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20 avril 2018 5 20 /04 /avril /2018 07:44

    Léon VI, dit le Sage est un empereur byzantin. Il est surnommé "le Sage" à cause de ses travaux dans les domaines du droit et de l'art militaire. Il n'a jamais commandé personnellement une armée (en cela il fait figure plus de stratégiste que de stratège...), mais fait plutôt oeuvre de philosophe au sens entier du terme de l'époque, érudit (élève du savant patriarche PHOTIUS) en de nombreuses matières. Il s'attache à restaurer les relations entre les Églises d'Occident et d'Orient. Ses lois sont regroupées par matière dans des volumes spécifiques puis traduits en grec, seul langue comprise à la fois par le peuple et les fonctionnaires. Il achève ainsi la vaste entreprise de codification du droit impérial lancée par son père.

Un empereur stratégiste

    Fondateur de la dynastie macédonienne, en fait arménienne, il participe à la renaissance militaire de l'Empire Romain d'Orient. LÉON VI lutte contre les Arabes et contre les Bugares, durant les années où il règne, de 886 à 912, avec un inégal succès. La Sicile tombe aux mains des Arabes (902). Les Bulgares sont tenus en échec grâce à la coopération des Magyards (894). Mais deux ans plus tard, les Bulgares, avec l'aide des perchénègues (nomades turcophones), prennent leur revanche et obligent les Byzantins à leur payer tribut. 

Il est à l'origine des améliorations apportées à la flotte byzantine, qui écrase celle des Arabes en 908, bien qu'elle subisse par la suite des revers (911-912). Il est l'auteur (ou le commanditaire...) d'un code de loi (Basilia) qui devient le code légal de l'Empire, remettant à jour les lois édictées par JUSTINIEN, et il rédige (fait rédiger...) également des oeuvres à caractère religieux (panégyrique, poème liturgique, oraisons). Mais il est surtout connu pour sa Taktika qui reprend certains des aspects du Strategikon de l'empereur MAURICE. Une nouvelle analyse, mieux détaillée que chez son prédécesseur, est donnée du modus operandi militaire des divers peuples qui entourent l'empire, nomades d'origine turcophone, Arabes, Russes, Bulgares, Francs, ainsi que de la façon la mieux adaptée pour les combattre. L'empereur analyse les causes des succès de l'Islam et envisage les mesures possibles pour y mettre un terme. C'est une très large avance sur la chrétienté latine et étant mieux à même de mesure la menace. LÉON VI cherche à redéfinir la stratégie de l'empire pour la diriger contre l'expansion musulmane et vers la récupération des territoires perdus, la Syrie et la Palestine. (BLIN et CHALIAND)

De nombreux textes publiés sous son règne

   Dans le domaine juridique, le corpus appelé les Balistiques est rédigé et publié en son nom, sa conception ayant commencé sous BASILE 1er. Il est l'auteur ou le commanditaire direct des 113 novelles ajoutées au code entre 887 et 893, discours au style rhétorique, et d'un Manuel publié en 907, sommaire et commentaire du corpus. Ces travaux juridiques sont les plus importants depuis JUSTINIEN.

   Le Kletorologion de Philothée, publié en 899 est un ouvrage fixant le protocole à la cour impériale (texte intégré dans le De cesserions de CONSTANTIN VII, son fils.

   Le Livre de l'Éparque publié en 911 est adressé au préfet de Constantinople, pour régler les corporations de la capitale.

    Dans le domaine de l'art militaire, parait sous son règne, d'une part les Problemata, abrégé du Strategicon attribué à l'empereur MAURICE sous la forme de questions-réponses et les Constitutions tactiques, la plus vaste compilation byzantine dans ce domaine.

   LÉON VI est (l'auteur) également d'un traité en 190 chapitres sur la vie monastique, d'un important corpus de poésie lithurgique qui fait le lui l'un des plus importants poètes ecclésiastiques, de 40 discours (homélies vestales surtout, consacrées aux saints et fêtes du calendrier, avec une oraison funèbre de BASILE 1er et d'Endocie Ingérina, et des discours de dédicaces d'Églises).

On lui a attribué également d'autres nombreux textes, à cause d'une confusion avec LÉON LE PHILOSOPHE, le savant le IXe siècle. Il existe notamment des textes de divination appelés les Oracles de Léon le Sage.

