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12 mai 2018 6 12 /05 /mai /2018 08:05

   Pseudonyme d'un professeur, critique et journaliste belge, Michel de PIRÈNE, après des études de philologie classique, de philologie romane et de droit a publié dans la presse française et étrangère, de nombreux articles où il défend la thèse du pacifisme intégral. Il fait partie de ces pacifistes de l'entre-deux-guerres, très actifs et à l'influence non négligeable, aujourd'hui bien oublié. Il a travaillé à une étude fouillée sur l'Objection de Conscience devant les maitres de la pensée moderne, ainsi qu'à plusieurs monographies sur les Quakers, les Nazaréens, les Doukhobors, l'esclavage militaire actuel et l'esclavage dans l'Antiquité.

Membre d'honneur de la Ligue Internationale Scolaire pour la paix et membre du War Resisters International et de la Ligue Internationale des Combattants de la paix, il est présent dans de nombreuses campagnes de presse pacifistes.

La Ligue Internationale des Combattants de la paix fait partie de ces organisations pacifistes éphémères qui fleurissent dans l'entre-deux-guerres mondiales. Elle existe seulement de 1931 à 1939. Définie comme une organisation "de masses exerçant une influence salutaire", fondée par le journaliste Victor MÉRIC (1876-1933) en, elle veut lutter, en toute indépendance politique et religieuse, "contre la guerre imposée par les gouvernements aux peuples au nom d'un prétendu intérêt national, et contre le fascisme..." La plus radicale des organisations pacifistes se dote d'un organe de presse, La Patrie humaine (1931), suivi du Barrage (1934), organes qui fusionnent à la suite d'un référendum interne qui unit les deux tendance (anarchisante et purement pacifiste) (1936), dans La Patrie humaine, sous-titrée Le Barrage. Mais l'organisation ne survit pas aux divisions sur les relations avec le Congrès contre la guerre impérialiste d'Amsterdam de 1932 ou sur des questions plus sur le fond. Elle compte tout de même 10 000 adhérants en 1935, mais périclite, malgré des actions  continues de propagande, à cause de divergences sur la guerre d'Espagne et sur les coups d'Hitler et encore plus sur les accords de Munich (fin 1938). Après la seconde guerre mondiale, plusieurs membres de la LICP participent au Comité national de résistance à la guerre et à l'oppression (CNRCO), qui devient l'Union Pacifiste de France en 1961. Parmi les membres les plus importants de l'organisation, on peut noter les noms de Victor MÉRIC, René GÉRIN, Félicien CHALLAYE, Robert JOSPIN, Raymond OFFNER, Camille DREVET et Maurice WEBER. 

    Dans un de ses textes La valeur morale de l'objection de conscience, paru dans Le Rouge et le Noir du 12 avril 1933, on peut lire :

"Le président d'honneur de l'Internationale des Résistants à la Guerre, le professeur Albert Einstein, la plus grande gloire intellectuelle de notre temps (...), dans un message pacifiste paru dans le Freidensfront du 15 août 1931, écrivait : Les pionniers d'un monde délivré de la guerre ce sont les jeunes gens qui refusent le service militaire. Tout ami sincère de la paix doit se trouver à leur côté et les aider.

La voix du grand savant allemand ne s'était d'ailleurs pas fait entendre seule. Déjà, en 1928, dans une allocution prononcée à Vienne, au Congrès de l'IdRG, le Père Uhde, professeur de théologie à l'Université catholique de Gratz, s'écriait lui aussi : Comme homme, comme chrétien, comme prêtre catholique, dans la pleine conscience de mes responsabilités sacerdotales, je lance aux foules l'appel à l'objection de conscience sous toutes ses formes.

D'autres voix illustres sont venues, depuis lors, des quatre coins du monde, s'ajouter à ces premières, d'autres appels ont retenti aussi pressants et aussi impérieux. Et voici que - chose merveilleuse et à peine croyable - dans ce siècle de corruption et de générale veulerie, des jeunes gens, des hommes, se sont dressés, de toute leur grandeur morale, au milieu de l'universelle lâcheté et aux trafiquants de chair humaine qui, en violation de leurs droits les plus sacrés, voulaient les contraindre à déserter leur dignité, leur grandeur d'être humain, à abdiquer tout sentiment humain et à se livrer au dégoûtant et répugnant apprentissage du crime et de l'assassinat, ces hommes, ces héros, ces saints, ces apôtres, ces martyrs, ont opposé un non possumus catégorique.

