupe impose à ses membres une forte uniformité de comportement - c'est le cas des sectes -, il a aussi tendance à se tenir à l'écart du monde extérieur et à considérer ce dernier comme hostile (La Différenciation sociale). Ces deux exemples, et quantité d'autres qu'il se rait possible de tirer de l'oeuvre de Simmel, indiquent le projet de sociologie "formelle" : identifier et analyser des modèles susceptibles d'illustrations multiples. Ainsi, le deuxième modèle est illustré par le cas des Quakers, mais aussi pas de nombreuses autres sectes historiquement observables.

En définitive, la notion simmelienne de sociologie "formelle" préfigure de manière explicite la notion moderne de modèle. Un modèle est une représentation idéalisée dont on présume qu'elle peut permettre de mieux comprendre certaines situations sociales, à condition de prendre conscience des simplifications que sa construction introduit. Il possède la double propriété d'être général - dans la mesure où il peut s'appliquer à des contextes spatio-temporels divers- et idéal - pour autant qu'il ne s'applique textuellement à aucune réalité concrète. Il faut donc bien prendre soin de distinguer la notion de modèle de celle de loi. Une loi est une proposition qui a l'ambition de représenter un énoncé empirique (alors que le modèle se veut idéal) et d'être de validité universelle (alors qu'un modèle prétend seulement s'appliquer à une pluralité de situations et avoir ainsi une valeur générale). Simmel est parfaitement conscient de la distinction entre ce que nous appelons "modèle", et ce qu'il appelle "forme", d'une part, et ce qu'on désigne communément par la notion de "loi", d'autre part : "La manie de vouloir absolument trouver des "lois" de la vie sociale, écrit-il, est simplement un retour au credo philosophique des anciens métaphysiciens : toute connaissance doit être absolument universelle et nécessaire"."

Si on peut trouver cette présentation assez proche de ce qu'a voulu nous dire SIMMEL, en revanche, lorsque Raymond BOUDON se livre à une mise en situation de la sociologie formelle par rapport à d'autres sociologie, on sent comme une interprétation un peu forcée. "La sociologie "formelle" de Simmel, peut-on lire, tourne ainsi complètement le dos à la sociologie durkheimienne, dont un des objectifs principaux est, au contraire, de déterminer des lois empiriques et universelles. Aussi n'est-il pas étonnant que la réaction de Durkheim (Textes, Minuit) à notion simmelienne  de sociologie "formelle" soit un chef d'oeuvre de méconnaissance et d'incompréhension." Cela permet, par extension de mettre de la distance entre l'oeuvre de SIMMEL et d'autres oeuvres, celle de DURKHEIM, mais aussi de tous les autres auteurs qui baignent lors de la fondation de la sociologie dans le courant socialiste d'une manière générale. "Ajoutons encore que, lorsque nous assimilons la notion de "modèle" à la notion simmelienne de "forme", le mot "modèle" ne doit pas être entendu au sens mathématique. Les modèles mathématiques ne sont en effet qu'une espèce parmi d'autres d'un même genre". Ce que nous approuvons fermement, à l'inverse de tous ces auteurs de sciences humaines et de stratégie qui voulaient faire entrer leur discours dans des modèles mathématiques... "En second lieu, il faut admettre que Simmel n'a pas cherché à faciliter la tâche de son lecteur (surtout celui qui ne désire" pas examiner le caractère soliste de la société...), dans la mesure où, par le concept de forme, il désigne indistinctement les constructions mentales, qui permettent au sociologue d'analyser la réalité sociales, et les constructions qui sont le produit de l'interaction sociale. Ainsi le Droit ou la Science sont, dans son vocabulaire, des "formes".

 

Revenir à la notion centrale de forme

        Il faut éviter, écrit en revanche, Frédéric VANDENBERGHE, de traiter la sociologie et/ou la philosophie de SIMMEL comme ne sociologie ou une philosophie analytique. De plus on ne peut dissocier la notion de forme de l'autre concept central, l'interaction. Il est vrai que cette notion centrale de forme peut obscurcir plus qu'il ne clarifie le propos de SIMMEL. "En effet, Simmel, écrit-il, abuse de la notion pour désigner trois choses différentes, correspondant à trois domaines de recherche différents :

- un principe synthétique de la théorie de la connaissance des formes (les formes a priori de Kant que Simmel historicise et interprète de façon circulaire comme des formes à la fois analytiques et empirique) ;

- un principe de structuration du social (les formes d'association de sa sociologie formelle dont il n'est pas toujours clair si elles sont obtenues par induction et abstraction ou, à la façon des phénoménologues, par intuition des essences) ;

- une cristallisation a posteriori des énergies ou des interactions dans des objets culturels et des institutions sociales (les formes de l'esprit objectif de Hegel, comprises ici soit comme des sphères de valeurs culturelles - par exemple, l'art, la science, le droit, etc -, soit comme des institutions sociales aliénées et aliénantes."

