Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
17 avril 2018 2 17 /04 /avril /2018 14:14

    Michel CROZIER est un sociologue français, principal concepteur de l'analyse stratégique et de l'action collective en sociologie des organisations.

Universitaire  formé à l'École des Hautes Études commerciales de Paris (HEC), ses enquêtes sur les syndicats aux Etats-Unis (1949) et en France dans une grande banque, puis dans six compagnies d'assurances, dans les manufactures de tabac du SEITA, le front connaitre des sociologues américains, notamment ceux du travail réunis autour de Georges FRIEDMANN. Il publie  (invité par la fondation Ford en 1959, à Palo Alto en Californie) en anglais, puis en français, sa thèse d'État, le Phénomène bureaucratique (1964). Il y explique les différences constatées entre le modèle d'organisation rationnelle décrit par Max WEBER dans son Économie et société et le système bureaucratique français. Il crée en 1959, avec 4 autres sociologues (jean-Daniel REYNAUD, Alain TOURAINE, jean-René TRÉANTON) la revue Sociologie du travail.

Il fonde en 1962 au CNRS l'équipe de recherche appelée Centre de sociologie des organisations, (CSO), où il continue ses recherches sur les organisations et ouvre en même temps un grand chantier d'études, "L'administration française, face au changement".

Dans son ouvrage central, rédigé avec Erhard FRIEDBERG, L'Acteur et le Système, il présente les éléments d'une théorie organisationnelle de l'action collective. Ce travail théorique doit dans leur esprit produire une connaissance pratique, une connaissance qui puisse être un outil de changement aux mains des personnes intéressées, notamment dans les milieux syndicaux et associatifs. Très engagé dans le groupe des intellectuels autour de la revue Esprit et membre, dès l'origine du Club Jean Moulin, Michel CROZIER cherche toujours à faire coïncider son activité de recherche avec son engagement pour la réforme de la société et de l'État français. C'est dans ce sens qu'il fait publier ses ouvrages La Société bloquée (1970), On ne change pas la société par décret (1979, État modeste, État moderne (1987). Il rédige d'autres ouvrages, toujours dans le même esprit, Nouveau regard sur la société française, (Odile Jacob, 2007, avec Bruno TILLIETTE), A contre-courant, Mémoires tome 2 (Fayard, 2004), Ma belle époque, Mémoires tome 1 (Fayard, 2002), Quand la France s'ouvrira (Fayard, 2000, avec Bruno TILLIETTE), La crise de l'intelligence. Essai sur l'impuissance des élites à se réformer (InterÉditions, 1995, avec Bruno TILLIETTE), L'entreprise à l'écoute : apprendre le management post-industriel (InterÉditions, 1989), Le mal américain (Fayard, 1980).... 

Pour la construction d'une sociologie  de la bureaucratie.

    Alors que ses premiers travaux sont encore principalement consacrés à l'histoire du mouvement ouvrier et à l'action des syndicats, Michel CROZIER s'intéresse à partir de son entrée au CNRS, en 1952, au rôle des employés et des petits fonctionnaires dans la structure sociale française. Il aborde cet univers sous les angles des phénomènes de la conscience de classe (en s'interrogeant à l'origine sur le fait que les ouvriers agissent - ou n'agissent pas du tout -, votent, à l'encontre de leurs intérêts de classe...) et de la participation sociale. Il élabore ainsi une analyse sociologique de l'administration où il propose un compromis entre une vision rationalistes des capacités de choix des agents, découlant des conceptions wébériennes, et un certain humanisme fondé sur l'affirmation de l'irréductibilité des mêmes agents aux impératifs des appareils bureaucratiques, de "zones d'incertitude", que cherchent à maîtriser les acteurs, en vue de consolider leurs positions stratégiques.

