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19 juin 2018 2 19 /06 /juin /2018 12:39

       Ludwig QUIDDE est un historie, pacifiste et un homme politique libéral allemand, sous l'Empire allemand et la république de Weimar. Très critique de l'empereur GUILLAUME II, il est condamné pour crime de lèse-majesté en 1888.  Très actif dans les milieux pacifistes allemand et européens, il reçoit en 1927 le Prix Nobel de la Paix, conjointement avec Ferdinand BUISSON. En tant que pacifiste, il s'engage de nombreuses années comme chef de la Deutsche Friedensgesellschaft (DGF) et participe à de nombreux congrès internationaux. Il organise le 6ème Congrès mondial de la paix en 1907 à Munich. 

    Issu d'un milieu commerçant aisé, il fait des études d'histoire, de philosophie et de sciences économiques. Sa thèse porte sur le roi Sigismond et le Saint-Empire de 1410 à 1419. Docteur en philosophie en 1881, il prend part activement cette même année à la controverse sur l'antisémitisme, contre celui-ci qui sévit en milieu étudiant. 

Élève du médiéviste Julius WEIZSÄCKER, il est particulièrement actif dans le monde de l'édition et des études historiques. Il organise en 1893 le premier congrès allemand des historiens, mais ses opinions politiques sont incompatibles avec l'opinion majoritaire de ses confrères. Il se fait connaitre dans les cercles publics au printemps 1894 par sa satire sur l'empereur (en prenant comme modèle CALIGULA...), ce qui ruine sa carrière d'historien...

Dès sa sortie de prison en 1895, hériter de la fortune de sa famille, il se consacre entièrement à la politique. Il adhère deux ans plus tôt à la Deutsche Volkspartei (DtVK), antimilitariste, antiprussienne, démocratique et pacifiste, fondée en 1868, et collabore volontiers avec la social-démocratie, encore imprégnée du marxisme de l'époque. Il écrit et publie alors Le militarisme dans l'empire allemand. Par un historien allemand (anonymement). Il prend part régulièrement aux séances du Conseil du Bureau International de la Paix.

De 1894 à 1900, il est éditeur du quotidien démocratique Münchner Freie Presse où il publie une série d'articles critiques sur la société. En 1895, il devient président du comité régional bavarois de la DtVP et conçoit un nouveau programme pour le parti. Il y revendique pour le parlementarisme, une réforme de la justice et de l'armée ainsi que la création de structures fédérales. En tant que dirigeant de la DtVP bavaroise, à partir de 1902, il participe aux campagnes électorales et se fait élire en 1907 pour la première fois député du Landtad de Bavière où il reste jusqu'en 1918. Entre-temps, en 1910, la DV et la Freisinnige Vereinigung fusionnent pour former la Fortschrittliche Volkspartei à laquelle il ne prend part qu'à contre-coeur, se voyant mis à l'écart à travers cette union.

Au-delà de ses activités politiques, il milite contre la vivisection et autres formes de tortures sur les animaux, avec se femme.

A partir de 1899, QUIDDE mène la délégation allemande lors des congrès mondiaux pour la paix. En 1907, il organise le sixième de ces congrès à Munich. Il publie en 1913 un Projet de traité international pour la cessation de l'armement, à l'occasion du vingtième congrès pour la paix à La Haye. En mai 1914, peur avant le début de la Première Guerre Mondiale, il est élu président de la Deutsche Friedensgesellschaft, poste qu'il occupe jusqu'en 1926 malgré les critiques incessantes des forces pacifistes radicales.

Pendant la guerre, il occupe au Landtag une lace marginale, étant contre la guerre. Entravé dans ses activités et surveillé, il fonde tout de même en 1916 la Zentralstelle für Völkerrecht pour rassembler tous les opposants à la politique d'annexion allemande et s'engageant pour une politique de conciliation.

Après la guerre, alors que la Bavière et l'Allemagne entière sont traversées par la révolution, QUIDDE devient en 1918 vice-président du Conseil national provisoire bavarois et en 1919, député de la DDP (parti démocratique allemand). Il participe, conjointement avec la SPD et le Zentrum à la coalition de Weimar, le premier gouvernement de la république.

