Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
27 juin 2018 3 27 /06 /juin /2018 09:02

     Connu surtout pour son rôle de prédicateur et de restaurateur de l'Oratoire de France, Alphonse Joseph Auguste GRATRY, est un prêtre catholique et philosophe français, mais aussi un des animateur de la mouvance pacifiste catholique en France. Très grand orateur, qui est  souvent comparé à MALEBRANCHE, entre 1830 et 1870, il lutte constamment pour la réconciliation entre science et foi et entre démocratie et christianisme.

  Issu d'une famille plutôt militaire et athée, d'industriels originaire du Nord de la France, puis de Belgique et de Suisse (depuis le XVIe siècle), il se convertit au christianisme pendant ses études en rhétorique et en philosophie au collège Heni IV et au collège Saint-Louis à Paris. Fréquentant l'École Polytechnique de 1825 à 1827, il y travaille dans son esprit non pour devenir ingénieur et officier d'artillerie ou de marine, mais dans le but de se forger des armes savantes pour la gloire de Dieu et la défense de la foi (Louis RATISBONNE, Journal des débats, 27 mars 1868).

Bénéficiaire d'un héritage inattendu, il renonce au modèle familial pour entrer au séminaire, sur les traces de son contemporain le cardinal NEWMAN, et dans la foulée entame une carrière dans l'enseignement. Enseignant et prêtre de qualité (il est nommé directeur du collège Stanislas de 1840 à 1845), il s'oriente vers la théologie et une activité à la fois dans le monde religieux et le monde laïc, réactivant avec des amis la Société de l'Oratoire de Jésus, supprimé depuis 1792 et s'activant dans les milieux pacifistes. 

      Très influent dans le milieu intellectuel parisien, étant à l'origine des conversions d'Augustin THIERRY et d'Alfred de VIGNY, il est nommé à la faculté de théologie  de la Sorbonne en 1863 et est élu à l'Académie française en 1867. Il publie en 1862 ce qui est considéré dans les milieux catholiques comme son meilleur ouvrage, Conseils pour la direction de l'esprit. 

Personnalité en vue de son temps, son caractère tumultueux amplifie les conflits idéologiques avec des personnages influents. Polémiste batailleur dès les années 1840, il est notamment en conflit avec le philosophe VACHEROT, directeur des études de l'École normale supérieure, rue d'Ulm, où il est aumônier (nommé en 1846) jusqu'à sa démission pour exposer plus librement ses arguments. Cette affaire assis en quelque sorte sa réputation, VACHEROT lui-même démissionnant de l'École...

      Parallèlement à ses activités intellectuelles et pastorales, il s'interroge sur le rôle des chrétiens devant la suite de guerres dans laquelle le Seconde Empire est impliqué. En 1861, alors que les chrétiens de Série sont massacrés et qu'il est très inquiet devant la situation international, le père GRATRY publie La Paix. Méditations historiques et religieuses, volume comprenant une suite de réflexions dont il a commencé la rédaction en 1856 au lendemain de la guerre de Crémie. Le livre s'ouvre par une réflexion sur la paix, méditation poétique sous la forme d'une vision du Christ parlant à l'auteur et lui demandant de guetter les signes d'espérance. Le Christ appelle les hommes à de pas diviniser les instituions ; si l'amour de la patrie est légitime, il ne peut venir qu'après ceux dus à Dieu et au genre humain. Ce qui détonne à un moment où les institutions politiques et religieuses, notamment au sortir de l'affaire Dreyfus, recherchent une entente et où les aumôniers militaires sont présents dans les endroits où les armées se livrent justement à des guerres...Un enjeu d'autant plus important que, par là, au-delà de la séparation de l'Église et de l'État seulement édictée en 1905 qui ne devient effective que lentement, l'Église entend retrouvé une partie de ses pouvoirs perdus lors de la Révolution française de 1789... Pour GRATRY, il ne saurait même pas question de "droit de conquête", qui n'est pour lui que du "brigandage". Seule une "guerre défensive" peut être considérée comme "juste". Son "cas" est aggravé par le fait qu'il refuse de reconnaitre l'infaillibilité du Pape, même s'il observe avec bienveillance la possibilité d'arbitrages de l'Église de Rome. 

Une seconde méditation invite à dompter le mal et la force, même si l'idéal de justice, de progrès et de liberté semble aujourd'hui partout vaincu, car l'Évangile doit être la "loi des nations". Dans un autre chapitre, GRATRY condamne vigoureusement l'Empire turc, responsable du massacre de chrétiens et incarnation du "mal au sein du genre humain", et appelle à sa destruction "par la justice et par la paix", car une seule justice s'applique aux hommes et aux nations. La septième méditation est une lettre fictive adressée par l'auteur à la reine d'Angleterre, "car le peuple anglais avoue hautement qu'il veut l'empire exclusif des mers, nécessaires à ses intérêts. Or, qu'est-ce que la mer, sinon la voie publique du globe? De même donc qu'autrefois les brigands se tenaient embusqués et armés dans les défilés des montagnes, de même ce peuple est embusqué dans les défilés de la mer". Mais le reproche le plus grave concerne la conquête et l'oppression de l'Irlande. Le sort de l'Irlande est, pour lui, comparable à celui de la Pologne, autre nation catholique martyrisée par de puissants voisins. Ces deux nations doivent retrouver leur indépendance et pouvoir vivre libres.

En 1868, GRATRY complète ses réflexions par la publication d'un nouveau livre, La Morale et la loi de l'Histoire, dans lequel il développe plusieurs thèmes déjà évoqués, présentant notamment la guerre comme le MAL, oeuvre des fils de Caïn et de Satan.

   Ses idées, il cherche à des développer surtout dans les milieux qu'il fréquente, notamment les pacifistes exempts d'anticléricalisme comme Frédéric PASSY en adhérant à sa Ligue internationale et permanente de la paix. Mais il ne rencontre que peu d'échos chez les catholiques en général et son activité demeure méconnue, notamment après sa mort où l'on ne retient que son rôle dans la renaissance de l'Oratoire. Par cette activité et de manière plus générale son activité oratoire, il est considéré comme une grande figure intellectuelle et religieuse du XIXe siècle. 

 

 

 

 

 

Alphone GRATRY, La Paix. Méditations historiques et religieuses, Paris, C. Bouniol,1861. Disponible chez Paperback ; Les Sources, en deux volumes ; Commentaires sur l'Évangile selon saint Mathieu. Charles de Mazade a fait en 1862, dans la Revue des Deux Mondes, une recension sur "Les méditations d"une prêtre libéral, qu'il présente en trois grands thèmes : La Paix, Les Sources et Commentaires sur l'évangile de saint Mathieu, qu'il relie en un tout pour présenter la pensée et la démarche du prêtre oratorien. Disponible sur Wikisource. 

Guillaume CUCHET, Penser le christianisme au XIXe siècle. Alphonse Gratry (1805-1872). Journal de ma vie et autres textes, Rennes, Presses universitaires de Renne/Société d'histoire religieuse de la France, 2017. Olivier PRAT, Alphonse Gratry, Marginal ou précurseur?, Éditions du Cerf, 2009.

 

Partager cet article

Repost0

commentaires

Présentation

  • : LE CONFLIT
  • : Approches du conflit : philosophie, religion, psychologie, sociologie, arts, défense, anthropologie, économie, politique, sciences politiques, sciences naturelles, géopolitique, droit, biologie
  • Contact

Recherche

Liens