Son interprétation comporte une conception de la bureaucratie en tant qu'entité résistante, réticente au changement. Des mécanismes d'adaptation sont créés par ceux qui travaillent dans les organisations bureaucratiques afin de surmonter des rapports éventuellement conflictuels. Ces organisations sont donc des lieux relativement fermés sur eux-mêmes, qui constituent des freins au dynamisme souhaité d'une société moderne, en particulier de la société française. Les routines et rigidités qui y affectent les institutions bureaucratiques font précisément partie des moyens de défense de ceux qui doivent y subir des relations d'autorité trop oppressantes, héritées d'une longue tradition. Il tire ses conclusions d'observations empiriques, et non de raisonnements abstraits. Si son livre Le phénomène bureaucratique (1963) repose sur une analyse du comportement des fonctionnaires de deux administrations françaises (les Chèques postaux et la SEITA), un autre ouvrage, Le Monde des employés de bureau (1965), est tiré d'une enquête qui a porté sur sept compagnies d'assurances parisiennes.

Pour CROZIER, les sociologues doivent analyser et comprendre leur société en vue de contribuer à la décision politique et ne pas se contenter d'un rôle d'observateur. Il s'est lui-même efforcé d'exercer une influence sur la politique de réformes préconisée par Jacques Chaban-Delmas, Premier ministre de 1969 à 1972. En référence à un modèle de société positivement rationalisée, il critique le "blocage" de l'administration et de la société françaises en raison des structures d'autorité, de la centralisation et de la réglementation qui les caractérisent, et qui ne permettent le changement que par le recours au conflit ouvert, sans que cependant la structure globale soit modifiée en profondeur. Il convient de dépasser ce mode de changement par la constitution d'unités d'organisation basées sur la coopération et la participation, et qui font la part la plus belle possible à la rationalité. (Claude JAVEAU)

     Michel CROZIER poursuit son activité de sociologue dans les années 1980 où il joue un rôle important dans le groupe de l'Institut de l'Entreprise. Au moment du début de la première présidence Mitterrand et contrecoup du succès socialiste, comme il le raconte, on assistait à un "réveil des entreprises". Beaucoup d'entre elles faisaient appel à des psychosociologues pour former les contremaîtres qui devaient prendre le leadership des groupes de discussions imposés par la loi. il accepte alors de collaborer abec l'Institut de l'Entreprise pour la préparation du Grand Forum de l'Entreprise de 1985, qui a un grand succès. Il intervient également sur la réforme de la SNCF sous le gouvernement Chirac, après les législatives de 1986 et lors de celle d'Air France en 1993-1994. 

   Son parcours qui va de sympathies marxistes et gauchistes vite déçues à la sociologie des organisations, qui est également à bien y regarder une sociologie du conflit à l'intérieur des organisations, même si tout au long de ses engagements il s'efforce de faire primer le dialogue et la discussion sur la confrontation, notamment idéologique, fait de Michel CROZIER une figure indépendant au sein de la sociologie française. Le refus de la "balkanisation" de l'Université - l'éclatement de la sociologie générale en sociologies particulières - dans un processus de domination (néo-marxiste) par des sociologues, par exemple de l'entourage de Pierre BOURDIEU, dans les années 1970 va de pair avec une orientation délibérément "holiste"  de sa sociologie, laquelle est également combattue notamment dans les années 1990, par les partisans de l'individualisme méthodologique. La manière dont il analyse les organisations est une illustration du poids de la société sur l'individu. L'interactionnisme entre individus ne peut expliquer ce qui se passe. La société constitue, dans ses dynamismes, au sein de ses différentes organisations,  un système qui influe sur la nature même des relations sociales

 

Michel CROZIER, L'acteur et le système, en collaboration avec Erhardt FRIEDBERG, Seuil, 1977 ; Mouvements ouvriers et socialistes, chronologie et bibliographie (1750-1918), avec Edouard DOLLÉANS, Éditions Ouvrières, 1949 ; Le phénomène bureaucratique, Seuil, 1963. 

Interview de Michel CROZIER par Dominique VELLIN, à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales, Gérer et comprendre n°75, mars 2004.  Claude JAVEAU, Crozier Michel, dans Encyclopedia Universalis, 2014. 

Partager cet article

Repost0

commentaires

Présentation

  • : LE CONFLIT
  • : Approches du conflit : philosophie, religion, psychologie, sociologie, arts, défense, anthropologie, économie, politique, sciences politiques, sciences naturelles, géopolitique, droit, biologie
  • Contact

Recherche

Liens