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15 juin 2018 5 15 /06 /juin /2018 09:06

     Pacifiste autrichienne radicale, Bertha Sophie Felitas comtesse Kinsky von Wchinitz und Tettau, baronne von SUTTNER, lauréate 1905 du Prix Nobel de la paix, est issue de la haute aristocratie austro-hongroise, et reçu une éducation cosmopilite et polyglotte. 

Un temps secrétaire d'Albert NOBEL en 1876 quand celui-ci réside à Paris, elle est l'activiste pacifiste la plus remuante et la plus connue de son époque. Elle est l'auteur en 1889 de Die-Waffen lieder! (Bas les armes!) considéré comme l'équivalent de La case de l'oncle Tom pour la la cause pacifiste. Auparavant, sous un pseudonyme, car il est impensable à l'époque qu'une femme puisse écrire des livres "sérieux", La siècle des machines, qui constitue son deuxième livre le plus lu. 

  Journaliste et écrivain, elle privilégie dans ses écrits le thème du pacifisme er est influencée à ce niveau par des personnalités comme Henry Thomas BUCKLE, Herbert SPENCER et Charles DARWIN. Son pacifisme est un pacifisme éthique fondé sur la capacité morale de l'homme à comprendre que la guerre ne doit plus être employée, et s'inscrit dans le mouvement pacifiste libéral européen. 

Fondatrice en 1891, après avoir impulsé la création d'une "société de la paix de Venise", d'une société pacifiste autrichienne qu'elle préside jusqu'à sa mort; elle prend part à plusieurs Congrès de paix internationaux. Elle milite auprès des autorités autrichiennes en faveur d'un Tribunal d'arbitrage international et prend part en 1899 à la première Conférence de La Haye. Les initiateurs de cette conférence peuvent tout juste introduire l'idée que les conflits peuvent faire l'objet d'arbitrage, sans aboutir à la reconnaissance que la guerre puisse être abolie, que les armements puissent être réduits et même que des tribunal internationaux peuvent officiellement être installés. 

Bertha von SUTTNER est en 1904 l'une des participantes les plus importantes de la Conférence internationale des femmes à Berlin. Elle est absente en 1907, lors de la deuxième Conférence de La Haye, laquelle reprend l'ordre du jour de la première, davantage axé sur le droit de la guerre que sur une pacification stable. Elle continue d'informer sur les dangers du réarmement international et sur les intérêts de l'industrie de l'armement. A partir de 1912, elle met en garde contre le danger de guerre d'anéantissement internationale. 

Son activité pacifiste est partagée entre ses interventions en Europe et aux Etats-Unis. Elle aurait voulu être plus présente dans le combat féministe, mais sa présentation aristocratique était malvenue dans les rencontres. De même, ses positions sur la priorité absolue du combat contre la guerre la faisait mal voir dans les milieux socialistes où c'était, dans le monde germanique, la révolution sociale qui devait passer en premier. Femme de compromis, ce qui lui permet de connaitre bien du monde en Europe, elle n'a pas de tempérament révolutionnaire, car tout pour elle se résout par le dialogue. L'idée capitale pour la paix est la création des États-Unis d'Europe, plutôt confédération d'États où chacun d'entre eux conserve son identité. (Marie-Antoinette MARTEIL)

     Son roman Bas les armes! est son oeuvre la plus connue, même si sa production littéraire (journalistique) est par ailleurs conséquente. Paru aux éditions Edgar Pierson à Dresde, il obtient en peu de temps une diffusion et un succès considérable (traduction en plusieurs langues et 37 éditions en Allemagne jusqu'en 1905. Jusqu'à la parution du roman A l'Ouest, rien de nouveau, d'Erich Maria REMARQUE en 1929, le livre de SUTTNER est l'oeuvre la plus importante de la littérature engagée contre la guerre. Bertha von SUTTNER choisit pour transmettre son message la forme romanesque, au lieu d'écrire un livre spécialisé, afin d'atteindre le public le plus large. La grande popularité de ce roman résulte aussi du fait qu'elle aborde la place des femmes dans la société à côté de la guerre et de la paix.

De 1892 à 1899, elle publie également un mensuel sous le même titre. La suite du roman est publiée en 1903 sous le titre Marthas Kinder ; elle n'atteint pas le succès du premier opus. En 1914 et en 1952, le livre est adapté au cinéma.

Dans ce roman, elle raconte la vie de la comtesse d'origine viennoise Martha Althaus au cours de quatre guerres. Pendant la compagne d'Italie entre l'Autriche et la Sardaigne et la Prusse, Martha âgée de 19 ans perd son premier mari, le comte Arno Dotzky. Elle devient alors une pacifiste convaincue. Son deuxième mari, le baron Friedrich Trilling, partage ses opinions bien qui'l soit lui-même officier dans l'armée autrichienne. Il  prend part avec son armée aux côtés de la Prusse à la guerre des Duchés de 1864 et à la Guerre austro-prussienne de 1866. Les soeurs et le frère de Martha meurent du choléra provoqué par la guerre et son père meurt de chagrin d'avoir perdu ses enfants. Friedrich se retire ensuite de l'armée pour soutenir les activités pacifistes de sa femme. Lorsqu'elle séjourne à Paris en 1870 lors de l'éclatement de la Guerre franco-allemande, son mari est fusillé après avoir été soupçonné d'être un espion prussien. Son fils Rudolf né de son premier mariage commence alors à s'engager sur les traces de sa mère.

      Son action et son activité littéraire ont une grande influence au sein du pacifisme européen. Elle est en contact épistolaire avec ZOLA et TOLSTOÏ ou encore le peintre russe VERECHTCHAGUINE dont plusieurs tableaux illustrent la propagande pacifiste (comme par exemple L'apothéose de la guerre représentant une montagne de crânes). Dans plusieurs pays d'Europe centrale notamment, comme en Autriche ou en Hongrie, elle encourage la fondation de Sociétés d'Amis de la Paix et écrit dans diverses revues pacifistes défendant l'arbitrage international. L'attribution du prix Nobel de la paix en 1905 décerné à l'Autrichienne contribue a ranimé les enthousiasmes français à un moment où les efforts déjà entrepris ne donnent pas de grands résultats. Loin dans le temps, son influence se fait sentir jusqu'à la formation de la SDN en 1919. Elle fait partie de cette longue tradition pacifiste libérale. 

 

Bertha von SUTTNER, Bas les armes!, avec une préface de Gaston MOCH, Paris, Fasquelle, 1899, réédition aux Éditions Turquoise, Levallois Perret, 2014, avec un avant-propos de Marie-Antoinette MARTEIL) ; Armements et surarmements, Toulouse, E. Privat, 1910. 

Marie-Claire HOOK-DEMARIE, Bertha et le roman de la paix dans L'Histoire n°411 de mai 2015. Nadine-Josette CHALINE, Empêcher la guerre, encrage, 2015. 

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