A partir de 1922 (jusqu'en 1929), il est président de l'organisation du cartel allemand de la paix et porte alors les espoirs des jeunes démocrates dans le journal Écho de la jeune démocratie qu'il publie jusqu'en 1933. En 1924, il est temporairement emprisonné pour haute trahison entre autres à cause de l'impact qu'un article (Défense noire du Reich) pourrait avoir sur la politique étrangère. En 1929, sous la poussée de l'aile radicale autour de Fritz KÜSTER, il quitte avec dix autres représentants de l'aile modérée la direction du Cartel allemand de la paix. En 1930, il quitte la DFG. A cause de la collaboration de la DDP avec un mouvement antisémite et réactionnaire, il le quitte et fonde avec des amis un Parti radical démocrate qui ne parvient pas à se hisser en tant que parti important dans les dernières années de la république de Weimar.

Après l'arrivée au pouvoir des nationaux-socialistes, QUIDDE part en exil en Suisse en mars 1933. Il y reste jusqu'à la fin de sa vie dans des conditions difficiles. A Genève, il fonde le Comité de secours aux pacifistes exilés pour venir en aide aux pacifistes allemands et perd la nationalité allemande en 1940, suite à un article dans lequel il décrit l'Anschluss comme l'oeuvre de "criminels, de meurtriers et de voleurs". 

 

   Durant ses années de luttes pacifistes en Allemagne, il contribue au rapprochement, à la fin du XIXe siècle, notamment par son amitié avec RUYSSEN, entre pacifistes français et pacifistes allemands. En 1912, est créé le Comité d'entente franco-allemand. Après avoir lutter vainement conte l'entrée en guerre de l'Allemagne, il combat le Traité de Versailles, qui ne respecte pas le "Droit des peuples". Malgré cela, la première réunion du Bureau International de la paix en 1919 se déroule dans une atmosphère glaciale et QUIDDE est obligé de reprendre cette question des responsabilités de la guerre dans un ouvrage publié à Berlin en 1922, Die Schuldfrage. Cette question pèse lourdement, y compris entre pacifistes des deux bords du Rhin. Des pacifistes radicaux n'acceptent pas les ambiguïtés de la Ligue allemande pour la paix de QUIDDE et s'organise plutôt dans le BNV, fondée en 1914, où militent Albert EINSTEIN, Helmut von GERLACH, le comte KESSLER, Friedrich-Wilhelm FOERSTER, en liaison avec la Ligue des Droits de l'Homme alors présidée par Ferdinand BUISSON. La question des réparations divise fortement en Allemagne et QUIDDE ne donne pas l'impression de choisir réellement un camp, malgré des positions théoriques tranchées, lié dans des manoeuvres de politique intérieure en Bavière... QUIDDE accuse le gouvernement français d'être responsable de la crise économique en Allemagne et RUYSSEN souligne la mauvaise volonté allemande dans le versement des réparations... Cela n'empêche pas aux congrès de la paix de discuter de questions (celles qui fâchent pas trop...) d'éducation à la paix... 

Le Congrès de Bierville de 1926 est vécu comme un moment extraordinaire et laisse dans la mémoire des participants - mais certains sont absents, dont QUIDDE - une impression de foisonnement d'idées, malgré des divergences sur l'objection de conscience et le désarmement. En 1930, QUIDDE participe à quelques manifestations dans lesquelles se retrouvent beaucoup de tendances pacifistes, de l'Association pour la SDN à la Ligue pour le suffrage des femme, surtout dans la dénonciation de la guerre (de 14-18) et du militarisme prussien. Dans les années trente, surtout après 1933, le mouvement pacifiste est très menacé en Allemagne, parmi, avec les communistes et les socialistes, les premiers visés par le régime nazi.

 

Ludwig QUIDDE, Galigula, pamphlet contre la politique de l'empereur Guillaume 1er, 1894, gallica.bnf.fr ; projet d'un traité international pour la limitation des armements, Congrès universel de la paix, La Haye, 1913, gallica.bnf.fr. 

Nadine-Josette CHALINE, Empêcher la guerre, encrage, 2015.

Beaucoup de sources imprimées se trouvent à la Bibliothèque BDIC de Nanterre, qui compte dans ses collections un fonds très riches couvrant la période 1887-1938, déposé par Jules PRUDHOMMAUX, militant pacifiste lié à de nombreux groupes.

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