Le nombre de ces objecteurs de conscience va sans cesse croissant, ici et ailleurs. l'objection de conscience, inconnue de la masse il y a quelques années, pénètre petit à petit dans tous les milieux, à la ville comme à la campagne, et partout elle défraie les conversations. Il n'est pas jusqu'aux âmes les plus rudes, jusqu'aux intelligences les moins cultivées qui ne demeurent frappées d'étonnement et d'admiration devant la noble et fière attitude des victimes innocentes et saisies d'une indicible horreur devant l'implacable cruauté des bourreaux.

L'objection de conscience - et c'est là son premier mérite - ouvre les yeux de la masse, d'une masse indifférente et ignorante sur l'iniquité et l'atrocité du service militaire obligatoire, qui fait revivre, parmi nous dans toute son épouvante, l'esclavage ancien. (...)

N'eut-elle que ce seul avantage d'être un des plus violents moyens d'agitation conte le militarisme et l'esclavage militaire, institution immorale et que rien ne peut justifier, l'objection de conscience  présente déjà une grande valeur morale.

Mais là ne se bornent pas ses effets. L'objection de conscience met encore en pleine lumière l'hypocrisie et la perfidie de gouvernements qui, après s'être engagés, par un traité de désarmement et à l'abolition de la conscription, qui, après avoir signé solennellement un pacte mettant cette monstruosité qu'est la guerre moderne hors-la loi (l'auteur fait référence au Pacte Briand-Kellog...) et la déclarant un crime et un attentat contre l'humanité, font voter par leurs parlements respectifs des budgets de guerre formidables, font entraver par leurs délégués au Conseil de guerre de Genève tout le travail de la paix, et martyrisent des jeunes gens, des hommes innocents qui refusent de participer à la préparation de la guerre, qui refusent de participer à la préparation de la guerre, qui refusent de prostituer à la fois leur corps, leur coeur, leur intelligence et leur âme, en se soumettant à cette déformation systématique et obligatoire des consciences, à ce bestial dressage collectif au crime qu'est le service militaire. 

L'objection de conscience est encore un puissant moyen de rapprochement entre les peuples, les éternels sacrifiés et un puissant facteur révolutionnaire, les plus puissant et le plus efficace peut-être du moment. (...)

Elle est aussi l'affirmation la plus haute de l'intelligence humaine, de la volonté humaine, de l'âme humaine, méconnues, violentées, foulées aux pieds ; elle proclame qu'il est des droits inhérents à la nature humaine, des droits qui appartiennent en propre à tout être humain, indépendamment de son âge, de son sexe, de sa force ou de sa débilité physique ou mentale, de sa nationalité, des droits qui ne peuvent lui être ravis sans le réduire à l'état de la bête brute, des droits qui lui sont si solennellement garantis par les lois divine, morale et naturelle, qu'il n'est au pouvoir d'aucune législation écrite de les lui enlever ; elle souligne avec force qu'aucune puissance humaine n'a le droit de ravaler l'homme au rang de la bête, ni de le contraindre à devenir un assassin.

Enfin, l'objection de conscience, par les héroïsme émouvants qu'elle suscite, met en parallèle la grandeur morale, l'esprit de sacrifice de ceux qui la professent avec la couardise, la lâcheté, l'hypocrisie et l bassesse de nos sinistres baladins, de nos bouffons grotesques d'un patriotisme sans danger et riche en bénéfices de tous genres. Et comme,malgré tout, la masse n'est pas aussi imbécile que cela, elle se dit que ces jeunes gens qui sacrifient, victimes innocentes, leur liberté, leur jeunesse et leur vie, pour lui épargner les horreurs de la guerre, tandis que leurs bourreaux, au patriotisme largement rémunérateur, préparent et hâtent, au milieu de banquets et de fêtes, le retour de ces horreurs, souffrent et meurent pour elle. (...)".

   Parmi d'autres textes, on peut signaler, présents dans l'Anthologie des écrivains pacifistes, Appel aux femmes libres (La Barrage, 10 janvier 1935), Quand les lois sont plus redoutables que les actes de banditisme (Le Barrage), Debout les mères (La Patrie humaine), L'esclavage militaire actuels et l'esclavage dans l'Antiquité (La Patrie humaine), L'objection de conscience et le silence de la presse (La Patrie humaine).

 

Nicolas OFFENSTADT, le pacifisme extrême à la conquête des masses : La Ligue Internationale des Combattants de la Paix, www.perse.fr. Michel de PRIÈNE, dans Anthologie des écrivains pacifistes, publie sous la direction de Jean SOUVENANCE, Editions R. Debresse, 1937. 

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