L'autre concept central, l'interaction ou l'action en réciprocité, que l'on retrouve également chez NEWTON, KANT, HEGEL, GOETHE et DILTHEY, pour reprendre des auteurs lus par SIMMEL, est moins ambigu, mais il le généralise à tel point qu'il signifie tout ce qui est relié à tout et que tout se rejoigne, que tous les éléments, même les plus opposés, ce complètent et se dissolvent en relations. "Bref, explique toujours Frédéric VANDENBERGHE, en paraphrasant la fameuse phrase hégélienne selon laquelle "l réel est rationnel et le relationnel réel", on pourrait formuler le principe de l'interactivité universelle entre les éléments, qui sont eux-mêmes des processus et des relations, en disant que pour Simmel, comme pour Cassirer et Bourdieu d'ailleurs, "le réel est relationnel". 

 

La sociologie formelle : philosophie et sociologie tout-à la fois

   L'opposition kantienne entre les formes et les contenus, que SIMMEL introduit d'abord dans sa philosophie constructiviste de l'histoire, est reprise dans sa sociologie. Refaçonnée, la séparation des formes et des contenus y est présenté comme le principe méthodologique qui fonde la sociologie formelle en tant que discipline autonome, différenciée à la fois des autres sciences sociales et des autres sociologies. Elle se distingue par l'analyse des formes qui structurent l'association, soit l'ensemble des interactions entre individus qui ont conscience de former une unité et qui forment le creuset de la société.

Les formes d'association se présentent à SIMMEL comme une sorte de synthèse fragile e tendances opposées. Pour reconstruire systématiquement la sociologie simienne des formes sociales (par exemple la mode, le conflit, la subordination, la division du travail...) il faudrait faire l'inventaire des polarité (distinction-imitation, opposition-intégration, résistance-soumission, différenciation-expansion, distanciation-rapprochement...) et montrer que les essais de sociologie formelle constituent une application synthétique du principe dualiste. ON verrait alors que la mode apparait comme une forme d'association qui allie la tendance à imiter le groupe et la tendance à s'en distinguer, le conflit comme une forme qui accouple la tendance à l'opposition intergroupe et celle à l'intégration intragroupale, la subordination comme une synthèse dialectique de la soumission et de la résistance, la croissance des groupes sociaux comme une forme sociale qui combine l'expansion quantitative des groupes et la différenciation qualitative des individus, et, enfin, l'échange se révèle, comme c'était d'ailleurs déjà le cas chez MARX et chez DURKHEIM, être une forme qui unit les individus et en même temps les sépare. Dans tous les cas, et on pourrait multiplier les exemples, les formes sociales sont synthétiquement déterminés de façon dualiste.

 

Des oeuvres qui dessinent un aspect ou un autre de la sociologie formelle.

   La sociologie des formes d'association ou d'interaction est développée en tant que méthode dans le premier chapitre de sa "grande sociologie" (Soziologie. Untersuchangen über die Formen der Vergesellschaftung) puis dans le premier chapitre de sa "petite sociologie" (Grundfragen der Soziologie), imprégnés d'esprit vitaliste (à la manière de BERGSON). En tant qu'étude systématique des formes structurant les processus d'interaction, sa sociologie est avant tout une sociologie interactionniste, qui n'est d'ailleurs pas réductible à une sociologie d'interactions entre individus. A "sociologie formelle", Frédéric VANDENBERGHE préfère, pour éviter les malentendus, "sociologie formale" (comme FREUND) ou "sociologie formiste" (comme MAFFESOLI).

