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26 mai 2018 6 26 /05 /mai /2018 12:13

      Jules Romain BARNI est un philosophe et homme politique français, député de la Somme, mais également une figure de proue du pacifisme français, surtout après le coup d'état de 1848.

   Titulaire d'une agrégation de philosophie en 1840, il devient vite secrétaire de Victor COUSIN à Paris, qui prépare alors une édition personnelle de ses premiers cours. Connaissant de manière approfondie la langue allemande et érudit de KANT, il lui apporte un précieux concours. Tout en poursuivant une carrière d'enseignant de philosophie, après 1842, il donne de nombreux articles à une revue libérale, Liberté de pensée, fondée par Jules SIMON en 1847, laquelle devient nettement républicaine en 1848. Vice-président cette année là de la Société démocratique des libres penseurs, il devient un grand opposant à Louis-Napoléon BONAPARTE, surtout dès 1851 où celui-ci impose aux fonctionnaires l'obligation de prêter le serment de fidélité. Exclu de l'enseignement, il lie connaissance avec Henri BRISSON, avec qui il fonde le journal L'avenir. Il se consacre alors à la philosophie de KANT dont il traduit plusieurs ouvrages, avec des analyses critiques très développées. Il collabore alors à plusieurs périodiques d'opposition, et comme beaucoup, doit s'exiler à Genève, et y rester jusqu'en 1870. 

   C'est durant ce séjour qu'il s'occupe sérieusement de l'organisation du mouvement pacifiste, tout en publiant plusieurs ouvrages (Les Martyrs de la libre pensée, Histoire des idées morales et politiques en France, entre autres). Il organise et préside le premier Congrès de la Paix et de la Liberté à Genève. A l'issue de ces Assises, il devient l'un des fondateurs et dirigeants, en fait la cheville ouvrière, de la Ligue Internationale de la paix et de la liberté, qui a pour objet la substitution de l'arbitrage à la guerre. Parmi les personnalités qui participent à ce Congrès de la paix de 1867 et des suivantes, il figure parmi celles qui entendent ouvrir l'organisation pacifiste à toutes les tendances de la gauche, notamment à l'Association Internationale des Travailleurs, née en 1864 à Londres. Mais le Congrès de 1869 est très difficile à gérer pour Jules BARNI, tant la cohabitation de personnalités si différentes semble impossible, chacune voulant en faire plus sa propre tribune. Conscient des divergences d'opinion depuis 1867, il organise un congrès moins conséquent (de 6 000 personnes à une centaine...) pour en sortir une orientation cohérente. On y discute d'un programme autour de la disparition des armées permanentes, de la séparation des Églises et de l'État et surtout du principe fédératif. Mais la diplomatie et les précautions de Jules BARNI ne suffisent pas à garantir des débats paisibles, et les divergences sont trop importantes lorsqu'en lancée la question de la "luttes des classes" par l'aile gauche, avec BAKOUNINE et Élisée RECLUS. Mis en minorité, cette aile gauche quitte le Congrès. Plaçant Jules FERRY à la présidence d'une assemblée apaisée, Jules BARNI défend l'idée d'une association républicaine des peuples de l'Europe, sur le modèle de la Confédération helvétique. Mais lorsque les débats portent sur les questions économiques, les avis divergent, Jules BARNI repoussant le collectivisme susceptible selon lui de favoriser un régime autoritaire.  Malgré des conclusions en demi-teintes, il est satisfait car le principe fédératif est adopté. Il estime en outre que la Ligue est bien implantée même si son journal Les Etats-Unis d'Europe connaît des problèmes.  Inquiet à raison devant l'évolution de la situation internationale, il invite à préparer l'avenir "calmement" et "résolument". La déclaration de guerre du 24 juillet 1870 de la France à la Prusse réduit tous ses efforts presque à néant.

     C'est pourquoi en septembre 1870, il se met à la disposition du Gouvernement de la Défense nationale et prend la direction d'un journal officiel populaire, le Bulletin de la République, qui cesse de paraitre au moment de la conclusion de la paix. Il se fait élire député radical en 1872, dans un soutien à la politique de THIERS. A l'assemblée de Versailles, il siège à gauche pour les séances qui aboutissent au vote de la Constitution de 1875, où il vote pour celle-ci. Lors de son activité parlementaires, il s'associe à tous les votes de la majorité de gauche, ayant un rôle très actif au sein des Commissions de l'Assemblée. Notamment, il vote pour l'amnistie partielle des condamnés de la Commune. Malade, il ne peut accepter le renouvellement de son mandat de député.

    Pour Mireille GUEISSAZ, ingénieur d'études au CNRS (CURAPP), auteure d'une étude sur Jules Barni ou l'entreprise démopédique d'un philosophe républicain moraliste et libre-penseur, Jules BARNI se consacre tout au long de sa carrière parlementaire (et également à Genève comme animateur du mouvement pacifiste) à la morale politique. Il s'agit de former des moeurs conformes aux institutions républicaines notamment par l'instruction publique. De la morale en politique à la morale sociale, il y a pour lui une cohérence. Et elle fait partie de la morale publique de la IIIe République. Jules BARNI figure parmi ceux qui installent durablement dans la société française cette morale laïque, dont le caractère s'affirme ensuite dans les générations suivantes. 

 

Jules BARNI, Ce que doit être la République, Publication de l'Union républicaine de la Somme, 1872 ; Nombreuses Lettres de Barni conservées à la bibliothèque Nationale, de 1869 notamment.

Pasteur Auguste DIDE, Jules Barni, sa vie et ses oeuvres, 1892. Nadine-Josette CHALINE, Empêcher la guerre. Le pacifisme du début du XIXe siècle à la veille de la Seconde Guerre mondiale, encrage, 2015. 

 

 

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