   Si ces textes connaissent un regain d'intérêt (philologique surtout...) au XIXe et XXe siècles après des siècles d'oubli, c'est peut-être parce que... beaucoup d'autres ont disparu ou se livrent encore de manière relativement intacts. Probablement, au début du XXIe siècle, avec ente autres des travaux de stratégie comme ceux d'Edward LUTTWAK, mais pas seulement, l'intérêt pour l'Empire byzantin se ravive notamment pour la forme singulière de cet Empire, qui a légué bien des oeuvres aux suivants, en Orient comme en Occident, et qui a constitué une sorte de trait d'union entre deux mondes séparés par l'histoire, la géographie... et les circonstances historiques...

 

Une servilité textuelle, marque d'une époque, mais bien utile pour la connaissance de l'Empire byzantin aujourd'hui... et notamment de ses moyens navals.

    Pour écrire son texte consacré à la guerre navale (constitution XIX), rapport LUTTWAK, LÉON se plaint de ne pouvoir disposer d'aucun texte ancien à imiter et d'être ainsi contraint de s'appuyer sur les connaissances pratiques de ses commandants de flotte.

  Edward LUTTWAK estime qu'il serait difficile de trouver un meilleur exemple de la servilité textuelle caractérisant l'esprit byzantin, qui coexiste avec un très grand pragmatisme, voire, de fait, avec une certaine transgression. Outre ses écarts à l'égard de la moralité religieuse de son époque (voir notamment sa vie familiale...), il revendique ouvertement des inventions, comme celle de la grenade à la main, c'est-à-dire du feu grégeois en pot. 

La substance de la constitution XIX commence avec un écho de Syrianos Magister : le commandant est invité à étudier la théorie et la pratique de la navigation, y compris l'art de prévoir les vents par l'observation du mouvement des corps célestes - une prévision précise des vents eût véritablement constitué une information des plus précieuses, mais elle est impossible à obtenir par la méthode recommandée. Suivant des généralités sans intérêt sur la manière de construire les navires de guerre, ni trop étroits ni trop larges. Du VIe au Xe siècle et même plus tard, il s'agit du dromon (coureur) dans l'un de ses nombreuses versions, qui ont toutes pour caractéristiques communes un seul mât, deux ponts, une double propulsion par rame et par voile et l'absence de pont au-dessus du banc de rameurs supérieurs. 

De la description du feu grégois à la construction et à l'utilisation du dromon, de multiples considérations technico-tactiques abondent dans ce texte. Du VIIe au XIIe siècle, la flotte impériale sauve la mise à maintes reprises et l'oeuvre de LÉON VI y contribue à sa mesure. C'est le deus ex machina qui sort des bases fortifiées, bien protégées dans le renfoncement des remparts maritimes de la Corne d'Or et de la Propontide, pour attaquer les vaisseaux des envahisseurs. Les navires de guerre ennemis sont parfois d'une qualité individuelle comparable, mais même bien construits et dotés d'un équipage de marins et de soldats de qualité, ils sont surpassés par les manoeuvres de la flotte qu'ils ne parviennent ni à vaincre ni à imiter. Ces aptitude revêtent une importance supérieure à celle du "feu des Grecs, malgré toute son utilité, et survécurent à l'acquisition de ses secrets par les Arabes. (LUTTWAK)

 

LÉON VI, Recueil des 113 Novelles, édité par Alphonse DAIN et Pierre NOAILLES, Les Belles Lettres, 1944 ; Taktika, Institutions militaires, traduction de Joly de MAIZEROY, Liskenne et Sauvan, Bibliothèque historique et militaire, 1840. On trouve de nombreux extraits de Taktika dans l'Anthologie mondiale de la stratégie, Sous la direction de Jacques CHALIAND, Robert Laffont, collection Bouquins, 1990. 

L. BRÉHIER, Les institutions de l'Empire byzantin, 1949. Alphonse DAIN, Les stratégistes byzantins, Travaux et mémoires 2 (1967), John HALSON, State, Army and Society in Byzantium : Approches to Military, Social and Administrative History, 6th-12th Centuries, Brookfield, 1995. T. MILLÈR & J. NESBITT, Peace and War in Byzantium : Essays in Honnor of George DENNIS, Washington, 1995. Georg OSTROGORSKY, Histoire de l'État byzantin, Payot. Christian SETTIPANI, Continuité des élites à Byzance durant les siècles obscurs. Les princes caucasiens et l'Empire du Vie au IXe siècle, de Broccard, 2006. 

Edward LUTTWAK, La grande stratégie de l'empire byzantin, Odile JACOB, 2010. Arnaud BLIN et Gérard CHALIAND, tempus, 2016.

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