   Quelle que soit l'apellation que l'on préfère, la sociologie formelle développée après la publication des monographies vitalistes sur GOETHE, NIETZSCHE et SCHOPENHAUER, n'est pas une sociologie formaliste, anthropologique et classificatoire, mais une sociologie relativiste, interactionniste et morphogénétique. Contrairement à ce que pensent FREYER et ARON (La sociologie allemande contemporaine, 1935, livre que nous avons failli prendre comme point de départ de notre propre réflexion en la matière...), elle ne se laisse pas simplement définir comme une "géométrie du monde social".

Nous avons déjà par ailleurs écrit quelques articles sur HÉRACLITE et on peut faire, avec précautions, la comparaison avec SIMMEL, à l'encontre même de ce dernier qui a plusieurs reprises compare sa sociologie à de la géométrie. L'analogie est trompeuse car si dans les mathématiques beaucoup d'éléments sont interchangeables, peu d'élément le sont dans la sociologie, et pas du tout si l'on sort des synthèses. 

A l'instar des idéaltypes webériens, "utopies conceptuelles", méthodiquement construites et stylisées par le sociologue, obtenues par accentuation unilatérale de certains traits (comme d'ailleurs WEBER lui-même l'indique), les formes simiennes ne se trouvent jamais à l'état pur dans la réalité. Mais les concepts de SIMMEL aident à comprendre comment dans la réalité, les interactions modifient les acteurs eux-mêmes, dans une perspective morphogénétique. Il existe bien une dialectique des formes et des contenus dans la coopération et dans le conflit, entre des acteurs qui agissent en tant que tel et qui se modifient en même temps qu'ils modifient la réalité. 

Sa sociologie est d'abord une méthode, et on peut, comme VANDENBERGHE le fait, comparer les méthodes de cette sociologie avec celles de la linguistique. Dans Sociologie et Épistémologie (PUF, 1981), SIMMEL lui-même écrit : "La recherche - on pourrait la nommer la "sociologie pure" - tire des phénomènes le moment de l'association, détaché intuitivement et psychologiquement de la variété de leurs contenus et buts qui par eux-mêmes ne sont pas encore sociaux, tout comme la grammaire sépare les formes pures de la langue des contenus dans lesquels ces formes sont vivantes". Comme dans la linguistique générative de CHOMSKY, la structure profonde des règles structure les énoncés, dans la sociologie formelle de SIMMEL, les formes morphogénétiques de l'association structurent l'interaction. Toujours près de KANT, SIMMEL signale la richesse de la distinction du philosophe des Lumières entre les formes et les contenus, qui réside selon lui dans le fait qu'une forme quelconque puisse embrasser une infinité de contenus et qu'un contenu quelconque puisse entrer dans la composition d'une infinité de formes.

"Avec DURKHEIM, écrit VANDENBERGHE,  qui connait assez bien l'oeuvre de SIMMEL pour en avoir traduit et publié plusieurs textes dans L'Année sociologique, mais qui trouvait sa sociologie trop spéculative, on peut cependant se demander si la distinction entre les formes et les contenus tient la route, car, même si on laisse de côté la polysémie de la notion de dorme, ainsi que la formulation cavalière et l'application idiosyncratique de la méthode d'abstraction des formes - "c'est la fantaisie et le tempérament de l'auteur qui décident", note DURKHEIM à juste titre -, il reste que la distinction est purement relative : ce qui est constituant à un égard est contenu à un autre et, à la fin, l'antithèse se dissout en une simple opposition graduelle et indéterminée.

En outre, on ne voit pas très bien pour quelles raisons SIMMEL affirme que les contenus des formes d'association ne sont pas proprement sociaux. Les impulsions, les désirs, les fins..., bref les motivations et les intérêts qui incitent les individus à s'associer dans des formes sociales ne sont pas des données naturelles, mais des produits des processus de socialisation et de contrôle social. Conscient du manque de rigueur de ses formulations, SIMMEL avoue dans l'introduction de sa Sociologie que les procédures méthodologiques relèvent de l'intuition et que les "fondations" de la sociologie formelle ne sont pas vraiment solides, mais ces faiblesses ne devraient toutefois pas empêcher d'apprécier la finesse et la perspicacité des essais et des analyses qui s'érigent dessus." 

