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12 juillet 2018 4 12 /07 /juillet /2018 11:59

   Georges Louis François YVETOT est un typographe, anarcho-syndicaliste et antimilitariste français. Secrétaire général de la Fédération des Bourses du Travail (1901-1918) puis secrétaire général adjoint de la CGT, cofondateur de la Ligue antimilitariste en 1902, il fait partie des plus grands agitateurs redoutés par les pouvoirs publics juste avant la première guerre mondiale. 

   En 1908, il est arrêté avec 30 autres cadres cégétistes à la suite des grèves de Draveil-Villeneuve-Saint-Georges. Il ne participe donc pas au Congrès de Marseille en octobre de cette années, au cours duquel la confédération entérine une motion antimilitariste. 

    Pendant la seconde guerre mondiale, il est premier président du Comité ouvrier de secours immédiat, pendant quelques semaine en 1942, juste avant sa mort, au moins de mai.

    Il est connu notamment pour avoir signé une affiche de l'Association Internationale Antimilitariste (AAI), en octobre 1905, intitulée "Appel aux conscrits", placardée sur les murs de Paris. Le texte, violemment antimilitariste et antipatriote, appelle les conscrits à tourner leurs fusils vers les "soudards galonnés" plutôt que vers les grévistes, et appelle à la "grève immédiate" et à l'"insurrection" au jour d'une éventuelle déclaration de guerre. Il ne faut pas se méprendre : si aujourd'hui une telle affiche peut faire sourire aux dépens de groupes ultra-minoritaires, à l'époque, elle avait un fort écho parmi les membres syndiqués de la classe ouvrière. Vingt-huit des signataires sont inculpés et à l'issue du procès qui se déroule du 26 au 30 décembre 1905, deux prévenus sont acquittés et les 26 autres condamnés à des amendes et à des peines de prison allant de 6 mois à 4 ans. Georges YVETOT est condamné à 3 ans.

     Georges YVETOT déploie un antimilitarisme plus virulent que son prédécesseur Fernand PELLOUTIER au secrétariat des Bourses du Travail. Lorsqu'en 1902, il fonde avec quelques autres anarchistes la Ligue antimilitariste, qui devient deux ans plus tard, une section de l'Association Internationale Antimilitariste, c'est pour déployer une stratégie concrète et théorisée tournée contre l'armée briseuse de grèves. Il collabore au Libertaire, à La Bataille syndicaliste, L'Avant-agerde ou encore La Guerre sociale. Dans le Nouveau manuel du soldat paru en 1903, YVETOT fait preuve d'un radicalisme en pointe : "La lâcheté en morale, l'habitude de se soumettre et de trembler, voilà donc ce qu'on rapporte des casernes... L'armée n'est pas seulement l'école du crime, elle est encore l'école du vice, l'école de la fourberie, de la paresse, de l'hypocrisie et de la lâcheté." A cette époque, une partie de la littérature reprend ces thèmes, avec la publication d'un certain nombre de romans ou de pièces de boulevard nettement teintés d'antimilitarisme (Cavalier Misery, d'Albert HERMANT publié en 1887, Sous-off, de Lucien DESCAVES de 1889, pièces de Georges COURTINE...). Les écrits de Georges YVETOT apparaissent comme la pointe avancée de l'antimilitarisme, alors que les échos plus vagues ou moins virulents imprègnent une très grande partie de l'opinion publique. A chaque répression de grèves de l'armée, à chaque crise internationale, la CGT fait entendre la voix de protestations véhémentes, qui plus est, font partie d'un ensemble de pratiques matérielles bien concrètes et nombreuses en faveur des conscrits rebelles. Lors des débats sur la loi portant en mars 1913 le service militaire à trois ans, prise pour augmenter les moyens face au "péril allemand", les manifestations se succèdent et Georges YVETOT n'y ménage pas sa peine. D'ailleurs, le maintien sous les drapeaux de la classe 1910, libérable en octobre 1913, provoque une vague de révoltes dans les casernes, suivie de l'arrestation des principaux responsables. Mais l'antimilitarisme, puissant jusque vers 1910, décline fortement dans ces années 1910-1914 et même des "vétérans" comme Gustave HERVÉ change d'opinion en faveur d'un "socialisme national". 

   Toutefois, même pendant la guerre de 1914-1918, Georges YVETOT reste actif, consacrant son énergie dans l'aide aux enfants orphelins de guerre, notamment dans la région du Montenegro et de la Serbie (1915). Le vent tourne à la CGT à la fin de la guerre et il en démissionne en 1918. 

    Entre les deux guerres mondiales, Georges YVETOT est beaucoup moins actif sur le plan de l'antimilitarisme et il ne participe qu'à quelques campagnes pacifistes. Il aide quelques publications en France et en Belgique, travaillant comme typographe.  Il joint le syndicat des correcteurs en 1918 et appartient au comité syndical entre 1920 et 1932 pendant 8 ans au moins. De 1921 à 1928, il est secrétaire général du syndicat..

   Au début de la seconde guerre mondiale, il signe un Manifeste, Paix immédiate, mais malade, n'est plus guère aussi efficace qu'auparavant et n'est même pas incarcéré suite à son arrestation.

Fernand PELLOUTIER et Georges YVETOT, L'organisation corporative et l'anarchie, Bibliothèque de l'Art social, 1896. Georges YVETOT, Vers la grève générale, H. Girard, 1902 ; Georges YVETOT, Nouveau manuel du soldat. La patrie, l'armée, la guerre, Fédération des Bourses du Travail, 1905 ; La Triple action de la CGT, Le Réveil, 1913.

www.socialisme-libertaire.fr. Nadine-Josette CHALINE, Empêcher la guerre, encrage, 2015.

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