     En fin de compte, la sociologie formelle peut être comprise comme une synthèse originale du néokantisme (opposition des formes et des contenus) et du vitalisme (l'interaction). La société qui se réalise progressivement et toujours est une association entre gens qui coopèrent ensemble, dans des activités "ordinaires" (s'habiller, manger, boire, se soigner), poussés par un "vouloir vivre ensemble" comme peut l'écrire MAFFESOLI. Lequel s'avère, dans une société qui perdure, plus puissant que les motifs individuels et collectifs qui les font entrer en conflits, lesquels constituent également les modalités de s'ajuster constamment dans des relations bien plus complexes que ne peuvent le dire les théories qui tentent d'en rendre compte. 

  

Une sociologie qui dépasse qui va au-delà du holisme et de l'individualisme.

Comme l'écrit encore VANDENBERGHE, l'angle d'approche de la sociologie formelle se définit par le fait que l'homme vit en interaction avec ses pairs. "Ce qui intéresse Simmel, c'est le jeu des interactions en tant que substrat vivant du social, en tant que creuset de la société. Ces interactions sont la condition nécessaire et suffisante de la société. Nécessaire car "si on les supprime toutes par la pensée, il n'y a plus de société", et suffisante, car si plusieurs individus entrent en réciprocité d'action, il y a déjà société. Bien sûr, il y a une différence entre une rencontre éphémère et une association durable, mais, comme le concept de société est un "concept graduel", on peut dire que, pour Simmel, "la société existe là où un nombre d'individus entrent en interaction".

Notre auteur s'élève contre un certain fétichisme conceptuel, car les processus microsociologiques d'interaction sont au fondement des structures macrosociologiques. Vouloir enfermer la sociologie formelle dans le sillage des individualistes méthodologiques, c'est méconnaître la spécificité des "faits sociaux", que DURKHEIM reconnait lui-même dans les travaux du philosophe et sociologue allemand. On pourrait multiplier les citations allant à l'encontre de ce sillage. Ainsi dans une longue discussion sur le problème du nominalisme et du réalisme (Introduction aux sciences morales) , il ne reconnaît pas seulement la "pleine réalité" du social, qui n'est pas seulement une simple représentation,mais il insiste sur le caractère émergeant du social : "Le tout, bien qu'il n'existe que grâce aux éléments particuliers, acquiert quand même en face de ceux-ci une position autonome, substantielle, indépendante d'eux". Cette entité macroscopique qui horripile les "anti-holistes", émergent des interactions entre les individus n'est elle-même que la cristallisation ultime et continuelle, des interactions et des organisations, elles-mêmes issues des interactions intergroupes et interindividuelles. D'une part, les interactions entre organisations et institutions différencient la société de façon fonctionnelle ; d'autre part, elles l'unifient en imposant leur contrainte de l'extérieur aux individus. Le fait que les institutions et les organisations sociales entrent en interaction les unes avec les autres montre une fois de plus le caractère relationnel et inter-actionniste de la pensée simmélienne.

C'est un véritable interactionnisme méthodologique que SIMMEL met en oeuvre : il met en lumière bien des aspects sociaux complexes dans ses monographies et ses oeuvres à thème (comme sur l'argent), qui unissent à la fois générations, classes sociales (bien qu'il n'ait pas ce vocabulaire) et institutions les plus diverses. 

Mettant l'accent sur la dynamique sociale, SIMMEL, comme le rappelle Julien FREUND, préfère parler de socialisation plutôt que de société conçue comme entité abstraite en soi et productrice de phénomènes collectifs. "Par cette notion de socialisation, il donnait à entendre que la société est en permanence reconstitution d'elle-même, sans qu'il y ait besoin d'avoir a priori une idée de son unité. En effet, il n'y a pas de modèle unique ou parfait de la société au sens des utopies. C'est dans les processus de socialisation que l'être humain prend conscience de son appartenance à la société en même temps que de son individualité." il fait se rapporter au texte de SIMMEL lui-même, "Comment la société est-elle possible?" (publiée dans L'année sociologique), pour s'en rendre compte. 

 

Julien FREUND, Georg Simmel, Préface de La sociologie et l'expérience du monde moderne, Sous la direction de Patrick WALTER, Méridiens Klincksieck, 1986. Frédéric VANDENBERGH, La sociologie de Georg Simmel, La Découverte, Collection Repères, 2001. Raymond BOUDON, Georg Simmel, dans Encyclopedia Universalis, 2014.

SOCIUS

 

 

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